- il y a 13 heures
A quelques jours du 60ème anniversaire du Traité de Rome, alors que se multiplient les signes de défiance et d'hostilité des citoyens envers l'Union européenne, comment changer l'Europe si l'on veut la sauver ? Trois députés européens font des propositions. Avec Pervenche Berès ( Socialistes et Démocrates ), Florent Marcellesi ( Verts-ALE ), et Patrick Le Hyaric ( Gauche unitaire européenne-GVN. ) Débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.
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00:06...
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Quel avenir pour l'Europe à quelques jours de l'anniversaire des 60 ans du traité de Rome,
00:20qui est, comme vous le savez, le traité fondateur de l'Union européenne.
00:23La question se pose, elle se pose d'autant plus que les signes d'hostilité des citoyens envers l'Europe
00:30se multiplient.
00:31On va en dire quelques mots.
00:32Et puis le vote du Brexit aussi, dont on reparle encore en ce moment, en est aussi un symptôme.
00:36On en parle avec vous, Pierre Vange Bérez, vous êtes socialiste et démocrate, députée européenne, bien sûr,
00:42et auteur d'un des trois rapports sur l'avenir de l'Europe.
00:44On en parlera tout à l'heure.
00:46Florent Marcellesi, vous êtes, vous, vert, espagnol, vert Alliance Libre Europe,
00:51et Patrick Leyaric, vous êtes député de la gauche unitaire européenne, gauche, vert, nordique.
00:56Revenons peut-être en quelques mots sur le diagnostic.
00:59Est-ce que les uns et les autres, vous constatez cette désaffection grandissante de l'Europe dont tout le monde
01:05parle ?
01:05Est-ce que ça vous inquiète ? Est-ce que vous le constatez réellement, Pierre Vange Bérez ?
01:09Est-ce que vous êtes sûr d'avoir énoncé un scoop ?
01:11Non, non, c'est pas un scoop.
01:14Mais on est dans un moment particulièrement difficile.
01:17Est-ce que l'Europe est en polycrise ? C'est une certitude.
01:20Qu'on n'ait pas traité correctement la question des souverainetés,
01:23qu'on ait souverestimé la création de richesses à travers le marché intérieur,
01:28qu'on ait sous-estimé la question des besoins d'harmonisation fiscale, sociale.
01:32J'en passe, c'est des meilleurs qu'aujourd'hui le Royaume-Mini,
01:34veuille s'en aille, tout ça est exact.
01:36La seule question qui va se poser, c'est est-ce qu'on se sert des échéances qui sont devant
01:40nous,
01:41à savoir l'élection présidentielle en France par exemple,
01:45pour parler d'Europe, pour dire ce que nous voulons faire.
01:48Et à cette question, qu'est-ce que nous apportons comme réponse ?
01:51Est-ce que nous disons, c'est trop dur, on abandonne ?
01:54Ou est-ce qu'on se donne les moyens de faire fonctionner cette Europe
01:58dont je crois que nous avons énormément besoin dans la mondialisation ?
02:02Oui, si j'en parle, c'est parce que, évidemment, sur tous ces thèmes dont vous parlez là,
02:05bien sûr, on en parle depuis longtemps, etc.
02:06Mais là, on a l'impression, peut-être aussi, que la conjoncture dont vous parlez,
02:11à savoir les élections en Europe, et spécialement l'élection en France,
02:15est propice aussi à cette espèce de malaise qu'on ressent,
02:19mais j'allais dire, chez tout le monde un petit peu à l'heure actuelle.
02:21Enfin, je ne sais pas si votre sentiment, vous ressentez ça ou pas ?
02:24Vous êtes en Espagne, mais est-ce que vous ressentez un petit peu ça quand même aussi ?
02:27Moi, ce que je ressens surtout, c'est qu'il y a, quand on dit que l'Europe est en
02:30crise,
02:30on peut se poser la question de qu'est-ce qui n'est pas en crise actuellement ?
02:32Parce que la France, vous habitez en crise, l'Espagne est en crise,
02:35le Royaume-Uni est sur le bord de l'implosion interne,
02:40donc où est la crise ?
02:40La crise est à tous les niveaux actuellement.
02:42Et l'Europe, c'est juste le reflet global de cette crise
02:45qu'on retrouve au niveau local, au niveau régional et au niveau national
02:48dans tous les pays actuellement.
