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  • il y a 13 heures
Une semaine après la demande officielle de sortie de l'Union européenne du Royaume-Uni, trois députés européens débattent des enjeux des négociations et des priorités à défendre. Avec Virginie Rozière ( Socialistes et Démocrates ), Florent Marcellesi ( Verts-ALE ) et Patrick Le Hyaric ( Gauche unitaire européenne-GVN .) Débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.

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Transcription
00:01Générique
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Brexit et maintenant, ça y est, la première ministre britannique, vous le savez,
00:19Theresa May a signé la semaine dernière la demande de sortie de l'Union européenne
00:24qui enclenche le fameux article 50 et puis surtout le début des négociations
00:28qui vont durer en principe pendant deux ans.
00:30Quels sont les enjeux de ces négociations ?
00:32Vous allez en parler, vous, les parlementaires européens, ici à Strasbourg
00:36et puis on en parle autour de cette table avec vous, Virginie Rosière.
00:40Vous êtes députée socialiste et démocrate, merci d'être là, Florent Marcellesi.
00:44Vous êtes députée vert, Alliance Libre Europe.
00:47Merci également d'être là.
00:48Et puis Patrick Léyaric, députée de la gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:53On va essayer d'y voir un peu plus clair dans cette histoire de négociation de Brexit.
00:59Il faut dire que c'est tout de même un événement tout à fait exceptionnel
01:01puisque le Royaume-Uni est le premier pays, et pas n'importe lequel, à quitter l'Union européenne.
01:07On va rentrer tout à l'heure dans les détails.
01:09Déjà, vous les députés européens, comment vous êtes associés à ce Brexit ?
01:12Vous y êtes associés ? Sous quelle forme, Patrick Léyaric ?
01:15On est associés parce que nous sommes co-législateurs.
01:20Donc nous sommes consultés et donc il y aura un débat demain matin et vraisemblablement une résolution.
01:27Tout à l'heure, on entrera dans les détails de cette négociation, de ce Brexit.
01:32Mais l'objectif général, finalement, pour vous, c'est quoi ?
01:35À quoi il faut être attentif ? À quoi il faut être vigilant ?
01:38Quelle est un peu la philosophie générale, finalement, de ces négociations, Virginie Rozière ?
01:43Il y a deux choses principales.
01:44La première, c'est les gens, les vrais gens, les personnes.
01:48Parce qu'on a plus d'un million de Britanniques qui sont sur le sol d'Europe continentale.
01:53Et on a près de trois millions de ressortissants européens qui sont sur le sol britanniques.
01:57Et ces gens-là, dans leur vie quotidienne, c'est toutes leurs habitudes qui vont être bouleversées.
02:02Et même parfois leur capacité à poursuivre des études, à garder leur travail, à continuer à pouvoir rester avec leur
02:07famille.
02:08Donc ça, c'est la première préoccupation.
02:09Il faut que ce soit équilibré, c'est-à-dire qu'on traite la situation des Britanniques en Europe
02:12et celle du reste des Européens en Grande-Bretagne.
02:15Et puis la deuxième chose, moi, ce que j'ai trouvé inquiétant dans la lettre de Theresa May,
02:18c'est qu'elle lit de manière très forte sécurité et accord économique.
02:22Et que c'est une forme, pour dire un mot un peu fort, mais une forme de chantage
02:26qui est quand même très préoccupant parce qu'on ne peut pas commencer à jouer avec la sécurité des Européens
02:30simplement pour essayer de ménager un avantage économique.
02:32Donc là-dessus, il faudra qu'on soit vraiment ferme et très clair vis-à-vis de Theresa May.
02:37Florent Marcellesi, pour vous, à quoi il faut être vigilant ?
02:40Quelle est la philosophie un petit peu générale qui va vous guider dans la manière d'apprécier un petit peu
02:45ce qui va se passer durant ces négociations ?
02:46Pour résumer ça, il ne faut pas avoir d'esprit de revanche avec les Britanniques,
02:52mais ne pas être naïf non plus.
02:54Et c'est d'avoir une conversation et surtout une négociation qui soit sincère.
