- il y a 19 heures
L'explosion du prix des matières premières due à la guerre en Ukraine, mais également la spéculation, ont entraîné des profits exceptionnels, notamment pour les entreprises de l'énergie. L'Union européenne va-t-elle taxer ces profiteurs de guerre pour aider les ménages à faibles revenus qui souffrent de la hausse des prix de l'énergie et de l'augmentation du coût de la vie ?
Le point avec les députés européens Manon Aubry ( La Gauche ), et Claude Gruffat ( Les Verts-ALE ) qui expliquent également pourquoi le bilan de la présidence française de l'Union européenne est aussi mauvais.
Un débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.
📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ !
Retrouvez tous nos articles sur 👉 https://www.humanite.fr/
Notre page Facebook 👉 https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
L'Humanité est aussi sur Twitter 👉 https://twitter.com/humanite_fr
Le point avec les députés européens Manon Aubry ( La Gauche ), et Claude Gruffat ( Les Verts-ALE ) qui expliquent également pourquoi le bilan de la présidence française de l'Union européenne est aussi mauvais.
Un débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.
📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ !
Retrouvez tous nos articles sur 👉 https://www.humanite.fr/
Notre page Facebook 👉 https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
L'Humanité est aussi sur Twitter 👉 https://twitter.com/humanite_fr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:04Taxation des bénéfices exceptionnels des entreprises, notamment du secteur de l'énergie en raison de la guerre.
00:10Spéculation sur les matières premières et où est-ce qu'on en est d'ailleurs dans l'Union européenne sur
00:15la taxation des multinationales.
00:17On en débat cette semaine au Parlement européen. On en parle avec vous.
00:20Manon Aubry, vous êtes député européen de la gauche. Bonjour et merci d'être avec nous.
00:24Et Claude Gruffat, vous êtes député européen de l'Ever Alliance Libre Europe.
00:28On en préfitra également pour que vous nous disiez un mot sur la présidence française de cette Union européenne qui
00:33vient de se terminer.
00:34Vous nous disiez un peu votre sentiment là-dessus.
00:37Alors on va parler de questions qui sont des questions d'économie mondiale, de finances mondiales, de fiscalité mondiale.
00:43On sait que dans ces questions-là, le diable est toujours dans les détails, bien entendu.
00:47La pandémie de Covid avait déjà bouleversé un certain nombre de chaînes d'approvisionnement.
00:52La guerre en Ukraine a entraîné une hausse des prix des matières premières, notamment de l'énergie.
00:58On va en parler en détail.
01:00Entraînant des profits tout à fait exceptionnels.
01:03Alors si je ne me trompe, dans une résolution qui avait été adoptée en mai,
01:06les députés avaient plaidé pour la création d'une taxe exceptionnelle.
01:10Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
01:12Vous y êtes, vous en sortez, vous en débattez à l'heure actuelle.
01:15Alors il y a de nouveau un débat qui a lieu cette semaine, qui aura lieu cet après-midi,
01:20sur en gros la nécessité de taxer les entreprises qui ont fait des surprofits pendant cette crise,
01:27et en particulier les entreprises énergétiques, ce qu'on appelle les « windfall profits » en anglais.
01:33Mais de nouveau, en fait, la Commission européenne a toujours un énorme train de retard.
01:38Toujours la Commission européenne court derrière et finit par dire
01:41« Oui, peut-être qu'on a vu ce qui s'est passé, c'est intéressant. »
01:44L'Espagne, la première, et puis l'Italie, on dit « Nous, face à l'explosion des prix de l
01:50'énergie,
01:51on est prêts à intervenir sur le marché de l'énergie, à fixer un prix maximum
01:54et à le financer par une taxe sur les surprofits des entreprises énergétiques.
02:00Des entreprises, on peut prendre l'exemple en France, comme Total,
02:03qui a fait un bénéfice record, non pas de l'histoire de Total,
02:05mais de l'histoire de tout le 440, c'est 15 milliards d'euros.
02:08Donc oui, elles ont les moyens.
02:09Quand tous les gens payent leur plein d'essence, plus de 100 euros à l'heure actuelle,
02:15derrière, c'est bénéfice maximum pour ces grandes entreprises énergétiques.
02:19Mais la Commission européenne est encore dans « Pourquoi pas ? Peut-être ? Il faudrait que… »
02:25En fait, là, on n'est plus à un moment où il faut inciter.
02:28On est à un moment où il faut réguler, parce qu'on a des millions de gens sur notre continent
02:31qui sont pris à la gorge, qui ne peuvent plus financer tout simplement leurs déplacements
02:35pour aller au boulot, pour aller en vacances.
