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  • il y a 21 heures
Deux députés européens, Edouard Martin, membre du groupe des Socialistes et Démocrates et ancien leader syndical d'ArcelorMital, et Patrick Le Hyaric, de la Gauche Unitaire européenne, débattent des moyens de lutter contre les exportations massives de produits chinois à des prix souvent inférieurs aux coûts de production. Débat animé par Jean-Jacques Régibier.

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Transcription
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg, autour de la table deux députés européens.
00:17Bonjour, merci d'être avec nous. Edouard Martin, vous êtes député du groupe Socialiste et Démocrate et puis Patrick Le
00:22Yaric, député de la gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:26Bonjour à vous, merci d'être là. On va parler de, il en a été question ce matin en session
00:32plénière, on va parler de la protection de l'industrie européenne contre le dumping sur les exportations menées par la
00:39Chine.
00:39Ce qui est au centre de cette question, on va expliquer un peu en quoi ça consiste pour qu'on
00:43comprenne bien parce que c'est un dossier tout de même un peu technique et juridique.
00:47Ça tourne autour du statut d'économie de marché donnée, octroyée ou prolongée plus exactement ou non à la Chine.
00:57Alors on va peut-être prendre avec vous, Edouard Martin, le cas de la cirurgie parce qu'on en a
01:01déjà parlé et que c'est un cas typique.
01:03Est-ce qu'on peut sur cet exemple-là réexpliquer exactement comment ça fonctionne, ces histoires d'importation d'acier
01:11chinois, de dumping commercial, redonner un peu les éléments de base qui nous permettent de comprendre ?
01:17Oui, en plus nous traversons une crise de l'acier sans précédent depuis les 40 dernières années et là nous
01:25voyons bien qu'on ne lutte pas armes égales entre le droit et les règles européennes et le droit et
01:31les règles chinoises.
01:32C'est-à-dire que ce que nous contestons à la Chine, ce n'est pas le fait de commercer
01:35avec l'Europe. La Chine est un partenaire, elle commerce déjà avec l'Europe et je pense qu'on a
01:42intérêt les uns les autres à continuer à commercer en bonne intelligence
01:45en utilisant les mêmes règles les uns et les autres. L'exemple de l'acier est un très bon exemple.
01:51Aujourd'hui dans le monde, je dis bien dans le monde, il n'y a pas un producteur d'acier
01:55qui gagne de l'argent.
01:56Y compris les chinois eux-mêmes perdent 55 dollars de la tonne d'acier produite. Pourquoi ? Parce qu'il
02:03y a une crise de l'acier, il y a une surcapacité mondiale et la principale surcapacité de production émane
02:09de Chine.
02:10La surcapacité de la Chine c'est 350 millions de tonnes par an. Rien qu'en surcapacité. C'est deux
02:16fois la consommation européenne chaque année.
02:19Et donc la Chine a une stratégie, elle a une volonté effectivement de gagner des parts de marché parce que
02:25le secteur de l'acier emploie plus de 2 millions de travailleurs en Chine
02:28et évidemment les chinois ne veulent pas être obligés de licencier. Donc il faut écouler des produits.
02:34Et donc il faut écouler des produits, il faut surtout gagner des parts de marché. Et comment on gagne des
02:37parts de marché ?
02:38Eh bien en cassant les prix. C'est une politique par le prix. Et on voit aujourd'hui débarquer 37
02:43millions de tonnes d'acier l'année dernière
02:45qui a pénétré le marché européen à des prix défiant toute concurrence. Les chinois arrivent à vous vendre une tonne
02:50d'acier aujourd'hui.
02:51Je sais bien qu'il existe le miracle chinois mais quand même à peine un peu plus cher que la
02:55matière première.
02:56Et pourquoi ? Parce que tout simplement l'acier, mais pas que l'acier en Chine, est largement subventionné par
03:02l'État chinois
03:03à coût de centaines de milliards de dollars. Et on voit bien que les règles ne sont pas identiques.
