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  • il y a 20 heures
Trois députés européens analysent la décision de Donald Trump de taxer l'aluminium et l'acier européens, ainsi les premières réactions de l'UE face à cette guerre commerciale lancée par le président américain. Avec Yannick Jadot (Verts-ALE), Emmanuel Maurel (S et D) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).

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Transcription
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Le président des Etats-Unis a décidé, après en avoir fait planer la menace à plusieurs reprises,
00:20de taxer l'acier et l'aluminium produits en Europe.
00:25Protestation unanime, vous allez nous dire ce que vous en pensez du côté des dirigeants européens.
00:30Alors, comment analyser un peu cet épisode des rapports entre l'Europe, l'Union Européenne et les Etats-Unis ?
00:36Quelles conséquences doit faire l'Europe ? Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux
00:40dans cette histoire ?
00:40Puisque beaucoup de choses circulent. On en parle avec vous, Emmanuel Morel.
00:44Merci d'être avec nous. Vous êtes député européen, socialiste et démocrate. Bonjour.
00:48Yannick Jallot, bonjour. Vous êtes député européen vers Alliance Libre Europe et Patrick Le Yaric.
00:53Vous êtes, vous aussi, député européen, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:58Alors, bon, en effet, on les rappelle. Le président des Etats-Unis décide d'imposer des droits de douane sur
01:03l'acier et sur l'aluminium qui vient d'Europe.
01:07Un petit détail. C'était pas le cas jusqu'alors ? Où est-ce qu'on en était, Emmanuel Morel
01:10? Dites-nous, expliquez-nous un peu le contexte.
01:12Où est-ce qu'on en était, c'est-à-dire ?
01:13En matière de taxation d'acier et d'aluminium.
01:17Les droits de douane étaient relativement faibles, voire nuls sur certains produits.
01:22Mais ce qu'il faut dire quand même, c'est que Donald Trump applique son programme.
01:26Il avait dit pendant la campagne électorale, il faut que les Etats-Unis soient imprévisibles.
01:30Ils le sont. Il avait dit, on va sortir de l'accord sur le climat. Il est sorti.
01:34Il avait dit, on va remettre en cause l'accord sur l'Iran. Il le fait.
01:37Il avait dit, on va combler le déficit commercial abyssal des Etats-Unis.
01:43Et il se lance dans une guerre commerciale dont on constate aujourd'hui les effets.
01:47Ce que je veux dire par là, c'est qu'on ne croyait pas qu'il allait le faire.
01:51Il le fait. Et l'Europe a été insuffisamment préparée.
01:54Moi, je me souviens, Yannick aussi sûrement d'ailleurs, Patrick aussi d'ailleurs,
01:58de la réaction de la commissaire chargée du commerce international au lendemain de la nomination de Trump.
02:04Elle avait dit, mais vous allez voir, on va continuer dans le libre-échange, il n'y aura pas de
02:08problème.
02:08Il y a un problème. Et face à ce problème, il faut que l'Europe réagisse, qu'elle se fasse
02:13respecter,
02:13qu'elle parle d'une seule voix. C'est tout l'enjeu du moment qu'on est en train de
02:16vivre.
02:17On va en reparler bien sûr en détail.
02:20Yannick, j'ai une réaction un petit peu à cette décision de Trump.
02:23Vous interprétez ça comment, vous ?
02:25Est-ce que c'est important déjà pour l'industrie européenne ou est-ce que c'est marginal finalement ?
02:31Repartons un peu les chiffres. Est-ce qu'on exporte beaucoup d'acier et d'aluminium vers les États-Unis
02:37?
02:37Est-ce que c'est vraiment important cette taxation promise par Trump ?
02:40Bien sûr que c'est important. On exporte pour près de 7 milliards d'acier et d'aluminium.
02:46Donc c'est important. Surtout qu'en fait, il y a jusqu'à maintenant, avant même l'imposition de taxes,
02:53il n'y a pas de concurrence déloyale de la part des Européens sur le marché américain.
02:58Trump dit contraire, on en parlait.