02:37Et on peut intervenir, et ça doit être le rôle de la Commission européenne
02:42qui refuse de prendre à bras-le-corps cette responsabilité.
02:45– Quelles sont les étapes, j'allais dire, que le groupe fait à partir de maintenant
02:49pour arriver à ce qu'on est en train de dire là ?
02:51Parce qu'on en est loin pour l'instant, on n'y est pas encore.
02:53– Oui, on en est loin, et puis les chiffres…
02:55Moi, je reprends une étude de l'Oxfam qui est sortie récemment,
02:59qui a dit que toutes les 30 heures, il y a un milliardaire de plus qui se crée sur la
03:04planète,
03:04et toutes les 33 heures, il y a un million de pauvres supplémentaires
03:08qui ne mangent pas à leur faim sur cette planète.
03:09Donc, on voit comment les écarts se creusent et comment c'est explosif.
03:14Maintenant, on disait tout de suite, l'Espagne et l'Italie ont réagi,
03:16ben oui, et pourquoi ?
03:18Ce n'est pas étonnant que les pays du Sud soient les premiers à réagir en disant
03:21comment on finance cette pauvreté et du coup à se retourner vers les super profits.
03:26Donc, c'est un sujet sur lequel il faut absolument aller.
03:29On parle de l'énergie, moi je parle de l'alimentaire et l'agroalimentaire,
03:32parce que l'agroalimentaire, en ce moment, spécule énormément.
03:35Et du coup, on dit…
03:37Parce qu'il n'y a pas un problème de volume de production pour nourrir la planète.
03:40Aujourd'hui, même aujourd'hui, on a un problème d'accès.
03:43Et c'est les spéculateurs qui coupent l'accès en raréfiant l'arrivée…
03:46C'est l'autre aspect de la question, effectivement,
03:48qui n'est pas simplement lié aux profils et à la spéculation.
03:51Oui, donc ils raréfient par la spéculation l'accès aux marchandises.
03:55Et puis après, du coup, on a des pays qui vont se retrouver affamés,
03:58comme l'Égypte, l'Afrique du Nord, enfin tout un tas de pays comme ça,
04:02qui étaient approvisionnés principalement par l'Ukraine et la Russie,
04:05et qui se retrouvent là dans une situation absolument catastrophique.
04:08Donc il faut aller chercher les super-profits sur les entreprises de l'énergie et de l'agroalimentaire
04:14et les taxer, mais les taxer sérieusement.
04:17Il faut que ces super-profits soient taxés le plus possible.
04:20Moi, je parle de 90% de taxation.
04:23On va voir ce que ça donne dans les discussions, etc.
04:24Parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces super-profits,
04:28ils sont notamment alimentés par les aides exceptionnelles post-Covid
04:32qui ont été décidées par l'Union européenne pour relancer l'économie
04:35et sauver les entreprises.
04:38C'est de l'argent public.
04:38Mais c'est les entreprises qui sont le plus près de la source,
04:42qui en profitent le plus.
04:43Et comme par hasard, les multinationales, qui derrière font des super-profits.
04:46Donc en fait, si on les taxe, on ne fait que reprendre l'argent indu,
04:49qu'ils ont touché dans le cadre du plan de relance post-Covid.
04:53Et ça n'est que justice que de faire cette redistribution.
04:57Et puis, cette fiscalité, cette justice fiscale,
05:01elle est d'autant plus évidente qu'en aucun cas,
05:06les plus démunis doivent faire les frais de ces crises qui se succèdent.
05:10La guerre, on ne l'a pas fabriquée.
05:12Il y en a un qui l'a provoquée.
05:13La spéculation, c'est toutes les multinationales qui l'a fabriquée.
05:16L'Europe, Manon Brie, est la dimension au sein de laquelle
05:20ces questions, qui sont des questions vraiment fondamentales,
05:23celles qui se posent aujourd'hui, doivent être posées.
05:26L'Europe peut le faire.
05:27C'est la bonne dimension à l'heure actuelle.
05:29La difficulté pour l'Europe d'agir sur les questions fiscales notamment,
05:34c'est le fait qu'elle décide à l'unanimité.
05:36Et c'est d'ailleurs une autre résolution qu'on a votée cette semaine.
05:38On en repasera dans deux minutes.
05:40J'anticipe peut-être un peu pour dire qu'il est question
05:42de mettre en place un taux d'imposition minimum sur les entreprises
05:46au niveau européen, qui nous semble, pour nous, très peu ambitieux,
05:50mais qui a le mérite de poser sur la table la nécessité
05:52d'arrêter le nivellement par le bas,
05:54où petit à petit, les entreprises sont de moins en moins taxées
05:57sous l'effet des paradis fiscaux européens.
