- il y a 4 heures
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00:01Mais tout d'abord, je vous le disais, la principale information c'est ce qui va se passer demain et
00:05cette semaine à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation lycéenne.
00:09On posera la question de la facture à la fois financière, pénale et judiciaire.
00:13Mais tout d'abord, c'est un climat de violence.
00:16Et ce sont les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation qui en ont parlé.
00:19Un climat de violence qui se propage et un effet de sidération à Aubagne.
00:24Et bien au-delà d'ailleurs, évidemment, un fusil de chasse, un mineur de 14 ans, le principal du collège
00:29et une professeure blessée par balles.
00:31Quatre balles tirées, un élève tireur qui évolue entre les étages de l'établissement.
00:36Des élèves et des parents évidemment sous le choc.
00:38Un mobile encore inconnu, voilà pourquoi nous resterons prudents sur cette situation.
00:42Et à chaque fois, il est dit que la violence passe un cap à l'école.
00:46Mais jusqu'où ? On en parle avec nos invités.
00:48Je vous le disais, Linda Kebab, merci d'être avec nous et bonsoir à vous.
00:51Vous êtes secrétaire nationale du syndicat de police Unité.
00:54Nous sommes avec Étienne Jernel, bonsoir.
00:56Bonsoir, Seigneur.
00:57Vous êtes l'éditorialiste politique et responsable du magazine Le Point.
01:01Nous sommes avec Victor Hérault, bonsoir.
01:03Bonsoir, Seigneur.
01:03Merci d'être là, journaliste politique également à Valeurs Actuelles.
01:06Et Nicolas Demonnac nous accompagne.
01:07Bonsoir.
01:08Merci cher Nicolas, bonsoir à vous, éditorialiste politique à Challenge.
01:11Tout d'abord, Pauline Rabna, est-ce que vous pouvez nous faire un état des lieux,
01:15vraiment des toutes dernières informations dont nous disposons ?
01:18Alors, il était 9h25 ce matin lorsque ce mineur de 14 ans entre dans son collège avec un étui à
01:23guitare.
01:24Il en sort une arme longue de l'étui.
01:25Il monte d'abord au premier étage.
01:27Il arrive sur le palier et il tire sur deux personnes présentes dans le hall,
01:31le principal et une professeure.
01:32Ils sont tous les deux présents dans le couloir.
01:34Mais il ne s'arrête pas là.
01:35Le collégien monte ensuite au deuxième étage et tire à deux reprises.
01:38Une première fois devant une professeure en direction du sol.
01:42Et une deuxième fois, il continue sa progression.
01:45Il arrive au niveau d'une classe occupée par un professeur et des élèves.
01:48Il tire à l'intérieur de cette salle de classe occupée.
01:51Et heureusement, le tir atteint le tableau.
01:53Donc il y a au moins quatre tirs.
01:55Il y a deux professeurs très choqués et pas blessés.
01:58Un principal et une professeure qui sont blessés et qui ont été hospitalisés.
02:05L'arme qui a été utilisée par ce jeune, c'est un fusil de chasse calibre 12
02:09avec munitions à plomb type chevrotine.
02:12Cet après-midi, on a une perquisition au domicile familial.
02:15On découvre qu'il y a plusieurs armes.
02:17Le père et la mère ont été placés en garde à vue parce qu'il faut se demander
02:20s'ils ont l'autorisation de détenir ces armes,
02:22si le père, la mère sont chasseurs, s'ils ont un permis de chasse
02:25et s'ils sont donc dans la légalité ou dans l'illégalité.
02:28Voilà, l'enquête démarre simplement.
02:30Ce jeune homme de 14 ans, il est en garde à vue.
02:33Pour l'instant, il ne s'est pas exprimé.
02:35Là, pardon, je vais y arriver.
02:39La procureure adjointe parle d'un éventuel problème de harcèlement
02:43mais qui n'est pas encore confirmé à l'heure où on se parle.
02:45C'est un peu la toile de fond.
02:47On essaiera d'en savoir un peu plus dans les prochaines heures.
02:50Mais je vous le disais, 14 ans, garde à vue.
02:52Ça peut durer 24, reconduit encore une fois jusqu'à 48 heures.