03:00Il y a eu de la concurrence déloyale de la part de la Chine, très clairement,
03:04qui à un moment donné a tellement investi dans sa sidérurgie qu'on s'est retrouvé avec des surcapacités de
03:10production énormes
03:11qui a posé des problèmes pour la sidérurgie européenne et évidemment pour la sidérurgie américaine.
03:17Mais ce qu'il faut dire, c'est qu'effectivement, Trump applique son programme, mais c'est insupportable l'idée
03:24d'agir de la sorte
03:26et de partir en guerre de sa part contre toutes les règles multilatérales, qu'elles soient du climat,
03:33qu'elles concernent le dossier iranien ou qu'elles concernent le commerce.
03:36Mais il y a un truc qu'il faut reconnaître à Trump. C'est que dans ce monde européen où
03:42on a l'impression que l'économie,
03:44ce n'est pas de la politique, qu'on nous explique que c'est efficacité, technocratie, qu'il n'y
03:48a qu'une seule méthode, qu'une seule réponse.
03:50Trump, il fait de la politique, de la pire des manières, mais il rappelle une chose.
03:55L'économie, c'est de la politique. La sidérurgie pose un enjeu de souveraineté économique et donc de souveraineté politique.
04:02Et ça, ça renvoie aux Européens l'importance, nous-mêmes, de s'interroger sur notre souveraineté économique.
04:09On n'a pas de politique industrielle. On est la seule grande économie, si on considère que l'Union européenne
04:16est une seule économie,
04:17on est la seule grande économie qui n'a pas de politique industrielle commune.
04:22Donc nous sommes toujours divisés, nous sommes toujours en situation de grande fragilité.
04:27Donc la seule réaction à Trump, au-delà des rétorsions commerciales, pour ne pas se laisser marcher dessus,
04:34c'est d'avoir une politique industrielle européenne qui protège les salariés et qui protège l'environnement.
04:42On sait à quel point la sidérurgie peut être compatible avec la protection de l'environnement et notamment du climat,
04:49ou ne pas l'être du tout.
04:51Patrick Leyaric, pas de politique industrielle européenne.
04:55Ça veut dire, mettre au mot, c'est libre-échange à tout va.
05:00Là, on bute sur une question, puisqu'on est dans le libre-échange tout de même. On bute sur cette
05:04question-là quand même.
05:05C'est-à-dire qu'il y a des endroits dans l'Union européenne, notamment en France, où ce à
05:10quoi on a assisté, c'est à la désindustrialisation.
05:13Ce n'est ni à la modernisation de nos capacités productives, notamment dans l'acier, l'aluminium et un certain
05:19nombre de métaux comme ceux-là,
05:23et rien en échange. Si l'Allemagne a continué à investir, à développer un certain nombre d'industries liées à
05:33l'acier,
05:33elle va être très impactée par ces droits de douane supplémentaires qui vont ennemis.
05:41Et d'ailleurs, on se demande dans quelle mesure Trump, dans cette affaire, ne vise pas directement l'Allemagne.
05:47Il le dit. Il a été assez insultant.
05:51Il a dit qu'il ne voulait pas voir une seule Mercedes sur la 5e venue à New York.
05:55Par rapport à ce que disait Yannick Jadot tout à l'heure, ça ne porte pas effectivement sur l'acier
05:59ni l'aluminium,
06:00mais il dit par ailleurs que le déséquilibre existe entre l'Europe et les États-Unis sur d'autres produits,
06:06par exemple, effectivement, l'automobile, l'aéronautique, etc. Sachant que dans ces matières-là,
06:11il y a une politique européenne ou pas en matière d'aéronautique, en matière d'automobile ?
06:15Est-ce qu'on a une vraie politique ?
06:18Aéronautique, oui. Automobile, c'est moins clair. Mais je reviens quand même un instant à ce qui vient d'être
06:24dit.
06:24D'abord, Yannick a totalement raison de souligner que Trump se trompe d'adversaire.
06:28En tout cas, il fait mine de se tromper d'adversaire parce que le vrai problème dans la situation de
06:31l'acier, c'est la Chine.
06:33Il y a une circapacité incroyable et qui est à l'origine de la crise qu'on connaît aujourd'hui.
06:37Donc là, il y a une première erreur. Deuxième chose, moi, je pense qu'en effet, Trump, il vise l
06:43'automobile allemande.