02:49Et le problème, c'est qu'on n'a effectivement pas un diagnostic commun entre tous.
02:52Quand on voit les cinq scénarios proposés par Juncker,
02:55effectivement, il y a trois scénarios qui nous mènent directement
02:57à la désintégration de l'Union européenne,
03:01seulement deux qui pourraient être plus ou moins acceptables,
03:03et encore, pour nous, ils ne sont pas acceptables, ils vont faire un sixième
03:06basé sur la démocratie européenne.
03:08Donc effectivement, je pense qu'il y a un besoin d'avoir un diagnostic partagé
03:10et c'est de revenir à une démocratie bien plus profonde, approfondie de l'Europe.
03:14Mais au fond, est-ce qu'il faut sauver l'Europe ?
03:16Patrick Le Yarrick, est-ce qu'au sein du Parlement,
03:19on sait qu'il y en a qui ne le souhaitent pas,
03:20est-ce que vous plaidez, vous, pour une Union européenne améliorée, etc. ?
03:25Est-ce que le Brexit a mis à l'ordre du jour le départ pur et simple de l'Europe
03:28?
03:29Pourquoi est-ce qu'il faut sauver l'Europe, finalement ?
03:31Est-ce qu'il faut la sauver ? Pourquoi ?
03:33Mais de toute façon, l'Europe n'a pas besoin de nous pour se sauver.
03:36L'Europe est une entité géographique.
03:38Vous venez d'employer deux mots, Europe et Union européenne.
03:41L'Union européenne est bien plus petite que l'Europe.
03:44L'Europe est une entité géographique.
03:46L'Union européenne est une entité politique, économique, un peu sociale, désormais.
03:52La question n'est pas de savoir si on la sauve ou pas.
03:54La question est de savoir si elle revient à sa promesse d'origine, il y a 60 ans.
04:01C'est-à-dire qu'elle va être capable de protéger les citoyens de la mondialisation capitaliste,
04:06des dérèglements climatiques et d'une multitude d'autres choses par ailleurs
04:12pour lesquelles il faudrait beaucoup coopérer.
04:14Donc c'est la question, c'est cette question-là qui est posée.
04:17Si on s'abose, c'est que ce n'est pas le cas aujourd'hui ?
04:20Non, ce n'est pas le cas.
04:21Il n'y a qu'une manière de la résoudre, c'est de donner la parole aux citoyens.
04:26C'est d'organiser à travers toute l'Union européenne un débat démocratique
04:31à l'échelle des collectivités, à l'échelle des régions, à l'échelle des nations, évidemment.
04:37Trouver le moyen de faire une synthèse de tout ceci pour avoir un bilan réel
04:42de ce qu'on fait des 60 ans de Rome, mais il est 25 ans du traité de Maastricht également.
04:47Et l'acte unique et Maastricht est un basculement, puisqu'on fait une monnaie unique,
04:57on fait des éléments supérieurs de fédéralisme, alors qu'on est dans une gouvernance confédérale,
05:03en quelque sorte.
05:04Et donc, c'est ce bilan-là qu'il faudrait faire ensemble.
05:07Et à partir de ce bilan-là, voir quels sont les moyens qu'on se donne pour que les gens
05:13soient protégés
05:14et qu'on avance vers une Europe sociale et solidaire.
05:16Alors, Père Vange-Bérès, on le sait, on l'a dit tout à l'heure, vous l'avez rappelé,
05:21le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a proposé dans son livre blanc
05:24cinq scénarios.
05:26On ne va pas les énumérer.
05:27Globalement, vous en pensez quoi, de ces scénarios ?
05:30Est-ce que, pour suivre ce que vient de dire Patrick Leyaric, c'est une solution,
05:34c'est une voie, en tous les cas, pour rendre les choses...
05:36Alors, trois éléments de réponse.
05:38D'abord, je partage le diagnostic de Patrick Leyaric.
05:42Il faut que le débat sur la question européenne s'organise.
05:46En France, je l'ai dit, il me semble que l'élection présidentielle doit être ce moment de rendez-vous.
05:51Parce que, quand même, imaginez qu'on élit un président de la République française
05:56sans poser la question de savoir quel est le mandat européen qu'on lui donne,
06:01c'est quand même une grave faute.
06:02Parce qu'une fois qu'il devient président, ses premiers rendez-vous, c'est d'aller au Conseil européen
06:07dire ce qu'il veut pour son pays.
