- il y a 13 heures
Au delà de l'opération de communication, que faut-il comprendre du discours d' Emmanuel Macron sur l'Europe à la Sorbonne ?Décryptage avec trois députés européens: Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy (Socialistes et Démocrates), Pascal Durand (Verts-ALE) et Patrick Le Hyaric (Gauche unitaire européenne-GVN). Débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.
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00:10Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:14Quelle Europe veut Emmanuel Macron ? On va en parler, en résumé si on peut dire.
00:19Le président de la République vient de dessiner les contours de son Europe à lui.
00:24On en parle avec vous, Christine Revaudalonne Bonnefoy. Bonjour, vous êtes députée socialiste et démocrate.
00:30Bonjour. Merci d'être là, Pascal Durand. Vous êtes député Vert, Alliance Libre Europe.
00:34Et Patrick Le Yarik, député gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:39Alors, peut-être avant d'entrer dans le détail des mesures qui ont été annoncées effectivement dans ce discours.
00:44On le rappelait il y a quelques instants qu'il y aurait deux heures.
00:47Votre impression générale, qu'est-ce qui vous a semblé ? C'est un discours utile, intéressant, pas intéressant.
00:52Qu'est-ce qui vous en a semblé comme ça à la fin du discours ?
00:56Utile parce que les médias ont parlé d'Europe et on n'était plus dans le débat pro-européen, anti
01:02-européen.
01:03Voilà. Donc ils parlent d'Europe, donc ça veut dire que nous aussi on peut en parler.
01:07Et utile parce que justement on va enfin pouvoir présenter peut-être de façon plus audible au niveau national français
01:15des différentes visions politiques qu'on peut avoir de l'Union européenne.
01:19Voilà. Après, sur le fond, beaucoup de choses qu'il a annoncées comme des nouveautés existent déjà.
01:24Et déjà le fait, d'ailleurs j'en retiens beaucoup, qui venait du groupe des sociodémocrates.
01:31Beaucoup sur lesquels on n'est pas d'accord, mais c'est normal puisqu'on n'est pas dans la
01:35même organisation politique.
01:37Et puis certaines sur lesquelles ça va susciter un débat. Mais au moins on peut maintenant parler de politique
01:45sans être enfermé dans le gros machin gloubi-boulga des pro-européens parce que ce n'était pas le cas.
01:52Et ça a été un vrai problème pendant des années, des années.
01:55Pascal Durand, votre sentiment général à vous sur ce discours ?
01:58Déjà, j'apprends qu'Emmanuel Macron est le continuateur de la social-démocratie européenne.
02:03Donc c'est une bonne nouvelle.
02:05C'est pas ce que j'ai dit.
02:05Non, c'était une plaisanterie parce que j'ai entendu qu'il avait repris beaucoup de vos mesures.
02:10Non, globalement, ça fait du bien que la question européenne soit remise en scène par un président de la République.
02:17On a suffisamment reproché au président Hollande et au président Sarkozy
02:22d'avoir eu une attitude extrêmement, allez, comment dire, réservée à l'égard de l'Europe
02:30pour qu'on ne se félicite pas du fait qu'il pose ses questions et qu'il en fasse visiblement
02:36un axe de son quinquennat.
02:38Donc de ce côté-là, c'est une excellente chose.
02:41Et par ailleurs, on était toujours en recul sur la question européenne.
02:45Là, on va pouvoir revenir de l'avant.
02:47Je partage tout à fait le sentiment qu'enfin, on va pouvoir aborder les questions de fond.
02:54Et surtout, la vraie question, c'est quelle Europe on veut et quelle Europe on est en capacité de construire
02:59ensemble.
02:59Voilà, donc le débat commence.
03:02Il a eu raison de le porter et de le poser.
03:04A nous, maintenant, de savoir le faire vivre.
03:06C'est votre point de vue, Patrick Pogliari, qu'il ouvre le débat européen quand même, d'une manière qui
03:10n'avait pas été vraiment faite jusqu'à maintenant ?
03:13Je n'aime pas ces mots, le débat européen et tout ça.