05:59La difficulté, c'est que pour arriver à ce type de décision-là,
06:02il faut l'unanimité des États membres,
06:04et donc l'accord de tous les États, y compris des paradis fiscaux d'ailleurs,
06:07et d'autres États instrumentalisent ces questions pour les bloquer.
06:10C'est le cas de la Hongrie et de la Pologne, donc ça explique un peu
06:13la difficulté à agir sur les questions fiscales.
06:16Après, s'agissant d'une taxe sur les surprofits,
06:18la Commission européenne pourrait en prendre l'initiative,
06:20mais là aussi, elle se dédouane encore de sa responsabilité
06:23en disant qu'il faut inciter, inciter, inciter.
06:26Moi, j'en ai marre en tant que citoyenne,
06:28y compris pendant la crise du Covid, où on m'a mis des règles hyper strictes.
06:31Nous, en France, on n'avait pas le droit de sortir de chez soi plus d'une heure.
06:35Il fallait qu'on réponde de tous nos faits et gestes,
06:38mais les grandes entreprises multinationales,
06:40elles, c'est juste, on leur passe un petit coup de fil en disant
06:43« vous serez sympa de faire une petite ristonte sur le prix à la pompe
06:48pour, par exemple, l'essence pour Total ».
06:50Franchement, qui croit à ce deux poids, deux mesures
06:53qui est absolument scandaleux et qui laisse des millions de gens dans la misère ?
06:57Parce que, du point de vue de la tour de ray de la Commission européenne,
07:01en fait, ma conviction in fine, c'est qu'ils ne voient pas l'enjeu,
07:04qu'ils ne le comprennent pas.
07:05Si ces gens-là, par ailleurs, connaissaient ces difficultés matérielles,
07:10concrètes et financières, je me dis que peut-être ils se diraient
07:12« ouais, là, il faut agir, là, on va arrêter de passer des coups de fil aux entreprises,
07:16on va leur dire maintenant que c'est la règle ».
07:18Et d'ailleurs, vous, les entreprises, vous avez besoin des règles pour agir,
07:22vous êtes bien contents que le marché économique fonctionne bien,
07:25et bien maintenant, vous allez respecter ces règles
07:26et on va vous taxer davantage pour financer une baisse des prix pour tous les gens.
07:30Alors, justement, vous dites tous les deux, oser prix de l'énergie,
07:34augmentation du coût de la vie, inflation, ça touche très particulièrement.
07:38Vous avez vu l'enquête de l'INSEE, les résultats qui sont sortis il y a quelques jours
07:42sur les ménages à faible revenu qui ont vu leur situation se dégrader,
07:46bien sûr à cause du Covid, mais surtout aussi depuis.
07:49Vous en débattez à l'heure actuelle.
07:51Comment on peut faire pour que, effectivement, ces surprofits,
07:55au cas où on les récupère, aillent à ceux qui en ont besoin ?
07:58Comment c'est possible, techniquement ?
08:00– Ça, ça fait partie d'une décision de fléchage.
08:04C'est-à-dire que si on récupère ces fonds,
08:05on décide en même temps qu'est-ce qu'on en fait et comment on les redistribue.
08:09Parce que la question de la fiscalité, ce n'est pas le tout de faire du prélèvement,
08:12mais après, derrière et en même temps, on doit trouver la solution de la redistribution.
08:16Et je pense que là, on n'est pas à court d'idées sur la redistribution.
08:21Pour moi, ce n'est même pas une question.
08:24– On va revenir peut-être d'un petit mot quand même sur ce feuilleton
08:28dont vous parliez de la taxation des multinationales,
08:31en redisant ce qu'a apporté, j'allais dire, la cession.
08:34Cette cession-là, qu'est-ce que ça a apporté par rapport au feuilleton
08:37qui a débuté, on le rappelle, en octobre,
08:41en tous les cas, d'une manière claire, en octobre,
08:43quand le CDE a décidé d'un impôt mondial de 15% sur le bénéfice des sociétés,
08:49qu'on avait jugé historique à l'époque,
08:51avec les remarques que vous allez peut-être refaire
08:53sur le fait qu'il était historique ou pas, qu'il valait le coup ou pas,
08:57pour dire à quel point on en est aujourd'hui
09:02que cette question revient au Parlement européen.
09:04Vous savez, moi, ça fait plus de 10 ans que je me bats sur la question de la taxation des
09:09multinationales.