02:55Et c'est malheureusement le cocktail de tout ce qui ne va pas dans notre société.
02:58J'entendais depuis tout à l'heure.
02:59Et je vais vous dire, quelle que soit la couleur politique d'un gouvernement,
03:03c'est les mêmes phrases à chaque fois.
03:04À chaque fois, l'école doit rester un sanctuaire.
03:07Donc c'est le constat qu'elle ne l'est plus en réalité.
03:10L'école ne doit pas être le miroir de notre société,
03:12ni miroir déformé ni déformant.
03:14Mais ça veut dire qu'elle l'est.
03:16Linda Kebab, au-delà des réactions de chacun là,
03:19qu'est-ce qu'on peut encore faire pour protéger ?
03:21Alors qu'un adolescent, un gamin de 14 ans,
03:25rentre avec un fusil de chasse dans une école.
03:30Là, on ne parle pas de couteau, on ne parle pas de batte de baseball.
03:33Déjà, c'était des capes franchis.
03:34Là, c'est un fusil de chasse.
03:36On a le sentiment assez sidéré de voir une forme d'américanisation de nos écoles,
03:42où désormais, un gamin de 14 ans peut entrer avec une arme à feu.
03:45Et c'est vrai, vous l'avez dit, on appartient peut-être à une génération
03:49où il y avait une forme de sacralisation de l'école.
03:52Et puis, progressivement, on a parlé, vous savez,
03:54de cette perte d'autorité, de perte de cadre,
03:55et donc de perte de sacralité de l'école.
03:57Nous, on l'a constaté déjà sur le terrain depuis de nombreuses années,
04:00où on a vu finalement les différents caps franchis
04:02en termes de violence vis-à-vis des grandes figures,
04:05que ce soit les élus de proximité, les professeurs.
04:08Évidemment, les policiers ont toujours été la cible de violence.
04:11Les pompiers, quand même.
04:12Oui, les pompiers, évidemment, qui pendant longtemps
04:13ont eu ce visage presque sacré de dotabilité,
04:17en tout cas dans la vie de la cité.
04:18Et puis, aujourd'hui, vous parlez d'un nouveau cap franchi.
04:20Alors, on verra les raisons qui ont poussé à cet acte.
04:23Mais néanmoins, oui, il y a cette sacralité, aujourd'hui,
04:25qui est totalement atteinte.
04:27Et la seule chose qu'on a envie de se dire,
04:28c'est comment faire pour que cette forme d'américanisation,
04:31elle ne va pas jusqu'au bout ?
04:32Eh bien, c'est la question, évidemment, de la prévention de l'éducation.
04:35Je laisse les professionnels en parler.
04:36Mais c'est impératif.
04:38Et surtout, c'est la question de la réponse judiciaire derrière.
04:40Qu'est-ce qu'on fait de ça ?
04:41Qu'est-ce qu'on fait d'un gamin de 14 ans
04:44qui entre dans une école avec un fusil de chasse ?
04:46Quand bien même, évidemment, il va y avoir une question éducative.
04:50Vous savez, à cet âge-là, on parle plutôt de sanctions éducatives
04:52plus que de peines pénales.
04:53Mais néanmoins, la judiciarisation derrière,
04:55elle interroge aussi.
04:57Et on l'a vu, je suis désolée,
04:58je vais faire un bond avec ce qui s'est passé la semaine dernière
05:00et ces deux dernières semaines avec les mouvements lycéens.
05:04Il y a eu 5 000 gardes à vue,
05:05de nombreux mineurs,
05:07de nombreux mineurs qui étaient certes inconnus des services de police,
05:10mais qui ont commis des faits graves,
05:11avec des policiers qui ont été parfois très blessés,
05:13des fractures, des cocktails Molotov,
05:14des pompiers qu'on a vus brûler, etc.
05:17Et pourtant, aucune peine n'a été prononcée
05:20de manière à amener de la coercition vis-à-vis de ces mineurs.
05:23C'est pour ça qu'il y a un débat à un moment ou à un autre.
05:25Et d'ailleurs, je vois qu'il transcende parfois les partis politiques.
05:29Est-ce qu'il faut que l'excuse de minorité,
05:31qui est quand même malgré tout la règle aujourd'hui,
05:34devienne l'exception compte tenu de la violence grandissante
05:37de certains mineurs ?
