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  • il y a 5 minutes
Faire connaître par un téléfilm le drame absolu qu’a été le massacre d’Oradour-sur-Glane, dont la population a été exterminée par des soldats SS le 10 juin 1944, oui. Mais pas n’importe comment : on discute de "Oradour" diffusé sur TF1.

Analyse avec Grégory Marin et Cyprien Caddeo.

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Transcription
00:01Un téléfilm sur le massacre d'Ouradour sur Glade porté par Matt Pokora.
00:05Ce n'était pas forcément notre bingo de l'année, mais c'est ce qu'a diffusé TF1 ce jeudi
00:0924 septembre en prime time.
00:11Or, cette diffusion s'accompagne de quelques polémiques sur notamment la falsification historique.
00:16Pour comprendre tout ça, je suis avec Grégory Marin du service Culture Média de l'Humanité.
00:20Salut Grégory !
00:20Salut !
00:21Alors Grégory, déjà avant d'entrer dans le détail de ce qui coince un peu autour de ce téléfilm Ouradour,
00:26est-ce que tu peux nous faire un peu le pitch déjà ?
00:29Qu'est-ce que c'est et d'où vient ce projet ?
00:32Alors le projet, il est porté par Matt Pokora, ex-chanteur et acteur,
00:39enfin pas ex-chanteur d'ailleurs, chanteur et acteur,
00:44qui a rencontré Robert Ebras, qui est un des derniers survivants du massacre d'Ouradour,
00:53qui était enfant à l'époque et qui donc a échappé à ce massacre.
00:56Alors ça c'est pour la partie historique, massacre qui a eu lieu le 10 juin 1944 par la division
01:03d'Astraich,
01:06qui est un groupe de, j'allais dire de nazis extrémistes, enfin en tout cas...
01:14De nazis très nazis.
01:17Et qui était chargé par le haut commandement allemand de pacifier la région,
01:23puisque suite au débarquement du 6 juin 1944,
01:27les résistants ont commencé à se soulever,
01:30et l'armée de l'intérieur commençait déjà à libérer des préfectures, à libérer des villes,
01:36ce qui était intolérable pour Hitler, qui n'avait pas trop trop bien compris,
01:41en gros encore à la portée du débarquement,
01:43mais qui demandait à ses troupes de mettre bon ordre.
01:46Donc la division d'Astraich avait reçu pour ordre de pacifier les régions du Limousin,
01:51donc Corrèze, Haute-Vienne, Creuse.
01:57Et donc dans ce cadre-là, faisait des exemples.
02:02Voilà, donc il y a eu les pendus de Tulle,
02:05dont on ne parle absolument pas d'ailleurs,
02:08de Tulle en Corrèze, dont on ne parle absolument pas dans le téléfilm,
02:10mais qui ont été pendus par la même division.
02:15Et puis donc le massacre d'habitants d'Oradour-sur-Glane.
02:20Donc ça c'est pour l'événement historique.
02:22Donc Matt Pokora, tu dis, rencontre un des derniers témoins de cette...
02:25d'un des rares survivants en fait, et donc témoins encore vivants,
02:28de vraiment ce moment hyper important de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en France,
02:33de l'occupation.
02:34On rappelle que c'est un village martyr aussi qu'on peut visiter,
02:37donc c'est un lieu de mémoire.
02:38Et donc il se dit qu'il veut monter un projet de fiction autour de ça, c'est ça ?
02:43Lui se dit, j'ai redécouvert cette histoire-là en rencontrant ces gens,
02:48donc Robert Ebrass et sa fille.
02:50J'ai redécouvert cette histoire-là, c'est dommage que le grand public n'en sache pas assez.
02:56Voilà, donc c'est étudié dans les manuels d'histoire,
03:01mais lui a dit, voilà, on fait quelque chose pour le grand public,
03:05donc en prime time sur TF1.
03:08Je crois savoir que le projet avait été d'abord proposé à France Télévisions,
03:12qui n'y a pas mis un doigt,
03:14et puis à TF1.
