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Au terme de son mandat de député européen, l'ex-leader syndical d'Arcelor Mittal, Edouard Martin, juge indispensable de porter les combats syndicaux au sein du Parlement européen pour faire progresser les droits des salariés. Entretien.
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00:11Edouard Martin bonjour. Bonjour. Vous êtes député européen depuis 2014. C'est votre premier mandat.
00:19C'était votre premier mandat au Parlement européen après une carrière de militant syndical.
00:22On le rappelle, c'est vous à la tête de la CFDT qui avez mené avec les salariés, avec vos
00:27camarades, la lutte contre la fermeture des hauts fourneaux d'ArcelorMutal à Florent, Jean-Moselle.
00:33Ça s'est passé à partir des années 2008-2009. C'est donc finalement par rapport à cette pratique, à
00:40votre pratique de militant syndical, qui est particulièrement intéressante,
00:45que j'aimerais vous poser quelques questions sur ce que vous avez fait, ce que vous a apporté votre pratique
00:50de député au Parlement européen.
00:52Qu'est-ce que ça apporte finalement d'être député européen, tout simplement par rapport à l'action syndicale et
00:58à ces combats que vous avez menés antérieurement ?
01:01C'est la continuité du combat syndical et la continuité du combat du monde du travail et des travailleurs sur,
01:07à notre registre, le registre de la politique.
01:11Alors certains m'en ont voulu, mais néanmoins on peut ne pas aimer, mais c'est des lieux où il
01:15faut être.
01:16Parce qu'ici, on décide pour plus de 500 millions de citoyens.
01:20Et donc si des gens comme nous, des gens comme moi, ne sont pas là pour essayer d'inverser un
01:24temps sur un peu la courbe,
01:26c'est des gens qui bien souvent, malheureusement, ne connaissent rien au monde du travail qui vont décider pour nous.
01:30Donc je pense que ça va rapporter cette touche particulière et cette sensibilisation justement au monde du travail et au
01:37monde de l'industrie.
01:37Donc c'est important d'investir un lieu comme celui-ci, comme le Parlement européen, a fortiori quand on a
01:44une pratique militante, ce qui a été votre cas sur le terrain,
01:47sur le terrain syndical, sur le terrain de l'industrie, on va d'ailleurs en reparler, c'est important pour
01:52vous de faire ce lien.
01:54Est-ce que vous l'avez bien fait, est-ce que vous l'avez bien vécu ce lien finalement ?
01:57Écoutez, moi j'arrête mon mandat apaisé parce que j'ai le sentiment du devoir accompli.
02:04Alors certes, on n'a pas gagné toutes les batailles, loin de là, mais néanmoins, sur certains dossiers et pas
02:09les moindres,
02:10je pense avoir été un tant soit peu influent.
02:13Alors évidemment, je me suis aussi appuyé sur le réseau que je connais, le réseau syndical, la société civile, etc.
02:18Vous n'avez jamais perdu ce lien là ?
02:19Jamais, jamais. Je n'ai rien changé à ma vie.
02:22Mais ce qui est important, c'est d'investir ces lieux comme celui-ci, c'est que justement,
02:26et par expérience, pendant 40 ans, des élus de tous bords, et certains de bonne foi, nous ont infantilisés,
02:33nous ont fait comprendre qu'en réalité, notre place était sur le terrain, à travailler, à produire, ce qui n
02:39'est pas.
02:40Point en ligne, oui, c'est ça.
02:40Mais que les responsabilités politiques, ce n'était pas à nous de prendre, c'était à eux.
02:45Et donc, on nous a quasiment, voilà, enlevé l'envie, au moins d'essayer.
02:51Et j'ose espérer qu'à travers ça, eh bien, il n'y a pas d'état d'âme à
02:56avoir.
02:56Il ne faut pas avoir, comment dire, il faut y aller.
02:59Et quand on vient ici, avec l'envie de faire bouger les choses, avec l'envie de bosser,
03:04c'est ce qui détermine aussi le monde que je représente,
03:07eh bien, il n'y a pas de raison qu'on ne réussisse pas.
03:09Pas pire que les autres.
03:11Pas pire que les autres.
03:11Et je dirais même que, parfois et souvent, même mieux que les autres.