06:09Donc, c'est quand même un point tout à fait essentiel qui ne peut pas être passé sous silence
06:13et dans lequel je ne veux pas que seuls les adversaires de l'Europe,
06:17ceux pour qui il y a une solution simple qui est de dire, ça ne marche pas, je jette,
06:22aient la parole.
06:23La deuxième chose, c'est que la bonne question qui est posée par Patrick Leyaric,
06:29il faut y répondre en regardant l'ensemble des éléments.
06:34Est-ce que cette Europe imparfaite, nous la corrigeons ?
06:38Ou, encore une fois, est-ce que nous l'abandonnons alors que nous voyons ce que M. Trump pourrait faire
06:45des États-Unis,
06:46nous voyons ce que M. Poutine fait en Russie,
06:50et il me semble que le potentiel de protection de l'Union européenne reste extrêmement fort
06:55et reste une des meilleures garanties que nous pouvons apporter à nos concitoyens.
07:01Alors, après, le troisième élément, il appartient à chacun d'apporter les éléments concrets.
07:06Et Jean-Claude Juncker, dans son livre blanc, qu'est-ce qu'il a fait ?
07:09Certains le critiquent en lui disant, mais le président de la Commission a le monopole de l'initiative,
07:14il aurait dû dire, il faut faire ci, il faut faire ça.
07:16Bon, dans le contexte où on est, où vous savez que pour préparer le 60e anniversaire du traité de Rome,
07:22il y a eu des réunions de ce qu'on appelle les Sherpas,
07:25c'est-à-dire les représentants des chefs d'État et de gouvernement,
07:27pour savoir ce qu'on pourrait mettre dans cette déclaration.
07:30Et le résultat du tour de table, c'était toujours,
07:33M. Juncker, ne vous occupez pas de ça, on va s'en occuper nous-mêmes dans les États membres.
07:37Donc moi, je comprends un tout petit peu, lorsque Jean-Claude Juncker renvoie la balle aux États membres,
07:42en leur disant, eh bien maintenant, c'est à bout de choisir la Commission,
07:45on n'est pas dans une vraie fédération.
07:47Donc la Commission n'a pas de pouvoir ex nihilo,
07:50sauf dans le domaine de la concurrence, ou dans quelques domaines très limités.
07:53Mais pour aller de l'avant, il faut bien que ce soit une vision partagée
07:56par les chefs d'État et de gouvernement, et mandatée par leur peuple.
08:00D'où l'importance du rendez-vous électoral que nous aurons en France.
08:04– On va y revenir, on y revient, on est là pour parler de l'Europe,
08:07mais c'est vrai que vous faites bien de le signaler.
08:10Redisons tout de même, Florent Marcellesi, votre point de vue sur ces cinq scénarios de Juncker,
08:16c'est une base ? C'est quelque chose à partir de quoi on peut réfléchir ou pas ?
08:20– En fait, ce qui ne me choque pas, absolument pas, comme vous,
08:22c'est qu'il ait présenté cinq scénarios, que ce soit tout à fait bien justement,
08:25parce qu'en plus, il redonne la main aux États membres en disant,
08:28voilà, vous voulez réfléchir, réfléchissez, vous mettez une responsabilité, tout à fait,
08:31c'est une bonne chose.
08:32Moi, ce qui m'a un peu gêné, pour dire de certaines façons,
08:35c'est qu'il n'y a pas ce sixième scénario, bien plus social, écologique,
08:39et surtout démocratique, qui redonne, comme vous le disiez avant,
08:41le pouvoir aux citoyens et aux citoyennes pour décider l'Europe qu'ils veulent.
08:45Donc ça, on ne le retrouve pas, ce scénario, parce qu'on a eu les pères fondateurs il y a
08:4860 ans,
08:48d'ailleurs, que des pères fondateurs, on n'a pas de maire fondatrice,
08:51et je pense qu'il est temps de remettre justement les pères et les maires fondatrices au centre du projet,
08:56et ça, c'est les citoyens et les citoyennes.
08:58Donc on a vraiment besoin, effectivement, nous, depuis les Verts,
09:01on aurait bien d'avoir une assemblée constituante, par exemple,
09:03pour l'Europe, qui pourrait créer une constitution courte, facile à comprendre,
09:07qui mettrait les règles claires pour savoir où on va,
09:09et je pense que c'est ça qui manque à Juncker,
09:10c'est d'avoir fait, effectivement, un scénario un peu plus ambitieux sur l'Europe de demain,
09:15qui est une Europe vraiment démocratique à tous les niveaux.