09:10Et à l'époque, avant d'être élue, quand j'étais à Oxfam,
09:12et qu'on défendait un taux d'imposition minimum,
09:15on avait l'impression de parler une langue que absolument personne ne comprenait.
09:19Donc, je vais essayer de voir au moins un côté positif,
09:21c'est qu'on a gagné la bataille culturelle de la nécessité d'un taux minimum.
09:24Mais je vais m'arrêter là.
09:25Parce que, comme souvent, en fait, ils sont très forts
09:28au niveau de, à la fois, les négociations internationales,
09:32mais aussi à l'échelon européen,
09:33pour reprendre les idées et les vider de leur sens.
09:35Ils ont fait pareil sur la transparence fiscale des multinationales,
09:38où ils ont repris l'idée, et en réalité, ils l'ont vidée de son sens
09:41et vidée de son effectivité, puisque c'est une transparence à trous.
09:46Et là, ils ont fait la même chose.
09:47Taux d'imposition minimum, d'accord, mais à 15%,
09:49ce qui est un taux extrêmement bas.
09:51Pour vous dire, dans l'Union européenne, il n'y a que deux États qui sont en dessous.
09:54La Hongrie et l'Irlande.
09:56Et donc, l'ensemble des États membres a un taux supérieur à cela.
09:59Donc, oui, OK, on harmonise, mais c'est toujours la même chose
10:02au niveau de l'Union européenne.
10:03On harmonise par le bas.
10:05Et ça, ça profite aux grandes multinationales
10:07qui payent le moins d'impôts possible.
10:09Donc, évidemment, ce projet, pour nous, il n'est pas satisfaisant en l'État.
10:13Mais il faut poser la question d'avoir un taux minimum
10:15pour ensuite pouvoir en augmenter le taux.
10:18Et ce qui est frappant, ce que j'ai expliqué tout à l'heure,
10:20c'est que la Hongrie et la Pologne ont bloqué ce projet.
10:22Donc, ce qu'on a voté cette semaine, c'est non seulement une dénonciation
10:25de ce veto apporté par ces pays d'extrême droite, soit dit en passant,
10:29comme quoi, la preuve, l'extrême droite n'est jamais du côté du peuple,
10:33n'est jamais du côté de la lutte contre l'évasion fiscale,
10:35puisque ce sont des États d'extrême droite qui bloquent ces avancées à minima,
10:38comme je le décrivais.
10:39Et ce qui est intéressant, pour la première fois,
10:42on ouvre la porte à ce qu'on appelle une majorité qualifiée.
10:46C'est la nécessité de sortir de cette règle de l'unanimité, première option.
10:51Ça, il faut changer les règles et les traiter,
10:52et c'est évidemment un travail sur le long terme.
10:54Deuxième option, faire ce qu'on appelle la coopération renforcée,
10:56c'est faire à quelques États sans les États qui bloquent.
10:59Et là, moi, j'ai une question pour Emmanuel Macron.
11:01Quand il se justifiait de ce nivellement par le bas et de ce texte à minima,
11:05il disait, oui, c'était pour avoir l'ensemble des États membres.
11:08Pardon, mais avec ce truc à minima, vous n'avez pas l'ensemble des États membres.
11:11Donc, autant faire un truc qui fonctionne et qui est efficace dans la lutte contre l'évasion fiscale
11:15avec un nombre d'États membres qui le veulent.
11:17Et c'est pour ça que nous, pour finir là-dessus,
11:19nous n'avons eu de cesse de proposer ce qu'on appelle un impôt universel,
11:22qui est un nouveau calcul, une nouvelle forme d'imposition des entreprises
11:26en calculant leur activité réelle dans chaque pays où ces entreprises sont présentes
11:31et l'impôt qu'ils devraient payer, ce manque à gagner.
11:34On le calcule au niveau international et on récupère notre part qui est due en France
11:38sous tous les États membres qui souhaitent participer à ce projet.
11:40Je pense que c'est ce grand projet que nous devrions mettre en œuvre.
11:43Et j'ai même la conviction que si un certain nombre d'États membres,
11:46comme la France ou d'autres, pas avec Emmanuel Macron, ça j'en suis sûr,
11:49mais si un certain nombre d'États membres prenaient ça à bras-le-corps,
11:53alors ils pourraient entraîner dans leur sillage d'autres États.
11:55Et c'est comme ça aussi qu'on bouscule les règles européennes.
11:58Moi, je ne crois pas à cette unanimité permanente qui fait qu'on n'avance pas
12:01et qu'en attendant, ce sont les multinationales qui, elles, avancent en ne payant pas d'impôt.
12:06Justement, Claude Ruffin, on rebondit sur cette question.
