- il y a 14 heures
Serge Joncour : ce romancier a vécu mille vies avant de devenir un auteur à succès et un scénariste de cinéma. Son nouveau livre raconte des histoires d’amours, à deux siècles de distance
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-10-07##
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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Le romancier tardif que vous êtes a multiplié des prix
00:10qui vous ont permis de gagner à être reconnu.
00:13Certains de vos livres sont devenus des films,
00:14mais au quotidien, vous ne faites pas de cinéma.
00:17Vous ne faites pas non plus les choses à moitié.
00:19A en juger par votre nouveau roman, une double histoire d'amour.
00:22Bonjour, Serge Joncourt.
00:23Bonjour.
00:24Alors, on va évoquer ce livre, une histoire d'amour,
00:26amour au pluriel, chez Albin Michel,
00:28mais on va aussi évoquer votre parcours d'auteur, de romancier,
00:33mais aussi votre vie avant d'écrire des romans,
00:36à travers des dates clés.
00:38Et la première date que j'ai trouvée, c'est le 9 février 2001.
00:41Écoutez ce générique.
00:46Les Lourdes Cultures, votre première télé chez Pivot,
00:49dans une soirée intitulée Les choses de la vie.
00:51Vous vous en souvenez ?
00:52Oui.
00:54Vous étiez invité.
00:56Il y avait les choses de la vie.
00:58D'abord, c'est Paul Guimard qui a écrit un roman.
01:00Paul Guimard qui a été un journaliste
01:02et qui a été le premier organisé des débats politiques à la radio
01:06en 1946, la tribune de Paris.
01:08Et vous êtes invité par Pivot pour un livre qui s'intitule
01:11« Situation délicate ».
01:13Oui, exact.
01:13Vous vous en souvenez ?
01:14Je m'en souviendrai bien, oui.
01:16Une chemise bleue atroce, oui.
01:18Parce que justement, vous étiez...
01:19Vous êtes toujours en bleu ?
01:20Souvent, je me rends compte, oui.
01:22Là, c'est un grand pull fermé jusqu'en haut.
01:25Ah bon ?
01:26Oui.
01:26Et vous êtes face à Pivot qui a une cravate.
01:28Et vous êtes intimidé parce que ces situations gênantes
01:32dans la vie quotidienne, vous dites que vous la vivez
01:34en étant à la télé.
01:35Ah, c'est possible, oui.
01:36Oui, c'était un recueil de nouvelles,
01:38de situations délicates comme il nous en arrive tous.
01:41Par exemple, vous êtes tout seul dans un ascenseur.
01:43Vous voyez, on est bien tout seul dans un ascenseur.
01:46Oui.
01:47Mais hop, soudain, il s'arrête au troisième
01:49et quelqu'un monte et là.
01:51D'un seul coup, c'est plus bien.
01:52Où il faut se mettre ?
01:53Où est-ce qu'il faut regarder ?
01:54Est-ce qu'il faut dire bonjour ?
01:56D'une petite chose comme ça.
01:58Voilà.
01:58En fait, il y a aussi, dans cette émission,
02:00vous évoquez une scène de ménage.
02:02Oui.
02:02C'est-à-dire que ça aussi, c'est quelque chose
02:04que vous aviez observé, St-Jean-Court.
02:06Oui, c'est-à-dire, vous avez rendez-vous
02:08chez quelqu'un, un couple.
02:11Et depuis le palier, vous entendez
02:14qu'ils sont en train de s'envoyer des noms d'oiseaux.
02:17Ça crie, ça hurle, ça s'engueule.
02:20Bon, qu'est-ce qu'on fait ?
02:21On sonne, on y va, on coupe l'angle.
02:23Disons que ça donne une tonalité de l'ambiance
02:25du repas à venir, quoi.
02:27En même temps, vous dites que vous êtes gêné
02:28de passer à la télé parce que finalement,
02:30à l'inverse des médias,
02:32vous ne vouliez pas être connu
02:34et vous l'aviez évoqué dans un livre,
02:36premier roman, qui s'appelait Vue, je crois.
02:38Vue, c'est tout à fait mon premier roman,
02:40en 1998.
02:42C'est l'histoire d'une famille à la campagne,
02:45d'agriculteurs qui déjà n'avaient plus
02:47cultivé, n'étaient plus rentables.
02:49Et ils ne savent pas trop
02:50quoi faire de leur vie.
02:51Et un jour, la queue d'un Boeing
02:52tombe dans le jardin.
02:54A partir de là, les télés arrivent.
02:58On fait le 20h depuis chez eux.
03:01Qu'est-ce qui s'est passé ?
03:03Et qui est devenu cet avion ?
03:04Donc, tous les journaux de France,
03:07pendant 24h, 48h, les occupent.
03:09Et puis un jour, ils passent à autre chose.
03:12Et là, cette famille se dit,
03:13qu'est-ce qu'on pourrait faire pour qu'à nouveau,
03:15nous arrive quelque chose d'incroyable ?
03:16Voilà, c'est ça.
03:17En même temps, effectivement,
03:19vous évoquez ceux qui sont prêts à tout,
03:21et même au reste, pour être connus.
03:23Pour passer à la télé.
03:24Oui, il y en a.
03:26Et encore, quand je l'ai écrit,
03:28il n'y avait que la télé aujourd'hui.
03:30Il y a les réseaux sociaux.
03:32Il y a mille façons de passer,
03:34en tout cas, à l'image,
03:36d'être dans l'écran.
03:37Mais bien avant le buzz,
03:39c'est Pierre Dareff, directeur de France Soir,
03:40qui disait, une information et son démenti,
03:43ça fait deux informations.
03:44Exactement, oui.
03:45Alors, il se trouve que l'univers de la télé, aussi,
03:48ça ne vous intéressait pas.
03:50Vous avez toujours voulu écrire.
03:52Déjà, enfant, vous observiez les autres
03:54et vous preniez des notes, Serge Jean-Claude.
03:56Oui, ce qui m'intéressait,
03:57surtout dans les conversations de famille,
03:59de suivre la conversation des adultes,
04:02et voir, ce qui m'intéressait,
04:04c'est de voir comment on passe d'un sujet à un autre.
04:06Du prix de la tomate à la conduite sur autoroutour.
04:11C'est ces charnières de la conversation
04:14qui m'intriguaient, qui m'intéressaient.
04:16Donc, je les notais pour essayer d'établir une structure
04:20du dialogue, de la conversation de famille.
04:23Mais c'est toujours intéressant.
04:24Moi, j'aime beaucoup écouter, en fait.
04:25Là, je parle devant vous, par pure politesse.
04:28Je réponds à vos bienveillantes questions.
04:32Vous avez eu la délicatesse de m'inviter.
04:34Mais pour le reste, j'aime écouter.
04:35Et d'ailleurs, je suis un drogué de radio.
04:40J'en ai toujours une petite sur moi, voyez-vous ?
04:42Une petite radio FM.
04:44Voilà, une radio FM, comme ça.
04:46Ce n'est pas encore le DAB.
04:48Moi, je veux rester aux ondes courtes et aux ondes longues.