03:17C'est un débat sur une entité politique qui s'appelle l'Union européenne.
03:24Et la seconde chose, c'est qu'il faut toujours savoir quel contenu on met.
03:29Donc, je n'aime pas les mots.
03:31Je n'aime pas ce mot « Europe » qu'on brandit dans tous les coins de rue alors que
03:35c'est de toute autre chose dont il s'agit.
03:37C'est une politique dont il s'agit.
03:40Et lui, il a en gros écrit le programme de la campagne des européennes, des listes en marche dans chacun
03:48des pays européens qui comptent faire.
03:50Seconde donnée qui n'est pas suffisamment prise en compte souvent, c'est la première fois que nous avons un
03:58président de la République
04:00qui n'a pas connu, en fait, par exemple, les accords de Maastricht.
04:06Il n'a pas connu le traité de Maastricht comme étant un acteur du traité de Maastricht.
04:13Et ça le conduit à avoir une vision un peu totalement intégrée de l'Union européenne en multipliant, en picorant
04:24d'ailleurs, c'est vrai, à droite, à gauche,
04:25des propositions de la Commission, des propositions de certains groupes politiques ici ou de partis politiques en France.
04:34Et donc, il faut prendre en compte toutes ces données-là.
04:39Alors, on va être obligé de sélectionner un petit peu dans tout ce qui a été dit en essayant d
04:43'hierarchiser un peu ce qui vous a semblé important ou ce qui l'est moins.
04:47Et en partant peut-être de choses ou de points qui semblent les plus concrets à ceux qui nous regardent.
04:53Peut-être en commençant par les questions économiques et sociales, si vous le voulez bien.
04:57Alors, on a parlé, j'aborde un petit peu au hasard comme ça, deux points qui nous ont paru importants.
05:03La relance de la taxe sur les transactions financières, par exemple, ou la taxation des géants du numérique, c'est
05:08des choses qui sont d'actualité, des choses qui sont débattues, des choses qui sont connues du public.
05:13Qu'est-ce que vous en pensez, des propositions qui ont été faites là-dedans, étant entendu qu'on va
05:17essayer de ne pas être trop technique, bien qu'il faille l'être ?
05:20Je vais être très simple. La taxe sur les transactions financières, au mois de juin, son gouvernement, monsieur le maire
05:26en tête, indiquait qu'il n'en voulait pas.
05:28Donc, Emmanuel Macron fait un discours en disant « c'est formidable, il faut le faire », alors même que
05:33son gouvernement s'est prononcé contre.
05:36Et sur la question de la taxation numérique, c'est pareil. Effectivement, mais on est un certain nombre de groupes
05:42ici à le demander.
05:43Sauf que la réalité, c'est que dans l'ensemble des États membres, donc le Conseil, ceux qui décident d
05:49'in fine, l'Irlande n'a toujours pas donné son accord.
05:52Donc, c'est très bien de le dire, mais il y a les discours et il y a les actes.
05:56Et là, aujourd'hui, les actes, ils ne sont pas là.
05:58Donc, sur la taxe des transactions financières, qui n'est absolument pas une nouveauté, alors ça fait combien de dizaines
06:03d'années qu'on en parle maintenant ?
06:04Il faut passer aux actes. Et s'il pouvait commencer par faire en sorte de dire à son gouvernement de
06:10faire ce qu'il dit, ce serait pas mal.
06:11Votre point de vue là-dessus, sur ces questions-là ?
06:13Non, je pense qu'on va avoir un vrai sujet dans les années qui viennent, enfin dans les mois, sur
06:20la question que Patrick évoquait, la question politique.
06:23La question, et je crois qu'on est tous d'accord là-dessus. La problématique que va avoir Emmanuel Macron,
06:29c'est est-ce qu'il va, à un moment ou à un autre, mettre les actes en adéquation avec
06:33les mots ?
06:34Et on sait ce que les précédents présidents de la République en France ont créé, je vais dire, dans leur
06:41propre camp, que ce soit avec Sarkozy ou que ce soit Hollande, comme déception, à ne pas finalement respecter les
06:48engagements qu'ils ont pris devant les Françaises et les Français.