12:09Est-ce que la France, on vient au bilan, on commence à parler du bilan de la France dans sa
12:16présidence.
12:16Est-ce que la France a fait ce qu'il fallait faire sur cette question de la justice fiscale ?
12:20– Ce sujet est bien choisi, c'est précisément un échec de la présidence française,
12:25notamment la taxation des multinationales, puisque c'était une priorité.
12:29– C'est ça ?
12:29– C'est fini et ce n'est pas abouti.
12:32Donc ça, c'est un échec cuisant.
12:35Et ça, cette question, le Conseil est assis dessus depuis plus de 20 ans,
12:41la question de l'unanimité, et ils ne veulent pas passer à la majorité relative,
12:44de manière à ce qu'on puisse avancer.
12:46Moi, ce que je voudrais juste expliquer pour que nos auditeurs comprennent bien,
12:50ou nos lecteurs comprennent bien, c'est que si on le faisait à la majorité relative,
12:55la Hongrie ne signe pas, la Pologne ne signe pas, et alors, ce n'est pas grave,
12:59les 26 autres ou les 25 autres pays le font,
13:02et ce qui n'empêcherait pas aux multinationales hongroises ou polonaises
13:05d'être taxées sur les autres territoires européens sur lesquels elles sont implantées.
13:09Donc je ne comprends pas qu'on ne saisisse pas cette opportunité pour la faire avancer
13:16et puis pour l'élargir à toutes les questions de fiscalité, comme c'était évoqué,
13:19parce que c'est tellement fondamental et c'est tellement important de construire,
13:23de continuer à construire l'Europe, parce que derrière, quand même, cette construction,
13:26si l'Europe est capable de lever des taxes et des impôts pour se créer son propre budget,
13:31on va probablement passer de l'Union européenne à la Fédération européenne,
13:34et on va franchement passer là à une puissance européenne qui va prendre une autre dimension.
13:38Mais il faut lever ces questions.
13:41Si on ne passe pas ce cap, on va rester sur une Europe qui va finir par vieillir
13:47et qui va plus se doter de ses outils nécessaires pour son avenir et son futur.
13:51On est en train de voter l'entrée de nouveaux pays,
13:53il va falloir des ressources budgétaires complémentaires.
13:56Là, on est en train de patiner, malheureusement,
13:58et la France, vu sa dimension, n'a pas joué son rôle sur ce sujet.
14:02– Et peut-être aussi de redonner de la crédibilité à l'Europe,
14:05il faut le dire, qui n'est pas énorme à l'heure actuelle,
14:08pour la raison que vous expliquez tout à l'heure,
14:10c'est-à-dire que l'argent qui va être récupéré,
14:12il va servir à des besoins qui sont des besoins prégnants, réels,
14:17importants à l'heure actuelle, liés à des questions,
14:20on parlait de la crise alimentaire, dans certains pays c'est le cas,
14:23on n'en est pas loin, dans certaines catégories sociales aussi,
14:26dans des pays européens, qui se cumulent avec d'autres choses
14:30qui sont en train de nous arriver.
14:31On parle de sécheresse par exemple,
14:33on parle de cette crise qui est en train d'arriver de ce côté-ci,
14:37donc il y a quand même un certain nombre d'indicateurs
14:39qui nous disent que tout ça va dans le mauvais sens,
14:42et qu'il serait bien qu'il y ait un signal qui concerne un peu les gens,
14:44j'allais dire tout simplement.
14:46– Oui, de nouveau, on voit à quel point l'Union européenne
14:48est souvent déconnectée de la réalité des gens.
14:51Moi, à chaque fois que j'entre dans l'hémicycle,
14:53je me dis, mais en fait, on a besoin de faire résonner
14:56la voix des millions de gens qui sont très loin de Bruxelles
14:59et qui se disent, ok, qu'est-ce qu'ils font là ?
15:02Qu'est-ce qu'ils font pendant la crise du Covid ?
15:04Bon, les États, ils se battaient entre eux pour se voler des masques
15:07ou des respirateurs.
15:09Depuis, ok, ils ont fait un plan de relance au niveau européen,
15:12mais ils demandent des contreparties économiques,
15:14notamment la réforme des retraites dans le cas de la France.
15:17Et puis là, s'agissant de la crise que nous connaissons,
15:19la crise des prix, l'Union européenne va à tâtons,
15:23ne fait pas d'achats communs groupés pour essayer de faire baisser les prix,
15:25parce que ces prix élevés, ils sont liés à la spéculation,
15:28n'agissent pas pour limiter les prix de l'autre côté pour les citoyens
15:32et ça prouve, ça démontre la déconnexion de nouveau de l'Union européenne
15:36avec la majorité des citoyens.