03:18Et au final, voilà, c'est une histoire assez romancée
03:23d'un résistant, d'un résistant d'un groupe gaulliste
03:30qui est parachuté à Oradour-sur-Glane
03:33et qui retrouve sur place et aux alentours la résistance
03:38et qui, à partir de là, est chargé de faire des actions sur place.
03:45Résistant, joué par Matt Pokora lui-même.
03:48Par ailleurs, c'est un téléfilm en deux parties
03:50qui est diffusé jeudi 24.
03:54Tu dis résistant, c'est peut-être là que le nœud mémorial se situe,
03:58en tout cas les critiques se jouent.
04:00Pourquoi ça pose un problème, en termes de mises en mémoire d'Oradour,
04:04de faire du héros principal en résistant ?
04:07Alors, ça pose problème pour deux choses.
04:10Au Radour, le massacre d'Oradour n'implique pas de résistant.
04:16On a voulu faire croire longtemps,
04:19et notamment, certains des dirigeants de la division d'Asraïf
04:22qui se sont tranquillement retirés en Allemagne pour passer leur retraite,
04:26ont fait croire que c'était un dérapage,
04:29que leurs subordonnés ont voulu punir des actes de résistance
04:33qui se passaient dans la région.
04:34Alors, dans la région, il y en a eu,
04:36mais assez loin de là, à 70 kilomètres,
04:39c'était le maquis guengouin,
04:42un maquis communiste du nom de son chef, Georges Guengouin.
04:46Mais 70 kilomètres à l'époque, surtout en pleine guerre,
04:50c'est loin, c'est beaucoup à faire.
04:53À Oradour même, il n'est pas attesté de présence de résistant à ce moment-là.
04:59Or, lui est parachuté, de suite est en contact avec la résistance,
05:03il arrive à Oradour où il y a des relais résistants.
05:06Ce qui accrédite la thèse que le massacre d'Oradour
05:11était un massacre en rétorsion d'acteurs résistants,
05:13ce qui n'est évidemment pas le cas.
05:16Ce n'est pas un acte de guerre,
05:18c'est un crime de guerre, le massacre d'Oradour.
05:22Qu'on soit important à dire,
05:25il ne s'agit pas d'accuser le film de vouloir euphémiser la portée du massacre,
05:28parce que précisément, la démarche du film,
05:30c'est une démarche plutôt de bonne intention,
05:31c'est-à-dire de dire, il faut qu'on fasse droit à cette mémoire via la fiction.
05:36On parle de la qualité intrinsèque du téléfilm plus tard.
05:39Tout à fait.
05:40D'ailleurs, le massacre en lui-même,
05:42qui est présenté dans les toutes dernières parties du film,
05:47ne pose pas de soucis du point de vue historique.
05:50Ça s'est bien déroulé comme ça.
05:51Mais du coup, effectivement,
05:52en voulant placer un résistant comme héros,
05:55parce que pour les besoins de la fiction, sans doute,
05:58ça a été probablement réfléchi comme ça par ceux qui l'ont, les scénaristes,
06:03on rejoint presque à son corps défendant
06:05un discours un peu d'euphémisation de ce massacre,
06:09qui était de dire, oui, c'est un acte de réponse,
06:12finalement, au fait qu'il y avait une activité résistante dans la région.
06:15C'est ça qui pose problème.
06:16Oui, sans doute à leur corps défendant.
06:18Moi, je donne quittus au créateur du téléfilm
06:22d'avoir voulu mettre en lumière cette histoire
06:25et de ne pas vouloir tenir des propos révisionnistes.
06:29Ce n'est absolument pas mon propos.
06:31Ce que je veux dire, c'est qu'effectivement,
06:32en manipulant pour les besoins d'une romance
06:36l'histoire de cette façon-là,
06:39ça laisse des brèches ouvertes à l'interprétation,
06:41et notamment à l'interprétation de certains
06:44qui prennent cette histoire
06:48comme un juste retour des choses, quelque part.