04:50Oui, mais le DAB est important sur ce de radio.
04:52Ça nous a permis de nous développer.
04:53Eh bien, voilà, je vais m'y mettre aussi.
04:56Et vous passez à 21h, vous écouterez « Les clés d'une vie » tous les soirs.
04:59Alors, il se trouve que c'est venu très jeune, cette envie d'écouter, Serge.
05:04Oui, ça, c'est un vice d'enfant unique, peut-être.
05:08Oui, c'est ça.
05:09Et en plus, vous avez connu deux univers, c'est-à-dire Paris et la campagne.
05:13Oui.
05:14Oui, encore, d'une façon.
05:16Disons que je suis entre deux cultures, on pourrait dire.
05:19Entre deux univers totalement différents.
05:23Et ce que je redoutais, ce que je vivais comme une sorte de fracture permanente,
05:31finalement, c'est une richesse.
05:32Ça me permet de comprendre, ou en tout cas d'écrire aussi bien sur des personnages citadins
05:37que sur des ruraux, puisque je n'ai pas quitté ni l'un ni l'autre.
05:41Comment s'est organisé ces deux vies ?
05:42Pourquoi Paris ? Pourquoi la campagne, Serge Joncourt ?
05:44Parce que toute ma famille est à la campagne.
05:47On dit la campagne, de toute façon.
05:49La campagne, en ce qui me concerne, c'est l'Alnièvre et le Lot, c'est-à-dire deux territoires
05:55qui sont hors TGV.
05:58C'est des lignes de trains qui sont telles qu'elles étaient dans mon enfance, c'est-à-dire
06:06avec les trains corail, vous savez.
06:10Il n'y a pas Internet à bord, on est tranquille ?
06:12Il n'y a pas... C'est difficile de capter à bord, donc on fait autre chose.
06:17On regarde le paysage, pas mal.
06:20Et ça, c'est vraiment, pour moi, je vois là une vraie fracture.
06:23Il y a deux francs aussi.
06:24Il y a celle des TGV et celle des intercités,
06:28qui est un peu en retard quand même.
06:31On nous annonce des nouvelles rames pour 2027.
06:34Bon, on verra bien.
06:35Mais cette vie entre Paris et la campagne, c'est François Morel qui l'a vécu aussi,
06:39puisque ses parents étaient normands.
06:41Et son oncle, qui était en Normandie,
06:44l'a beaucoup inspiré pour créer le personnage des déchiens qu'il a rendu célèbre.
06:48Extraordinaire, oui.
06:50Alors, vos grands-parents, je crois, étaient des paysans dans la Nièvre, près de Nevers.
06:54Et je crois qu'ils n'ont jamais dépassé les 15 kilomètres autour de chez eux.
06:57Oui, c'est une estimation.
06:59Le souvenir du plus grand voyage que j'ai fait quand je vivais chez ma grand-mère à un moment,
07:04c'était effectivement de prendre le car pour aller à Nevers ou à Bourges, je ne sais plus.
07:10En tout cas, c'était une heure de car.
07:12Et c'est vrai que de la voir elle-même dans cette ville, c'était pour faire une course,
07:16je n'ai plus laquelle, ça me semblait tout à fait...
07:19Elle ne me semblait pas dans son élément.
07:24Et très probablement que c'était vrai de mes grands-parents
07:27et encore plus de mes arrière-grands-parents, etc.
07:30Quand on remonte, on faisait sa vie dans le canton, finalement.
07:33Mais ça existe encore aujourd'hui, près de Deauville.
07:36Je connais une famille qui est à la campagne
07:38et qui n'a jamais mis les pieds à Deauville depuis plusieurs générations, à 15 kilomètres.
07:43C'est vrai qu'il y a aussi des gens qui vivent dans leur univers.
07:45Mais en même temps, ils sont heureux dans cet univers.
07:47Oui, absolument.
07:48C'est plus reposant, quelque part.
07:51Et puis, je crois, la Suisse aussi, le Valais.
07:54Oui, alors ça, c'est mon autre grand-mère qui était cuisinière sur un...
07:59Comment appeler ça ?
08:01La construction d'un barrage.
08:03Alors, la construction d'un barrage, vous savez, dans les montagnes,
08:06ça suppose de faire un campement avec...
08:08C'était surtout des ouvriers italiens,
08:11des yougoslaves.
08:12Enfin, bon, bref.
08:13Il y avait là une centaine d'ouvriers qui vivaient dans ces barrages.
08:16Il fallait bien faire la cuisine.
08:17C'était ma grand-mère qui l'a...
08:18Et alors, j'y suis allé de nombreuses fois.
08:21À un moment, j'y suis resté deux mois, plus, même trois.
08:24Et c'était une vie...
08:25Alors là, pour le coup, c'était plus la campagne.
08:28C'était un peu la montagne, déjà.
08:31C'était un peu au-dessus du monde, quoi.
08:33Loin du premier village, qui était du côté suisse, fin haut.
08:37Et du côté français, c'était Valorsines.
08:40Ça, c'est une sorte de souvenir un peu enchanté, entre...
08:43Un peu suspendu, comme ça.
08:44Oui, c'est extraordinaire.
08:45J'étais...
08:46J'avais 7-8 ans.
08:48Mais enfin, c'est un beau souvenir.
08:50Il faut savoir que la région du Valais
08:52entretient de très bons rapports avec les États-Unis.
08:54Il y a 10 ans,
08:56l'invité d'honneur à la foire du Valais
08:58était Arline Géronimo,
09:00l'arrière-petit-fils du guerrier Apache,
09:03qui découvrait la Suisse.
09:05Extraordinaire, ça, vous me l'apprenez.
09:07Il n'a pas dû être déçu,
09:09parce qu'il y a des tas de curiosités.
09:10Déjà, c'est très beau.
09:11Oui, c'est très beau.
09:12C'est très calme et très beau.
09:13C'est très calme et très beau.
09:14Il y a une gastronomie assez étonnante et délicate.
09:18Et puis, il y a une sorte de courtoisie générale
09:20qui règne et qui n'est pas désagréable en Suisse.
09:23Alors, au départ, Serge Joncourt,
09:24vous entamez des études de philosophie,
09:26mais que vous n'avez pas terminé,
09:27parce que vous avez envie de devenir nageur de combat ?
09:30Oui, la fin de nageur de combat, c'était avant.
09:32Je faisais beaucoup de natation.
09:33Et puis, j'avais le projet de faire l'école des mousses.
09:36Et puis, aller au-delà.
09:37Enfin, bon, c'était un peu confus,
09:39mais c'était peut-être aussi pour faire plaisir
09:41à une de mes grands-mères qui me rêvait militaire.
09:43Bon, et je nageais.
09:45Je faisais un peu de compétition.
09:47J'étais bien dans l'eau.
09:49Ce qui n'était pas évident.
09:51À Paris, c'était plus évident.
09:52Mais à la campagne, il y avait par chance
09:53ce qu'on appelait les piscines tournesols.
09:57Oui, c'est ça.
09:57Oui, je ne sais pas s'il y en a encore.
09:59Oui, c'est très probablement.