15:37Sur fond aussi d'accords internationaux commerciaux
15:40qui ne vont pas non plus dans le bon sens à l'heure actuelle.
15:42Exactement, avec l'accord avec la Nouvelle-Zélande qui est le dernier accord.
15:45En fait, pendant la crise du Covid, on a un peu mis entre parenthèses
15:49certaines mauvaises habitudes, les choses ont été gelées.
15:51Et là, ils se disent, il faut aller vite.
15:52Et donc, et vas-y qu'on te signe un accord avec la Nouvelle-Zélande
15:56qui a été signé la semaine dernière, un accord de libre-échange,
16:00pour que les gens se rendent bien compte.
16:01La Nouvelle-Zélande, on ne fait pas plus loin,
16:03c'est littéralement l'autre bout du monde.
16:05On va baisser les barrières douanières,
16:06donc on va favoriser le commerce avec ce pays,
16:09sachant que c'est un pays qui est le premier producteur de lait au monde,
16:13ce qui veut dire qu'on va faire venir de l'autre bout du monde
16:16du lait produit dans des conditions différentes,
16:18alors que nos propres producteurs de lait ont du mal à écouler leur stock.
16:23C'est des productions notamment de viande, etc.,
16:28agricoles de manière générale dans des conditions extrêmement différentes
16:30de celles de la France, avec des herbicides et des pesticides
16:33qui sont autorisés en Nouvelle-Zélande et qui sont interdits
16:37ici dans l'Union européenne.
16:39Et donc, c'est un suicide collectif de reprendre cette marche forcée
16:44de signature d'accord de libre-échange.
16:46Et moi, je le dis clairement, et je sais que Claude sera d'accord avec moi,
16:50notre groupe de la gauche au Parlement européen,
16:52le groupe des Verts, on a toujours été extrêmement ferme
16:55sur notre refus de ces accords de libre-échange
16:57et on continuera à se battre dans cet hémicycle pour protéger nos industries
17:00et notre production européenne.
17:03Et il en va de notre souveraineté, et bien il en va évidemment d'un enjeu climatique.
17:06On parlait de la Nouvelle-Zélande.
17:08Et c'est là qu'on peut faire le lien avec le paquet climat
17:10qu'on a voté à l'avant-dernière session,
17:13sur la question de la taxe carbone aux frontières,
17:15sur la question de l'arrêt des pesticides interdits à l'intérieur de l'Union,
17:20mais importée, la déforestation importée,
17:23toutes ces grandes questions qui sont extrêmement importantes pour le climat,
17:26mais qui sont aussi tellement concurrence déloyale pour les producteurs d'ici
17:30et qui donc mettent à mal notre propre souveraineté alimentaire.
17:34Donc c'est majeur que ces questions-là avancent.
17:37Et quand on voit qu'aujourd'hui ici, on dit qu'on fait,
17:40oui, mais en 2032, en 2034, en 2035,
17:44mais tous ceux qui raisonnent comme ça, et c'est 80% du Parlement ici,
17:47parce que le Parlement est à 80% à droite,
17:49il faut dire clairement les choses, ils sont climato-sceptiques.
17:51C'est l'économie d'abord, l'écologie après, et le social après,
17:54mais ça veut dire qu'ils n'y croient pas.
17:56Un vrai problème de climat et d'écologie qui est sérieusement mis en jeu,
18:00et très rapidement, le GIEC n'arrête pas de nous le rappeler,
18:03tous les 3 mois, 6 mois, en sortant des rapports
18:05tous plus catastrophiques les uns que les autres sur les perspectives,
18:08mais moi ça me rend, c'est très attristant de voir
18:11qu'on a autant de collègues d'ici qui n'y croient pas,
18:14qui n'y croient pas, c'est dramatique pour le avenir.
18:18– Ensuite de ce que vous disiez, on parlait de la Nouvelle-Zélande tout à l'heure,
18:20il y a eu également une résolution d'urgence sur le Brésil,
18:23un mot sur cette résolution, puisque ça touche à la question de la déforestation bien entendu,
18:27un mot sur cette question du Brésil à l'heure actuelle ?
18:30– Sur la question de…
18:32– Sur la question de… il y a eu un débat sur le Brésil et sur l'urgence autour du
18:37Brésil ?
18:38– L'urgence autour du respect des droits de l'homme, etc.,
18:41avec les attaques qui ont eu lieu là, sur notamment les journalistes qui sont allés là-bas
18:46et qu'on a retrouvés en morceaux dans la rivière.