06:51Donc Emmanuel Macron, là, maintenant, prend des engagements européens. Et encore une fois, je ne le critique pas de vouloir
06:57mettre, alors j'enlève le mot débat parce que visiblement, il ne le plaît pas, mais en tout cas mettre
07:01ces sujets-là sur la table.
07:03Ok. Après, effectivement, la question des transactions, des taxes sur les transactions financières, on en parle depuis 2008. Et depuis
07:112008, on attend.
07:12Donc là, on ne voit pas venir grand-chose. Donc il vient nous dire maintenant qu'il veut les mettre
07:18en œuvre. Tant mieux. Sur la question de la taxation des grandes entreprises et de la concurrence fiscale en Europe,
07:25parce que la réalité, c'est ça, c'est que les grands groupes vont payer, choisissent un peu 1%
07:29là, 3% là, enfin bref, ils font leur petite cuisine tranquillement.
07:34On va voir si effectivement la France mène la lutte pour faire en sorte qu'on ait une taxation unique
07:41sur l'assiette de toutes les grandes entreprises européennes
07:45et puis qu'on ait ensuite un taux d'imposition qui soit à peu près le même pour tout le
07:51monde pour qu'on arrête avec le dumping fiscal comme on doit arrêter avec le dumping social.
07:56Oui. Patrick Loyary, on en profite pour parler aussi du dumping social puisque c'est effectivement un des thèmes récurrents
08:03et qui est revenu dans le discours de Macron.
08:05Non mais la question fondamentale, le concept fondamental qu'il a avancé dans son discours et qu'il fait depuis,
08:14c'est ce nouveau concept de souveraineté européenne.
08:19Or, il n'y a pas de souveraineté sans le peuple. Or, dans tous les discours, celui-là comme celui
08:27du président de la Commission il y a quelque temps, comme d'autres qu'on trouve ici ou là,
08:31il n'y a qu'un absent, le peuple. Et tout est pensé à partir d'une sorte de macroéconomie
08:38et d'une sorte d'élite bureaucratique, politique, économique à son seul service.
08:45La souveraineté européenne, on vient d'en voir un exemple concret, quelques jours après son discours, quand il a laissé
08:53Siemens dominer Alstom, racheter Alstom,
08:58dont on ne sait pas ce que va devenir Alstom Transport demain parce que les orientations stratégiques de Siemens sont
09:06peut-être plus éloignées qu'on ne le croit du transport,
09:10c'est-à-dire de nos métros, de nos RER et puis de nos trains. Peut-être que ceci terminera
09:17dans l'escarcelle, je ne sais où, de Bombardier ou peut-être même du Chinois qu'on prétend concurrencer.
09:26Le lendemain, on a à Saint-Nazaire, on nous avait fait croire à une nationalisation à Saint-Nazaire pour STX.
09:37En vérité, après un mois ou un mois et demi d'une sorte de bras de fer, on va céder
09:43STX aux Italiens, mais avec une conception très bizarre.
09:48C'est que l'État va garder 1% du capital, mais va prêter ce capital aux Italiens pour qu
09:54'ils nous dominent mieux.
09:55Et l'orientation qu'il y a derrière, c'est qu'on va sortir STX ou en tout cas réorienter
10:01STX vers le militaire,
10:04c'est-à-dire après avoir fait sombrer nos arsenaux militaires tels qu'ils l'ont fait,
10:11et bien maintenant on va tenter d'inclure Naval Group, qui étaient nos anciens arsenaux, dans un conglomérat à Saint
10:21-Nazaire pour le militaire.
10:22Autrement dit, il y a derrière tout ça une stratégie économique et politique qui est très dangereuse,
10:30parce qu'on est en train de perdre notre sang industriel au nom de cette fameuse souveraineté européenne.
10:37On nous fait croire à un Airbus, ce n'est pas du tout le concept originel de Airbus,
10:43c'est une fusion-acquisition dont nous sommes les perdants.
10:47Et on peut prendre tous les sujets ainsi.