03:14D'autant qu'on assiste plutôt, à l'heure actuelle, à une sorte d'élargissement,
03:19j'allais dire, des formes de l'expression, des formes de combat,
03:22que ce soit dans le domaine syndical, j'allais dire classique, traditionnel,
03:26ou que ce soit dans le domaine de l'environnement,
03:28ou dans le problème des faits de société, par exemple, ça se passe aussi à l'heure actuelle.
03:33On voit qu'il y a de plus en plus de formes nouvelles de luttes qui sont mises en place,
03:38alors que, d'une certaine manière, la représentation politique,
03:41telle qu'elle peut être ici dans un Parlement,
03:42qu'il soit européen ou qu'il soit national,
03:44ne change finalement pas fondamentalement.
03:47La nouveauté, elle est plutôt à l'extérieur de ces institutions.
03:49Exactement. Et j'ai envie de dire, tant mieux.
03:51Tant mieux, pourquoi ?
03:52Parce qu'à chaque élection, j'entends, on entend,
03:55on va faire de la politique autrement.
03:57Et puis, c'est toujours le même bruit, la même musique,
03:59le même ronronnement, ça ronronne.
04:01Et souvent, on prend des décisions qui sont complètement décalées
04:04de la réalité du terrain et décalées de la réalité que vivent les citoyens.
04:08Et donc, les citoyens en ont eu marre,
04:11ils se sont pris en main, ils ont dit, maintenant, il faudra compter sur nous.
04:13Et tout simplement, pourquoi ?
04:15Parce que, quelles que soient les élections,
04:18tous les cinq ans, on voit une myriade de candidats venir serrer des mains,
04:22promettre monts et merveilles.
04:24Une fois qu'ils sont élus, ils nous disent,
04:25au revoir, messieurs, dames, rendez-vous dans cinq ans.
04:27Et pendant cette période de cinq ans, il ne se passe plus rien.
04:30C'est-à-dire qu'il n'y a plus de contact,
04:31il n'y a plus de navette citoyenne.
04:33Comment le député se vote ici ?
04:39Sur quels critères ?
04:40Il a été écouté qui ?
04:41Et donc, moi, je prône effectivement de réinventer,
04:45en tout cas, une structure intermédiaire
04:47où le député, l'élu, quel qu'il soit,
04:50ait l'obligation de venir régulièrement,
04:52rendre compte de son activité, de ses votes,
04:54et surtout, écouter ce qu'ont à dire ces électeurs,
04:57et en tout cas, ceux qu'ils sont censés représenter.
05:00Et j'ai envie de dire, c'est quelque part,
05:02c'est même plutôt sain, cette révolte de la société civile.
05:06Trouver de nouvelles formes de lien entre les deux.
05:08Exactement. Une nouvelle démocratie.
05:10Ça devrait être ça, la démocratie.
05:11Vous savez, on est là, on est censé représenter
05:14ceux qui nous ont élus.
05:15Sauf qu'on tombe tous dans le même travers.
05:18Une fois que nous sommes élus, nous oublions
05:20ce pour quoi nous sommes là
05:21et ce pour qui nous sommes là.
05:23Et ça, c'est grave.
05:24Vous parliez des dossiers qui vous ont particulièrement préoccupé
05:28pour nous montrer quel rôle peut jouer réellement,
05:31concrètement, un député européen.
05:33Quels sont les dossiers, les questions
05:36sur lesquelles vous estimez avoir réussi
05:38et fait avancer un certain nombre de choses
05:40pendant ces cinq années ?
05:42Il y en aurait beaucoup,
05:42mais il y en a un qui me vient spontanément en tête,
05:44c'est la Chine.
05:46Je n'ai rien contre la Chine,
05:47mais en 2015, lors d'un débat,
05:50j'entends que la Commission européenne
05:51s'apprêtait à reconnaître
05:52le statut d'économie de marché à la Chine.
05:55En écoutant ça, je me suis dit
05:56mais ils sont devenus fous.
05:57Parce que qu'est-ce que ça sous-entend
05:59de reconnaître le statut d'économie de marché
06:01à un pays tiers comme la Chine ?
06:03Ça sous-entend que nous estimons
06:05que l'économie en question
06:06est une économie libre et non faussée.
06:08On ne peut pas dire ça de la Chine.
06:09Tout le monde rigole lorsqu'on dit ça.