10:00C'était des piscines qui étaient sur une sorte de globe
10:04qui s'ouvraient, qui faisaient une piscine découverte.
10:08C'était des bassins de 25 mètres ou 33.
10:10Et j'ai été très...
10:12J'ai fréquenté beaucoup les bassins.
10:14Et puis, bon, il y avait les temps, évidemment,
10:15la balastière.
10:16On pouvait nager d'une façon tout à fait spontanée.
10:19Mais nageur de combat, c'est un métier très particulier.
10:22On se souvient de l'affaire du robot warrior
10:23où des nageurs de combat sont à l'origine de l'histoire.
10:26Il y en a beaucoup d'autres.
10:27Et c'est quand même de gros efforts et de gros risques.
10:32Oui, puis c'est la gloire des commandos kiffeurs.
10:35Il faut entrer une marine.
10:35Enfin, non, là, on entre dans l'élite de l'élite.
10:38Et là, ça vous intéressait ?
10:40J'ai très vite calé.
10:42J'ai très vite calé de tout point de vue des performances
10:44et puis surtout de la motivation.
10:46Et ce qui a été, je crois, pour moi, totalement discriminant, disqualifiant,
10:53c'est que j'ai un mal fou à ranger mes affaires.
10:56Et ça, dans l'armée, ça n'est pas possible.
11:00Je suis très, très, très bordélique.
11:02Même mon sac que j'ai avec moi, vous voyez, c'est un bazar.
11:05Je mets 10 minutes pour retrouver une brosse à dents ou un bonbon.
11:08Bon, dans l'armée, ce n'est pas possible.
11:12Et d'ailleurs, vous avez fait différents métiers.
11:14Je crois que vous avez été maître nageur.
11:16Oui, surveillant de Bénal, maître nageur, garçon de cabine.
11:19J'ai bien exploré le monde du bassin.
11:21Et vous avez été cuisinier aussi.
11:23Oui, alors ça, c'est mon père qui était cuisiné.
11:26J'ai donné un coup de main et j'ai gardé une sorte de...
11:29Je cuisine beaucoup. J'aime ça.
11:31J'aime acheter des produits.
11:33Et puis, enfin, ce n'est pas grandiose.
11:34C'est une cuisine de ménage, on va dire.
11:37Voilà, une cuisine de ménage.
11:38Je cuisine pas mal pour mon chien aussi.
11:40C'est important.
11:42Et puis, vous avez aussi vendu des journaux et livré des journaux.
11:46Oui, à la fois vendu et livré, oui, tout à fait.
11:48C'est-à-dire ?
11:49Alors, j'ai tenu un kiosque, même deux.
11:53Enfin, l'un à la suite de l'autre.
11:55Et j'ai travaillé pour un kiosque très important qu'il est toujours,
12:00qui était à Neuilly-sur-Seine,
12:02où il y avait toute la presse internationale,
12:05qu'on recevait à 3-4 heures du matin.
12:07Et on faisait des livraisons.
12:09Alors, je suis d'une forme, on pourrait dire, d'élite de la nation.
12:14Que ce soit des journalistes, des politiques, des gens du showbiz.
12:19Je voyais les noms, c'était impressionnant.
12:21Et il y avait des journaux turcs, des journaux polonais.
12:23Enfin, bon, c'était une...
12:25Là, j'ai découvert cette sensation très forte qui est de se lever à 3 heures du matin
12:32et d'être dehors déjà en ville, ce qui n'est pas si courant.
12:35Parce qu'à la campagne, bien sûr, ça se fait.
12:37Mais en ville, si vous voulez, le boulanger, il est dans sa boulangerie.
12:41Alors que dans un kiosque...
12:42Il était très grand, ce kiosque, vers la rue Paul-Châtrousse, là, au pont de Neuilly.
12:47Eh bien, j'étais à moitié dehors la plupart du temps.
12:50Et donc, je voyais ce jour se lever ces rues gagner petit à petit par la vie, par les voitures.
12:56Et le souvenir le plus fort dans tout ça, c'est l'odeur des viennoiseries qui cuisaient chez le pâtissier.
13:03Et ça, c'est un émerveillement immanquable.
13:07Et vous rêviez de littérature déjà, de Demingway, de Blaise Sandra et de quelques autres ?
13:11C'est ça. Alors oui, celle-là, c'était pour l'aspect...
13:15J'associais les personnages à...
13:20Disons que l'auteur devenait un personnage pour moi.
13:23Il y a des tas d'auteurs, de Romain Garry, en passant par Sandra Kessel, si vous voulez,
13:28où il y avait une sorte de fascination pour ces êtres supérieurs
13:34qui étaient capables d'accomplir une grande vie et une grande œuvre.
13:39Alors là, c'est comme proprement stupéfiant.
13:42Eh bien, justement, ça vous a mené à quelque chose qu'on va évoquer à travers la date du 2
13:47novembre 2020.
13:48A tout de suite sur Sud Radio avec Serge Joncourt.
13:51Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
13:54Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Serge Joncourt.
13:57On connaît votre parcours littéraire et on évoquera tout à l'heure votre nouveau livre
14:01Une histoire d'amour, amour au pluriel, chez Albain Michel.
14:04On connaît moins votre vie assez particulière.
14:07Et à travers des dates, on la raconte.
14:09Et le 2 novembre 2020, c'est le jour où vous recevez le prix Fémina pour nature humaine.
14:16Et ça, ça a été une surprise pour vous.
14:18Ça a été une surprise, d'autant plus que c'était le jour ou la veille,
14:23ou le lendemain du deuxième confinement du décret.
14:27C'est-à-dire qu'on n'avait plus le droit de sortir.
14:29Bon, donc j'ai vécu cette situation insolite, peut-être même absolument unique,
14:37de recevoir un grand prix littéraire et de, à ce moment-là, ne pas sortir de chez moi.
14:43J'ai vu personne, sinon quelques coups de fil.
14:47Mais pour le reste, il ne s'est rien passé autour de moi physiquement, complètement.
14:51Alors qu'en général, quand on reçoit un prix,
14:55on imagine qu'on va être déjà invité à boire un de champagne avec les jurés.
15:00Retrouver le jury quelque part dans un hôtel parisien.
15:04Enfin bon, mais là, rien.
15:06Bon, c'était extraordinaire.
15:07Enfin, c'était...
15:08Oui, c'est vraiment un souvenir très très fort, ça.
15:10On vous a téléphoné en vous disant, tu as le prix féminin.
15:14Absolument.
15:15Et à partir de là, on raccroche.
15:18Et plus rien.
15:19Alors, par chance, il y a eu vers 13h, parce que je l'ai su avant,
15:23à 13h, les radios qui disaient, tiens, le prix féminin est décerné.
15:26Surtout que, si vous voulez, tous les autres prix avaient décidé d'attendre la fin du confinement,
15:32en particulier le concours, tout ça, pour donner leur lauréat.
15:36Et les dames du Féminin avaient eu cette audace de dire,
15:38on avait prévu le 2 novembre, on le remet le 2 novembre.
15:42Je trouve ça courageux.
15:44C'était complètement fou, cette situation.