06:51Voilà, ils l'ont bien cherché.
06:52Ce n'est pas le cas.
06:53Ce qui, du coup, est un peu comme un gros raté, quand même.
06:56Comment on peut expliquer ça ?
06:58Parce que je sais qu'il y a des polémiques aussi
06:59sur le fait que des associations locales,
07:02notamment de défense de la mémoire d'Oradour,
07:05n'étaient pas contentes parce qu'elles n'avaient pas été associées
07:07au processus créatif, ni même au tournage.
07:11Est-ce qu'il y a des historiens qui ont travaillé avec eux ?
07:13Est-ce qu'on a des éléments là-dessus de réponse ?
07:16Où est-ce que ça a loupé un peu ?
07:17Alors, c'était le cas, en tout cas au début.
07:22Les associations, la mairie d'Oradour,
07:25étaient allées un peu...
07:31pas vant debout contre le projet.
07:32Le projet était déjà en cours,
07:34mais en tout cas se posaient beaucoup de questions
07:36quant à l'utilisation de l'histoire et de leur nom.
07:40Il y a eu plusieurs rencontres.
07:44Alors, une au début du tournage
07:45et puis une au printemps dernier
07:47de l'équipe de production, du réalisateur,
07:50même de Matt Pokora qui s'est rendu sur place aussi
07:53pour expliquer, en gros, les tenants et les aboutissants du projet.
07:56Bon, il se trouve que lors d'une de ces rencontres,
08:02le réalisateur se serait...
08:06Comment dire ?
08:09Enfin, protégé derrière le nom...
08:11Voilà, en tout cas au réel...
08:12C'est prévalu d'un historien.
08:13Voilà, c'est prévalu d'un historien
08:15qui est un historien qui fait de la recherche
08:18à la Fondation de la Résistance
08:19qui s'appelle Fabrice Grenard.
08:22Et voilà, donc Fabrice Grenard, on l'a contacté.
08:26Il est un petit peu navré de voir son nom associé à ce projet.
08:32A priori, il a discuté avec le réalisateur
08:35qui lui dit que c'est une surinterprétation
08:39de la journaliste locale de la République, je crois,
08:43qui a écrit ça.
08:45Enfin, qui a écrit ça,
08:47mais il n'a pas du tout été conseiller historique sur la série.
08:50D'ailleurs, lui-même me dit
08:53que je n'aurais jamais laissé passer ça comme ça.
08:55Le rôle au réalisateur dit qu'il a appuyé sur les livres de Grenard, c'est ça ?
08:59Voilà, mais a priori, il ne les a pas très bien compris.
09:03Oui, ce qui est un beau problème
09:05qu'on voulait signifier autour de ce téléfilm
09:07qui a sans doute très bien marché.
09:10Peut-être qu'une dernière question
09:11pour s'enregistrer un peu plus léger.
09:13C'est bien ? Ou c'est-ce que ce n'est pas bien ?
09:16Est-ce que toi, tu l'as vu ?
09:17Il y a quand même des choses qui heurtent.
09:19L'utilisation de l'IA
09:20dès les premières images du film.
09:23Le fait que...
09:23C'est pour faire quelles heures d'image, juste, l'IA ?
09:26Pour faire les images de largage.
09:28D'accord.
09:29Voilà, depuis l'avion.
09:32Le fait que le résistant qui est largué
09:36appartient à un mouvement gaulliste
09:39largué dans une poche de résistance communiste,
09:41ce qui, à l'époque, était plutôt très compliqué.
09:47Des erreurs de langage.
09:50L'utilisation du terme « ok »,
09:51on va dire qu'à quelques années près, on est bon.
09:54Mais enfin, quand Matt Pokora reproche
09:57à un autre résistant d'avoir fait cracher son plan,
10:01ça, c'est du langage plutôt post-2000.
10:04Oui.
10:05Voilà.
10:07L'historien Fabrice Grenard me faisait remarquer
10:10la propension des téléfilms actuels
10:12à mettre en scène des femmes combattantes.