03:07On va accepter de la Chine ce qu'on refuse aux États membres. Donc il est interdit aux États membres
03:13de financer des entreprises privées
03:14et encore moins pour les aider à exporter.
03:16Alors dans l'état actuel des choses, il y a tout de même des mécanismes européens qui permettent de faire
03:22un peu de tampon.
03:23Le dumping. Mais sauf que cet outil-là n'est plus adapté à la situation actuelle. Déjà premièrement, pour qu
03:31'il y ait la reconnaissance du dumping,
03:33il faut qu'il y ait une plainte. Soit d'un État, soit d'un secteur industriel. Le temps d
03:38'enquête, parce qu'il faut une enquête,
03:39c'est entre 9 et 12 mois. Mais pendant le temps de l'enquête, le produit incriminé continue à pénétrer
03:47le marché européen.
03:47Et en 9 mois, je peux vous assurer que vous pouvez mettre à genoux beaucoup d'entreprises. Mais ceci étant
03:52dit, une fois que l'instruction de la plainte a été faite
03:55et que le dumping a été reconnu sur un produit, là il y a effectivement des mesures correctives, des droits
04:02douaniers qui peuvent aller jusqu'à, allez, le maximum 30%.
04:06Lorsqu'au même moment, les Américains mettent en place des droits douaniers à hauteur de 300%, ce qui équivaut aux
04:13dégâts provoqués par ce dumping social.
04:15Et nous autres, ce que nous demandons au Parlement européen depuis déjà 3 ans, c'est au Conseil, puisque c
04:20'est la responsabilité des États, de dire qu'il faut moderniser
04:23les instruments de défense commerciale qui ne sont plus adaptés pour pouvoir rééquilibrer cette distorsion qui est entre la Chine
04:30et l'Europe.
04:31Et étrangement, lorsqu'on stigmatise l'Europe, là pour le coup, ce n'est pas de la responsabilité de l
04:36'Europe, les institutions en tant que telles, ce sont bien les États,
04:39et au premier desquels la Grande-Bretagne et les pays nordiques qui ne veulent pas entendre de mesures protectionnistes.
04:43Alors, on va reparler de ces mesures. Je voudrais simplement qu'on vienne un tout petit peu en arrière sur
04:47les conséquences de cette situation.
04:51On connaît les exemples de la sidérurgie française, bien entendu, il y en a d'autres en Europe à l
04:55'heure actuelle.
04:55Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui en Europe, telle fermeture d'entreprises dans le domaine de la sidérurgie,
05:02ou dans tel ou tel pays, est due effectivement à cette politique de domicile chinois ?
05:08J'ai au moins trois exemples à vous citer, deux espagnols et un français.
05:12Au mois de janvier, ArcelorMittal à Sestao, à Bilbao, a annoncé la fermeture d'une assierie qui emploie 500 personnes
05:18directes.
05:19Il faut savoir qu'un emploi industriel en engendre trois autres.
05:23Et une autre assierie à Zumaraga, au Pays basque, qui emploie aussi effectivement environ 500 salariés,
05:28parce qu'il y a une concurrence chinoise, puisque par le port de Bilbao, arrive quasiment un million de tonnes
05:35d'acier chaque année.
05:36C'est l'équivalent de la production du nord-ouest espagnol.
05:40Donc deux usines qui ferment, et la troisième c'est en France, au nord de l'Oise, au nord de
05:45Paris,
05:46NLKM, une entreprise russe qui face au prix pratiqué par les chinois, on dit nous on jette l'éponge,
05:52on ne peut plus suivre la concurrence déloyale, et c'est 300 personnes qui se retrouvent sous le carreau.
05:59Sachant que ces entreprises qui ferment...
06:00Et il y a la Grande-Bretagne, pardon, la Tastille, 15 000 travailleurs, emploi direct, 15 000 travailleurs.