10:50Il a parlé par exemple d'un changement de la politique agricole commune,
10:55mais on peut parler de ça tant qu'on veut, tant qu'on ne parlera pas de la rémunération du
11:00travail
11:00et de la possibilité pour les paysans de rentrer dans une transition environnementale comme nous en avons besoin aujourd'hui.
11:08Et bien il n'y aura pas de politique agricole commune qui ne tienne.
11:12Alors on dit ça alors que cette semaine on est en train de faire sauter les quotas sur le sucre,
11:17après avoir fait sauter ceux sur le lait.
11:21Et on peut multiplier comme ça les exemples.
11:23Oui, picore à droite et à gauche comme ça pour les discours,
11:27mais en vérité le fond c'est cela.
11:31Et l'autre chose c'est qu'il a dit, il a dit mais moi je suis fondé à parler
11:34parce que je mets en œuvre en France une politique qui va permettre ceci.
11:41Or sa politique on voit bien ce que c'est.
11:43C'est la destruction du droit du travail ou d'une grande partie du droit du travail.
11:49C'est la mise à sac du logement social, etc.
11:56C'est un budget encore où on va serrer la vis à tel point que tout le monde est aujourd
12:02'hui en rébellion contre lui.
12:03Donc on n'est pas en train de bâtir une politique de coopération européenne.
12:09On fait des discours sur l'Europe mais pas avec les peuples, c'est sans eux et contre eux.
12:15Ce lien entre politique européenne et politique nationale dans le domaine social par exemple,
12:20vous le voyez aussi, Macron a beaucoup parlé du lien ou du renforcement,
12:25tous les cas du lien entre l'Allemagne et l'économie, notamment l'Allemagne et la France,
12:29l'unification des procédures y compris des entreprises, etc.
12:33Est-ce que ça veut dire qu'à l'heure actuelle ce qui se passe,
12:34notamment on le disait au niveau de la loi travail,
12:37c'est un alignement sur l'Allemagne et c'est ce qui préfigure,
12:41ce qui l'entend par cette unification des marchés et des procédures économiques allemandes et françaises ?
12:46Vous voyez ça comme ça ou pas ?
12:47Quand on voit ce qu'il fait avec les ordonnances travail en France,
12:52c'est clairement une casse du code du travail.
12:55Quand on l'entend dans son discours, il parle de, il faut mettre en place des convergences sociales.
13:01On ne peut être que d'accord avec convergence sociale,
13:03on va se dire on va renforcer les droits des travailleurs partout au sein de l'Union Européenne.
13:07Et après on regarde dans la réalité des faits.
13:09Sur la révision de la directive des travailleurs détachés,
13:12il y a un point qui était très important pour la France jusqu'à présent, jusqu'au mois de mai.
13:17C'était la question des transports.
13:19Que les personnes qui travaillent dans le secteur des transports,
13:23eux aussi, se soient concernées par cette directive.
13:28Or, la Commission, un certain nombre de pays d'Europe de l'Est et l'Espagne,
13:33disaient nous on n'en veut pas, on ne veut surtout pas avoir une harmonisation
13:37concernant le secteur des transports.
13:39Mais la France tenait bon jusqu'en mai.
13:42Et bien, depuis le mois de mai, il y a eu des déplacements de M. Macron
13:46et la question des transports n'est plus aussi prioritaire.
13:49Et donc là, c'est un enjeu très concret sur lequel il y a une déperdition.
13:56Et donc, il faut faire très attention entre les discours qui sont prononcés
14:00avec des jolis mots et la réalité.
14:03On a vu ce que ça a donné en France et au niveau européen.
14:06Je suis très inquiète.
14:07Quand je regarde comment les libéraux-démocrates votent sur tous les textes sociaux
14:12au Parlement européen, ils votent avec le PPE.
14:16Ils votent avec la droite conservatrice.
14:18Ils ne votent pas avec nous sur ces mesures-là.
14:20C'est la même chose sur les questions relatives à l'environnement.
14:24Non, ils votent avec le PPE.
14:25Ils ne votent pas avec nous sur ces questions-là.