06:44Et d'ailleurs, c'est là qu'on va pouvoir mesurer la solidité de l'Union européenne.
06:48C'est-à-dire soit on fait face, on fait bloc et on défend l'industrie européenne.
06:56Oui, c'est ça. Et dont l'Allemande, dont l'industrie autonome allemande...
06:59Oui, mais ça veut dire aussi que l'Allemagne ne doit pas, à l'inverse, désolidariser de l'Europe en
07:04essayant, dans son coin, de trouver une solution.
07:06C'est vraiment... Je pense que ce qui est intéressant, au moins dans ce moment qu'on vit, c'est
07:10un moment de vérité pour l'Union européenne.
07:11C'est ce que, oui ou non, on se fait respecter.
07:13Pour l'instant, c'est le cas. Moi, j'avais des doutes et des craintes.
07:16Mais il faut reconnaître qu'on a porté plainte à l'OMC.
07:19Bon, ça, à la rigueur, c'est parce qu'il y a le plus important.
07:20On a mis en place des mesures de représailles sur un certain nombre de produits américains.
07:24Alors, c'est modeste, mais c'est un commencement quand même.
07:27Et on s'interroge sur la stratégie en matière de protection de nos savoir-faire, de nos entreprises, de nos
07:35travailleurs.
07:36La question, c'est est-ce qu'on va franchir une étape supplémentaire ?
07:38Et c'est là qu'aujourd'hui, on a quelques doutes.
07:41Ça serait quoi, cette étape supplémentaire, Yannick Jalot ?
07:44S'il devait y en avoir une de la part de l'Union européenne,
07:46où effectivement, chefs d'État et de Commission européenne et autorités européennes en règle générale
07:52ont l'air de répondre de manière assez unanime sur cette question-là.
07:56Alors, les grands cas où l'Europe s'est divisée ces dernières années,
08:02ça a été sur des cas de dumping chinois.
08:03Ça a été le photovoltaïque qui a détruit des dizaines de milliers d'emplois en Europe
08:08parce qu'à un moment donné, les Chinois, ils allaient voir tel capital en disant,
08:13ils allaient voir les Grecs en disant, si vous faites des mesures de rétorsion,
08:16on arrête nos investissements dans le bord du Piret.
08:18Ils allaient voir les Français les menacer sur le vin.
08:20Ils allaient voir les Allemands les menacer sur les machines-outils.
08:23Et donc, l'Europe, au fond, se délitait dans sa capacité de réponse.
08:29Là, Trump tape tellement fort qu'il a créé l'unité.
08:32C'est une bonne nouvelle.
08:33La question qu'on peut se poser, c'est que dans quelques jours,
08:36les Américains vont sortir les résultats de leur enquête sur l'automobile
08:40parce que l'administration américaine a lancé une enquête sur les conditions de concurrence déloyale
08:47en matière automobile.
08:48On voit que sur l'acier, au fond, tout ça n'a pas de fondement.
08:51Mais il y a bien ce sujet au niveau des États-Unis.
08:55On va voir comment ça va réagir.
08:56Mais là, il y a la question pour l'Europe de défendre le multilatéralisme.
09:02C'est essentiel.
09:03Et puis, moi, j'aimerais bien que les mesures de rétorsion aillent aussi,
09:08pas simplement sur des produits symboliques du type,
09:11les Davidson, les Jeans et tout ça,
09:13mais qu'on tape aussi, par exemple, sur le soja OGM,
09:17qu'y compris on affirme à travers nos rétorsions commerciales
09:21des valeurs sur l'agriculture ou sur la protection de la santé,
09:25sur la protection de l'environnement.
09:27Donc, politique industrielle, ce qu'on n'a pas eu,
09:29vous vous souvenez, on se souvient tous des cas d'ArcelorMittal,
09:33où on a laissé Mittal mettre en concurrence le Luxembourg avec la France,
09:37la France avec l'Espagne ou avec l'Allemagne.
09:40Nous n'avons pas été unis.
09:41Chacun a défendu à coup de subvention publique des sites d'ArcelorMittal
09:45contre ses voisins européens.