06:06Et là on voit l'hypocrisie de Cameroun, qui pendant longtemps a dit à ses concitoyens, c'est pas moi,
06:11c'est Bruxelles.
06:12Et lorsqu'il venait à Bruxelles, c'était le premier opposant à revoir les instruments de défense commerciale.
06:17Sachant qu'il s'agit bien sûr de fermeture d'entreprise, il s'agit aussi d'une filière qui se
06:22réduit de plus en plus, ce qui est aussi le danger.
06:26Le problème qu'il y a, c'est que beaucoup de personnes ici, à la Commission, au Parlement, y compris
06:31à la Commission, au Conseil,
06:34tendent à nous faire croire que finalement, l'acier, c'est pas si important, c'est pas si stratégique.
06:42J'invite chaque citoyen à regarder autour de lui, de l'acier, il y en a partout, on en a
06:47besoin.
06:47C'est vraiment stratégique.
06:49Et d'une, aujourd'hui, ce qui risque d'arriver, c'est qu'on soit confronté avec l'acier,
06:54dans la même situation que nous sommes confrontés avec le pétrole.
06:56C'est-à-dire que le jour que l'industrie chinoise aura mis à néant l'industrie européenne de l
07:02'acier,
07:02nous aurons toujours besoin d'acier, et bien à ce moment-là, comme les Chinois seront les seuls à produire
07:06de l'acier,
07:07ils imposeront les prix qu'ils voudront.
07:09Donc on sera complètement dépendant du bon vouloir des Chinois.
07:12Et ça, c'est pas possible sur le plan économique et surtout sur le plan social.
07:16Je rappelle que l'ensemble du secteur industriel de l'acier, que ce soit production, transformation et la filière avale,
07:22c'est plusieurs millions d'emplois.
07:25Patrick, on s'est rendu compte ce matin, malgré tout, qu'il y avait un assez large consensus sur ces
07:32questions-là au sein du Parlement européen.
07:35Est-ce que c'est le constat que vous faites de votre côté également ? Comment vous voyez les choses
07:39?
07:39Sur le consensus ?
07:40Oui, voilà, c'est ça. Sur l'analyse, en tout cas, de la situation de ce pique chinois.
07:45L'analyse aujourd'hui, vraisemblablement. Mais après, nous sommes en train de payer là quand même ce qu'il y
07:54a dans les traités européens.
07:55Les traités européens disent qu'on vit dans une économie ouverte où la concurrence est libre.
08:00À partir de ce moment-là, on a un système aujourd'hui où c'est l'ouverture tous azimuts, avec
08:06des contradictions entre les États.
08:07Parce que la question que soulève Édouard sur le prix, il y a des pays, par exemple, l'industrie automobile
08:13allemande est très intéressée par un prix de l'acier très bas
08:17pour des véhicules qu'elle vend à peu près au même prix, voire quelquefois à un prix supérieur, parce que
08:23quelquefois, c'est aussi de meilleure qualité.
08:25Donc, il y a des contradictions, mais ces contradictions jouent toujours contre les travailleurs, les travailleurs européens et les travailleurs
08:37chinois.
08:38Parce que le système chinois, qui était un système économique qui a beaucoup vécu sur l'exportation d'un certain
08:47nombre de biens ces dernières années,
08:49il tente aujourd'hui à se réorganiser, mais en Chine, il y a aussi une crise de l'acier.
08:55Donc, au lieu de se trouver dans un système de concurrence à outrance, comme c'est le cas aujourd'hui,
09:01mieux vaudrait, comme l'a dit un peu Édouard,
09:03essayer de rechercher des systèmes de coopération qui préservent l'industrie, qui préservent les travailleurs, et qui mettent effectivement des
09:12filets de protection.
09:12On ne peut pas vivre sans filet de protection. Ça ne peut pas être l'économie ouverte en permanence, parce
09:19que là, c'est toujours les salariés qui tringuent, toujours.
