00:00Bonjour Bernard Friot. L'idée d'une sécurité sociale de l'alimentation est en train de faire son chemin. En
00:07quoi consiste-t-elle ?
00:08Elle consiste à transposer à l'alimentation ce qu'on a mis en place dans les années 60 en matière
00:13de soins,
00:14c'est-à-dire une hausse du salaire sous forme d'une monnaie marquée, c'est-à-dire que la
00:22carte vitale c'est une monnaie,
00:24on paye des prestataires de soins libéraux ou hospitaliers, mais on ne peut payer que des conventionnés.
00:33Cette carte ne vaut rien auprès de professionnels non conventionnés.
00:38Et donc l'enjeu d'une sécurité sociale de l'alimentation, c'est d'augmenter les salaires.
00:45Il faut augmenter, par exemple, le SMIC doit passer à 1700 euros au moins, il faut augmenter le SMIC de
00:49500 euros par exemple,
00:51mais l'augmenter sous forme d'une monnaie marquée qui augmente notre capacité d'achat par la carte vitale,
01:02non pas de soins là, mais d'alimentation, mais ça peut être aussi de transport, de proximité, de culture,
01:09et uniquement au prix de professionnels conventionnés, c'est-à-dire qu'on va soutenir la production alternative à la
01:16production de l'agrobusiness.
01:17On ne va pas conventionner la grande distribution capitaliste, on ne va pas conventionner les producteurs industriels de cochons et
01:24tout ça, sûrement pas.
01:26On va conventionner les professionnels, et ils sont très nombreux aujourd'hui, qui respectent le roi du travail,
01:35ce qui n'est pas le cas du tout en matière de production agroalimentaire et de distribution,
01:40qui ne font pas appel au marché des capitaux, n'alimentent pas des groupes capitalistes,
01:46et donc sûrement pas la grande distribution par exemple, sûrement pas des professionnels qui achèteraient des tracteurs à Massé-Fergusson,
01:54et qui produisent bio, produisent une alimentation de qualité sortie de l'agrobusiness.
02:03Et on va donc offrir un marché à tous ceux-là pour qu'ils cessent d'être marginaux.
02:12Actuellement, la production bio est marginale, et finalement, elle sert de caution à l'agrobusiness.
02:18Il s'agit au contraire de faire reculer l'agrobusiness.
02:20Donc en fait, Bernard Friot, cette sécurité sociale va contribuer à améliorer le revenu des paysans, comme on dit,
02:26puisque c'est quand même un enjeu.
02:28Mais bien sûr, actuellement, les paysans, y compris d'ailleurs les paysans FNSEA,
02:33qui sont pris dans l'horreur de l'agrobusiness, ils sont difficilement le SMIC,
02:38sauf quelques industriels de l'alimentation qui dirigent la FNSEA d'ailleurs, et qui eux gagnent des mille et des
02:45cents.
02:45Mais le paysan FNSEA ou l'Ombda, lui, il ne gagne pas le SMIC.
02:53Et l'essentiel de ces ressources, 80% des ressources, c'est la politique agricole commune, c'est la PAC.
03:00Donc on a déjà de toute façon un financement qui ne relève pas d'une logique de marché.
03:06Et c'est ça qu'il s'agit d'améliorer.
03:09Et donc cet objectif, il peut se réaliser avec une autre PAC, en révolutionnant la PAC telle qu'elle existe.
03:20Non, mais la PAC telle qu'elle existe doit disparaître.
03:23C'est une horreur qui a complètement accompagné le passage au capitalisme de la production agricole,
03:30la production alimentaire en général, PAC agricole.
03:32Il y a aussi toute la transformation, la distribution, la restauration.
03:36Tout cela doit sortir des griffes du capital.
03:41Et en même temps, les professionnels de cette filière doivent avoir un salaire à la qualification,
03:46comme l'ont les fonctionnaires à la qualification personnelle.
03:49On doit, comme l'ont les soignants, un salaire à la qualification personnelle.
03:53Il faut évidemment que ce soit le cas des professionnels, y compris comme indépendants.
03:58Il n'y a pas besoin d'avoir un contrat de travail pour avoir un salaire.
04:00Est-ce qu'on peut dire que cette idée de sécurité sociale d'alimentation est une idée aussi fondatrice,
04:07peut-être aussi fondatrice que la sécurité sociale d'après-guerre ?
04:14Elle transpose en matière d'alimentation ce qui a été construit dans les années 60 en matière de santé.
04:22Bien sûr, nous sommes dans la même ligne que le régime général de sécurité sociale de 1946, d'Ambresse-Croisin,
04:29qui n'est pas la Sécu.
04:30La Sécu, c'est les patrons qui, entre 1880 et 1945, font une institution patronale
04:36et que les communistes vont subvertir totalement par le régime général en 1946,
04:41qui est une subversion de la Sécu.
04:42Alors, votre participation au débat, ce sont ces points-là que vous allez développer ?
04:48Oui, tout à fait. Parce qu'il y a évidemment le point de vue du consommateur,
04:55le fait de sortir l'aide alimentaire de l'aide, justement, pour qu'il y ait d'avoir un dispositif
05:00universel.
05:02Ça, ce sera développé aussi par les autres intervenants.
05:05Mais je vais insister, moi, sur le changement de la production et du statut du producteur.
05:10Bon, écoutez, moi, je vous remercie, Bernard Friot.
05:13Je rappelle que vous êtes économiste et sociologue et que vous avez contribué,
05:18vous êtes vous animé à un réseau d'éducation populaire, Salaria,
05:22qui est un réseau, d'ailleurs, qui...
05:27Expliquez-nous très, très vite avant qu'on conclue.
05:29Alors, premièrement, je suis membre du Parti communiste depuis 1969.
05:33C'est quand même pas tout à fait récent.
05:35Et d'autre part, effectivement, je suis membre d'un réseau d'éducation populaire,
05:41réseau Salaria, qui précisément actualise les innovations communistes de 1946.
05:47C'est ça, l'objectif.
05:49On est en plein dedans et on espère, effectivement,
05:52que ce débat va nous éclairer davantage sur ces enjeux aussi importants,
05:56en tout cas pour l'avenir.
05:57Merci à vous.