09:47Donc, il nous faut une politique de sidérurgie, il nous faut une politique industrielle.
09:51Mais il faut aussi l'équiper autour de cette politique industrielle.
09:55Quand on sait que la sidérurgie est une industrie très émettrice de CO2,
10:00qui peut contribuer au dérèglement climatique.
10:03En Allemagne, certaines boîtes ont investi sur des aciers légers,
10:07tout ça, qui sont beaucoup plus sobres en matière première,
10:10beaucoup plus sobres en CO2.
10:11Pourquoi est-ce qu'on n'imposerait pas en même temps une taxe carbone à nos frontières
10:16qui protégerait notre sidérurgie, qui est poussée à investir sur les émissions de CO2,
10:23alors qu'aux États-Unis, il sort de l'accord sur le climat
10:26pour laisser sa pire des industries continuer à fonctionner comme ça.
10:30Donc, on peut parfaitement, à la fois sur l'anti-dumping,
10:34sur la politique industrielle et sur des outils autour de cette politique industrielle,
10:38comme une taxe carbone aux frontières, on peut faire vivre nos industries,
10:43protéger nos salariés et protéger l'environnement.
10:46D'autant, Patrick Loyari, que cette question va forcément surgir à un moment donné,
10:49puisque Trump, effectivement, parle des tarifs,
10:52mais il parle aussi des barrières non tarifaires qui sont imposées par l'Europe.
10:56Et là-dedans, il y a bien entendu les règlements, les questions environnementales,
10:59les questions sociales, etc.
11:02Donc, est-ce que ça va être ça le moment de vérité aussi pour l'Europe,
11:06qui va consister, effectivement, dans cette conjoncture avec l'Amérique,
11:09à soutenir ces principes-là, ces questions non tarifaires
11:13qui portent sur les normes sanitaires, sur les questions d'environnement,
11:17sur les questions sociales, etc.
11:19Est-ce que c'est le moment ? Est-ce que l'Europe va le faire ?
11:22Est-ce qu'elle doit le faire pour soutenir ces particularités
11:25qu'on ne reconnaît pas ou qu'on ne reconnaît pas en tous les cas
11:29Trump et la politique aux États-Unis ?
11:32Oui. C'est-à-dire que c'est vrai que par certains aspects,
11:36tout en refusant des traités de libre-échange,
11:40il a refusé le traité transpacifique et le traité transatlantique,
11:45il essaye d'induire dans la politique mondiale,
11:48enfin dans les échanges commerciaux mondiaux,
11:51ce qu'il y avait dans le traité de libre-échange,
11:53notamment ces barrières non tarifaires.
11:55C'est-à-dire qu'on aura le tribunal arbitral privé
11:59qui se fera quasiment par consensus.
12:02Mais il y a un autre aspect qui nécessite des initiatives
12:08de l'Union européenne et qui, à contrario,
12:14pose peut-être plus de contradictions qu'il n'y paraît à Trump.
12:18Parce que Trump, c'est quoi la cohérence qu'on a dit ?
12:21Mais on voit bien, guerre des monnaies, sanctions contre certains pays,
12:30guerre commerciale.
12:31Et donc, on parle de plus en plus dans plusieurs journaux,
12:37dans la presse mondiale, mais aussi de la part de certains pays,
12:42de la question de ne plus faire du dollar l'unité de compte mondial.
12:48C'est-à-dire qu'il y a un débat en ce moment sur la question de savoir
12:54s'il ne faut pas avancer bien plus vite que cela n'a été envisagé
12:58sur la dédollarisation de l'économie mondiale.
13:02Et donc, peut-être qu'à son corps défendant,
13:05il est en train de produire une nouvelle géopolitique mondiale
13:09qui ne sera pas...
13:11En faveur de l'euro ?
13:13Non, parce que si l'euro, si on ne prend pas d'initiative aujourd'hui,
13:20comme le demandent un peu les Chinois à leur manière à propos du Wang,
13:24on va avoir toujours un euro calqué sur le dollar.
13:28Ça, c'est une question assez importante pour la construction européenne et à venir.