05:38C'est-à-dire, comment vous expliquez aujourd'hui
05:40qu'il y a une peine atténuée quand il y a des faits aussi graves ?
05:44Comment vous l'expliquez, Étienne Vernel ?
05:46C'est normal et ça fait partie de notre tradition.
05:49Est-ce que ça peut être réaménagé peut-être ?
05:51Je pense qu'il faut être prudent sur ce genre de choses.
05:52Je voudrais juste quand même être une petite réserve
05:54sur l'histoire de l'américanisation.
05:55Il faut quand même prendre conscience,
05:57on en est quand même très très loin.
05:58Et aux Etats-Unis, les mass shootings,
06:00c'est quand même quelque chose de...
06:02C'est non quotidien, mon cas, c'est très très fréquent.
06:05Et ce n'est pas les mêmes armes non plus.
06:06L'idée, c'est d'éviter d'aller jusqu'au...
06:08C'est ce que je disais, comment éviter d'aller jusqu'à...
06:10J'ai bien compris, mais on est quand même très très loin.
06:12Ils ont des fusils d'assaut à R-15, des choses comme ça.
06:17On en est quand même très très loin, heureusement.
06:18D'une certaine manière, le fait que ça provoque une telle émotion
06:21est quand même le signe que c'est encore pas complètement généralisé.
06:26Monsieur Vernel, l'émotion, c'est le sursaut qu'il faut derrière l'émotion.
06:28Parce que l'émotion par les mots, c'est bien.
06:30Le sursaut par les actes, c'est mieux quand même.
06:32Vous ne pensez pas ?
06:33Non mais bien sûr, je suis d'accord.
06:34Je suis désolée, qu'il y ait de l'émotion, j'espère qu'il y a de l'émotion dans
06:37notre pays.
06:37Je suis assez embêté parce que, vraiment, avec tout le respect
06:39pour le regard que vous posez dessus, moi, je suis en train de parler
06:43d'éléments empiriques, d'expérience de terrain
06:45et de cette graduation progressive.
06:47Et quand je parle de l'américanisation, je vais vous dire, honnêtement,
06:49j'ai l'impression d'entendre, je suis désolée,
06:51nos personnalités politiques en janvier 2020,
06:53quand ils nous disaient, vous inquiétez pas, le Covid est loin de nous.
06:55On n'y est pas encore.
06:58Enfin, je veux dire, on ne peut pas
06:59en rester aux affichettes.
07:00Il faut faire en sorte que ça n'entre pas.
07:03Et moi, mon rôle aussi, c'est aussi d'alerter
07:05et de dire comment mettre en place des moyens.
07:08Je ne suis aussi représentante du personnel.
07:10Dans tous les pans de la société,
07:11et notamment en interministérialité,
07:12c'est pour ça que j'ai parlé de la question de l'éducation et de la prévention,
07:15au-delà de la question de la judiciarisation et de la coercition,
07:17c'est comment faire pour ne pas arriver
07:18jusqu'à, justement, ces match-shooting ?
07:20Moi, je ne me satisferais pas de me dire,
07:22ah, je vous avais prévenu.
07:23Écoutez, quand il y a eu toutes les attaques à l'arme blanche,
07:26qu'est-ce qui s'est passé ?
07:26Et je ne veux pas du tout être caricatural.
07:28Il y a eu quand même un plan couteau.
07:30Il y a eu des fouilles aléatoires devant les lycées, devant les collèges.
07:32Oui.
07:32Alors là, ce qui est déjà bien, c'est le minimum.
07:36Mais moi, je m'interroge.
07:37Un plan couteau, c'est très bien.
07:39Mais un plan sur ceux qui portent les couteaux,
07:41c'est peut-être encore mieux pour comprendre le problème.
07:43Exactement.
07:43Le problème, il n'est pas du côté de la lame,
07:45il est du côté du manche.
07:46C'est-à-dire que si vous voulez faire des fouilles,
07:48si vous voulez mettre des...
07:49On a parlé à un moment de détecteurs de métaux devant les écoles.
07:52Je veux bien, mais un élève qui a l'intention
07:54d'aller poignarder quelqu'un dans une école,
07:56il trouve des ciseaux, il trouve un cutter.