18:48– Il y a eu le contexte dont vous parliez, de déforestation, d'agriculture intensive, etc.
18:52– C'est ça, et avec les accords du Mercosur qui sont aussi en filigrame derrière,
18:57encore un de plus par rapport à ce qu'on évoquait,
18:59qui risquent de reprendre du poil de la bête à la fin de l'année,
19:02puisque si Lula prend le pouvoir et qu'il gagne les élections,
19:05on risque de fortement réentendre parler, avec tous les enjeux que ça a,
19:09sur les peuples autochtones, sur évidemment l'écologie, la biodiversité locale.
19:14Mais il faut se mettre en tête que quand on est face à la forêt amazonienne,
19:17c'est le poumon de la planète, ce n'est pas le poumon du Brésil.
19:20Donc on est tous concernés par cette question,
19:24et ces accords sont tellement climaticides,
19:26que là il va falloir encore monter au créneau sérieusement sur le sujet bien sûr.
19:30– Un mot, on avait dit qu'on en parlerait, Manon Aubry,
19:31sur le bilan de la présidence française, qu'est-ce qu'on peut en dire ?
19:35– Beaucoup de mots et peu d'actes, on peut les prendre dans l'ordre.
19:41Sur la question climatique, un des rôles principaux
19:44qu'a joué cette présidence française de l'Union Européenne,
19:47c'est de faire la promotion extrêmement active du gaz
19:50et du nucléaire pour l'inclure dans ce qu'on appelle la taxonomie,
19:53qui, je vais vous expliquer ce qui s'est passé comme vote aujourd'hui,
19:56la taxonomie c'est la définition des énergies vertes,
19:59et donc la Commission Européenne, sous insistance de la France,
20:03a proposé que le gaz, qui est quand même le premier responsable
20:05des émissions de gaz à effet de serre en Europe,
20:08soit considéré comme une énergie verte,
20:09et que le nucléaire, avec toutes les questions et les problèmes
20:12que ça pose, notamment en termes de gestion des déchets radioactifs,
20:16soit aussi considéré comme une énergie verte pour flécher les investissements
20:20vers le gaz et le nucléaire.
20:22Et pour aller dans ce sens, et pour faire en sorte que ce soit adopté,
20:25Emmanuel Macron s'est allié avec l'extrême droite,
20:28avec Viktor Orban en Hongrie.
20:30Cette alliance de la République en marché, de l'extrême droite,
20:33c'est celle qui a présidé nos débats au Parlement européen.
20:36Alors nous, on s'est mobilisés, la gauche, les verts,
20:38on s'est mobilisés ensemble.
20:39D'ailleurs, on a fait un peu la nupe aussi ici,
20:43puisque nos amis socialistes aussi ont voté cette objection.
20:47On a déposé ce qu'on appelle une objection
20:49pour s'opposer à cette classification du gaz et du nucléaire
20:52dans les énergies vertes.
20:54Et donc, cette objection, elle vient tout juste d'être jetée à l'instant.
20:59On sort tout juste du vote.
21:00Ce qui est, je pense, extrêmement coupable de la part d'Emmanuel Macron
21:04d'avoir joué à ce rôle, à ce jeu extrêmement dangereux.
21:07Il est en train littéralement de sacrifier notre avenir.
21:11Et il devra, je pense, répondre de ces manœuvres extrêmement dangereuses
21:17avec l'extrême droite et qui, je pense, sont extrêmement…
21:20– Moi, je voulais juste rajouter, pour aller dans ce sens-là,
21:23le nucléaire, vous savez que c'est l'énergie intermittente naissante.
21:26Vous savez qu'aujourd'hui, on a cinq centrales qui sont arrêtées en France
21:29parce que les rivières n'ont plus assez d'eau pour les refroidir.
21:31Donc, soutenir un avenir énergétique à travers une indépendance
21:38qui n'est pas assurée sur la matière première, c'est-à-dire l'uranium,
21:42dont on n'en a pas en Europe, donc il faut aller la chercher,
21:45sur le fait que le climat est en train de nous dire
21:46qu'on va avoir des vrais problèmes pour faire fonctionner les centrales,
21:49sur le fait que le coût de l'énergie nucléaire pour le citoyen,
21:54c'est 120 euros le mégawatt.
21:56Le coût de l'énergie renouvelable, c'est 42 euros le mégawatt.
21:59L'énergie nucléaire dont on a besoin là maintenant,
22:02on va être capable de la mettre en production à partir de 2040.
22:05Un parc éolien offshore en mer, on le met en œuvre en une dizaine d'années.