13:34Et donc, l'ensemble de ces guerres qu'il déclenche, un peu tous azimuts,
13:41rien ne dit que ça ne va pas modifier assez considérablement ce qui se passe
13:46parce qu'il se cherche aujourd'hui des alliances nouvelles,
13:51les Chinois, les Russes avec l'Iran, même avec le Pakistan,
13:56et qui visent un peu à se passer de cette domination.
14:01Ce n'est pas si inintéressant que ça.
14:03Emmanuel Morel voulait rajouter.
14:05Ah non, mais parce qu'on parle de géopolitique.
14:07Il y a un autre sujet sur lequel il faut qu'on construise un rapport de force face à Trump.
14:12C'est ce qui vient de se passer par rapport à l'accord nucléaire iranien.
14:16Trump dénonce l'accord.
14:18Et puis, il met en place des mesures qui consistent à sanctionner les entreprises européennes
14:23qui auraient l'outrecuidance d'investir en Iran,
14:26alors même que c'était prévu, puisque nous avions contribué, nous, Européens, à négocier cet accord.
14:30Et certains en tiennent compte déjà, sont obligés.
14:32Mais c'est bien un problème, cette extraterritorialité du droit américain
14:36et cette façon de courber les Chines à la moindre menace, là, ça pose problème.
14:42Et plus important, finalement, que l'acier à l'aluminium,
14:45parce que, comme ça a été rappelé, ça ne représente quand même pas grand-chose.
14:48C'est 5 plus 1 milliard, c'est beaucoup, évidemment.
14:51Mais comparé à l'enjeu qu'il y a aujourd'hui sur cette région du globe,
14:55et notamment sur l'Iran, là, pour le coup, je pense que l'Europe devrait hausser le ton.
15:01Il ne fait pas suffisamment.
15:02Emmanuel Macron lui-même, à ma grande surprise,
15:05a fait part d'une sorte de résignation, de fatalisme,
15:08qu'on n'attendait pas d'un homme qui, par ailleurs, prétend être volontariste
15:13et construire un rapport de force.
15:14Donc là, il y a un enjeu qui est tout aussi important,
15:17et ça renvoie à la question du dollar et de l'euro.
15:19Puisqu'en fait, c'est bien ça le problème.
15:20C'est qu'on pourrait négocier en euro,
15:23mais il faut avoir ce courage-là et cette audace-là.
15:25Là aussi, on a une opportunité.
15:27Donc, comme le disait très bien Patrick,
15:28cette crise, parce que c'est une crise,
15:30elle comporte beaucoup de menaces, certes,
15:33mais aussi de vraies opportunités.
15:35À nous de les saisir.
15:36À nous de les saisir.
15:38Et en tout cas, en tant que militant de gauche et écologiste,
15:40je pense que ça, finalement, ça nous encourage
15:45dans tout ce que nous avons porté depuis des années.
15:48J'ajoute quand même un point.
15:49C'est que l'Europe a progressé quand même
15:50dans son rapport au libre-échange.
15:52Quand on regarde les trois rapports qui viennent d'être votés
15:54sur la méthodologie anti-dumping,
15:57important, sur la protection des investissements stratégiques,
16:02sur les instruments de défense commerciale
16:04que nous avons modernisés,
16:05quand même, le combat que nous avons mené
16:07avec les associations, avec les ONG,
16:09avec les citoyens qui sont fortement mobilisés,
16:11commence à porter ses fruits.
16:12Donc, il ne faut surtout pas relâcher l'effort,
16:15parce que là, pour le coup, on a une vraie chance
16:17d'imposer nos vues progressivement.
16:19Saisir les opportunités, comment ?
16:21Yannick Jano, comment ?
16:23On n'a pas le choix.
16:25La réalité, c'est quand on regarde les statistiques,
16:27si ce n'est pas l'Union européenne,
16:30d'ici 10 ans, 15 ans,
16:33il n'y aura plus que l'Allemagne et la France
16:35dans les 10 premières économies.
16:37D'ici 2050, il n'y aura plus que l'Allemagne
16:40et nous aurons tous disparu
16:42derrière les pays émergents.
16:44Donc, la seule façon de peser...
16:46Qui ne sont plus vraiment émergents.
16:47Oui.