02:59Parce que ce qui manque, c'est de la sincérité dans les négociations.
03:03Et on le voit bien avec le cas de Gibraltar, d'ailleurs, en Espagne,
03:07où certains députés britanniques utilisent Gibraltar,
03:10l'agitent en fait, même en rappelant les Malouines,
03:14rappelant parce que c'était quand même une guerre aux Malouines,
03:15en nous expliquant qu'effectivement, on pourrait envoyer l'armée britannique
03:19aller régler le problème à Gibraltar.
03:20Donc si c'est ça les négociations qu'on va avoir sur le Brexit,
03:23ça va être plus qu'un hard Brexit, ça va être un super hard Brexit.
03:26Parce qu'effectivement, ce qu'on voit, c'est que certains députés nationalistes anglais
03:32utilisent effectivement Gibraltar comme l'ennemi extérieur avec l'Espagne
03:35pour essayer de ressouder en fait à l'intérieur,
03:37parce qu'ils se rendent compte qu'effectivement,
03:38ils ont mis les pieds dans le plat, ils ne savent pas très bien comment s'en sortir,
03:41parce que le Brexit, ce n'est pas quelque chose qui va être très bon pour le Royaume-Uni.
03:44Et donc dans ces cas-là, repli sur soi, ennemi extérieur,
03:47et ça c'est une mauvaise façon de commencer les choses.
03:49Donc il faut revenir vraiment sur un réseau plutôt de sincérité
03:53entre partenaires essentiels au sein de l'Europe.
03:56Patrick Liaric ?
03:58Oui, ce qu'a dit Virginie.
04:00La situation des personnes, des familles, de part et d'autre.
04:05Les enjeux de transférabilité des droits, l'ensemble des droits humains
04:11et la charte des droits, la charte sociale du côté britannique,
04:17ensuite se poseront beaucoup de questions.
04:21La politique agricole commune dont les Britanniques bénéficiaient,
04:26qu'ils le veuillent ou non, puisque 40 à 60% de leurs dépenses provenaient du budget européen,
04:35la situation des pêcheurs, particulièrement de nos pêcheurs dans les eaux britanniques,
04:40les enjeux liés à la concurrence.
04:42Si on développe à outrance une concurrence, notamment la concurrence fiscale,
04:47les travailleurs britanniques perdront.
04:50Nous aussi, on perdra, parce que la tendance des grandes sociétés européennes
04:56sera une tendance à l'alignement toujours vers le bas en matière de fiscalité.
05:00Ce ne sera pas du tout positif.
05:02Et comme ça vient d'être dit, il y a les enjeux de Gilles Brattard,
05:07les enjeux de l'Irlande du Nord, ceux de l'Écosse,
05:11qui ont demandé l'autorisation à nouveau.
05:14On va en parler dans le détail, bien sûr.
05:15Il y a beaucoup de questions qui sont liées à la situation des populations elles-mêmes,
05:22bien que la négociation macro-étatique, si on veut,
05:30elle conduira à ne pas changer grand-chose
05:34du point de vue de la jurisprudence de la Cour de justice européenne,
05:38puisqu'on va transférer 19 000 pages de textes du droit européen
05:43dans le droit britannique.
05:44C'est ce qu'on appelle la grande loi.
05:45Mais il n'avait pas besoin de faire tout ça
05:48pour aboutir, en fait, à une même législation.
05:51Par contre, c'est les populations qui peuvent, de part et d'autre, en souffrir.
05:55Alors évidemment, il va y avoir les conséquences.
05:57On en a déjà parlé, mais on peut en dire un mot quand même.
05:59Il va y avoir les conséquences pour l'Europe, les autres pays européens.
06:03Il va y avoir les conséquences pour les habitants du Royaume-Uni.
06:06C'est vrai que quand on écoute Jérémy Corbyn, par exemple,
06:08cette semaine, dire que le Royaume-Uni va se transformer
06:11en un paradis fiscal avec des bas salaires,
06:13il y a une vraie crainte, on s'en rend compte à l'heure actuelle,
06:16sur place, il y a une vraie crainte de voir effectivement
06:20le Royaume-Uni se dégrader, j'allais dire,
06:22au niveau de ses droits sociaux, au niveau de son économie.