06:11Et surtout, j'ai tout de suite,
06:13immédiatement perçu le danger
06:15qu'il y avait pour nous autres,
06:17les travailleurs,
06:18le monde de l'industrie,
06:19les millions d'emplois qui étaient menacés
06:23et de l'avis de tous les experts,
06:24y compris des experts de droite
06:25qui ne sont pas de mon bord,
06:27disaient que si la Commission européenne
06:29reconnaissait ce statut à la Chine,
06:31en quelques mois,
06:31on perdait 4 millions d'emplois industriels.
06:33Lorsqu'on sait qu'un emploi industriel
06:35en engendre trois autres,
06:36ça vous donne une idée
06:37des dégâts économiques et sociaux
06:39qui seraient provoquées.
06:40Donc, là, j'ai la prétention de dire
06:41j'ai pris mon bâton de pèlerin
06:42et très rapidement,
06:43je me suis mis à l'œuvre,
06:44la pratique syndicale,
06:45et j'ai réussi à fédérer,
06:47avec Emmanuel Morel,
06:48avec d'autres,
06:48on a réussi à fédérer autour de nous
06:51plusieurs eurodéputés,
06:52on a associé le monde syndical,
06:55nous avons associé la société civile,
06:57nous avons fait des consultations publiques
06:59pour leur demander leur avis,
07:00et nous avons aussi eu de notre côté
07:02l'alliance des industries européennes.
07:05Et donc,
07:07cette fédération des industries,
07:09d'intérêts communs que nous avions tous,
07:11eh bien,
07:11on a fait échouer la Commission européenne
07:13et la Chine n'a pas eu le statut
07:14des commis-marchés.
07:15Alors,
07:16c'est vrai que ça n'a pas fait
07:16la une des médias,
07:17mais on a évité un désastre
07:19économique et social.
07:21Europe sociale,
07:22vous êtes syndicaliste,
07:24ici,
07:24on en entend souvent parler
07:26dans les institutions européennes,
07:27on en voit,
07:28il faut le dire,
07:28assez peu,
07:29les effets concrets,
07:30réels.
07:31Qu'est-ce qui a été fait,
07:33selon vous,
07:33dans ce sens-là,
07:34ou est-ce qu'on en est,
07:35cette question d'Europe sociale ?
07:36Il y a eu,
07:37vous savez,
07:38déjà,
07:38dans le fin des années 80,
07:39début des années 90,
07:40je manifestais déjà à Bruxelles
07:42pour l'Europe sociale.
07:43J'ai l'habitude de dire
07:44que l'Europe sociale,
07:44c'est un peu le monstre du Loch Ness.
07:46Tout le monde en parle,
07:46personne ne le voit.
07:47Et c'est triste
07:48et c'est dommage.
07:49Et c'est là
07:50où nous devons,
07:51nous,
07:51cette institution,
07:52prendre conscience
07:53et ne jamais oublier
07:54que nous sommes là
07:55pour défendre l'intérêt
07:56des citoyens européens,
07:57des 506 millions
07:59de citoyens européens.
08:00Et ça,
08:01parfois,
08:01on l'oublie un peu trop.
08:02Alors,
08:02il faut aussi pointer
08:03l'hypocrisie des États
08:04parce qu'en réalité,
08:06ce n'est pas une compétence
08:07purement européenne.
08:09Les choses peuvent se déclencher
08:11si le Conseil,
08:12donc les États,
08:13le permettent.
08:13Mais malgré la difficulté
08:15qui a été la nôtre,
08:16on a quand même réussi
08:17à gagner quelques petites victoires.
08:18La directive
08:19des travailleurs détachés,
08:21elle reste encore
08:21à être améliorée.
08:23Mais on a acté le principe
08:24qu'un travail égal,
08:25ça les régale.
08:26Après,
08:27nous avons essayé,
08:28là pour le coup,
08:28ce sont les États
08:29qui nous bloquent,
08:30c'est la coordination
08:31des systèmes
08:32de sécurité sociale.
08:33Parce que vous savez très bien
08:33que ce qui fait aussi
08:37l'enveloppe d'un salaire,
08:39ce n'est pas uniquement
08:39ce qu'on touche net
08:40dans la poche,
08:41mais c'est aussi
08:41les cotisations sociales,
08:42etc.
08:43Donc là,
08:44pour le coup,
08:44je trouve qu'on avait fait
08:45un bon travail.
08:46En tout cas,
08:47les députés progressistes
08:48de gauche,
08:49on a plutôt bien travaillé
08:50et c'est le Conseil
08:51qui nous bloque
08:51cette avancée-là.
