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  • il y a 2 jours
Comment favoriser l'ascension d'une alimentation de qualité, accessible à tous ? Pour le sociologue Bernard Friot, le recul de l'agro-business ne pourra advenir qu'en instaurant une sécurité sociale de l'alimentation.

Le principe ? Transposer au secteur de l'alimentation ce qui a été mis en place dans les années 60 pour le système de soins.

La méthode ? Une hausse des salaires, qui passe par le développement d'une monnaie marquée, elle-même utilisable uniquement auprès de professionnels conventionnés.

L'objectif étant de soutenir une production alternative à l'agro-business, comme le souligne Bernard Friot. Cette sécurité sociale conventionnerait ainsi « les professionnels respectueux du droit du travail, qui ne font pas appel au marché des capitaux, et qui produisent une alimentation de qualité et bio afin qu'ils cessent d'être marginaux ».

Un entretien réalisé par Latifa Madani, journaliste à l'Humanité.

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Transcription
00:00Bonjour Bernard Friot. L'idée d'une sécurité sociale de l'alimentation est en train de faire son chemin. En
00:07quoi consiste-t-elle ?
00:08Elle consiste à transposer à l'alimentation ce qu'on a mis en place dans les années 60 en matière
00:13de soins,
00:14c'est-à-dire une hausse du salaire sous forme d'une monnaie marquée, c'est-à-dire que la
00:22carte vitale c'est une monnaie,
00:24on paye des prestataires de soins libéraux ou hospitaliers, mais on ne peut payer que des conventionnés.
00:33Cette carte ne vaut rien auprès de professionnels non conventionnés.
00:38Et donc l'enjeu d'une sécurité sociale de l'alimentation, c'est d'augmenter les salaires.
00:45Il faut augmenter, par exemple, le SMIC doit passer à 1700 euros au moins, il faut augmenter le SMIC de
00:49500 euros par exemple,
00:51mais l'augmenter sous forme d'une monnaie marquée qui augmente notre capacité d'achat par la carte vitale,
01:02non pas de soins là, mais d'alimentation, mais ça peut être aussi de transport, de proximité, de culture,
01:09et uniquement au prix de professionnels conventionnés, c'est-à-dire qu'on va soutenir la production alternative à la
01:16production de l'agrobusiness.
01:17On ne va pas conventionner la grande distribution capitaliste, on ne va pas conventionner les producteurs industriels de cochons et
01:24tout ça, sûrement pas.
01:26On va conventionner les professionnels, et ils sont très nombreux aujourd'hui, qui respectent le roi du travail,
01:35ce qui n'est pas le cas du tout en matière de production agroalimentaire et de distribution,
01:40qui ne font pas appel au marché des capitaux, n'alimentent pas des groupes capitalistes,
01:46et donc sûrement pas la grande distribution par exemple, sûrement pas des professionnels qui achèteraient des tracteurs à Massé-Fergusson,
01:54et qui produisent bio, produisent une alimentation de qualité sortie de l'agrobusiness.
02:03Et on va donc offrir un marché à tous ceux-là pour qu'ils cessent d'être marginaux.
02:12Actuellement, la production bio est marginale, et finalement, elle sert de caution à l'agrobusiness.
02:18Il s'agit au contraire de faire reculer l'agrobusiness.
02:20Donc en fait, Bernard Friot, cette sécurité sociale va contribuer à améliorer le revenu des paysans, comme on dit,
02:26puisque c'est quand même un enjeu.
02:28Mais bien sûr, actuellement, les paysans, y compris d'ailleurs les paysans FNSEA,
02:33qui sont pris dans l'horreur de l'agrobusiness, ils sont difficilement le SMIC,
02:38sauf quelques industriels de l'alimentation qui dirigent la FNSEA d'ailleurs, et qui eux gagnent des mille et des
02:45cents.
02:45Mais le paysan FNSEA ou l'Ombda, lui, il ne gagne pas le SMIC.
02:53Et l'essentiel de ces ressources, 80% des ressources, c'est la politique agricole commune, c'est la PAC.
03:00Donc on a déjà de toute façon un financement qui ne relève pas d'une logique de marché.
03:06Et c'est ça qu'il s'agit d'améliorer.
03:09Et donc cet objectif, il peut se réaliser avec une autre PAC, en révolutionnant la PAC telle qu'elle existe.
03:20Non, mais la PAC telle qu'elle existe doit disparaître.
03:23C'est une horreur qui a complètement accompagné le passage au capitalisme de la production agricole,
03:30la production alimentaire en général, PAC agricole.
03:32Il y a aussi toute la transformation, la distribution, la restauration.
03:36Tout cela doit sortir des griffes du capital.
03:41Et en même temps, les professionnels de cette filière doivent avoir un salaire à la qualification,
03:46comme l'ont les fonctionnaires à la qualification personnelle.
03:49On doit, comme l'ont les soignants, un salaire à la qualification personnelle.
03:53Il faut évidemment que ce soit le cas des professionnels, y compris comme indépendants.
03:58Il n'y a pas besoin d'avoir un contrat de travail pour avoir un salaire.
04:00Est-ce qu'on peut dire que cette idée de sécurité sociale d'alimentation est une idée aussi fondatrice,
04:07peut-être aussi fondatrice que la sécurité sociale d'après-guerre ?
04:14Elle transpose en matière d'alimentation ce qui a été construit dans les années 60 en matière de santé.
04:22Bien sûr, nous sommes dans la même ligne que le régime général de sécurité sociale de 1946, d'Ambresse-Croisin,
04:29qui n'est pas la Sécu.
04:30La Sécu, c'est les patrons qui, entre 1880 et 1945, font une institution patronale
04:36et que les communistes vont subvertir totalement par le régime général en 1946,
04:41qui est une subversion de la Sécu.
04:42Alors, votre participation au débat, ce sont ces points-là que vous allez développer ?
04:48Oui, tout à fait. Parce qu'il y a évidemment le point de vue du consommateur,
04:55le fait de sortir l'aide alimentaire de l'aide, justement, pour qu'il y ait d'avoir un dispositif
05:00universel.
05:02Ça, ce sera développé aussi par les autres intervenants.
05:05Mais je vais insister, moi, sur le changement de la production et du statut du producteur.
05:10Bon, écoutez, moi, je vous remercie, Bernard Friot.
05:13Je rappelle que vous êtes économiste et sociologue et que vous avez contribué,
05:18vous êtes vous animé à un réseau d'éducation populaire, Salaria,
05:22qui est un réseau, d'ailleurs, qui...
05:27Expliquez-nous très, très vite avant qu'on conclue.
05:29Alors, premièrement, je suis membre du Parti communiste depuis 1969.
05:33C'est quand même pas tout à fait récent.
05:35Et d'autre part, effectivement, je suis membre d'un réseau d'éducation populaire,
05:41réseau Salaria, qui précisément actualise les innovations communistes de 1946.
05:47C'est ça, l'objectif.
05:49On est en plein dedans et on espère, effectivement,
05:52que ce débat va nous éclairer davantage sur ces enjeux aussi importants,
05:56en tout cas pour l'avenir.
05:57Merci à vous.

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