06:25Qu'est-ce que vous en pensez, Virginie Anzière ?
06:27Oui, déjà, on a vu que pendant toute la période de crise,
06:31le gouvernement conservateur avait quand même tout mis en œuvre
06:34dans une logique de précarisation et de pression au maximum
06:36sur les conditions sociales et le coût du travail,
06:39dans des logiques de dévaluation interne de la Grande-Bretagne.
06:42À mon avis, politiques qui ne sont pas tout à fait étrangères
06:46au vote sur le Brexit, même s'ils n'ont rien à voir
06:48avec l'Union européenne.
06:49Donc on peut imaginer que si on perd les garde-fous européens
06:53qui existent en matière sociale, comme le disait Patrick,
06:55et qui étaient mis en avant d'ailleurs par les syndicats britanniques
06:57au moment du débat sur le référendum,
06:59là, on a des garde-fous qui tombent,
07:02et dans une logique de concurrence exacerbée
07:04entre l'Union européenne et le reste de l'Europe,
07:06on peut continuer effectivement dans une voie de précarisation
07:08et de pression sur les salariés en Grande-Bretagne.
07:11C'est malheureusement une optique qu'on ne peut pas exclure.
07:13Et puis l'hypothèse du paradis fiscal,
07:15elle a été avancée, y compris par Thérèse Hamet,
07:17en disant qu'elle a envisagé tout à fait,
07:19si ça se passait mal, d'établir un paradis fiscal
07:22aux portes de l'Europe.
07:23Donc c'est là encore une logique de discussion,
07:27comme le disait Florent, qui est quand même très préoccupante,
07:29parce qu'on n'est pas sur une logique de...
07:31Essayons de trouver le meilleur compromis mutuel,
07:35mais bien d'une concurrence exacerbée
07:37et de mesures de rétorsion successives,
07:39avec à la fin, simplement, les citoyens de part et d'autre
07:43qui en supportent les conséquences.
07:44Alors à l'heure actuelle, du côté européen,
07:47on part avec peu d'idées affichées,
07:49affirmées de manière très claire.
07:52On parle depuis le départ,
07:53enfin la Commission européenne et les négociateurs
07:55parlent depuis le départ des fameuses 4 libertés
07:58du marché unique, marchandises, services, capitaux et personnes.
08:02Et en disant que tout ça, c'est indissociable
08:05et que notamment la circulation des personnes
08:06est indissociable des autres libertés,
08:09et que sinon, il n'y aura pas d'accès au marché unique.
08:10Qu'est-ce que vous en pensez ?
08:11D'abord, oui, c'est important, c'est une réalité,
08:14c'est un point important, vous l'avez dit dès le début.
08:17Qu'est-ce que vous pensez de cette situation
08:18et de ce qui est affiché aujourd'hui
08:20comme étant l'une des conditions de la négociation ?
08:23C'est logique quand même.
08:24C'est-à-dire que le Royaume-Uni ne peut pas prétendre
08:26sortir de l'Union européenne
08:27et avoir un meilleur accord en étant en dehors de l'Union européenne.
08:30Donc ça, je pense qu'il faut quand même leur rappeler clairement,
08:31s'ils veulent sortir,
08:32il faut quand même accepter les conséquences de leur geste.
08:35C'est ce qu'on dit aux enfants tous les jours,
08:36si tu fais une bêtise, tu l'acceptes.
08:37C'est la même chose dans ce cas-là.
08:39Donc, qu'est-ce qu'ils ne peuvent pas faire ?
08:41Clairement, avoir une réalité de mouvement,
08:44ou plutôt, à l'inverse,
08:45avoir un accord commercial,
08:48ou du moins faire partie de l'espace de marché commun,
08:51et en même temps,
08:52pouvoir fermer leurs frontières comme ils le veulent.
08:53Ça, ce n'est pas possible.
08:54Donc, ils doivent respecter un minimum de règles avec nous
08:57s'ils veulent avoir un accord.