08:52Donc, vous voyez,
08:53il faut aussi dénoncer
08:54cette hypocrisie
08:56des États
08:56qui viennent dire blancs
08:57à Bruxelles
08:58et disent le contraire
08:59dans leur capital
08:59parce que c'est tellement
09:00plus confortable
09:01pour un élu,
09:01pour un ministre
09:02de dire,
09:02vous voyez,
09:03ce n'est pas de ma faute,
09:03c'est l'Europe.
09:05Ce qui est faux,
09:05ce n'est pas la faute de l'Europe,
09:06c'est la faute au manque
09:07de courage
09:08de certains de nos élus.
09:09Qu'est-ce que vous pensez
09:10aujourd'hui
09:11de la situation
09:12de la mobilisation syndicale
09:13en règle générale
09:14et de l'État,
09:15j'allais dire,
09:15des syndicats
09:16en Europe,
09:17en France,
09:17bien entendu ?
09:18On a vu lors,
09:19notamment,
09:20des mobilisations
09:20qui ont été tout de même
09:21assez fortes
09:22il y a un an maintenant,
09:23au printemps dernier,
09:24que cette mobilisation
09:26syndicale en France
09:27n'aboutissait pas réellement,
09:29ne parvenait pas réellement
09:31à engranger
09:31des avancées
09:33par rapport
09:34à ce qui était retiré
09:35aux salariés
09:36sur des points
09:37extrêmement importants
09:38dont on peut reparler.
09:39Qu'est-ce que vous en pensez
09:40aujourd'hui
09:41de l'état général
09:42des forces du travail,
09:44j'allais dire,
09:44des forces qui défendent
09:46les travailleurs
09:47au sein de l'Europe
09:48aujourd'hui ?
09:49Vous savez,
09:50moi je ne veux pas m'associer
09:51à ceux qui tapent
09:52en permanence
09:52sur le monde syndical.
09:53Ils ne sont pas
09:54dans une période facile
09:55mais qui est dans
09:56une période facile actuellement ?
09:57Je rappelle quand même,
09:58il faut le dire
09:59et le répéter fort,
10:00que le plus petit syndicat français
10:03a beaucoup plus d'adhérents
10:05que le plus grand
10:05des partis politiques français.
10:07Donc ils ont cette légitimité-là
10:09à représenter
10:10le monde du travail.
10:11Et ils sont aussi élus
10:12parce qu'il y a
10:13des élections professionnelles
10:14dans les entreprises
10:14lorsqu'il y a la chance
10:16d'avoir des syndicats
10:16et le taux de participation
10:18est plutôt autour
10:19de 80-90%.
10:20Donc arrêtons
10:21de taper
10:22sur le monde syndical
10:23ça c'est la faiblesse politique
10:24qui essaye
10:25de régler ses comptes
10:26avec le monde syndical.
10:27Mais que perçoit-on ?
10:28Lorsque les politiques
10:29menées notamment
10:30par Emmanuel Macron
10:31consistent effectivement
10:32à infaiblir le monde syndical,
10:33il se passe quoi ?
10:34Il se passe
10:35les gilets jaunes
10:36et vous négociez
10:37avec qui ?
10:38Avec les gilets jaunes.
10:39Vous avez vu
10:39ce que ça donne ?
10:40Chacun veut
10:41et je peux l'entendre,
10:42je peux le comprendre
10:42mais à un moment donné
10:43dans toute action,
10:45tout mouvement social,
10:46quel qu'il soit
10:47à travers les organisations syndicales,
10:48à travers des mouvements
10:49comme les gilets jaunes,
10:50il faut à un moment donné,
10:51il y a un temps pour l'action,
10:52il y a un temps pour capitaliser
10:53les éventuelles avancées.
10:55Et là,
10:55il faut quelqu'un
10:56qui négocie,
10:57il faut quelqu'un
10:57qui prenne la responsabilité.
10:59Moi je dis
11:00au gouvernement actuel
11:01et à tous les gouvernements,
11:03attention à ce que vous faites,
11:04vous êtes en train
11:04de jouer avec le feu
11:05et ça c'est un boom-wamp
11:07qui vous reviendra
11:08en pleine figure.
11:08Si votre action,
11:10je parle des États,
11:11c'est d'affaiblir
11:12le monde syndical,
11:13j'ai beaucoup de soucis
11:16pour la suite
11:17du dialogue social
11:18et justement
11:18de la manière
11:19de régler les conflits.