15:46Et après, j'ai eu une sorte de laisser passer pour aller dans quelques librairies,
15:50faire des dédicaces avec un masque à des libraires qui me tendaient un carton de loin.
15:56Et à partir de là, je signais des livres qui avaient été commandés.
15:59Et c'était l'ère du click and collect.
16:04Et alors, un mois après, les autres prix ont été remis, le concours, le Renaudot, tout ça.
16:10Ce qui fait que pendant un mois, tout le mois de novembre, finalement,
16:12j'étais le seul lauréat de prix littéraire de cette année-là.
16:16C'est pas rien, ça.
16:17Non.
16:18En même temps, il y a peut-être eu une réception après le confinement, non ?
16:21Et non, non, vraiment, non.
16:23Même pas.
16:23Mon éditeur à l'époque, mon éditrice, Anna Pavlovitch et Alix Penon,
16:28ont pensé une fois à Brie, vous savez, la fameuse foire de Brie,
16:31mais l'année d'après, de faire une sorte de petite cérémonie comme ça.
16:36Mais un an après, bon, c'est bien, mais ça perd un peu sa saveur.
16:42Alors, il se trouve que cette histoire d'inture humaine,
16:45ça se passait dans le département du Lot, qui vous est cher,
16:47car je crois que votre belle famille est dans le département du Lot.
16:50Oui, tout à fait, oui.
16:51Et ça vous permet, dans ce livre, d'évoquer à la fois le passé, le présent et le futur,
16:56c'est-à-dire comment le monde agricole a changé.
16:58Car c'est une chose dont on parle beaucoup aujourd'hui,
17:00et dont vous avez parlé quelques années auparavant.
17:03Oui, parce que moi, je le vois de près,
17:05et il y a des transformations comme ça qui agissent.
17:09Moi, ça devient un métier héroïque agriculteur.
17:14On a tous en tête la donnée nouvelle,
17:16c'est celle qui nous apparaît clairement cette année,
17:19celle du changement climatique quand même,
17:22où ils ne peuvent plus travailler dans les mêmes conditions.
17:24L'eau devient plus rare, précieuse, manquante.
17:29Le soleil de plus en plus fort, et sans parler de la concurrence.
17:32Enfin bon, je trouve ça admirable qu'il nous en reste, des agriculteurs.
17:37Et j'ai voulu explorer à partir de la sécheresse de 1976,
17:42qui était déjà un événement fort,
17:44parce qu'on a le souvenir de ces images,
17:47de ces convois de foin qui venaient
17:49pour donner du foin ou de la paille
17:54à des bovins en Normandie ou dans le Limousin,
17:57qui étaient écrasés de chaleur.
17:58On ne l'a même pas évoqué pendant la canicule,
18:00la mémoire des Français est courte.
18:02Mais c'est pour ça, moi j'avais écrit Nature Humaine pour remettre en tête
18:05la sécheresse de 1976, la tempête de 1999,
18:10du fin décembre 1999,
18:12des événements comme ça qui nous ont bousculés,
18:16et qu'on a mis un peu sous le tapis.
18:19Eh bien, finalement, ça ne sert à rien de mettre sous le tapis,
18:21ça revient toujours.
18:22Oui, parce que, encore une fois,
18:23quand vous écrivez ce livre Nature Humaine,
18:25Serge Joncourt,
18:26on n'en est pas au problème des agriculteurs aujourd'hui,
18:29qui ne savent pas comment ils vont finir les mois.
18:31C'est de pire en pire.
18:32C'est absolument de pire en pire.
18:34Mais bon, Nature Humaine me permettait quand même
18:38de démontrer un agriculteur, un éleveur,
18:43de vache à l'étante, c'est-à-dire de vache à viande,
18:47qui reprend l'exploitation de ses parents
18:49et qui est un peu pressé par la grande distribution
18:53pour faire un peu plus de volume
18:55et construire des bâtiments plus grands.
18:58Et ça, il a du mal à accepter de se lancer là-dedans.
19:02Il y va, finalement.
19:03Et puis, c'est la tempête de 1999
19:04qui va foutre tous les bâtiments en l'air.
19:06Et en même temps, il y a une scène dans un hypermarché
19:09où il s'étonne de la couleur de la viande.
19:12La couleur de la viande ?
19:13Oui, ça, c'est quelque chose qui était assez étonnant,
19:14c'était de voir cette viande tellement rouge,
19:17en plus avec un éclairage très travaillé,
19:21elle en devenait suspecte.
19:23Mais c'était aussi la découverte de l'hypermarché
19:26qui était quand même, dans les années 70,
19:28quelque chose de très fort,
19:29un univers gigantesque épicerie
19:32où tout est rangé, coloré.
19:35Il y a de la musique.
19:36Et puis surtout, pour les grands-parents,
19:38on marche sur du plat total.
19:40C'est-à-dire un sol complètement lisse,
19:42comme il n'en existe pas à la ferme.
19:44C'est assez nouveau.
19:46Il faut savoir que les hypermarchés
19:49ou l'organisation de vente directe
19:51du producteur au consommateur,
19:53ça vient non pas de Leclerc,
19:55mais de Alexandre Balthazar,
19:57Laurent Grimaud de La Rénière,
19:58qui était un gastronome averti.
19:59Et c'est lui qui, au XVIIIe siècle,
20:02a été le premier à organiser ce principe
20:03en allant de l'épicerie à la droguerie
20:05avec des denrées exotiques.
20:07Ah oui, très bien.
20:08Mais c'est vrai que moi,
20:10enfant, j'ai du souvenir
20:11d'aller chercher le lait
20:12à la ferme,
20:13avec le vélo,
20:15avec le pot au lait.
20:16Le fameux pot au lait.
20:17Alors, quand on voit votre parcours,
20:19le nombre de prix littéraires
20:20que vous avez eus,
20:21il y a eu le Grand Prix de l'Humour Noir
20:22que vous avez effornerait,
20:23c'est-à-dire qu'un monsieur
20:25dont on a totalement oublié le nom,
20:27avec un livre qui s'appelait L'Idole.
20:29Vous avez l'Interallié
20:31avec Repose-toi sur moi.
20:32Et d'ailleurs, c'est assez particulier
20:34parce que l'Interallié, en général,
20:35est remis à un journaliste
20:36et pas à un romancier.
20:38Oui, ils ont dérogé.
20:39Oui, c'est ça aussi un beau souvenir.
20:42Là, par contre, c'est un prix
20:43où les jurés étaient là.
20:45Je les ai rejoints à table
20:47vers 13h.
20:48La Serre, un grand restaurant parisien.
20:49Il y avait Philippe Tesson,
20:53Jean-Marie Rouard,
20:55Nehoff, des personnages.
20:57C'était truculent, c'était vivant.
20:59Oui, c'était tout l'inverse
21:01de ma réception du Féminas
21:03où j'étais tout seul chez moi
21:03avec un esti.
21:06Mais effectivement,
21:07en général, c'est des journalistes.
21:08Pourquoi un romancier a-t-il eu ce prix ?
21:11Bon, c'est vrai.
21:12À l'époque, je travaillais
21:14pour une émission de radio
21:16à France Culture,
21:17les papous dans la tête.