09:17Et là, on espère, c'est par là qu'on va aller, nous, les Verts,
09:21en proposant ce sixième scénario, l'Europe démocratique.
09:25Europe démocratique, Europe sociale, on prononçait le mot,
09:28Juncker aussi l'a prononcé, d'ailleurs, il a dit que c'était l'avenir de l'Europe.
09:32Vous y croyez, Patrick Luiaric, à cette Europe sociale dont parle la Commission européenne aujourd'hui ?
09:37C'est un scénario sur lequel, en tous les cas, il faut, vers lequel il faut se diriger ?
09:41Aux celles de la Commission européenne, je n'y crois pas un mot,
09:44parce qu'elle n'a pas fait la démonstration qu'elle n'était ni très sociale, ni très solidaire, ni
09:49très rien du tout.
09:51Mais par contre, oui, j'y crois.
09:53Mais ça ne peut être que l'affaire des gens, l'affaire des citoyens, l'affaire des travailleurs européens.
09:58Et pour cela, il faut créer les conditions qu'ils se rencontrent.
10:02Alors, par-delà les différences, on sait que, par exemple, dans une grande confédération
10:08comme la Confédération syndicale européenne, il n'est pas si facile, tous les jours, de se mettre d'accord.
10:13Il y a des contradictions objectives, il faut l'admettre.
10:16Mais au moins, créons les conditions de ce débat, mobilisons les associations,
10:21mobilisons les organisations syndicales, l'ensemble des partis politiques démocratiques.
10:26Et à partir de ce remue-ménage, avec les élus locaux, avec les assemblées nationales,
10:36avec chacun des parlements nationaux, créons les conditions de ça pour aller vers au moins les prémices d'une refondation.
10:45Sinon, ça va s'effondrer.
10:47On est en train de le voir en ce moment, par exemple.
10:52Beaucoup s'interrogent sur le fait de savoir pourquoi, aux Pays-Bas, l'extrême droite est si élevée,
10:58alors qu'ils n'ont pas le taux de chômage que nous avons, ils n'ont pas les problématiques que
11:02nous avons,
11:03ils n'ont même pas le niveau d'immigration que nous avons.
11:07Vraisemblablement, je ne suis évidemment pas sûr de ce que je dis,
11:09mais vraisemblablement, il y a une question de lien, d'identité et de lien avec une construction commune,
11:17une vraie construction commune.
11:19Père Vange-Bérès, vous êtes l'auteur, on le disait tout à l'heure, d'un des trois rapports sur
11:22l'avenir de l'Europe,
11:23qui a été présenté à la dernière session.
11:26Alors, revenons un peu, on ne va pas revenir peut-être dans le détail, parce qu'on en a déjà
11:31parlé,
11:31mais revenons un petit peu sur l'esprit de vos propositions, des suggestions que vous avez faites dans ce rapport,
11:39notamment en matière économique et sociale.
11:44Réexpliquez-nous un petit peu votre proposition.
11:46L'idée, vous savez, il faut peut-être rappeler tout de même que ces trois rapports ont été pensés
11:52comme la contribution du Parlement européen à la célébration du 61e anniversaire du traité propre.
12:00Il y en a un par Guy Verhofstadt qui dit où est-ce qu'il faudrait changer les traités,
12:04et il y en a un autre par deux collègues socialistes et PPE,
12:09donc de la droite chrétien-démocrate,
12:12qui dit ce qu'on pourrait faire dans le cadre des traités existants.
12:15Le rapport que j'ai co-écrit avec un chrétien-démocrate allemand,
12:20donc un opposant politique,
12:24ça porte sur l'idée d'un budget de la zone euro.
12:28Sans évoquer les pères et les mères fondatrices qui étaient peu nombreuses effectivement autour de la table,
12:33Jacques Delors nous a toujours dit qu'il fallait faire de la coopération des politiques économiques
12:37lorsqu'on avait une même monnaie.
12:39Ça fait 15 ans qu'on a fait de la coopération des politiques économiques,
12:42et on a vu que ça ne marchait pas.
12:44Parce que l'outil de la coopération, en fait, c'était des règles,
12:49qui était le pacte de stabilité.