08:59Et effectivement, s'ils veulent aussi avoir un accord avec nous,
09:02avec l'Union européenne,
09:03il faut être très clair,
09:04c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas avoir d'accord bilatéraux
09:06avec les États membres,
09:07jusqu'à ce qu'ils sortent de l'Union européenne.
09:09Donc, on va aller petit à petit,
09:10et on va négocier chose par chose.
09:12Donc, je pense que c'est vraiment les points les plus importants pour nous.
09:15Et bien sûr, comme vous avez dit avant,
09:17c'est que tout ce qui va être,
09:18après une fois que le Royaume-Uni sera sorti de l'Union européenne,
09:21il faudra renégocier,
09:22et il faudra le faire sur la base des clauses très claires
09:25sur l'environnement,
09:26sur le changement climatique,
09:28sur les droits de l'homme et de la femme,
09:29et aussi sur les droits sociaux et sur la concurrence.
09:31Bien sûr, c'est évident.
09:33Donc, il faut quand même qu'ils sachent
09:35que nous, on va être sincères,
09:36sans être pris de revanche,
09:37mais sans être naïfs,
09:37un temps très clair sur ce qu'on veut,
09:39parce que les règles de l'Union européenne sont claires,
09:41et on ne va pas utiliser le Brexit
09:43pour faire baisser les règles dans l'Union européenne.
09:45On va les maintenir au plus haut.
09:46C'est votre avis aussi, Patrick Le Yarrick, ça ?
09:49Oui, mais moi, je suis d'accord,
09:51je veux éclairer une ou deux choses.
09:54Sur la liberté de circulation des personnes,
09:56c'est vrai qu'il y a une tentative
09:58non pas de négocier avec l'entité Union européenne,
10:02mais avec chacun des pays,
10:05de telle sorte qu'on ferait un sort à part à chacun des pays,
10:07et les pays se retrouveraient divisés,
10:11notamment sur la liberté de circulation des personnes,
10:14qui est extrêmement importante.
10:17On aurait la liberté de circulation des capitaux et des marchandises,
10:20l'accès au marché unique à tout va, mais pas cela.
10:24D'autre part, si on continue d'affaiblir l'accord de Dublin,
10:28l'accord de Dublin a beaucoup d'avantages,
10:30avait beaucoup d'inconvénients aussi.
10:32Dans les inconvénients qu'il y avait de notre point de vue,
10:35mais qui peut constituer un avantage,
10:37c'est que quand on rejetait des personnes,
10:41on rejetait des personnes vers le pays d'accueil,
10:45ce qui n'était pas une bonne politique.
10:47Ceci dit, les Britanniques en seront privés demain.
10:50Je prends un autre cas.
10:52Dans les quotas d'importation qui ont été négociés
10:55par l'entité Union européenne,
10:58évidemment, demain, c'est cette même entité qui aura ces quotas.
11:03Mais par exemple, je prends le cas de la viande bovine.
11:06On enlèvera la partie britannique
11:09et donc on accélérera la concurrence à l'intérieur
11:12de ce qui va constituer l'Union européenne de demain,
11:15moins le Royaume-Uni.
11:18Prenons un autre cas.
11:21On met de côté la Cour de justice européenne,
11:24mais est-ce qu'on va inventer une Cour de règlement des différents
11:28comme c'est prévu dans les traités internationaux,
11:31de commerciaux internationaux,
11:33comme le traité transatlantique ou le traité avec le Canada ?
11:37Eh bien, pourquoi exclure la Cour de justice européenne
11:40pour inventer une Cour privée de règlement des différents ?
11:43Donc on est quand même face à une multitude d'inconvénients
11:46et ces inconvénients ne sont pas tellement pour les multinationales
11:50ou pour les fonds financiers dans la négociation qui se prépare,
11:54mais à chaque fois pour le monde du travail et de la création.
11:59Alors, il y a d'autres questions.
12:01Vous avez commencé à en parler il y a quelques secondes.
12:03On va continuer là-dessus.
12:05Il y a quand même deux des nations du Royaume-Uni
12:08qui sont contre le Brexit,
12:10qui sont pour le maintien dans l'Union européenne.