11:21Et donc moi
11:21je serais plutôt favorable
11:22à faire en sorte
11:23à redonner plus de pouvoir
11:25au monde syndical
11:26parce que franchement,
11:27surtout dans les périodes actuelles,
11:29ils ont beaucoup,
11:31beaucoup,
11:31comment dirais-je,
11:35de hargne
11:35et ils ont envie de réussir.
11:37Mais tout est fait
11:38pour discréditer
11:39ce moment-là
11:40et vous savez,
11:41le monde syndical,
11:43au-delà de cela,
11:44c'est d'abord et avant tout
11:45la démocratie sociale.
11:47Et on voit bien
11:47que dans beaucoup de pays,
11:48on s'attaque à la démocratie.
11:49À partir du moment
11:50où on s'attaque
11:51à la démocratie sociale
11:52dans le monde du travail,
11:53c'est la démocratie en général
11:55qui sera tôt ou tard
11:56remise en cause.
11:57On parlait tout à l'heure
11:58des problèmes de concurrence
11:59entre l'Europe et la Chine.
12:01Plus largement,
12:02j'allais dire,
12:02parce que c'est des questions
12:03que vous maîtrisez très bien,
12:05que pensez-vous
12:06à l'heure actuelle
12:07des grandes questions
12:08industrielles
12:08qui concernent l'Europe ?
12:10Comment vous voyez la situation ?
12:11Est-ce que vous avez
12:12motif à vous faire
12:13du souci ?
12:14Oui, et là aussi,
12:15encore une fois,
12:16ce que j'ai constaté
12:17en cinq ans,
12:18ça a peut-être étonné
12:19certains,
12:20c'est que la faiblesse
12:21de l'Europe,
12:21c'est le manque d'Europe.
12:22Parce que les Chinois,
12:23eux, l'ont très vite compris.
12:24Et donc,
12:25comme ils savent que,
12:26notamment sur le statut
12:27des coins de marché,
12:28ils ont échoué
12:29face à cette institution-là,
12:31ils vont négocier
12:33individuellement
12:33avec les États,
12:34avec l'Espagne,
12:34avec la France,
12:35avec l'Allemagne,
12:36avec la Grande-Bretagne,
12:37et donc,
12:37ils nous divisent.
12:38Et ça marche.
12:39Pourquoi se préver ?
12:40Ça marche.
12:40Regardez le dernier exemple
12:42en date en France,
12:42dans ma région,
12:43Saint-Gobain-Portamousson.
12:45On s'apprête
12:45à donner la majorité
12:47du capital,
12:48d'un fleuron
12:48de l'industrie
12:49française européenne,
12:50aux Chinois.
12:51Tant mieux,
12:51pour les Chinois.
12:52Mais moi,
12:52je vous le donne en mille.
12:53Dans cinq ans ou plus tard,
12:54cette production-là,
12:55si on laisse les choses
12:57telles qu'elles,
12:57elle ira se faire en Chine.
12:59Et donc, moi,
12:59je préconise la chose suivante.
13:00Nous avons des outils européens
13:02pour dire,
13:03il faut,
13:03parce que c'est dans
13:05tous les textes
13:05que nous avons votés,
13:06il nous faut une industrie
13:08compétitive,
13:08basée sur le développement durable
13:10et la décarbonisation
13:12de l'industrie.
13:13Et il y a des fonds européens
13:14qui nous permettent ça.
13:15Et je trouve que,
13:16dans beaucoup d'usines,
13:17comme Ascomal,
13:18comme Blanquefort,
13:18comme les Fonderies du Poitou
13:20et Saint-Gobain,
13:21l'État français pourrait décréter
13:23que ce soit des pôles
13:24d'excellence mondiales
13:25et qu'on démontre
13:26à la Terre entière
13:26qu'aujourd'hui,
13:27l'industrie décarbonée,
13:29elle n'est pas illusoire,
13:30c'est une réalité.
13:30Et là,
13:31non seulement on arrive
13:32à garder les entreprises,
13:33on arrive à garder les emplois
13:34et on arrive surtout
13:35à capter des investisseurs
13:37qui auront envie de rester
13:38et non pas
13:39de délocaliser la production.
13:40Quel est le dernier dossier,
13:42j'allais dire,
13:42celui que vous avez le plus à cœur
13:44là,
13:44au Parlement européen,
13:45tout de suite ?
13:46Il y en a quelques-uns,
13:47mais si j'avais un dossier
13:48à retenir parmi tant d'autres,
13:50au-delà de la Chine,
13:51c'est les minerais de sang.