12:50On voit bien que ça ne marche pas, les États divergent,
12:52et quand il y a eu la crise, il a fallu, au coin d'une table dans une nuit,
12:57inventer un mécanisme pour venir aider des pays qui ne pouvaient même plus aller sur les marchés
13:02parce que les agences de notation avaient trop dégradé leurs notes.
13:07Et du coup, nous nous disons que si on partage une même monnaie,
13:10il faut recréer au niveau de la zone des outils de pilotage de la politique économique.
13:18Je crois que pour des Français, c'est quelque chose qui est assez compréhensible.
13:21Ce n'est pas la culture dans tous les États membres,
13:23cette idée qu'on a au niveau central une capacité d'intervention.
13:28Mais une fois qu'on a dit ça, on n'a fait que la moitié du chemin,
13:31parce qu'il faut cette capacité d'intervention.
13:33Pourquoi ?
13:35Nous, nous pensons que cette capacité d'intervention, évidemment,
13:37elle doit permettre de faire converger les économies
13:40pour qu'on ait des minimums sociaux, par exemple un salaire minimum,
13:44que dans le domaine fiscal, on aille vers un impôt sur les sociétés,
13:48avec y compris des taux minimums,
13:51parce que sinon on organise le dumping fiscal à l'intérieur d'un même espace.
13:55Et il faut que tout le volet de solidarité soit presque avec des mécanismes automatiques.
14:03C'est-à-dire que quand vous allez mal, on vient vous aider,
14:06et pas de rentrer dans une négociation politique
14:08qui fait qu'on vous étrangle au même moment où, soi-disant, on vous aide.
14:13Tout ça est présenté de manière un petit peu imagée,
14:15mais la logique de cette idée d'un budget de la zone euro, c'est bien celui-là.
14:21Autre point de vue là-dessus, Florent Marcellesi, qu'est-ce que vous en pensez ?
14:25Je partage pas mal l'idée qui a été dite.
14:27Ça m'étonne pas qu'on aille ensemble.
14:28Sachant que vous vous intéressez beaucoup à la Grèce aussi.
14:30À la Grèce aussi, surtout à l'Espagne,
14:32parce qu'on a vécu avec la crise de façon encore plus dure que certains pays plus au nord.
14:36Mais je pense qu'effectivement, le budget de la zone euro est une bonne idée.
14:40Et surtout aussi, il faudrait parler d'un parlement de la zone euro.
14:42Parce qu'on s'y a dit qu'il y a une zone euro, une monnaie unique,
14:44il faut aussi avoir comment le contrôle démocratique qu'on a derrière.
14:47Alors je peux pas vous dire si le parlement de la zone euro
14:49serait un parlement à l'intérieur du parlement ici, un parlement à côté.
14:52Sachant qu'on en discutait, le principal, c'est avoir l'idée derrière
14:54que si on a une monnaie unique, il faut absolument qu'il y ait derrière, effectivement,
14:57un contrôle citoyen, un contrôle de représentation démocratique.
15:00Ça, c'est quelque chose qui est basique.
15:02Le budget doit être effectivement un budget de la zone euro,
15:04et un budget, en général, l'Union européenne, bien plus important actuellement.
15:08Le budget est ridicule si on veut faire marcher l'Union européenne.
15:10Les États-Unis ont un budget qui est bien plus élevé que le nôtre, par exemple,
15:13pour leur gouvernement et leur fonctionnement fédéral.
15:15Donc je pense qu'il faut aussi faire le saut à ce niveau-là.
15:17Si on veut une vraie protection, un scélère minimum,
15:19toutes les règles que vous avez pu dire avant au niveau social et solidaire,
15:22il faut effectivement que l'Europe s'en donne les moyens.
15:24Par exemple, on a plus de fonctionnaires à Madrid, dans l'Union européenne.
15:28Donc qu'est-ce qu'on veut, effectivement ?
15:29On veut faire marcher mieux l'Union européenne ou on ne le veut pas ?
15:31Donc effectivement, je pense qu'il faut ce genre de propositions sur lesquelles on est en allemand.
15:35Et il faut aussi toutes les propositions démocratiques à côté.
15:37Par exemple, nous, on est pour une liste transnationale pour les Européens.
15:42Pas forcément à 100% transnationale, mais par exemple, qu'une grosse partie soit transnationale.