09:23Il faut bien dire ça, parce que l'une des contradictions un peu de cette situation, c'est que la
09:28Chine est membre de l'OMC, par exemple.
09:30On sait que le but de l'OMC, malgré tout, c'est de lutter contre les barrières broinières, d'ouvrir
09:36les marchés de manière la plus ouverte possible.
09:40Et on voit bien qu'il y a une contradiction. On sait, par ailleurs, on le disait tout à l
09:43'heure, que l'Europe est importatrice, c'est la première importatrice à l'heure actuelle de produits chinois.
09:50Donc, on voit bien qu'il y a une sorte de contradiction entre ce que vous êtes en train de
09:53dire, entre ce marché ouvert, finalement, et les intérêts des pays concernés.
09:58Alors, est-ce que ça veut dire...
09:58Pas des pays, mais de la grande industrie, des conglomérats.
10:01Alors, qu'est-ce que ça veut dire au niveau méthode ? Ça veut dire que ce débat auquel on
10:05assiste là, sur la reconnaissance ou non du statut d'économie de marché à la Chine,
10:10n'est pas vraiment la bonne manière de poser la question ?
10:13Non.
10:13Qu'il faudrait passer par ce que vous étiez en train de dire, c'est-à-dire plus des rapports
10:17bilatéraux, finalement, avec...
10:19Ça pourrait être une solution. Au lieu de se tourner exclusivement vers la mise en place d'un grand marché
10:28unique transatlantique...
10:29C'est ça.
10:30...qui vise aussi à ça, mieux vaudrait ne pas aller vers là, mieux vaudrait chercher des systèmes de coopération avec
10:36le continent nord-américain,
10:38et les mêmes systèmes de coopération avec la Chine, enfin les mêmes, ou des systèmes similaires, ça ne peut pas
10:44être, j'imagine, les mêmes traités pour des raisons politiques et culturelles, diplomatiques aussi.
10:50Mais je préfère la coopération qui soit favorable au développement durable, qui soit favorable au droit social, au progrès social,
11:03qui conduise peu à peu la direction chinoise à respecter les normes de l'Organisation mondiale du travail, du Bureau
11:12international du travail,
11:13au lieu de ce à quoi on assiste aujourd'hui, c'est-à-dire la concurrence tous azimuts et qui
11:18fait mal partout.
11:19Et qui prend la forme à l'heure actuelle d'une concurrence entre nations, finalement, enfin une concurrence un peu
11:24nationaliste.
11:24Oui, parce que l'Organisation mondiale du commerce, elle joue un jeu, le jeu que vous dites, et en même
11:31temps, elle avait mis des conditions pour reconnaître ce principe d'économie de marché.
11:38Mais même ce mot-là, il est terrible. Ça veut dire que la norme mondiale, c'est l'économie de
11:46marché, c'est l'économie du marché capitaliste.
11:48Les Chinois, ils disent qu'on est une économie de marché socialiste. Et au bout de ça, ils vont sans
11:53doute enlever le mot socialiste pour dire
11:55« mais on est une économie de marché, donc acceptez-nous dans le club ». Moi, je pense qu'il
11:59y a un renversement du débat à avoir.
12:01C'est-à-dire, pourquoi ce n'est que l'économie de marché ? Pourquoi il n'y a pas
12:06d'autres critères qui soient pris en compte ?
12:09Ce qui veut dire que la Chine, finalement, ne fait pas grand-chose d'autre, si on suit ce que
12:13vous dites, que nous renvoyer l'image de ce qu'est le capitalisme aujourd'hui, dans sa version.
12:17C'est le délcool lui a vendu.
12:18Voilà, c'est ça. C'est dans l'inversion.
12:20Ils apprennent vite.
12:21Ils font de l'accumulation. Ils tentent de faire de l'accumulation.
12:24Est-ce que vous voyez l'argument de « les salariés, les travailleurs chinois sont dans une situation aussi difficile
12:31» ?