12:12Et on s'aperçoit aujourd'hui que cette question-là,
12:14on en a parlé, on le sait,
12:16on le savait avant le référendum,
12:17mais cette question est en train de monter de plus en plus.
12:19C'est le cas de l'Écosse, par exemple,
12:20et c'est le cas également de l'Irlande du Nord.
12:24Dites-nous un petit peu votre sentiment là-dessus,
12:26sachant que, même chose,
12:27les choses sont un peu flouées à l'heure actuelle
12:29et les premiers concernés, à savoir les Écossais et les Irlandais du Nord
12:33ou de la République d'Irlande,
12:34sont en train eux-mêmes de définir leur position
12:36et d'essayer de voir eux-mêmes comment ils vont négocier là-dedans.
12:40Mais prenons le cas déjà de l'Écosse,
12:42parce que l'Écosse a demandé à Londres la possibilité
12:46d'organiser un nouveau référendum d'indépendance.
12:50Alors, est-ce qu'il s'agit d'une manière,
12:52d'une façon de faire pression un petit peu
12:54pour obtenir une négociation particulière pour l'Écosse ?
12:58On n'en sait rien,
12:59mais en tous les cas, la situation est à l'heure actuelle.
13:01Virginie Rosière, qu'est-ce que vous en pensez
13:02de cette situation de l'Écosse,
13:04qui a voté massivement contre le Brexit
13:07et qui insiste aujourd'hui pour dire dans ses conditionnales
13:10« Nous, on ne sort pas et on sort du Royaume-Uni ».
13:14Je pense que l'Écosse procédera à un nouveau référendum,
13:17avec de vraies chances de, cette fois-ci,
13:20quitter la Grande-Bretagne pour choisir de rester dans l'Union européenne,
13:22qui plus est, en plus, la position du gouvernement espagnol à évoluer,
13:26qui ne s'oppose plus, justement, à une sécession de l'Écosse
13:28et au fait qu'elle rejoigne l'Union européenne.
13:32Donc, à la limite, je dirais que c'est presque le cas le plus simple,
13:34parce qu'on a un processus d'autodétermination
13:36qui est relativement serein, encadré,
13:38et non.
13:39La question, c'est est-ce que le référendum aura lieu avant ou après
13:42la conclusion d'un accord,
13:44et avant ou après les deux ans.
13:45Moi, je comprendrais que l'Écosse veuille le faire avant,
13:47puisque si elle veut rester dans l'Union européenne,
13:49ce serait problématique pour elle de sortir pour ensuite y re-rentrer.
13:52Mais ça, à la limite, ce sera une négociation entre Anglais et Écossais.
13:59Il y a deux cas beaucoup plus problématiques.
14:00Le plus problématique, je pense, c'est Irlande du Nord,
14:02parce qu'on a quand même une situation extrêmement conflictuelle,
14:06des années de guerre civile qui ont été résolues
14:08avec un fragile équilibre.
14:09Et justement, le fait que la frontière n'en soit plus,
14:12entre l'Irlande et la Grande-Bretagne,
14:14portée par les accords européens,
14:16est fortement remise en question.
14:18Et du coup, la recréation de cette frontière,
14:20outre les effets sur la vie quotidienne des habitants,
14:23est surtout une source de tension énorme.
14:25Et là, j'avoue qu'il n'y a pas de solution toute faite
14:29qui se dessine, et c'est vraiment très préoccupant.
14:33Il y a trois cas.
14:36Il y a Gibraltar également.
14:36Oui, il y a Gibraltar aussi.
14:37Donc, quatre cas, si on compte Gibraltar,
14:39parce que j'aurais peut-être ajouté un quatrième cas à la fin.
14:40Donc, il y a le premier, c'est l'Écosse,
14:41effectivement, la position du gouvernement espagnol
14:43qui a changé, et c'était un peu le coup de tonnerre
14:46pour les Britanniques, parce qu'ils pensaient,
14:48effectivement, qu'il allait y avoir un veto de l'Espagne
14:50sur une possible entrée de l'Écosse dans l'Union Européenne
14:52pour éviter le cas catalan.