14:28Et donc, la ligne politique de M. Macron,
14:31il a tout à fait le droit d'avoir une ligne politique,
14:33mais on ne peut pas la partager parce qu'elle est aux antipodes de ce
14:36pourquoi nous nous battons.
14:37L'environnement, vous venez prononcer le mot, je voulais en parler.
14:40Pascal Durand, quoi de neuf aussi ?
14:42Il en parle beaucoup de l'environnement dans son discours.
14:44Je voudrais quand même revenir sur ce qui a été dit.
14:46Je crois qu'il faut dissocier les politiques européennes
14:52mises en œuvre d'une manière générale
14:53et les politiques mises en œuvre dans les États.
14:55Je pense qu'effectivement, tout ce qui a été relevé comme critique
14:59des politiques mises en œuvre en France par Emmanuel Macron
15:02sont une réalité.
15:04Après, pour autant, notamment sur la question industrielle,
15:08je pense que l'Europe reste un espace extrêmement important
15:12pour mener des politiques publiques européennes fortes.
15:18Donc, je dissocierai les logiques qui sont des logiques de rapprochement
15:23avec d'autres groupes européens et les logiques d'une libéralisation du monde.
15:31Moi, j'ai un vrai souci avec la capacité qu'aura Emmanuel Macron
15:36à porter en Europe.
15:38Alors, la question de la souveraineté, moi, le mot me déplait un peu,
15:40mais quand Patrick dit qu'il ne peut pas y avoir de souveraineté européenne,
15:44moi, je ne suis pas d'accord du tout là-dessus.
15:46Je le dis sans le peuple.
15:47Alors, non, mais alors, sans le peuple, mais moi, le peuple est une notion.
15:50Encore une fois, le peuple, pour moi, c'est celui qui, dans une démocratie,
15:53vote pour ses représentants.
15:55Donc, je considère que nous sommes légitimes pour légiférer.
15:58Non, mais pour une grande part.
15:59Après, il y a la rue, il y a tout un tas de choses.
16:02Mais, je veux dire, globalement, nous sommes légitimes
16:04pour essayer de mettre en place un certain nombre de garde-fous au niveau européen.
16:07Et, par exemple, a été voté ou va être voté dans cette session
16:11le fait que, pour la première fois, dans un éventuel accord avec la Chine,
16:15on intègre l'obligation de respecter les normes de l'OIT.
16:20C'est un combat que nous menons tous depuis très longtemps.
16:22C'est-à-dire que c'est un combat qui, au demeurant, profite aux grands groupes européens.
16:27Et que, donc, on mette la question sociale et la question environnementale,
16:32puisque c'est également dans cette résolution,
16:35au cœur des accords qui vont, demain, lier l'Europe au reste du monde.
16:42Donc, si je dis ça, c'est parce qu'on a encore une capacité à agir.
16:45Et, effectivement, sur l'environnement, l'Europe a un rôle à jouer.
16:49Après, moi, j'ai une difficulté majeure.
16:51C'est ce dont on parle depuis le départ.
16:53C'est-à-dire que, par exemple, nous venons d'apprendre, grâce à l'un de vos confrères de Contexte,
16:58qui a sorti un certain nombre de documents sur la réunion des ministres de l'énergie,
17:06le Conseil sur l'énergie, du mois de juillet dernier,
17:09où on a appris que la France avait bloqué la construction d'une Union européenne de l'énergie,
17:15au motif que, oui, mais vous comprenez, nous, on a des intérêts nationaux à préserver.
17:20Et donc, ça, c'est très, très grave.
17:22C'est-à-dire que vous ne pouvez pas aller à la Sorbonne, vous ne pouvez pas aller en Grèce,
17:25vous ne pouvez pas aller affronter les Polonais en disant,
17:29nous voulons une Europe qui soit une...
17:31Et en même temps, par derrière, sans qu'on le sache, avoir des politiques qui soient contraires aux intérêts de
17:38l'Union européenne.
17:39Et là, je parle, pour le coup, essentiellement des salariés, des consommateurs et des citoyens de l'Europe.
17:46Ça, c'est un premier point.
17:47Ça, c'est pour l'énergie.
17:48Sur l'environnement, on voit bien que la France est en train de reculer.
