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  • il y a 20 heures
Une semaine après la publication de la "Lettre aux citoyens d'Europe" publiée dans plusieurs journaux européens, décryptage des propositions d'Emmanuel Macron avec l'eurodéputé Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).

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Transcription
00:11Patrick Le Yarrit, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Vous êtes, je le rappelle, député européen de la gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:17Il y a une semaine maintenant, le président de la République française, Emmanuel Macron,
00:22a publié dans plusieurs journaux européens une lettre aux citoyens d'Europe.
00:26C'était le titre qui exposait un petit peu sa vision, au gros, de l'Europe,
00:30évidemment, dans une perspective qui est quand même celle de la campagne électorale.
00:33J'allais dire comme ça, de prime abord, qu'est-ce que vous en retenez ?
00:36On passera ensuite au point peut-être plus précis, mais qu'est-ce que vous en retenez comme tonalité générale
00:40?
00:42Malheureusement, on a l'habitude de ces flots de mots, de ces flots de promesses avant chaque campagne électorale,
00:48mais lui-même, il a fait la démonstration déjà, avant de se faire élire président de la République,
00:54qu'il est coutumier de promesses et de mots, et il fait le contraire.
01:00Par conséquent, il n'y a pas beaucoup de crédibilité à cela.
01:05Alors, c'est une chose remarquable, c'est qu'effectivement, le président Macron,
01:11appelons-le le président Macron, ne manifeste pas tout de même, on peut le dire,
01:16un grand intérêt pour la politique européenne en tant que politique européenne.
01:20On voit qu'il agit plutôt, à l'heure actuelle, dans le cadre d'une intergouvernementalité générale,
01:26plutôt que dans le cadre... Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:28Vous êtes député européen, est-ce qu'il, par exemple, tient grand cas du Parlement européen ?
01:32Comment vous le ressentez ?
01:35Sur certains sujets, comme par exemple le glyphosate, il n'a pas du tout tenu compte du vote du Parlement
01:39européen.
01:40Sur d'autres sujets, comme la taxe sur les transactions financières, ou l'évasion fiscale,
01:46ou les deux commissions qui ont été consacrées à ces sujets-là,
01:52jusqu'à ce moment, il n'en tient pas du tout compte.
01:56Il en est de même sur la taxation des géants du numérique.
02:00Certes, il y a eu un début d'action de menée incontestable,
02:04mais cette action-là ne s'est pas poursuivie,
02:06puisque aujourd'hui, on s'est rabattu sur une taxe nationale
02:10qui rapportera d'ailleurs pas beaucoup d'argent.
02:12Alors, quand il dit...
02:15Quand il développe la thèse d'une Europe qui protège
02:19contre un nationalisme qui protégerait de rien du tout
02:22et qui renverrait chacun dans son camp avec ses difficultés, ses problèmes,
02:26comment on l'interprète, encore une fois, cette façon de voir ?
02:30Pardon, allez-y.
02:31On voit bien que, quand on prend l'enjeu des migrations, par exemple,
02:37ce qu'il fait ici n'est pas très différent
02:42de ce que fait malheureusement le gouvernement italien.
02:45Il dit l'Europe qui protège, mais il ne cesse,
02:48sans avis du Parlement français d'ailleurs,
02:51de signer et d'accepter des accords de libre-échange
02:54qui se font contre nos normes sociales,
02:57contre nos normes environnementales,
02:59contre notre industrie et notre agriculture.
03:01Par conséquent, il ne peut pas d'un côté faire des lettres
03:04et d'un autre côté voter au Conseil européen
03:07des décisions qui sont à l'opposé de ce qu'il écrit dans ses fameuses lettres.
03:11On le voit aussi pour un des sujets qui est abordé au cours de cette session au Parlement européen,
03:17qui a été abordé, qui est réglé,
03:19puisque l'accord est intervenu entre les trois instances européennes lundi soir,
03:25qui concerne la protection des lanceurs d'alerte.
03:27On s'aperçoit que sur cette question de la protection des lanceurs d'alerte,
03:31la France n'était pas du tout en avance par rapport à d'autres pays.
03:34C'est même la France qui freinait un peu.
03:36Tout à fait, non.