21:18Voilà, c'est peut-être ça
21:19qui a servi de...
21:20Mais c'est aussi, je pense,
21:21une volonté de leur part
21:22d'élargir un peu le spectre.
21:24Alors, il se trouve aussi
21:25que dans ce roman
21:26qui s'appelle
21:28Repose-toi sur moi,
21:29il y a un personnage étonnant,
21:30c'est le corbeau.
21:31Et pas le corbeau et le renard
21:32parce que le corbeau,
21:34c'est aussi l'homme
21:35de la campagne que vous êtes.
21:36Vous connaissez bien le sujet.
21:38Oui, alors ce qu'on appelle
21:39en ville les corbeaux
21:39qui sont en fait,
21:40en tout cas à Paris,
21:41des corneilles
21:41pour la plupart du temps
21:43et qui sont des êtres,
21:46des créatures un peu...
21:47Moi, je ne suis toujours
21:49pas complètement à l'aise
21:50avec les corbeaux
21:51parce qu'ils sont capables
21:53d'aller bouffer,
21:56d'aller taper dans les nids,
21:58surtout les corbeaux
21:58comme les jets d'ailleurs,
22:00d'aller taper dans les nids
22:00des pigeons ramiers,
22:01ce qu'on appelle les palombes.
22:03À Paris,
22:03il y a des très beaux pigeons ramiers
22:05qui sont par couple,
22:06ils vivent par couple comme ça,
22:07ils se planquent,
22:08ils ne font pas de bruit,
22:09ils font leur nid
22:10et puis paf,
22:11ils ont des prédateurs
22:12qui sont eux-mêmes des oiseaux,
22:13mais souvent des corneilles
22:14ou des jets.
22:15Il se trouve aussi,
22:16Serge Joncourt,
22:17qu'il y a un autre livre
22:17qui vous a valu
22:19le prix des demagots,
22:21prestigieux,
22:21l'écrivain national
22:22où en filigrane
22:23vous vous racontez
22:24car vous racontez
22:25votre parcours,
22:26notamment l'homme
22:27qui pendant des années
22:28a envoyé des manuscrits
22:30sans réponse.
22:32Oui,
22:32alors ça,
22:32moi je ne suis pas le seul,
22:33je pense qu'il y en a
22:35beaucoup,
22:36on est nombreux,
22:37je dis on,
22:37je m'inclus
22:37parce que ça reste toujours
22:39marquant,
22:40enfin,
22:40ce n'est pas un traumatisme,
22:41mais pendant,
22:44j'ai dû envoyer
22:44une dizaine de manuscrits,
22:45une dizaine de manuscrits
22:46différents,
22:47je veux dire.
22:47Que vous aviez écrit ?
22:48Que j'ai écrit,
22:49que j'ai écrit,
22:49que j'ai imprimé
22:50parce qu'à l'époque,
22:52il fallait,
22:52il fallait trouver,
22:53il fallait faire des photocopies,
22:55il n'y avait pas de mail
22:56encore.
22:57Quand j'ai commencé,
22:58j'ai commencé à envoyer
22:59des manuscrits en 95,
23:0096.
23:01Avec l'envie
23:02de devenir romancier.
23:03Avec l'envie
23:03de devenir romancier,
23:04avec la conviction
23:05d'en être un.
23:07Voilà.
23:08Pas de réponse.
23:09Des réponses,
23:10mais négatives
23:11la plupart du temps,
23:13jusqu'à un jour
23:14où un coup de fil,
23:16à l'époque,
23:17on avait encore
23:17les répondeurs,
23:18vous savez.
23:19Quand je rentrais
23:20chez moi le soir,
23:21j'appuyais la touche
23:22répondeur,
23:23le surplay,
23:24toujours un peu
23:24fébrilement,
23:25parce que c'est un peu
23:27comme le pêcheur
23:28qui relève ses filets.
23:30Pour le manuscrit
23:31que j'avais envoyé,
23:32qui était donc vu,
23:34eh bien,
23:34j'ai eu deux réponses.
23:36Et là,
23:37ça a changé ma vie,
23:37on peut le dire.
23:39Au bout de quelques années
23:40envoyer des manuscrits,
23:41on finit par se décourager,
23:43on finit par être
23:43presque au bout du rouleau.
23:46Normalement,
23:46oui.
23:47Je ne sais pas
23:48ce qui m'a tenu,
23:49c'est une sorte
23:49d'intime conviction
23:50très forte,
23:52parce que c'est
23:52à la fois décourageant,
23:54c'est assez humiliant,
23:56mais,
23:57dans tout ça,
23:58il y a eu
23:58un ou deux rendez-vous,
24:01dont un chez Robert Laffont,
24:02avec ce qu'on appelle
24:05des services manuscrits,
24:08il faut bien se dire
24:09que quand on envoie
24:10un manuscrit
24:10dans une maison d'édition,
24:12en général,
24:13il est lu quand même.
24:14Ou en tout cas,
24:14il est parcouru.
24:17Il y a même des services
24:18faits pour ça.
24:21Chez Flammarion,
24:21moi,
24:21j'ai le souvenir,
24:22d'une sorte de pièce
24:23au plafond très bas
24:24où il y avait
24:24une dizaine de jeunes,
24:25d'étudiants en lettres,
24:29parce qu'on ne sait jamais.
24:31Dans un manuscrit,
24:32il peut y avoir une perle.
24:34Et une fois ou deux,
24:35j'ai eu des rendez-vous
24:35comme ça,
24:36me disant écoutez,
24:38ce que vous avez fait là,
24:40ce roman,
24:41ce n'est pas terrible,
24:42ce n'est pas convaincant,
24:43mais il y a une écriture,
24:44il y a un style.
24:45Ne vous découragez pas.
24:47L'encouragement,
24:48c'est une parole qui compte.
24:49Alors ça,
24:50c'est le côté littéraire,
24:51mais il y a aussi
24:51d'autres côtés
24:52qui vous ont permis
24:53d'accéder à votre rêve.
24:55Et on va l'évoquer,
24:57ce côté,
24:57à travers la date
24:58du 13 octobre 2010.
25:00A tout de suite
25:00sur Sud Radio
25:01avec Serge Joncourt.
25:03Sud Radio,
25:04les clés d'une vie,
25:05dit Jacques Pessy.
25:06Sud Radio,
25:07les clés d'une vie,
25:08mon invité,
25:08Serge Joncourt.
25:10Nous parlerons tout à l'heure
25:11d'une histoire d'amour,
25:12amour au pluriel,
25:13votre nouveau roman.
25:14On évoque votre parcours,
25:16vos différents métiers
25:17avant de réussir
25:18vraiment
25:18à devenir romancier
25:20et à multiplier
25:21les prix
25:21bien mérités
25:23que vous avez reçus.
25:24Alors,
25:24il y a eu les romans,
25:25mais il y a aussi
25:26autre chose.
25:27le 13 octobre 2010
25:28est sorti
25:29un film
25:30qui a eu
25:31un énorme succès.
25:37Elle s'appelait Sarah.