15:46Parce que si on veut que les citoyens et citoyennes débattent au niveau européen,
15:50il faut bien qu'ils se rencontrent quelque part aussi.
15:52Et mettre une liste transnationale, ça permet de mettre sur une même circonscription
15:55des Polonais, des Français, des Espagnols et des Suédois.
15:59Et je pense que ça, c'est vraiment nécessaire de l'avoir au centre de la proposition
16:03que le Parlement européen pourra faire.
16:05Sur le plan politique, Patrick Leyaric, le Parlement, on le voit bien, est un petit peu figé.
16:10On vient de le voir avec le CETA, par exemple, encore, avec le vote du CETA,
16:13entre un bloc majoritaire conservateur-libéraux d'un côté, d'extrême droite de l'autre,
16:18et puis un groupe progressiste qui a du mal à se faire entendre, il faut bien le dire,
16:21et à faire progresser la vision.
16:23Vous êtes quand même les uns et les autres en train de faire avancer.
16:27Qu'est-ce qu'il faut faire dans cette situation pour que ça bouge quand même ?
16:31Au Parlement ?
16:31Oui, au Parlement.
16:32Au Parlement, moi, personnellement, je suis partisan que les forces progressistes,
16:38comme vous les nommez, puissent rencontrer plus et travailler ensemble,
16:46faire des propositions communes.
16:47Moi, je pense que si on essayait de proposer ensemble des textes,
16:54de se les répartir parfois et non pas de se combattre à partir de postures,
16:59je pense qu'il y a un certain nombre d'avancées, en tout cas de préconisations,
17:03du Parlement européen qu'on pourrait faire.
17:06Et bon, puisque c'est la règle, la loi, moi, je ne conteste pas qu'un parlementaire socialiste
17:13fasse un rapport avec un parlementaire du PPE, puisque c'est la règle.
17:17Moi, je ne suis pas contre ça dans l'absolu.
17:21Ceci dit, on devrait trouver un certain nombre de plages, en quelque sorte des espèces de niches parlementaires,
17:28pour proposer ensemble des avancées sur l'environnement, la transition environnementale,
17:34sur les enjeux sociaux, sur des espaces de solidarité commune.
17:38Parce que si on ne se mobilise pas autrement pour une transformation,
17:42on mettra la barre où on voudra.
17:44Moi, je suis personnellement pour ce qu'on appelle plutôt une refondation de la construction européenne.
17:49Mais au moins, on a tous la volonté de transformer de manière progressiste,
17:54d'une visée écologiste.
17:57Si on ne fait pas ça, on va continuer à laisser prise,
18:01non pas à des eurosceptiques, nous n'en sommes plus là,
18:04à des europhobes, qui sont très dangereux.
18:07Parce qu'aujourd'hui, on est en train de rentrer à la faveur de cela,
18:11dans une spirale où on entend des mots qu'on n'entendait plus depuis les années 30-34.
18:18Un dernier mot avec vous, Père Vange-Bérès.
18:20D'accord un petit peu avec tout ça.
18:22Et là, finalement, on est un peu plus optimiste qu'on semblait ne pas l'être en début de ce
18:26débat.
18:27Écoutez.
18:27Sur des constats que tout le monde fait, malgré tout, aujourd'hui.
18:30D'abord, je veux rassurer Patrick Leyaric.
18:34Moi, je ne suis pas une farouche partisane de la complicité avec les chrétiens démocrates.
18:40Non, mais je ne me dis pas à raconter ça.
18:41Mais je sais très bien que ça n'était pas du tout l'esprit de vos propos.
18:45Mais pourquoi est-ce que j'ai pensé que sur cette affaire d'un budget de la zone euro,
18:49c'était important de faire un rapport avec quelqu'un de la CDU allemande ?
18:54Parce qu'au Conseil, on voit bien que M. Schäuble s'y oppose totalement.
19:00Et donc, d'avoir quelqu'un qui est du parti de M. Schäuble,
19:03qui au Parlement européen ouvre la porte pour un débat sur cette question
19:07qui est absolument fondamentale pour faire de l'Europe dans la zone euro un vrai espace de solidarité,
19:12je crois que ça valait le coup de montrer qu'avec un autre état d'esprit,
19:18une autre approche, on peut y arriver.
19:20Après, sur le fond de ce qui nous attend dans les deux ans qui restent,
19:23moi, j'achète à 100% la proposition de Patrick Leyaric.