03:37Non seulement elle freinait, mais on n'a pas aujourd'hui encore la certitude
03:42que les dispositions européennes telles qu'elles sont écrites aujourd'hui,
03:47telles qu'elles sont votées, vont être appliquées en France,
03:50puisque on sait qu'on multiplie les dispositifs de la législation française
03:56pour contourner ce qui a été inscrit dans la directive.
04:00Bouclier social européen ?
04:02Un bouclier social, ce serait beaucoup plus crédible, par exemple,
04:07s'il n'abaissait pas les APL,
04:08s'il ne voulait pas faire un RSA conditionné, comme en Italie,
04:14à une activité ou à un emploi,
04:16c'est-à-dire à donner de la main-d'oeuvre à bon marché aux employeurs.
04:21Donc tout ceci n'a pas de crédibilité quand on voit ce qu'il fait à l'échelle nationale,
04:29mais aussi à l'échelle européenne.
04:32Pourquoi, par exemple, il a fait enlever de la directive travailleurs détachés
04:37la situation des chauffeurs routiers,
04:40qui sont les travailleurs détachés parmi les plus nombreux dans l'Union européenne.
04:44Par conséquent, il n'y a pas là de bouclier social,
04:47pas plus qu'il n'y a de bouclier social quand il ne produit aucun geste
04:52pour augmenter les salaires à due proportion en France,
04:57mais dans chacun des pays de l'Union européenne.
05:00Autre grand thème, évidemment, qui a de l'importance aujourd'hui,
05:04ce qui donne lieu notamment à des manifestations partout en Europe,
05:07on pense à l'environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique.
05:11En quoi est-ce que cette lettre qui a été adressée européenne
05:16comporte des informations nouvelles, des positions nouvelles ?
05:19Il n'y a pas de grande nouveauté,
05:22sauf la reprise de l'idée d'une banque pour le climat.
05:27Mais pour faire une banque pour le climat,
05:30il faut se donner des moyens d'ailleurs.
05:32Il faut lier progrès social et protection environnementale,
05:38protection du climat.
05:40Et pour ce faire, il a un acte à produire en ce moment,
05:45puisque la Banque centrale européenne dit qu'elle va continuer à faire de la création monétaire
05:51pour donner du crédit aux banques privées,
05:54pas pour le bien public, pas pour le bien commun, aux banques privées.
05:58Donc il peut mener, il peut chercher même des alliances à l'intérieur de l'Union européenne
06:04pour qu'il y ait une banque ou un fonds de développement,
06:11qui soit un fonds de développement social et qui permette la transition environnementale
06:16et surtout le développement des services publics,
06:19ce qu'il est en train de détruire à petit feu dans son propre pays.
06:22– Agence pour la protection des démocraties,
06:25on a envie de dire qu'il y a déjà un Conseil de l'Europe qui existe déjà ?
06:29– Oui, d'ailleurs dans les propositions qu'il fait,
06:33il y a plusieurs agences ou dispositions qui sont déjà en cours dans l'Union européenne.
06:39Donc il trompe un peu son monde de ce point de vue.
06:41– Alors comment vous l'interprétez au bout du compte, cette tribune ?
06:44Elle est destinée à quoi finalement ?
06:46– Elle est destinée à la campagne des élections européennes,
06:49c'est-à-dire nous avons un président de la République qui préempte un débat national,
06:54il est seul à parler dans un débat national au cours duquel il réunit quelques maires
07:00et il fait des conférences qui durent des heures et des heures,
07:03mais ce n'est pas la population, ce ne sont pas les citoyens
07:08qui deviennent maîtres de leur destin,
07:11qui deviennent maîtres de l'élaboration de propositions alternatives,
07:16ni à partir du mouvement des Gilets jaunes en France,
07:20ni dans l'Union européenne.
07:22Parce que si on voulait s'engager dans un processus constituant
07:28à partir d'États généraux de refondation de l'Union européenne,
07:32il en aurait la possibilité s'il le voulait.
07:34– Vous pensez que ce genre de position va jouer un rôle dans la campagne qui s'annonce ?
07:41Parce que l'autre question c'est bien sûr celle-ci,
07:43quelle alternative ?