14:54Mais donc, là, on a eu un verrage à 180 degrés
14:55qui permet que l'Écosse puisse rentrer.
14:57C'est très compliqué pour Theresa May
14:59de ne pas accepter justement un référendum,
15:01parce qu'il y a un référendum pour le Brexit, d'ailleurs.
15:04Il y a un référendum déjà en Écosse,
15:06donc ça va être très, très dur pour elle de ne pas l'accepter.
15:08Et en plus, ça va être très, très dur de le gagner
15:09après pour que l'Écosse reste dans le Royaume-Uni,
15:13parce qu'un des arguments qu'avaient utilisé, justement,
15:17ceux qui disaient que l'Écosse ne devait pas être abondance,
15:19c'est qu'elle leur dit,
15:19si vous partez du Royaume-Uni,
15:21vous ne serez plus dans l'Union Européenne.
15:22Donc l'histoire a changé totalement,
15:24et donc maintenant, c'est très difficile
15:26de pouvoir maintenir cet argument.
15:28Donc après, on a le deuxième cas,
15:30effectivement, et là, je suis tout à fait d'accord,
15:31c'est le cas aussi qu'on pourrait approcher de Gibraltar,
15:33et on se rend compte que l'Union Européenne
15:34a joué un rôle stabilisateur de paix, en fait,
15:37sur les frontières en Irlande du Nord,
15:39et aussi à Gibraltar.
15:40C'était la garante, effectivement,
15:42de cette stabilité,
15:44de retrouver, effectivement,
15:45une façon de vivre au-delà des conflits nationaux,
15:47grâce à une entité supraestatale
15:50qui permettait justement d'éviter ces problèmes.
15:52En Irlande du Nord,
15:53mais aussi à Gibraltar,
15:54on a 10 000 travailleurs
15:55qui passent tous les jours
15:56entre l'Andalousie et Gibraltar.
15:58Et la quatrième nation,
16:00c'est pas vraiment une nation, en fait,
16:01mais c'est les jeunes,
16:02c'est les jeunes aussi,
16:03parce que les jeunes,
16:04ils ont voté pour rester en Union Européenne.
16:07Et qu'est-ce qu'on fait avec eux ?
16:08Parce que là, Theresa May,
16:09il n'a aucun, en fait, d'avenir,
16:11aucun projet pour eux, en fait.
16:12C'est surtout les gens qui voulaient partir,
16:14mais qui vont être,
16:15qui ont donné un bonbon à la fin.
16:17Et les jeunes ne savent pas vraiment
16:18comment avoir une vision d'avenir depuis leur île.
16:22Donc, je pense qu'il faut vraiment s'y penser à eux.
16:23Et je pense que le Parlement européen,
16:25on doit leur envoyer aussi un message.
16:27Et d'ailleurs, une proposition,
16:28c'est que toujours,
16:29les jeunes du Royaume-Uni
16:30puissent avoir accès d'une façon ou d'une autre
16:32au programme Erasmus, justement,
16:34parce que je pense qu'il faut avoir
16:35cette vision de futur,
16:36de dire, c'est quand même possible
16:37que les jeunes, dans quelques années,
16:38veuillent revenir dans l'Union Européenne.
16:40Et il faut quand même laisser une porte ouverte
16:42au Royaume-Uni.
16:43Bon, sur ces deux points, Patrick Luiaric,
16:45sur la question de l'Écosse et de l'Irlande...
16:48Je n'ai rien à jouer.
16:49C'est la même chose, c'est ça.
16:50Alors, on est en train de se dire,
16:52tout de même, autour de cette table,
16:55finalement, c'est dommage quand même
16:56que le Royaume-Uni quitte l'Europe.
16:59Et on ne voit pas bien
17:01comment c'est possible en dernier instant.
17:04On se rend compte que là,
17:05dans la négociation qui s'annonce,
17:07personne n'y va de gaieté de cœur
17:10dans ce débat.
17:13Non, pas de gaieté de cœur.
17:15Et de surcroît, le risque quand même existe
17:17que ceux qui ont protesté,
17:21ceux qui ont voulu protester
17:23en votant pour sortir de l'Union Européenne,
17:28peut-être que ce seront
17:29ceux qui seront les plus perdants encore.