25:38Alors,
25:38j'ai reçu,
25:39voici quelques semaines,
25:40Tadien Dronet
25:40qui m'a raconté
25:41l'histoire
25:41de ce livre.
25:43En fait,
25:44personne n'en voulait.
25:45Elle déjeune
25:45avec Héloïse Dormeson
25:46qui crée
25:47une mise en édition.
25:48Le mari d'Héloïse
25:49lit ce texte
25:50et ça devient
25:50un énorme succès.
25:52Et puis,
25:52il y a un film.
25:53Ce film,
25:54elle ne veut pas
25:54s'y atteler
25:54et vous allez
25:55écrire le scénario.
25:58Oui,
25:58c'est depuis le départ.
26:00Je la connaissais
26:01un peu avant
26:03Tadien Dronet.
26:04Avant,
26:05elle s'appelait Sarah.
26:06Et c'est vrai
26:07que ce Gilles Cohen-Sala,
26:09il l'a...
26:12Il lui a dit
26:13fais-moi lire
26:13ce manuscrit.
26:14Et puis bon,
26:14comme on dit ça le soir
26:15et puis le lendemain,
26:16on oublie.
26:17Sauf que lui,
26:17il l'a rappelé
26:18le lendemain.
26:19Il l'a vraiment forcé
26:21à lui montrer
26:22ce manuscrit.
26:23Il l'a trouvé
26:25pour le moins singulier
26:26et fort
26:26parce que c'est un texte
26:27très fort.
26:28Le roman,
26:29elle s'appelait Sarah.
26:30Le film après,
26:31mais le roman au départ.
26:34Et comme quoi,
26:34ça tient à peu de choses
26:35parce que s'il n'avait
26:36pas fait ce dîner,
26:38s'il n'avait pas eu
26:40le lendemain,
26:40s'il ne s'était pas souvenu
26:41de ce qu'il lui avait dit,
26:43peut-être que ce texte
26:45ne serait jamais paru.
26:46Ça tient à peu de choses
26:47parfois.
26:48Le livre s'est vendu
26:49à plusieurs millions
26:50d'exemplaires
26:50et vous êtes retrouvé
26:51comme scénariste
26:52de l'adaptation au cinéma.
26:53Comment c'est arrivé ?
26:55Eh bien,
26:56c'est arrivé assez vite.
26:57En fait,
26:58on avait évoqué
27:00la possibilité
27:01de faire un film
27:01avant que le roman
27:02devienne un succès
27:03considérable.
27:04Et là,
27:05il faut quand même
27:06se dire
27:07qu'il y a une certaine
27:08loyauté
27:08de la part
27:08de Tatiana Drodet
27:10et de son édition
27:11et de Louise Dormeson,
27:12de son éditrice,
27:13de la maison d'édition.
27:15C'est qu'ils n'ont pas
27:16profité de la situation
27:17pour dire
27:17bon,
27:18les petits Français,
27:19on leur donne
27:20un dédommagement
27:20et puis on va signer
27:22avec un...
27:22Parce que ce roman
27:23est resté en tête
27:24des ventes...
27:2541 semaines.
27:27Pas seulement en France,
27:28aux Etats-Unis.
27:29Oui, c'est ça.
27:29Ce qui n'est,
27:30je pense,
27:31jamais arrivé.
27:325 millions d'exemplaires
27:33aux Etats-Unis.
27:33C'est inouï.
27:34C'est totalement inouï.
27:35Et pour autant,
27:36là encore,
27:37Gilles Cohen-Solal
27:37et Louise Dormeson
27:39ont dit
27:40écoute,
27:40on a signé
27:40dès le départ
27:41avec cette petite
27:42production française-là,
27:43on va le faire
27:44avec cette production française-là.
27:45Et à partir de là,
27:47écoutez,
27:47voilà l'histoire
27:48du film.
27:50La difficulté étant
27:51de trouver une actrice
27:52américaine,
27:53anglo-saxonne,
27:54qui parle parfaitement français.
27:56Il n'y en avait que deux.
27:57C'est Jodie Foster
27:58ou Christine Scott Thomas.
28:00Voilà.
28:01Et donc,
28:01il fallait
28:04déjà prier
28:05pour qu'elle ait envie
28:05de le faire
28:06et deuxièmement,
28:07qu'elle ait le temps
28:07de le faire.
28:09Et finalement,
28:09Christine Scott Thomas
28:11a accepté.
28:11Il y a une histoire
28:12incroyable
28:12avec Christine Scott Thomas.
28:14parce qu'elle débutait,
28:15elle jouait une petite pièce
28:16en Normandie
28:16et on l'a peur
28:17en lui disant
28:17il y a un film pour toi,
28:19tu vas rencontrer
28:19l'interprète,
28:21c'est Prince.
28:22Elle a dîné avec Prince,
28:23ils se sont bien entendus.
28:24Malheureusement,
28:25le film ne s'est pas fait.
28:26Elle a failli
28:26tourner avec Prince.
28:28Oui,
28:29mais elle a tourné
28:29avec Redford.
28:31C'est une carrière insensée.
28:33Mais pour vous,
28:33c'est un nouveau métier
28:34parce que je crois
28:34qu'un de vos romans
28:35UV avait été adapté
28:37par Gilles Paquet-Brenner
28:39et que là,
28:40c'est aussi
28:40un nouveau métier pour vous.
28:41Vous n'étiez pas scénariste
28:42de cinéma a priori,
28:43Serge Joncourt.
28:44Non,
28:45alors j'ai soit co-écrit
28:47et écrit
28:47l'Écrivain National,
28:50par exemple,
28:50j'ai dû écrire
28:50une trentaine de versions
28:51du scénario.
28:52Le film ne s'est jamais fait
28:53finalement.
28:54Et c'est un...
28:56Bon,
28:56c'est quand même
28:57la même famille de métiers,
28:58on va dire.
28:59Sinon,
29:00il faut passer
29:00beaucoup plus par les dialogues
29:01quand on fait un scénario.
29:03C'est très enrichissant
29:04de faire ça.
29:05Mais là aussi,
29:05c'est un métier très particulier
29:07parce que le monde du cinéma
29:08et le monde du livre
29:08sont très différents.
29:10Très différents.
29:11La grande différence,
29:11c'est que
29:12quand vous écrivez un roman,
29:13vous êtes tout seul
29:14chez vous,
29:14avec vous
29:15et vous négociez avec vous.
29:17Qu'est-ce que je fais
29:18de tel personnage ?
29:19Est-ce que je mets
29:20un peu de suspense ?
29:21Est-ce que ça...
29:22Les décisions,
29:23elles sont à prendre
29:25au quotidien,
29:25mais seules.
29:27Au cinéma,
29:27c'est tout l'inverse.
29:29On discute en permanence
29:30avec le producteur,
29:31avec le réalisateur,
29:32avec le directeur de production.
29:37Est-ce que telle scène,
29:38oui,
29:38c'est formidable,
29:38mais ça va coûter
29:39500 000 euros ?
29:40Je ne sais pas.
29:41Finalement,
29:42ils vont juste prendre un vélo
29:42et puis ils vont traverser
29:43la scène.