07:44L'alternative bien sûr, ce sont les propositions autres que celles
07:49qui vont être représentées par la liste qui est soutenue de fait par Emmanuel Macron.
07:54Quel rôle peuvent jouer ces thèmes ?
07:56Vous pensez que c'est un inventaire à la prévère,
08:01mais sans grande accroche sur ce que l'opinion attend aujourd'hui ?
08:05– Déjà sur un certain nombre de thèmes, il prend beaucoup à la droite.
08:09Il en prend M. Sarkozy, M. Copé qui a été le président de l'UMP,
08:14il s'est exclamé en disant que c'est son propre parti qui aurait dû faire ce courrier.
08:20Et Mme Le Pen a dit que nous sommes en train de gagner la bataille des idées.
08:25Par conséquent, il est toujours dans sa stratégie d'installer un duopole
08:30entre lui et l'extrême droite pour drainer des citoyens
08:36vers ce qu'on pourrait appeler prétendument le moindre mal.
08:40Mais en vérité, il n'y a pas de moindre mal,
08:42puisque c'est sur beaucoup de sujets la copie conforme
08:47de ce que propose la droite aujourd'hui, voire l'extrême droite, notamment sur Schengen.
08:51– C'est ça, c'est-à-dire que cette dichotomie qu'on a voulu nous vendre,
08:57notamment au cours des années précédentes,
08:58entre populistes d'extrême droite d'un côté,
09:01et puis européens convaincus, démocrates, etc. de l'autre,
09:05est-ce que vous pensez que cette dichotomie-là continue à avoir de l'efficacité
09:09ou comme vous commencez à le dire et vous êtes en train de le dire,
09:12est-ce qu'on n'est pas en train de s'apercevoir que ces choses-là
09:16veulent dire un peu la même chose ?
09:17On le voit notamment lié au fait qu'un certain nombre de pays
09:21sont devenus des pays populistes, on pense à l'Italie, etc.
09:24Donc on voit que la politique finalement qui est suivie
09:26n'est guère différente de celle d'un pays de droite classique.
09:29– Ben non, on a mis l'impôt, le système d'impôt de la flat tax,
09:34c'est-à-dire baisser l'impôt sur le capital en Hongrie.
09:38En Autriche, on a reculé l'âge de la retraite à 67 ans.
09:41Par conséquent, ces gens-là, ils votent les mêmes textes,
09:46les mêmes directives, ils font les mêmes recommandations aux États
09:49au sein du Conseil européen.
09:51Il n'y a pas, de ce point de vue, beaucoup de changements.
09:54Mais on alimente une polémique ou une contradiction politique
10:00plutôt artificielle pour empêcher les forces de la transformation sociale
10:05et environnementale, les forces progressistes, d'émerger.
10:08C'est son projet aujourd'hui pour avoir les mains libres,
10:13pour mettre en œuvre la politique, non pas sur laquelle il a été élu,
10:19mais la politique qu'il a choisie.
10:21C'est une politique qui sert les intérêts des puissances financières et industrielles.
10:26– Alors précisément, une réplique des forces progressistes
10:29ou des programmes progressistes, comme vous le dites,
10:32de manière simple, de manière compréhensible et de manière claire,
10:36ça pourrait être quoi dans la conjoncture actuelle ?
10:39On ne sort pas de l'Europe, il n'en est plus question, mais qu'est-ce qu'on fait
10:42?
10:43– Il y a un certain nombre d'enjeux sur lesquels il faut maintenant revenir.
10:49On voit bien que cette politique dite de concurrence de guerre,
10:53de tous contre tous, elle est d'une inefficacité redoutable
10:57et de surcroît, elle crée des inégalités et tire tout le monde vers le bas.
11:01Par conséquent, c'est l'opposé qu'il faut faire, c'est qu'il faut créer les conditions
11:05d'une nouvelle répartition des richesses en faveur des salaires et de l'emploi.
11:10Il faudrait même inventer dans l'Union européenne un processus qui permette
11:15soit une sécurité sociale du travail et de la formation,
11:20soit une sécurité d'emploi et de formation,
11:23de telle sorte que chacune et chacun ait l'assurance qu'il a un travail ou une activité,
11:30soit à la fin des études, soit au cours de sa vie.
11:33Il faut le combiner en permanence avec les formations.