12:32Est-ce que cet argument-là, Edouard Martin, vous y êtes sensible ?
12:35Bien sûr.
12:35Est-ce que vous y êtes allé ? Je sais que vous avez été dans pas mal de…
12:39Pas en Chine. Pas encore.
12:41Mais est-ce que ça vous tente quand même d'aller voir ce qui se passe et de discuter avec
12:45les ouvriers chinois ?
12:46Parce qu'à un moment donné, il faut bien qu'on se voit, qu'on discute et qu'on se
12:50voit dans les yeux.
12:50Je vais essayer. De toute façon, je suis d'accord avec Patrick, la solution ne passera que par une négociation
12:56à armes égales,
12:57et en tout cas de manière équitable avec les chinois.
12:59C'est pas le rapport de force et les menaces et les mesures de rétorsion ne seront favorables à personne,
13:04ni aux chinois, ni à nous.
13:05Et quand ils ne s'y méprennent pas, moi je n'ai rien contre le peuple chinois, je me dis
13:08simplement que nous sommes face à une concurrence
13:11sur laquelle nous autres, avec nos outils, nous ne pouvons pas lutter à armes égales.
13:14Et ça risque de provoquer des dégâts irréparables ici, sur le plan européen.
13:20Mais je vais faire une parabole entre ce qui se passe actuellement à la Chine et notre situation intra-européenne.
13:27Regardez ce qui se passe avec les anciens pays de l'Est, où on a effectivement une différence concurrentielle qui
13:34est surtout liée au prix de la main d'oeuvre.
13:36Et nous essayons ici, nous sommes à un certain nombre, ici à essayer de prôner, d'avoir l'harmonisation sociale.
13:44Parce que l'harmonisation sociale, elle bénéficiera en premier lieu aux travailleurs qui sont payés aujourd'hui à coups de
13:49l'enfer,
13:50qui n'ont peu ou pas de protection sociale, etc.
13:53Eh bien ce sont les mêmes capitalistes qui disent non.
13:57Attendez, le libre marché, la concurrence libre et non fossile doit s'exercer pleinement.
14:03On voit bien que, voilà, on essaye d'imposer aux autres ce qu'on ne veut pas nous régulariser chez
14:09nous.
14:09Mais ceci étant dit, et c'est là qu'il faut pointer la dérive de ce système-là, je suis
14:15d'accord avec Patrick,
14:16c'est qu'en réalité, tout ce qui décide du modèle qu'on nous impose maintenant, y compris au niveau
14:21mondial,
14:21la facture, au final, c'est le monde du travail qui va l'appeler.
14:25Et c'est ça qui est intolérable, et je pense que ça va, quoi.
14:28Aujourd'hui, le grand capitalisme international ne veut plus prendre aucun risque, il veut zéro risque.
14:32Et le risque, eh bien, on le dilue, on le partage dans le monde du travail que nous sommes.
14:37Les travailleurs, j'ai du boulot, je te prends, j'en ai pas, je te jette.
14:40Et ça, ça ne veut plus durer.
14:41Donc dans la conjoncture actuelle, j'allais dire, il va y avoir un vote du Parlement européen qui va intervenir
14:45jeudi.
14:47Bon, qu'est-ce qu'il y a à faire derrière ? Qu'est-ce qui peut se passer derrière
14:50?
14:50Qu'est-ce qu'il y a à faire derrière ? Est-ce qu'on en reste là ? Ou
14:52comment ça peut se passer ?
14:54Comment on peut faire avancer les choses ?
14:56Non, il ne faut pas en rester là. Il faut poursuivre la discussion avec les gouvernements, les parlements nationaux,
15:04mais même avec les travailleurs chinois et avec le gouvernement chinois.
15:10Il faut une discussion approfondie sur les avantages et les inconvénients de nos systèmes.