17:53On le sait, sur les perturbateurs endocriniens, on a tous vu cette difficulté,
17:57qui amène d'ailleurs à renationaliser.
17:59Quand j'entends mon ami Nicolas Hulot dire, oui, mais la France va se protéger,
18:02mais ce n'est pas de la politique européenne.
18:05Donc, moi, j'ai un problème.
18:06Si on renationalise les politiques d'environnement,
18:09on détruit la logique qui est justement celle qui est la nôtre,
18:13d'essayer de préserver au niveau du continent ses droits.
18:15Donc, voilà.
18:16Donc, je suis comme je crois tout le monde ici.
18:18C'est-à-dire que nous sommes attachés à préserver les normes européennes,
18:23nous sommes attachés même à les améliorer,
18:26et on a le sentiment que finalement, il n'y a pas un double discours,
18:31mais qu'il y a un discours d'un côté et une double pratique, en fait,
18:34avec des actes qui ne correspondent pas.
18:37Un double jeu.
18:38Oui, le jeu des discours et le jeu des actes.
18:40Donc, clairement, moi, j'aimerais que la France soit dans la ligne
18:45de ce qu'elle annonce faire.
18:47Je crains qu'à ce stade, nous en soyons un peu éloignés.
18:50Par ailleurs, et juste un mot quand même,
18:53moi, les normes environnement, les normes sociales, etc.,
18:56tant que le gouvernement, alors que les rapports d'experts viennent dire
18:59qu'il a lui-même nommé, des experts viennent dire
19:02qu'il y a un problème majeur avec le CETA,
19:04donc l'accord avec le libre-échange, avec le Canada,
19:07sur les normes environnementales et sur les normes sociales.
19:09Je veux dire, si j'ai un gouvernement qui dit
19:11« je vais protéger l'Europe » et en même temps,
19:13on va faire le CETA,
19:15enfin là, je crois qu'on est tous d'accord,
19:16d'ailleurs, on a tous voté contre,
19:18ça n'a aucun sens, ça n'a aucun sens.
19:21Enfin, ou plutôt, ça en a un,
19:22mais pas celui qui est annoncé officiellement.
19:25Qu'est-ce qu'il faut faire ?
19:26Alors actuel, Patrick Leyari,
19:27comment vous allez vous y prendre ?
19:30On pourrait multiplier effectivement les exemples
19:32et rentrer dans d'autres détails du discours de Macron,
19:36mais on entend bien que vous êtes tout de même un peu d'accord sur l'essentiel.
19:40Qu'est-ce que vous allez faire ?
19:41Qu'est-ce qu'il faut faire maintenant pour que ça bouge tout ça ?
19:44Non, mais ce qu'il faut faire, oui.
19:46Mais il faut un débat populaire.
19:49Parce que ce ne sont pas les discours à la Sorbonne
19:52qui changent quoi que ce soit.
19:54Et il faut, dans chaque endroit,
19:56il faut une discussion entre sa vie,
20:01l'avenir qui est réservé à son entreprise
20:04et les orientations européennes et les orientations nationales,
20:08bien évidemment.
20:09Mais on vient de parler de l'accord de libre-échange
20:14avec le traité de libre-échange avec le Canada.
20:16Mais il y a 15 traités qui se négocient en ce moment
20:23derrière le rideau,
20:24sans qu'on ne parle jamais de cela à personne.
20:28On fait faire des rapports,
20:30on prend des engagements,
20:31on fait le contraire,
20:32parce qu'on nous dit qu'on applique quand même
20:34et puis on ne tient pas compte de ce que vous avez à dire.
20:38On ne fera même pas un petit débat au Parlement.
20:40Je ne demande même pas que le Parlement vote,
20:42que le Parlement discute du traité
20:45et de ce rapport qui a été demandé par le président de la République,
20:48au moins qu'il y ait un débat.
20:51Cette affaire, Alstom-Siemens,
20:53mais tout le monde l'a appris en regardant la télévision,
20:56alors que le gouvernement négocie ça morceau par morceau.
21:01On nous dit l'harmonisation de la fiscalité.