13:53Lorsque nous avons ici
13:55bataillé,
13:55y compris contre
13:56le monde patronal européen,
13:59vous savez,
13:59c'est la République démocratique
14:00du Congo
14:01et le malheur de ce pays-là,
14:03c'est la richesse
14:04de son sous-sol.
14:05Il y a beaucoup de minerais,
14:08de matières premières
14:09qui nous sont indispensables
14:10pour notre économie,
14:11c'est grâce à ça
14:11que nous avons
14:11des téléphones portables,
14:13que nous avons des écrans plats,
14:14que nous avons des éoliennes,
14:15etc.
14:15Et il y a des multinationales,
14:17y compris européennes,
14:18qui payent des bandes armées
14:19pour semer la terreur
14:20et la barbarie
14:21dans les villages africains,
14:23dans le Kivu,
14:24et pour que ces gens
14:25quittent leur terre
14:25et que les multinationales
14:27puissent exploiter
14:28ces gisements
14:29qui sont indispensables
14:30pour notre économie.
14:31Donc, c'est une richesse
14:31pour nous autres européens.
14:33Eh bien, on a réussi
14:34à gagner cette bataille
14:34aussi, là,
14:35contre la Commission.
14:36C'est l'obligation
14:37de transparence
14:38de l'origine du minerai.
14:40J'étais très satisfait.
14:41C'est Denis, docteur Moukouégué,
14:43qui nous a beaucoup
14:45sensibilisés sur la chose.
14:46Je rappelle l'homme
14:47qui répare les femmes
14:48et l'homme qui a obtenu
14:48le prix Nobel de la paix.
14:50Malheureusement,
14:51encore une fois,
14:52j'ai la mer nécessité
14:56de reconnaître
14:57que ça n'est toujours
14:58pas une implication
14:59parce que les États
15:00ont freiné ce texte-là
15:02parce que disent-ils
15:03qu'économiquement,
15:04ça pourrait nous porter préjudice.
15:05Vous vous imaginez,
15:07il ne s'agit pas
15:08de gagner ou de perdre
15:09ici et là
15:10quelque part de marché.
15:11Il s'agit de mettre
15:12un terme à la barbarie
15:14dans ces pays-là.
15:15Et ensuite,
15:16on va les stigmatiser
15:19parce que ces pauvres personnes
15:20qui sont pourchassées,
15:22violentées, menacées
15:23essaient de venir chez nous.
15:25Vous voyez,
15:25donc c'est la double peine
15:26pour ces villageois
15:28et ça, c'est honteux.
15:29Vous quittez le Parlement européen.
15:30Qu'est-ce que vous allez faire,
15:31Adolore Marcano ?
15:31Je vais chercher du travail.
15:33Voilà, donc,
15:34comme malheureusement
15:35beaucoup de millions de chômeurs,
15:37j'ose espérer.
15:37J'ai envie de continuer
15:38à travailler dans le domaine
15:39de l'industrie,
15:40comment concilier l'industrie
15:41et le développement durable
15:42parce que c'est possible.
15:44Moi, je ne veux pas opposer
15:45l'un à l'autre,
15:46mais pour ça,
15:46il faut investir.
15:47Et c'est bon,
15:48c'est bon pour la planète,
15:49c'est bon pour l'emploi,
15:50c'est bon pour la compétitivité
15:51et c'est bon pour les territoires.
15:53Donc voilà,
15:53je vais essayer de travailler
15:54autour de cela.
15:55Il n'y a pas grand-chose
15:56qui existe encore
15:57au niveau national
15:58et au niveau européen.
15:59Et ce travail
16:01de député européen
16:03m'a éclairé
16:04sur le fait
16:04qu'il y a peut-être
16:05aussi une structure
16:06manquante entre les deux
16:07et on a tous intérêt
16:08à le faire.
16:09Ça sera notre façon,
16:10à nous, Européens,
16:11de lutter contre
16:12le réchauffement climatique
16:13et surtout de maintenir
16:14des emplois durables,
16:15plutôt bien payés
16:16avec des statuts.
16:17Je vous remercie,
16:18Edouard Martin.
16:19Bonne chance
16:19pour vos nouvelles aventures.
16:20Merci beaucoup.
16:21On continuera.
16:22À être avec vous,
16:23à vous suivre.
16:23Merci.
16:23Au revoir.