15:16Certes, aujourd'hui, les chinois, ils ont en quelque sorte à la fois une sorte d'avantage,
15:23mais aussi une tentative de domination dans un certain nombre de secteurs, dont celui-là.
15:29Donc il faut arriver à créer un mouvement suffisamment puissant pour qu'on arrête ces stratégies-là
15:37et qu'on reparte sur d'autres bases, je crois.
15:39C'est un travail assez long, assez lent, je pense, mais il faut à la fois intervenir à l'Organisation
15:45mondiale du commerce,
15:47intervenir dans les institutions internationales et au Conseil européen.
15:51Il faudrait trouver au moins un compromis, un consensus qui préserve notre industrie sidérogique.
16:00Et donc, une partie de cet accord-là, il passe aussi par un débat avec les entreprises qui transforment l
16:08'acier,
16:08parce qu'elles ne doivent pas aller chercher sur le marché mondial la matière première le plus bas possible
16:14pour augmenter la rémunération, soit de leurs profits, soit de leurs actionnaires,
16:20comme c'est malheureusement souvent le cas.
16:22Il faut changer tout ça.
16:24Regardez la stratégie. Je prends un cas.
16:26La stratégie de l'industrie automobile, même de la nôtre.
16:29Les PDG de l'industrie automobile sont remerciés par des salaires très exorbitants.
16:37Il n'y a pas de mots même pour qualifier ces salaires-là.
16:40Mais ces salaires-là, ils les ont parce que les actionnaires trouvent leur compte.
16:46Et les actionnaires trouvent leur compte dans quoi ?
16:48Dans la pression sur le prix des matières premières et la pression sur le travail, sur la rémunération du travail.
16:55Donc, c'est tout ça, c'est tout ce débat qu'il faudrait faire affleurer aujourd'hui.
16:59Ce qui pose un autre problème, puisque là, on est dans des questions centrales qui concernent tout le monde, finalement.
17:04On est en train de le dire.
17:05Ce qui pose un autre problème, un autre problème plus politique, à savoir de...
17:09On a l'impression que dans ces négociations, ces grandes négociations internationales, la voix des gens, et vous-même, élu
17:17européen, député européen, est finalement très peu entendu.
17:20On a l'impression que tout ça, ça se passe au-dessus de la tête de tout le monde.
17:24C'est là où je suis très en colère contre la Commission, parce que le seul argument aujourd'hui que
17:27nous met à la figure la Commission, c'est que nos juristes nous disent qu'on ne peut pas faire
17:31autrement.
17:31Nos juristes, vous imaginez...
17:33C'est automatique, on a entendu dire.
17:35Mais je m'en fous complètement du juriste.
17:35Je veux dire, ce n'est pas une décision technique que nous devons prendre, c'est une décision politique.
17:41Est-ce que reconnaître le statut d'économie de marché à la Chine, est-ce que c'est bon pour
17:44les Chinois, est-ce que c'est bon pour les Européens ?
17:46La réponse aujourd'hui, d'évidence, est non.
17:48Et c'est pour ça que faut-il faire ?
17:50Ce n'est pas simplement parce qu'on va voter cette résolution, ça n'est que le début.
17:54Et effectivement, c'est vrai que ça risque d'être un processus long.
17:57Sauf que le temps joue contre nous.
17:59Parce que la Commission devra prendre une décision cette année, le 11 décembre.
18:03Et le message que nous faisons passer ici à la Commission, c'est de dire, vous ne pouvez pas décider
18:08pour les salariés sans les salariés.
18:10Et c'est pour ça que nous avons lancé, nous, notre propre consultation publique qui est ouverte jusqu'au 15
18:14mai.
18:14Et nous avons aujourd'hui plus de 6 000 réponses.
18:17Certes, ce n'est pas beaucoup à l'échelle de l'Europe, mais c'est beaucoup plus que la propre
18:22consultation de la Commission.