17:33Parce que moi, je ne suis pas un défenseur
17:35des politiques européennes
17:36telles qu'elles se font.
17:37Mais quand on épluche
17:39les avantages et les inconvénients
17:41de cette sortie de l'Union Européenne,
17:44on voit bien que les conséquences
17:46peuvent être dramatiques
17:48pour ceux-là même
17:49qui se sont laissés ambiréficoter
17:51dans un projet,
17:52dans un nom qui a été un nom
17:55qui n'était pas un nom positif,
17:57qui n'était pas un nom de construction.
17:58Au contraire, c'est plutôt un nom de destruction
18:00et peut-être de précarité supplémentaire,
18:05de mal-vie supplémentaire,
18:06de pression sur les salaires supplémentaires.
18:09Si on poursuit ce que vous dites là,
18:11je parle à Virginie Ronsière,
18:12on a craint à un moment donné,
18:14enfin tout de suite, en tous les cas,
18:15après le référendum,
18:16après les résultats du Brexit,
18:18que ce Brexit sonne un coup de tonnerre en Europe
18:21et donne le signe
18:23d'une certaine des mandats possibles.
18:25Qu'est-ce que vous en diriez aujourd'hui ?
18:26Vous diriez un peu ce qu'est en train de dire
18:28Patrick Loiaric, c'est-à-dire que ça a plutôt
18:30quand même un peu renforcé
18:33les velléités pro-européennes
18:35des autres pays européens ?
18:36Où est-ce que tout ça est encore très instable ?
18:39On peut le souhaiter,
18:41c'est que ce soit un choc salutaire
18:43pour la cohésion européenne
18:44et que ça appelle les autres pays européens
18:47à retrouver le sens de leur projet,
18:49le sens de cette solidarité.
18:51Il faudra de toute façon de la cohésion
18:52dans la négociation
18:53parce que comme l'a dit Florence,
18:55il ne faudra ni être revanchard
18:58ni être naïf,
18:58simplement se préoccuper
19:00du bien-être de l'intérêt des Européens
19:03sans chercher de revanche particulière
19:05mais sans non plus brader
19:08le bénéfice pour l'Union européenne
19:10d'un accord potentiel.
19:12Est-ce que ce sera suffisant
19:14ou est-ce que ça conduira
19:15à un renforcement du projet européen ?
19:16On peut le souhaiter.
19:17En tout cas, pour l'instant,
19:19dans la discussion au Parlement européen
19:21pour établir cette résolution,
19:22il y a un large consensus transpartisan
19:25pour justement refuser cette logique
19:28de marchandage
19:29qu'essaie d'installer la Grande-Bretagne,
19:32réaffirmer qu'on a les quatre libertés
19:36et la compétence de la Cour de justice
19:39qui est aussi un élément très fort
19:40sur lequel on ne souhaite pas transiger,
19:42redire aussi que le Parlement européen
19:44aura son mot à dire
19:44au travers de cette résolution
19:46il donne une position initiale
19:48mais ensuite il devra se prononcer
19:49pour la mise en œuvre des accords,
19:51ne serait-ce que pour le processus électoral
19:52dans deux ans
19:52et puis ensuite pour adopter
19:55l'accord de séparation
19:57une fois qu'il sera établi.
19:59C'est un premier pas.
20:00De la solidarité de la cohésion,
20:02il nous en faudra quand même
20:03parce qu'on peut faire confiance,
20:04je pense, aux Britanniques et aux Anglais
20:06pour être des négociateurs redoutables.
20:09Donc il faudra qu'on soit unis.
20:10C'est votre sentiment aussi,
20:12Florent Marcellesi,
20:12cette espèce quand même
20:13de relative unité européenne
20:15et de ces différentes institutions
20:16dans ce début des négociations
20:19qui vont maintenant entrer
20:19dans la phase dure du Brexit.