19:26Et d'ailleurs, je crois que c'est le sens de ce qu'a fait le groupe socialiste
19:29en présentant un candidat, Gianni Pitella,
19:32contre l'actuel président du Parlement européen, M. Tajani,
19:36avec l'idée qu'il fallait un candidat de la gauche.
19:40Dernier point, est-ce qu'on est plus optimiste ?
19:42En tout cas, moi, j'ai l'optimisme de la détermination et de la volonté.
19:46Et ce que je sais, c'est que dans le monde extrêmement instable dans lequel nous sommes,
19:52c'est très facile peut-être d'avancer dans une campagne en disant
19:56« il y a un problème de niveau de revenu des agriculteurs, supprimons la PAC. »
20:01« Il y a un problème de chômage, supprimons l'euro. »
20:04« Il y a un problème de terroriste, supprimons Schengen. »
20:06« Je ne crois à aucune de ces solutions. »
20:09Et ceux qui disent ça mentent aux Français.
20:11Et c'est ça qu'il faut avoir le courage de faire.
20:14Alors ça suppose un peu de pédagogie,
20:16et merci de nous permettre d'en faire un petit peu,
20:18mais ça suppose aussi, vis-à-vis des pays qui ne sont pas dans la zone euro,
20:22de les rassurer, de leur dire qu'on veut aller tous ensemble,
20:25mais qu'il faut quand même s'occuper du cœur nucléaire,
20:28et que ce cœur nucléaire, c'est la façon dont l'euro sert ou non une stratégie progressiste.
20:33– Flo, juste un petit mot avec vous, Florent Marcelizy,
20:36puisque vous êtes un petit nouveau, on va dire,
20:39pas vraiment, mais dans le Parlement tout de même.
20:41Quel est votre point de vue ?
20:42Vous êtes optimiste, vous voyez les choses bouger,
20:44vous avez envie qu'elles bougent, comment vous voyez les choses aujourd'hui ?
20:47– Les choses bougent, ça c'est clair, par exemple, faire cet espace progressiste,
20:51ça existe déjà au Parlement européen, par exemple avec le Progressive Caucus,
20:54où on se retrouve différentes, moi je suis à l'intérieur du comité directeur
20:58de ce Progressive Caucus, on retrouve effectivement des socialistes,
21:01on retrouve des personnes de la gauche, des verts,
21:04donc effectivement ça bouge à ce niveau-là,
21:07et je pense qu'on met des idées de plus en plus,
21:09effectivement sur des sujets comme l'Europe,
21:11sur des sujets comme le CETA par exemple,
21:13parce que l'opposition en CETA était bien au-delà des rangs des verts,
21:17et de la gauche étaient aussi, par exemple, les socialistes et démocrates,
21:19certains étaient contre,
21:20donc effectivement là ça bouge, le Progressive Caucus,
21:23il y a d'autres choses qui bougent par exemple,
21:24c'est le DM25 avec Faroufakis par exemple,
21:26ce que je trouve ça très intéressant,
21:27parce qu'il met la question démocratique au centre,
21:29et là il ne met pas la question gauche-droite d'ailleurs,
21:31c'est assez intéressant, je fais aussi partie de DM25,
21:35ils ne disent pas c'est gauche-droite, c'est la démocratie,
21:37il faut remettre ça au centre si on veut construire quelque chose,
21:40et là je pense qu'il y a effectivement un gros débat aussi dans la gauche,
21:42je pense que je regarde de ce côté-là,
21:44parce que quand je vois la présentation du plan B,
21:46ou plan A, plan B, je ne sais plus comment il l'appelle maintenant,
21:48de la part de Mélenchon, moi je me dis effectivement,
21:50qu'il y a en plus de l'axe gauche-droite,
21:52il y a aussi un axe Europe, sur lequel il faut qu'on débatte,
21:55et là il n'y a pas forcément des grands accords qu'on retrouve,
21:58moi je suis beaucoup plus d'accord avec Faroufakis là-dessus,
22:00qu'avec Mélenchon.
22:01Voilà, merci à vous d'avoir participé à ce débat rapidement,
22:05mais assez profondément,
22:06merci à vous de nous avoir suivis,
22:08et puis ne manquez pas également l'autre débat que vous retrouverez sur l'humanité.fr,
22:12et qui porte sur la défense européenne.
22:15Merci à vous, à bientôt, au revoir.