29:45Donc,
29:45c'est tout l'inverse.
29:47C'est être créatif,
29:48mais au milieu
29:49d'un et d'autre.
29:50Et puis,
29:51elle s'appelait Sarah,
29:52c'est quand même
29:52un sujet très difficile.
29:53Un film plein d'émotions.
29:55Il ne fallait pas passer
29:56à côté dans le scénario,
29:57Serge Jonquere.
29:58C'était une tension,
29:59une pression énorme,
30:00oui,
30:00parce que plus on travaillait
30:02sur ce film,
30:03plus le livre prenait
30:04une ampleur phénoménale.
30:07Donc,
30:07on se retrouvait
30:07à écrire le scénario
30:09d'un phénomène littéraire.
30:12Et oui,
30:13c'était très fort.
30:14Mais tout ça,
30:15c'est fait avec une forme
30:15d'assurance,
30:16de conviction.
30:17Je sais.
30:18Tout se passait bien,
30:19ce qui est très rare
30:21dans la production d'un film.
30:24C'est rare que tout se passe bien.
30:25Et là,
30:26ça s'est bien passé.
30:27Encore une fois,
30:27c'était la première fois
30:28que vous étiez totalement impliqué
30:30dans une histoire.
30:31Oui,
30:32alors,
30:32j'écrivais avec Gilles Paquet-Brenner,
30:35le réalisateur,
30:36qui s'appelait Sarah
30:38comme de Huvé,
30:39qui est un garçon
30:41très précis,
30:43d'ailleurs,
30:44c'est souvent le cas
30:45des réalisateurs,
30:46mais lui particulièrement.
30:47Donc,
30:48on discutait énormément,
30:50on se voyait souvent
30:50et on faisait des allers-retours
30:52comme ça,
30:52de scénarios.
30:53Ça a été,
30:54oui,
30:54un travail assez,
30:55assez heureux,
30:56chanceux,
30:57oui.
30:57Mais on avait une base
30:58très forte.
30:59Il faut que savoir,
31:00moi,
31:00sa mère,
31:00je l'ai interviewée,
31:01Ève Brenner,
31:02chanteuse d'opéra,
31:03qui dans les années 76,
31:05a écrit,
31:05a chanté
31:06Le matin sur la rivière,
31:07qui a été un gros succès.
31:08Et puis,
31:09elle a chanté
31:10dans des films
31:10comme Manon des Sours,
31:11Jean de Florette,
31:13Papy fait de la Résistance.
31:14Et elle est encore
31:15parmi nous aujourd'hui
31:16et c'est quelqu'un
31:17qui avait une voix
31:17d'opéra extraordinaire.
31:18Absolument.
31:19Alors,
31:20il se trouve aussi
31:20que ce film,
31:21il fallait faire
31:21des reconstitutions.
31:22Je crois que reconstituer
31:25le Veldiv,
31:26ce n'était pas évident.
31:28Non,
31:28non,
31:28ce n'était pas évident,
31:29surtout que Gilles Paquet-Brenner
31:31voulait qu'on voit vraiment.
31:33On le voit un peu
31:35le Veldiv dans le film
31:37de M. Klein,
31:38de Joseph Lozet.
31:39Mais c'est à peine évoqué.
31:41On est cadré sur les personnages,
31:44donc on ne voit pas,
31:45on n'a pas une vision large.
31:47Alors que dans
31:47Elle s'appelait Sarah,
31:49il a été reconstitué
31:50à Vincennes au Vélodrome.
31:51Oui,
31:51le Vélodrome Jacques Anctil
31:52dans le bois de Vincennes.
31:53Dans le bois de Vincennes,
31:54oui.
31:55Avec des centaines de figurants,
31:56j'ai un souvenir,
31:57c'était totalement inouï
31:58parce que ce n'est pas du tout
32:00évident de diriger
32:01à la fois des comédiens
32:02et des centaines de figurants
32:04derrière,
32:04surtout pour recréer
32:06ce climat-là
32:07qui était quand même
32:08particulièrement atroce.
32:09Votre premier film,
32:10enfin le premier film adapté
32:12d'un de vos livres
32:12qui était UV,
32:13était beaucoup plus intime
32:14puisque c'est Jacques Dutronc
32:17qui était la tête d'affiche.
32:19Jacques Dutronc
32:20qui a débuté au cinéma
32:21par hasard
32:21pour faire plaisir
32:22à Jean-Marie Perrier,
32:24l'ex de François Zardy
32:25dans Antoine et Sébastien.
32:27Et là aussi,
32:28Dutronc tournant
32:29des films adaptés
32:30d'un de vos romans,
32:32c'est un beau parcours.
32:34Oui,
32:34surtout que j'étais
32:36admiratif de Dutronc
32:37et aussi comédien.
32:38J'ai dû vous souvenir
32:39très fort
32:39dans Salle Rêveur
32:41où j'étais un personnage
32:43de jouer à l'économie maximale.
32:46C'est un comédien
32:47qui en fait très peu
32:48mais tout passe.
32:49Exactement.
32:50C'est très fort.
32:50Et chez Chabroil aussi.
32:52Non,
32:53on pense au chanteur Dutronc
32:54mais le comédien est là.
32:56Le chanteur était
32:57beaucoup plus joyeux
32:58et fantaisiste.
32:59Oui,
33:00on peut le dire.
33:01Il a commencé à chanter
33:01par la suite d'un pari.
33:03Il déjeune avec Jacques Lanzmann.
33:04Il dit,
33:05écoute,
33:05faire une chanson c'est facile.
33:07Je fais une chanson
33:07dans cinq minutes.
33:08Il a fait
33:09et moi et moi
33:09et comme personne ne voulait
33:10l'enregistrer,
33:11il s'est mis au travail.
33:13Je ne savais pas,
33:13sans blague.
33:14C'est comme ça
33:14qu'il a commencé.
33:15Il était directeur artistique
33:16et guitariste
33:17chez Vogue.
33:19Franchement,
33:19il avait tout
33:19pour avoir une carrière grandiose.
33:22Quand on voit
33:22le nombre de films
33:24qui ont été adaptés
33:24de vos romans,
33:25on est assez impressionné
33:26parce que l'Idole
33:27a été adapté
33:28par Xavier Jadoli
33:28sous le titre Superstar.
33:32Ensuite,
33:32L'amour sans le faire
33:33s'est devenu
33:34revenir avec
33:35Admirat d'Assistible de France
33:36au Festival de Venise.
33:38Finalement,
33:39vous avez beaucoup
33:41accepté
33:41les adaptations
33:42et vous auriez pu
33:43travailler beaucoup plus
33:44pour le cinéma,
33:45Serge Joncourt.
33:46Alors oui,
33:47peut-être,
33:47mais écrire un roman
33:51me prend beaucoup de temps,
33:52moi.
33:5218 mois.
33:53Au moins,
33:54oui,
33:5418 mois.
33:54Merci.
33:55Vous le dites.
33:56Vous avez porté
33:57le diagnostic,
33:58c'est 18.
33:59Vous avez raison,
34:00c'est à peu près ça.