16:48Oui, enfin, qui continuent à émerger,
16:49qu'on appelle comme ça,
16:50il y aura le Mexique, le Nigeria,
16:52au-delà de l'Inde, de la Chine et de l'Union.
16:54Bon.
16:55Si on veut peser sur les affaires du monde,
16:57la question, ce n'est pas de protéger un acquis
17:01en se repliant sur nous-mêmes,
17:03finalement, en faisant d'une façon plus sympathique
17:07ce que font les États-Unis,
17:08c'est-à-dire de s'extraire des affaires du monde.
17:11Eh bien, il faut qu'on pèse,
17:12il faut qu'on ait une diplomatie.
17:14Moi, j'ai toujours dit,
17:15on a une politique commerciale commune aujourd'hui.
17:17Le commerce, c'est une compétence européenne.
17:19Et c'est une compétence européenne
17:21parce qu'on a le marché unique.
17:22Ce qui devait, évidemment,
17:23si tout le monde,
17:25si les biens circulent librement
17:27au sein de l'Union européenne,
17:29vous ne pouvez pas avoir des pays
17:30qui ont des politiques commerciales différentes.
17:32Donc, on a une politique commerciale commune.
17:34Mais ce que nous n'avons pas,
17:35c'est une géopolitique commerciale,
17:38c'est une diplomatie commerciale.
17:40Donc, c'est vrai que ce qui se passe avec Trump
17:43comme ce qui se passe avec la Chine
17:45doit amener l'Europe à se doter des bons outils,
17:48mais à se doter des bons outils
17:50pour peser dans les affaires du monde,
17:51pas simplement pour se protéger,
17:53pour peser dans les affaires du monde.
17:55Quand on obtient sur les règles anti-dumping
17:59qu'on ait enfin les conventions
18:01de l'Organisation internationale du travail,
18:04qu'on ait les conventions environnementales
18:06pour dire que ce modèle que nous portons,
18:09ce n'est pas la mondialisation sauvage,
18:12mais c'est la régulation publique de la mondialisation,
18:16ça, ça veut dire qu'à un moment donné,
18:18effectivement,
18:18ce n'est pas simplement rompre avec cette folie
18:23des accords de libre-échange,
18:25c'est se doter d'instruments
18:26qui ne sont pas, au fond,
18:28des instruments de protectionnisme.
18:30Quand on défend les conventions
18:31de l'Organisation internationale du travail,
18:33c'est la protection des travailleurs,
18:35ici et là-bas.
18:36Quand on défend l'accord de Paris,
18:38c'est l'accord du climat,
18:39partout sur la planète.
18:42Donc, de se doter des bons outils de protection.
18:45Ça pourrait être un modèle européen,
18:48c'est le moment de le faire progresser,
18:50en dehors de la question des États-Unis,
18:51effectivement ailleurs.
18:52On se rend compte qu'il y a des pays,
18:54finalement, et des grands pays,
18:55comme la Chine,
18:55qui ne sont pas complètement obtus
18:57sur certaines questions d'environnement,
19:00sur certaines questions sociales,
19:01etc.,
19:01malgré la réalité à l'heure actuelle.
19:03– Le modèle européen,
19:06j'aurais beaucoup de mal à dire
19:08que c'est un modèle social et environnemental.
19:10– Bien sûr, oui, bien sûr.
19:10– C'est un modèle aujourd'hui
19:12– tel que vous le souhaitez, bien sûr.
19:13– qui défend la concurrence,
19:15la compétitivité,
19:16l'exploitation des hommes et de la nature.
19:19Mais il y a la possibilité aujourd'hui
19:22de rentrer dans un autre jeu.
19:24– C'est ça.
19:25– Et Yannick parle des différends avec la Chine,
19:28vrai,
19:29ceci dit, avec ce qui se passe,
19:31si ça continue encore quelques semaines,
19:32c'est l'Allemagne qui se tournera vers la Chine.
19:36Nous n'étions pas pour le traité transpacifique,
19:40mais la manière dont Trump a déchiré
19:43le traité transpacifique,
19:45en marchant sur la tête du Japon,
19:47et à nouveau dans la négociation
19:50avec la Corée du Nord,
19:52à nouveau en marchant sur la tête du Japon,
19:54qui est en conflit régulier,
19:58au moins diplomatique avec la Chine,
20:01ceci va redisposer un certain nombre de forces.