07:58Bref, c'est l'intention qui pose problème.
08:00Ce n'est pas l'arme en tant que telle, vous posez la question qui dérange.
08:03Moi, j'aimerais apporter une réponse qui dérange.
08:05Ce n'est pas la réponse pénale qu'il faut trancher ce soir
08:09ou dans les jours à venir, puisque l'élève de 14 ans,
08:13lorsqu'il commet cet acte-là, ne se pose pas du tout la question
08:15de savoir s'il va avoir une réduction de peine,
08:18s'il va avoir la prison ou pas, si la justice sera laxie.
08:21Ce n'est pas du tout ce qui se passe dans sa tête.
08:22Ce qui se passe dans sa tête, on ne le sait pas aujourd'hui,
08:24et c'est ça la question qu'il faut poser.
08:25C'est la santé mentale, la dégradation, l'aggravation,
08:29peut-être même le pourrissement mental de toute une génération.
08:33Je pense qu'il y a là une jeunesse qui a été complètement oubliée.
08:36Vous parlez du Covid, je pense qu'on n'a pas du tout,
08:39du tout évalué l'impact des confinements à répétition sur certains enfants.
08:43Cet enfant à 14 ans, il en avait donc 8 ou 9 lors des confinements.
08:47Je pense qu'on n'a pas du tout évalué l'impact,
08:48je ne dis pas que c'est la seule raison,
08:49mais on n'a pas du tout évalué l'impact sur l'isolement social,
08:53le fait de se retrouver avec des parents dans des foyers qui sont complètement explosés.
08:56Là, c'est un défi de société, c'est même un défi de civilisation.
08:59Là, on ne va pas y répondre par un sursaut,
09:01il faut y répondre par un changement de système.
09:03Ça fait 6 ans que les confinements ont eu lieu,
09:05on n'a toujours pas fait l'audit de l'impact de ces confinements.
09:07Vous pouvez expliquer quelque chose ?
09:08Pourquoi la cible, ce sont les personnels de l'éducation ?
09:11Pourquoi la cible, ce sont ceux qui incarnent l'autorité et l'État ?
09:13Pourquoi le pompier ? Pourquoi le policier ?
09:15Pourquoi le professeur ? Pourquoi le proviseur ?
09:16Il y a peut-être un rapport avec l'autorité.
09:18Dans le cas d'espèce, on n'en sait absolument rien.
09:22La question du harcèlement que subissait cet enfant, l'enquête est en cours,
09:26peut être aussi une pièce importante dans cette énigme.
09:29Dans le cadre, par exemple, on parlait des school shootings aux États-Unis,
09:33les histoires de Columbine, on se rappelle en 1999, etc.
09:36C'est aussi des histoires d'élèves qui se vengent sur d'autres élèves
09:39ou qui se vengent sur des professeurs parce qu'ils n'en peuvent plus.
09:41Mais je veux dire, la question de la santé mentale est à traiter en priorité,
09:44pas celle de la réponse pénale.
09:45Les deux peuvent être traités concomitamment,
09:47mais il faut impérativement aller voir ce qui se passe dans la tête de toutes les générations.
09:51On fait un lien, tout en étant prudent, ce n'est pas du tout la même situation,
09:54les circonstances, avec, en partie, non pas les revendications dans les manifestations lycéennes,
09:59mais ce qu'on pressent, effectivement, d'un énorme malaise.
10:02Et regardez, par exemple, la réaction de certains responsables politiques,
10:04Nicolas Domenac, dont, je pense à l'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot,
10:08qui dit cette attaque d'une violence inuit s'inscrit dans un climat de violence et d'impunité.
10:13Alors, il pointe la France insoumise de son côté,
10:15qui contribue à entretenir par ses discours incessants
10:17contre nos institutions, nos figures d'autorité et nos forces de l'ordre.
10:19Mais le ministre de l'Éducation, tout à l'heure,
10:22n'a pas dit autre chose.
10:24Lui, il dit que c'est le même climat.
10:26C'est-à-dire, on participe d'un même climat, disent-ils,
10:29d'une violence désinhibée, décomplexée, finalement.
10:32Et on participe d'un autre exemple.