20:21Oui, effectivement,
20:22c'est intéressant de voir par exemple
20:23qu'on a réussi à avoir une résolution
20:24qui sera votée demain
20:24mais en théorie,
20:25on a quand même les cinq gros groupes,
20:27on a les conservateurs,
20:28les socialistes,
20:28les verts,
20:29la gauche
20:30et aussi les libéraux
20:31qui sont d'accord sur une résolution.
20:32Donc c'est quand même
20:33une grosse unité,
20:34majorité autour de ce sujet.
20:36Puis aussi,
20:36c'est assez intéressant de voir
20:38que les dernières élections
20:39qu'on a eues,
20:40par exemple en Autriche,
20:42par exemple en décembre
20:43ou en Londres,
20:43il y a peu,
20:45au lieu d'avoir un effet
20:46qui renforce en fait
20:47les discours proches du Brexit,
20:50on a quand même un effet
20:50qui a renforcé au contraire
20:52des alternatives à ces discours.
20:54Ce qui ne veut pas dire
20:54que les autres discours ont disparu
20:55mais ils n'ont pas pris l'hégémonie.
20:57C'est quand même assez intéressant.
20:58Donc il y a plutôt
20:58un retour dans l'autre sens.
21:00Effectivement,
21:00je pense que les Britanniques
21:01nous ont touchés aussi
21:02un peu au fond de notre identité
21:03et on se rendu compte
21:04qu'on est plus européens
21:04que ce qu'on pense.
21:06Et effectivement,
21:06ce qui nous permet
21:07de nous dire
21:08que le Brexit,
21:09ce n'est pas finalement
21:10une si mauvaise nouvelle
21:11mais ça peut être
21:12une opportunité
21:13pour reconstruire l'Europe
21:14sur de nouvelles bases
21:15encore plus solidaires
21:16et avec plus de cohésion.
21:17Pour terminer, Patrick ?
21:18Je crois que c'est ça
21:19la question de fond.
21:20C'est que certes,
21:22il n'y a nulle part,
21:25sauf dans les forces
21:26d'extrême droite,
21:27le projet de détricoter
21:29toute solidarité européenne
21:31mais la question de fond,
21:32c'est qu'il faudrait
21:33que partout
21:35au Parlement,
21:37au Conseil européen
21:38et à la Commission,
21:39on réfléchisse
21:41avec les populations,
21:43avec les peuples aujourd'hui
21:44sur la question
21:45de savoir
21:45comment on refonde
21:47le projet européen,
21:48qu'on tire les leçons
21:49de cela
21:49et qu'on le refonde
21:51sur le projet
21:53d'une Europe sociale,
21:55d'une Europe
21:55beaucoup plus démocratique,
21:57associant réellement
21:58les citoyens
21:59à la construction
22:00et une Europe
22:01s'inscrivant
22:02dans la transition
22:02environnementale
22:03qui est absolument
22:04nécessaire aujourd'hui
22:05pour créer
22:06les conditions
22:07d'un mieux-être,
22:08d'un mieux-vivre
22:09pour toutes et tous.
22:09On se rend compte
22:10que ces questions-là
22:11sont en train de monter
22:12quand même à l'heure actuelle
22:14depuis les derniers mois
22:15dans la conscience
22:16un petit peu
22:17de tous ceux
22:17qui sont dans le secteur
22:19et notamment
22:20qui s'occupent
22:21de l'Europe,
22:21bien sûr.
22:21On sent que c'est en train de monter.
22:23Écoutez, merci,
22:24je vous remercie à vous tous.
22:25On est un peu rapide
22:26parce que ici,
22:27le temps nous est compté.
22:29Je vous remercie
22:30d'avoir participé
22:30à ce débat, bien sûr.
22:32Merci à vous
22:32qui nous avez suivis
22:33et puis rendez-vous
22:34une petite seconde encore
22:35sur le site
22:36de l'humanité.fr
22:37pour suivre
22:38l'autre débat
22:39qui est consacré
22:40à l'Europe
22:42et aux Outre-mer.
22:43C'est d'actualité.
22:44Et puis,
22:45on va en parler bientôt
22:46aussi ici
22:46au Parlement européen
22:47en mai en juin.
22:48Au revoir,
22:49merci,
22:49à bientôt.
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