20:04Et donc, l'Union européenne,
20:06elle est à cet endroit-là.
20:08Donc, elle pourrait jouer aujourd'hui
20:10un rôle extrêmement positif,
20:12en diplomatie commerciale,
20:14pour reprendre le mot de Yannick,
20:17mais en échange, en partenariat nouveau,
20:20et non pas être soumis,
20:22s'émanciper précisément pour inventer
20:25un modèle social et environnemental
20:27autre que celui qu'on connaît aujourd'hui.
20:29Qu'est-ce qu'il faut faire dans l'immédiat,
20:31ne serait-ce que pour que les citoyens
20:32comprennent les enjeux de ce dont on est en train
20:34de parler là,
20:35qui a effectivement une très grande importance.
20:37C'est loin d'être annexe comme question.
20:41Qu'est-ce qu'il faut faire dans l'immédiat,
20:43Emmanuel me répond ?
20:44Il faut faire ce qu'on fait,
20:45c'est-à-dire informer,
20:49expliquer qu'il y a une opportunité à saisir
20:52et qu'il faut qu'on la saisisse,
20:54bien montrer que les progressistes
20:57sont quand même plus à même
20:59de faire avancer les dossiers
21:01que ceux qui sont, hélas, aujourd'hui
21:03à la tête des institutions européennes,
21:05parce que c'est ça dont on parle.
21:06S'émanciper, oui,
21:07s'émanciper de la tutelle des États-Unis,
21:09y compris sur les questions militaires.
21:11Aujourd'hui, il y avait un rapport sur l'OTAN,
21:13c'est d'ailleurs totalement fou,
21:14du point de vue de l'opportunité politique.
21:16Au moment où on est dans un rapport
21:17de force brutale avec Trump,
21:19on demande aux parlementaires européens
21:21de prendre position à nouveau
21:24pour des travaux encore plus étroits
21:26avec l'Alliance Atlantique.
21:27Ça, c'est vraiment ces contradictions
21:29qui sont insupportables
21:29par rapport à la vie démocratique européenne.
21:31Donc, il faut mettre en conformité
21:34ces actes et ces paroles
21:36et puis aborder une nouvelle étape
21:39de ce qu'on appelle le juste échange.
21:41Parce que pendant qu'on a nos discussions,
21:43les fonctionnaires de la Commission
21:45continuent à négocier des accords
21:46de libre-échange comme si de rien n'était,
21:48justement sur les questions non tarifaires.
21:51Alors même qu'on aurait, encore une fois,
21:54l'opportunité de montrer que l'Europe,
21:56elle peut se construire sur des valeurs,
21:58sur le respect de certains textes,
21:59sur la promotion d'un modèle social
22:01et environnemental différent,
22:02c'est quand même pas le chemin qui est pris.
22:03Donc, on en revient quand même
22:04à une question proprement politique,
22:06c'est si on veut vraiment que ça change
22:07et ce qui nous permettra de sauver l'Europe,
22:10eh bien, il faut que ceux qui dirigent
22:13aux ordres de l'Union européenne soient remplacés.
22:15C'est notre ambition.
22:15C'est la question que j'allais poser.
22:18Ouverture de nouveaux accords,
22:20de nouvelles discussions,
22:21en tous les cas sur les accords commerciaux.
22:23C'est vrai que les derniers qu'a passé l'Europe,
22:25on pense évidemment tous au CETA par exemple,
22:27n'a pas été un modèle quand même.
22:28Il y a quelque chose à changer là.
22:30Ah non.
22:30C'est le combat qu'on mène au Parlement européen
22:34comme en France,
22:35puisque le CETA doit passer à la ratification
22:37de l'Assemblée nationale.
22:38Donc, il faut se mobiliser.
22:39Si la France bloque ce texte,
22:41je n'imagine pas l'Union européenne continuer.
22:44Et le CETA,
22:46c'est aussi plus de dépendance
22:49vis-à-vis des sables bitumineux
22:50ou des gaz de schiste canadien.