21:03D'accord, moi je suis pour l'harmonisation de la fiscalité,
21:06mais ce n'est pas pareil si on harmonise la fiscalité des entreprises à 30%,
21:11ou si on l'harmonise à 12%.
21:14Or c'est quand même son projet.
21:15Et ainsi de suite.
21:17Donc il faut bien avoir ce débat de clarification
21:20dans les entreprises, dans les quartiers,
21:22dans les villes, dans les régions, partout,
21:24pour aller vers une sorte de forum européen,
21:29ou parce qu'il ne faut pas que ce seul débat dans notre seul pays,
21:32parce qu'il y a des différences.
21:35Il y a des différences d'approche,
21:36il y a des différences de situation.
21:38Et un ouvrier français peut se trouver en contradiction
21:41avec un ouvrier roumain ou un ouvrier portugais.
21:44Donc c'est ensemble qu'il faut faire monter,
21:47si on veut faire de l'harmonisation,
21:49c'est ensemble qu'il faut le faire en se fixant à un horizon.
21:53On sait bien que ça ne se fera pas en 5 ans,
21:55ni même en 10 ans.
21:56Mais je crois que ce débat est indispensable,
21:58et il est de la responsabilité de l'écologie politique,
22:02des forces progressistes, des forces de gauche,
22:04de mener ce débat,
22:06de ne pas laisser ce débat dans quelques salons,
22:10comme on le fait aujourd'hui.
22:11En vous entendant parler, je me dis,
22:13est-ce qu'effectivement le fait, pour Macron,
22:16de mettre en avant la question européenne,
22:17de faire les grands discours sur la question européenne,
22:20n'a pas pour effet de monopoliser un peu le débat,
22:24de monopoliser finalement les thèmes,
22:27et ce que vous êtes en train de souhaiter là,
22:29c'est qu'on ouvre au contraire le débat,
22:31qu'on ouvre les thèmes,
22:32qu'on les popularise, etc.
22:33Non mais lui, il prépare sa campagne.
22:35Il faut bien voir qu'il veut faire ici au Parlement européen
22:38la même chose qu'il a faite à l'Assemblée nationale française.
22:41Mais encore faudra-t-il à un moment donné
22:42se présenter devant les électeurs ?
22:44Ça sera plus compliqué.
22:45Oui, mais c'est pour ça qu'il a lancé
22:47sa grande idée des conventions démocratiques,
22:50et Jean-Claude Juncker a été très sympa
22:53en en parlant dans son discours sur l'état de l'Union.
22:55C'est rien de plus que de lancer la campagne présidentielle
22:59de l'Europe en marche.
23:00Mais là, on a tous, et il faut absolument...
23:02Européenne, vous l'avez dit.
23:03Oui, il faut absolument lancer le débat.
23:05Elle vient de donner le nom de la campagne.
23:07Europe en marche.
23:08Le compte Twitter a été créé pendant la campagne présidentielle,
23:11spécialement pour 2019.
23:13Ce qu'il faut faire, c'est absolument participer au débat,
23:17créer nos débats, faire les débats,
23:19et pas uniquement en France, partout,
23:20comme Patrick le disait,
23:21et puis faire de la politique,
23:24démontrer les propositions que nous faisons
23:26et les propositions aussi de vision et d'alliance.
23:31Il y a eu longtemps cette grande coalition,
23:33Gloubi-Boulga, comme je l'appelle,
23:35et qui est un petit peu le modèle qui convient à Emmanuel Macron
23:38parce que c'est pour lui dû et en même temps,
23:40et c'est tout ce qu'on ne veut plus.
23:41Et nous, il faut qu'on avance sur des alliances.
23:44Et quand on voit les convergences qu'on peut avoir
23:48avec la gauche radicale et avec les écologistes,
23:51c'est vers ça qu'il faut travailler
23:52pour montrer qu'il y a une autre option possible
23:55que ce Gloubi-Boulga.
23:56Je vous remercie.
23:57Ce sera le mot de la fin.
23:58Merci de nous avoir suivis.
23:59À bientôt.
24:00Au revoir.