11:37Deuxièmement, il faut lancer un grand plan de lutte contre la pauvreté.
11:42Troisièmement, il faut avancer vers l'égalité salariale hommes-femmes
11:48dans toute l'Union européenne avec une clause qu'on pourrait mettre dans une directive
11:54qui serait celui de la femme la plus favorisée,
11:57c'est-à-dire les droits sociaux du pays où ils sont les plus élevés
12:02s'appliqueraient peu à peu à l'ensemble des pays.
12:06Il y a cette grande question de cesser de détruire le concept de service public
12:14et au contraire, il faut pour la transition environnementale,
12:18il faut pour améliorer la vie quotidienne des citoyens,
12:23il faut défendre le service public.
12:27C'est un grand enjeu, le service public, de l'école, de la santé, des transports.
12:31Autant de choses qu'on est en train de détruire aujourd'hui
12:34au nom, prétendument, du combat contre les déficits publics.
12:39Évidemment, après, il y a des actions communes de grande ampleur
12:42à mener contre l'évasion fiscale pour répondre aux défis climatiques
12:49dans le combat contre les géants du numérique nord-américain.
12:53Donc, il y a beaucoup de choses à faire,
12:55auxquelles il faut ajouter évidemment une politique de sécurité commune
12:58et de paix et de désarmement.
13:00Or, c'est le contraire.
13:01Au lieu d'aller vers le paix et le désarmement,
13:03on nous invente un ersatz d'armée européenne inféodée à l'OTAN,
13:09c'est-à-dire au nord-américain.
13:11On voit bien qu'il y a une multitude de chantiers à ouvrir
13:14et ce ne sont pas ces chantiers-là que porte aujourd'hui le président de la République.
13:18Précisément, les élections européennes, c'est maintenant dans deux mois, on y arrive.
13:23Vous voyez émerger quel type, à l'heure actuelle, de débats,
13:27quel type de thèmes qui, selon vous, vont animer cette campagne ?
13:30Malheureusement, pour l'instant, le débat est un peu étouffé.
13:34Il est étouffé par ce fameux grand débat.
13:36Il est étouffé par des initiatives comme celle-là.
13:39Il n'y a pas de débat contradictoire.
13:41Il n'y a pas de présentation des listes des candidats de leur programme
13:45sur aucune chaîne de télévision et de radio.
13:48Il y a, par contre, micro ouvert au seul président de la République et à ses ministres.
13:54Il faut étudier les passages des ministres le dimanche sur les chaînes de radio et de télévision.
14:02Aujourd'hui, ils sont omniprésents.
14:05Il n'y a presque personne de l'opposition.
14:07Il y en a un contre dix, en quelque sorte.
14:10Or, ce débat démocratique, ce débat contradictoire,
14:13il est aujourd'hui indispensable pour sortir des impasses dans lesquelles nous nous trouvons.
14:18Donc la campagne va être très difficile et sans doute distingue de la précédente.
14:22Oui, ce sera forcément une autre campagne parce qu'on est aussi à une autre période.
14:28Et puis, il y a beaucoup de doutes, il y a beaucoup de questions.
14:31Il y a un rejet fort de la construction européenne ultralibérale telle qu'on nous l'a fait.
14:36Donc les citoyens, les travailleurs se posent beaucoup de questions
14:42sur la manière de refonder, de transformer, de révolutionner cette construction européenne
14:47qui est indispensable pour qu'enfin ce soit une Europe du travail pour le travail
14:52et non plus une Europe pour les marchands et l'argent.
14:56Les jeunes également le voient dans les manifestations pour le climat à l'heure actuelle
14:59qui mobilisent spécialement les jeunes.
15:00Là, c'est un bel espoir parce que quand tous ces jeunes se mobilisent de cette manière-là,
15:07c'est aussi un appel aux institutions internationales et aux institutions européennes
15:13de s'engager dans une voie qui cesse d'emmener la planète à l'abîme.
15:19Patrick Le Yariq, je vous remercie.
15:37Merci.
16:07Merci.
16:37Merci.
17:07Merci.
17:37Merci.
18:07Merci.
18:37Merci.
19:07Merci.
19:37Merci.
20:07Merci.
20:37Merci.
21:07Merci.

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