22:52C'est tuer une bonne partie de nos éleveurs
22:56avec du bœuf ou du porc
22:59issus d'élevages
23:00dans des conditions...
23:01Absolument dégueulasse.
23:03Alors, c'est ça.
23:05Mais en même temps, au niveau européen,
23:07là, on est en ce moment dans la négociation
23:09de ce qu'on appelle le paquet énergie,
23:12climat énergie pour 2030.
23:14Si on investit massivement
23:16sur les économies d'énergie
23:18comme sur les énergies renouvelables,
23:20non seulement on dépend davantage
23:22du vent et du soleil
23:23que de Trump
23:26du Canada
23:27pour le gaz de schiste,
23:28de Poutine
23:30pour son gaz
23:31et son pétrole
23:32ou des pétro-monarchies du Golfe.
23:33Mais en plus,
23:34on donne des débouchés
23:36y compris à l'acier
23:38parce que pour faire de l'éolien,
23:40il faut beaucoup d'acier.
23:41Donc,
23:43choisir
23:43la sobriété énergétique,
23:45choisir les énergies renouvelables,
23:47ce n'est pas simplement
23:49défendre un modèle environnemental,
23:51ce n'est pas simplement
23:51créer des emplois
23:52sur tous nos territoires,
23:54c'est donner une dimension
23:56stratégique, économique,
23:57industrielle
23:57à l'Europe.
23:59Donc, vous voyez bien
23:59que tout est lié.
24:00Si on se donne les moyens
24:02et l'Europe a les moyens,
24:03on peut être,
24:04de fait,
24:05à la fois
24:05un vecteur de régulation publique
24:07de la mondialisation,
24:08et il n'y a plus que nous
24:09pour le faire,
24:10il n'y a plus que nous
24:11pour le faire,
24:12et en même temps,
24:13se doter d'un cadre
24:15social, environnemental,
24:17démocratique
24:17qui nous va bien.
24:19Parce que,
24:20Patrick a raison,
24:21l'Europe,
24:21ce n'est pas l'idéal,
24:22mais c'est quand même
24:23le moins pire au monde.
24:24Il faut quand même rappeler
24:25que la Chine,
24:27les États-Unis,
24:29le Mexique,
24:29le Brésil,
24:30ou l'Afrique du Sud,
24:31le Nigeria ou l'Inde,
24:33on vit moins bien
24:33qu'en Europe.
24:34Donc,
24:35on a des combats à mener,
24:36mais on est quand même
24:37dans le lieu
24:38où ça se passe le moins mal.
24:40C'est ce qui veut dire,
24:41ce qu'on est en train
24:41de dire là,
24:42Patrick Ligari,
24:42que la question économique
24:44devient une question européenne
24:47à part entière,
24:48il n'est plus question
24:49de voir ou de revoir
24:51ces questions-là
24:51au niveau national.
24:52Le cadre,
24:53c'est l'Europe aujourd'hui.
24:55C'est les deux.
24:56C'est à la fois
24:57les nations,
24:59évidemment,
25:00chaque pays a ses atouts,
25:02ses savoir-faire,
25:04a des intelligences,
25:05mais c'est la mise en commun
25:07de tout cela.
25:07c'est-à-dire qu'il faudrait
25:08à la fois combiner
25:10un projet commun
25:13extrêmement ambitieux
25:14et puis le respect
25:16des droits sociaux,
25:18des droits environnementaux,
25:22en harmonisant tout,
25:23en tirant tout
25:24vers le haut,
25:25ce qui ne se fait pas aujourd'hui.
25:26C'est la combinaison des deux,
25:28je crois,
25:28qui nous permettra d'avancer.
25:30Non pas à partir
25:31de politiques uniques
25:33ou unifiées
25:34comme aujourd'hui,
25:34mais en partant
25:36des savoir-faire
25:37pour des mises en commun.
25:38Voilà.
25:39Merci à vous
25:39pour ces questions complexes
25:41mais qu'on essaie
25:42à chaque fois
25:42de décrypter,
25:43de déchiffrer.
25:44Merci à vous
25:44et merci à vous
25:45qui nous avez suivis.
25:46A bientôt.
25:47Au revoir.
25:47Sous-titrage Société Radio-Canada

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