22:09Donc, la réactivité, la rapidité, le coût,
22:12tous ces éléments plaident en faveur des énergies renouvelables
22:15et on fait un choix complètement inverse
22:17et on va sur ce qui est le plus coûteux, ce qui est le plus polluant.
22:19Et les déchets nucléaires, c'est 200 000 ans quand même
22:23de déchets pour notre descendance.
22:25Donc, franchement, je ne vois pas où sont les feux au vert pour faire ce choix,
22:31sinon les lobbies de l'industrie qui sont aujourd'hui portées
22:34par le président de la République française.
22:36Vous faisiez allusion à la NUP.
22:37On est en Europe, là, on ne parle pas de la politique sociale,
22:40mais tout de même, on dit quand même qu'il y a une proposition de loi
22:44qui vient de déposer par la NUP sur des vraies questions quotidiennes des gens,
22:49sociales, le blocage des prix des loyers, les carburants, l'augmentation du SMIC.
22:52Bon, en tous les cas, il y a quelque chose.
22:54Et c'est assez intéressant de voir que les débats que vous avez ici au Parlement européen
22:59se retrouvent quand même, sont très liés à leur acte.
23:01Évidemment. Et quand on se bat à Paris pour le blocage des prix des produits de première nécessité,
23:07on fait la même chose ici à Strasbourg ou à Bruxelles.
23:11Et ce combat, on le mène de concert.
23:13Et moi, je suis très fière que cette coopération, finalement,
23:15on a été un peu précurseur ici au Parlement européen,
23:17puisqu'on a davantage l'habitude de travailler ensemble.
23:20Il se trouve que Claude et moi, on siège dans la même commission.
23:22Et c'est un plaisir, en plus, de travailler ensemble.
23:25Et j'espère qu'on va pouvoir continuer à donner davantage de poids,
23:28parce que, par exemple, il était question du paquet climat précédemment.
23:32C'est parce que la gauche a su se mobiliser et s'unir
23:34qu'elle a pu aussi faire tomber la stratégie de la droite et l'extrême droite
23:40qui avait, dans un premier temps, vidé le paquet climat de sa substance.
23:43Et vous savez, ici, au Parlement européen,
23:45il n'y a pas un groupe qui a la majorité absolue,
23:47mais il n'y en a même pas deux qui ont ensemble la majorité absolue.
23:50Donc, on est encore plus habitués à devoir former des majorités.
23:53Et je crois qu'on doit aussi montrer la voie
23:55si on a une nécessité de former des majorités de gauche
23:58pour défaire ce que LREM est aussi ici en train de faire,
24:01c'est-à-dire une alliance avec l'extrême droite de circonstance.
24:04Le parlement national français commence à ressembler au Parlement européen
24:07du point de vue du demi-serre.
24:09Merci.
24:10Non, un mot encore, Claude Ruffin ?
24:12Non, mais sur le fait que les gauches soient capables
24:16de se rassembler pour porter des projets aussi importants
24:19pour les gens dont on est issus,
24:22c'est-à-dire la France d'en bas,
24:23pour reprendre des expressions pas très gentilles,
24:25mais qui ont tellement été utilisées
24:27que tout le monde comprend de quoi on parle.
24:29Moi, ça me paraît important, c'est vrai,
24:31et que concevoir une politique qui soit à ce service-là,
24:36c'est important.
24:37Concevoir un fonctionnement de l'Europe durable,
24:39qui prend de plus en plus de poids
24:41et qui pose structurellement les choses dans ce sens-là,
24:44c'est pour moi important également.
24:46Donc, l'avenir est devant nous par rapport à ça.
24:48Et ce que j'espère, c'est qu'au procès NG Séance,
24:51les citoyens et citoyennes européennes,
24:53ils nous envoient plus nombreux que 15% au Parlement européen,
24:56mais qu'on passe à des volumes nettement
24:59et significativement plus importants,
25:01de manière à ce qu'on puisse les défendre
25:02d'une manière complètement différente de ce qu'on fait.
25:03Merci à vous.
25:04Et nous, on est là à l'humanité pour donner de la voix
25:06à ceux dont vous êtes en train de parler,
25:08qui prend forme depuis plusieurs années maintenant,
25:10mais qui commence à, je trouve,
25:11pour en prendre forme d'une manière intéressante.
25:13On est là pour en parler.
25:15Merci Manon Aubry, merci de votre brussade,
25:17dans un sens ou dans l'autre.
25:18Et merci à vous qui nous avez suivis.
25:19À bientôt. Au revoir.
25:20Sous-titrage Société Radio-Canada
25:21Sous-titrage Société Radio-Canada