18:24Et on demande aux salariés, on demande aux entreprises, on demande aux organisations syndicales, aux citoyens lambda,
18:29dites-nous ce que vous pensez de ce statut d'économie de marché.
18:33Eh bien, les réponses que nous avons d'ores et déjà accueillies, la réponse à une très large majorité, c
18:38'est de dire, non, les conditions ne sont pas remplies.
18:40Et ce n'est pas pour... On ne veut pas qu'effectivement les 2 millions de travailleurs chinois soient licenciés,
18:45ni quoi que ce soit.
18:46C'est de dire qu'à un moment donné, c'est de mettre un focus sur le système et dire,
18:50on marche sur la tête.
18:51Si la seule politique qui vaille, c'est d'aller chercher une matière première, un produit moins cher que moins
18:57cher,
18:58faisant confiance au capitalisme, ils arriveront toujours à trouver un point sur ce globe où ce sera moins cher que
19:04moins cher.
19:05Et ça ne peut plus durer.
19:06Et je reviens sur ma question tout à l'heure, des relations directes en direction, finalement, de la Chine ou
19:13d'acteurs chinois du secteur.
19:14Est-ce que c'est imaginable ? Est-ce qu'il n'y a pas une initiative citoyenne, entre guillemets,
19:18à prendre dans ce domaine-là ?
19:21Parce que finalement, les entrepreneurs se débrouillent assez bien d'entre eux.
19:24Si il était possible, moi je suis preneur.
19:25Les industriels se débrouillent assez bien d'entre eux.
19:27Moi, j'ai déjà dit souvent, je ne sais pas si c'est pratiquable, mais il y aurait...
19:32Mais peut-être que le sujet de l'acier pourrait être un commencement.
19:37Nous aurions un forum sino-européen sur quelques enjeux comme ça, dont celui-là,
19:45associant les syndicalistes, les associations, les producteurs.
19:49Parce que vous savez, nous, j'ai dit l'industrie automobile...
19:51Ce sont les gens que vous connaissez en Europe.
19:53Bien sûr.
19:53Quand on fabrique nos trains, c'est pareil, à Valenciennes ou ailleurs,
19:57quand on est... ou à La Rochelle, nous sommes touchés.
20:02Donc s'il y avait un... on pourrait l'appeler un forum économique, mais dans lequel il y aurait tous
20:08les acteurs,
20:09et on essaierait d'ébaucher un autre... un nouveau système de partenariat, il faudrait essayer.
20:16Je serais plutôt partisan pour essayer.
20:18Un petit mot là-dessus ? Pourquoi pas tenter quelque chose de nouveau, finalement ?
20:21Écoutez, l'objectif de cette consultation publique que nous avons lancée au niveau européen va exactement dans cet esprit-là.
20:28Si on pouvait avoir accès aussi au réseau du net chinois pour essayer de commencer à construire une espèce de
20:35passerelle,
20:36au moins de dialogue entre la société civile chinoise et la société européenne, je dis bravo, il faut y aller.
20:42Mais en attendant, malheureusement, ce sont des politiques, la commission qui va prendre la décision.
20:47Et ce qu'il ne faudrait surtout pas, surtout dans le contexte et le climat politique actuel en Europe,
20:51ça ne va faire qu'attiser le nationalisme.
20:54Et on voit bien qu'à chaque fois qu'un pays ou une région s'est désindustrialisée,
20:58derrière, ce sont les idées les plus noires et les plus malpropes qui ressortent.
21:06Et ça, on n'en veut pas.
21:07Voilà. Merci à vous deux. Merci à vous qui nous avez suivis.
21:11Je vous rappelle également que vous avez rendez-vous toujours sur l'humanité.fr
21:15pour l'autre débat de cette session.
21:18On y parle de la situation de la Grèce avec un député européen grec, Stélios Koulouglou.
21:24Donc, retrouvez ce débat sur le site de l'humanité.fr.
21:27Merci à vous. Au revoir.
21:33Sous-titrage Société Radio-Canada

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