10:15Alors, des femmes, il y en a eu dans la résistance,
10:17surtout comme agent de liaison.
10:18Il y avait très peu de femmes combattantes.
10:20Là, on en voit beaucoup.
10:21Les résistants qui fêtent le moindre coup d'éclat
10:26en buvant de l'agneaule à tous les repas.
10:28Et voilà.
10:30Les camps de résistants qui sont un peu ouverts
10:32à tous les vents, il suffit de dire
10:34« salut, ça va ? »
10:35Et puis on peut rentrer.
10:36On ne demande pas son ordre de mission
10:40aux résistants, aux parachutés.
10:41Enfin, bon, voilà.
10:42Il y a quand même pas mal de choses
10:43qui semblent peu vraisemblables.
10:46En fait, c'est dommage
10:49parce que ça part d'un bon sentiment.
10:50Et effectivement, il faut faire connaître cette histoire.
10:53Et d'ailleurs, il y a un documentaire
10:56après le téléfinement de Paris.
10:57Oui, qui est programmé juste après.
10:58Voilà.
10:59Que je n'ai pas vu, donc je ne peux pas vous dire.
11:01Mais il en existe en tout cas pléthore
11:02si on veut se renseigner sur cette histoire.
11:05Et sans doute que celui-là,
11:07je ne remets pas ça en cause ne l'ayant pas vu.
11:11Mais donc c'est dommage
11:12parce que ça part de mon sentiment.
11:13Et puis là, parce qu'on a voulu faire rentrer
11:16un petit peu aux chausses-pieds une romance,
11:20bon, on ne respecte pas trop bien l'histoire.
11:22Je vais remontrer.
11:22Quand tu parles de remonter l'affiche,
11:24c'est vrai que l'affiche te vend déjà
11:27essentiellement le fait qu'il y a Bad Pokora
11:28et on imagine un Love Interest
11:30en la personne de Camille Anglade.
11:32En fait, le vrai problème,
11:34c'est le nom Auradour en gros.
11:37Quand on convoque le nom d'Auradour,
11:39on se doit de respecter cette histoire-là.
11:42Évidemment, c'est Titanic à Auradour Souglan.
11:44C'est ça.
11:45Non, mais c'est d'abord une romance.
11:48Une romance maudite ou tragique.
11:49Oui, c'est une romance.
11:52C'est une histoire d'amour de jeunesse
11:53qui a mal tourné
11:55et qui, pris dans les tourments de l'histoire,
11:58en gros, va se raviver.
12:01Bon, le spoiler, ça, tout le monde l'aura compris,
12:02c'est que ça finit mal.
12:03Oui, alors si tu me dis que ça se finit bien,
12:05c'est qu'ils ont vraiment un peu tort de l'histoire.
12:07Non, non, ça se finit mal.
12:09Mais voilà, bon, c'est dommage.
12:12Tout ce que je peux dire, c'est dommage.
12:13C'est que quand les intentions sont là,
12:17quand le réalisateur,
12:18qui est quand même quelqu'un d'assez chevronné,
12:21qui a fait pas mal de téléfilms
12:24et qui a fait par ailleurs des choses bien,
12:27voilà, on se fourvoie un peu.
12:28C'est dommage, on a l'impression
12:29que ça a été bâclé, fait à la va-vite.
12:31Et rappelons qu'à l'heure aussi
12:32où les falsifications historiques
12:35se multiplient sur Internet,
12:36où l'extrême droite pousse son avantage,
12:38c'est important d'être encore plus vigilant
12:40sur ce qu'on fait de l'histoire,
12:41de manière générale,
12:42notamment quand c'est la décision du grand public.
12:44Merci Grégory pour tes éclaircissements
12:47sur Ouradour, donc ce téléfilm de TF1.
12:49N'hésitez pas en commentaire à nous dire
12:51si vous l'avez vu, ce que vous en avez pensé.
12:53Et nous, on se retrouve plus tard
12:55sur la chaîne de l'Humanité.
12:56Salut.
12:57Au revoir.

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