34:02Donc,
34:03je dis ça
34:04parce que certains auteurs,
34:05je pense à
34:06Jean-Paul Dubois
34:07qui l'écrit
34:08en un mois
34:09au printemps.
34:10Il y a besoin de ça.
34:12Moi,
34:13c'est terrible.
34:13Il me faut au moins
34:1418 mois,
34:14voire deux ans.
34:16Donc,
34:16ça ne me laisse pas
34:17beaucoup de temps
34:17pour le reste.
34:18C'est ça le problème.
34:19Georges Chimnon
34:20s'enfermait
34:20après avoir réfléchi.
34:21Il écrivait un roman
34:23en sept jours.
34:24Oui,
34:25extraordinaire.
34:28Surtout quand on mesure
34:29la conséquence
34:30de cet œuvre
34:31incroyable.
34:32je pense qu'il travaillait
34:33une sorte de...
34:36Il s'enfermait,
34:37il fumait,
34:39il accumulait
34:39les désirs,
34:40les envies,
34:40les fins.
34:41Quand il sortait,
34:42c'était quand même
34:42un fauve.
34:43Et moi,
34:44il m'a un jour raconté,
34:45il avait dans son bureau
34:47enfermé,
34:47on lui passait presque
34:48le déjeuner par la porte,
34:49il avait des petits crayons
34:50bien taillés
34:51et il écrivait son roman
34:52et quand c'était fini,
34:53on passait à autre chose.
34:54C'est formidable.
34:55Une sorte d'assesse
34:56comme ça
34:56à laquelle je n'arrive pas.
34:57Mais là,
34:58il faut beaucoup,
34:59beaucoup d'énergie
35:00parce que ça n'a l'air de rien
35:02mais écrire,
35:02c'est très fatigant.
35:04Et oui,
35:04on ne peut pas écrire
35:05deux heures par jour.
35:06Non,
35:07normalement non.
35:08Sauf quelques êtres
35:09un peu surnaturels.
35:10En plus,
35:11Serge Joncour,
35:12je sais que vous assurez
35:14beaucoup de salons,
35:15vous aimez aller
35:16faire des conférences,
35:17même si quelquefois
35:18il y a dix personnes
35:19dans la salle.
35:20Ça peut arriver,
35:21oui,
35:21ça peut arriver.
35:22Vous avez une librairie
35:23au fond de,
35:24je ne sais pas,
35:26l'Ardèche
35:27ou du Lot.
35:29Il y a un petit village
35:30effectivement,
35:31il n'y a pas grandement,
35:31mais ce n'est pas grave.
35:33Ce qui compte,
35:33c'est la détermination
35:35de la libraire
35:36en général
35:37qui vous a invité
35:38et puis
35:40l'aspect un peu,
35:42oui,
35:42parfois j'ai le sentiment
35:43que ça apporte
35:44comme une sorte
35:44de distraction
35:46et puis un moment
35:46d'échange
35:47qui permet aux autres
35:48après de se retrouver,
35:50de parler entre eux.
35:51Enfin,
35:51oui,
35:52il n'y a pas que
35:53des séances
35:54de dédicaces grandioses.
35:55Moi,
35:55j'aime bien varier
35:56le grand salon,
35:57c'est pour être
35:58la foire de Brive,
35:59par exemple,
36:00pour peu que
36:01votre livre
36:02a eu un peu de succès.
36:03Alors là,
36:03vous avez
36:04presque une file
36:05d'attente
36:06devant votre...
36:06Et puis parfois,
36:07vous vous retrouvez
36:08dans une petite librairie
36:10de sous-préfecture
36:11et puis il y a
36:1210 personnes
36:13dans la...
36:13Mais c'est déjà bien.
36:15Je crois qu'un jour,
36:16vous vous êtes retrouvé
36:16dans une salle
36:17où il y avait
36:17des micros prévus
36:18pour 200 personnes
36:19et il y en avait
36:196 dans la salle.
36:20Oui,
36:21mais ça...
36:21Mais j'ai nourri
36:23l'écrivain national,
36:24le roman,
36:25de ces expériences-là,
36:26de la vie de l'auteur,
36:27quoi.
36:28Il va animer
36:29des acrylés d'écriture.
36:31Il ne sait pas bien où,
36:33mais il y va.
36:33Et puis à partir de là,
36:34bon,
36:35on se...
36:37L'écrivain national,
36:38c'est ça.
36:38Il va au fin fond du Morvan,
36:39dans une municipalité
36:41qui l'a invité.
36:42Alors c'est plutôt
36:42le libraire
36:43qu'il a...
36:44Le maire aurait préféré
36:46un judoka
36:47ou un chanteur
36:50ou une chanteuse,
36:50vous voyez.
36:51Un écrivain,
36:52bon, ok, d'accord.
36:53Et à partir de là,
36:54l'écrivain va se mettre
36:55à parler à un tel,
36:56à un tel
36:57et on va se dire,
36:58mais attends,
36:58on est en train
36:59de lui raconter notre vie,
37:00est-ce qu'il va s'en servir ?
37:02C'est ça,
37:02l'aspect un peu périlleux
37:03de fréquenter un écrivain.
37:06Moi, je me souviens
37:06d'un genre différent.
37:08Robert Manuel,
37:09comédien célèbre
37:09qui faisait des conférences,
37:11il se retrouve un soir
37:12à Deauville
37:12et il y avait six personnes
37:14dans la salle
37:14dont quelqu'un
37:15qui dormait au premier rang.
37:16Donc régulièrement,
37:16il passait devant cette personne
37:17et il hurlait.
37:18Ça réveillait la personne
37:19qui s'endormait aussitôt après.
37:21C'est une technique.
37:22C'est une technique.
37:23Et puis,
37:24vous avez même,
37:24je crois,
37:25animé un atelier
37:27pour illettrer.
37:28Ben oui,
37:29c'est ça, oui.
37:31C'était...
37:31Je pensais aller
37:33avec des stylos
37:36pour aider ces gens
37:38à écrire une histoire
37:39et l'histoire
37:40qu'ils avaient en tête.
37:40mais je me suis trouvé
37:42face à un mur
37:42dans la mesure
37:43où ils ne savaient pas écrire.
37:44Donc on a...
37:45Eh bien,
37:45je les ai fait raconter
37:46chacun leur histoire
37:47et c'est moi
37:48qui ai écrit à leur place.
37:50Il y était une dizaine.
37:52Là,
37:53alors là,
37:53de fait,
37:54j'ai beaucoup bossé,
37:55j'ai beaucoup écrit.
37:56Mais ils avaient tous
37:57une histoire
37:57un peu extraordinaire.
37:59Alors ça,
38:00c'était pas loin,
38:01ça allait pas loin.
38:01C'était le pêcheur
38:02qui un jour
38:03avait sorti
38:03un silure
38:04de deux mètres,
38:05enfin,
38:06avec une plaque minéralogique
38:07dans le ventre.
38:09Ça,
38:09ça m'a un truc.
38:10Alors je pense
38:11que c'était vrai,
38:11mais je sais pas.
38:14Et ces petites choses-là,
38:15bon ben ça crée
38:16des souvenirs forts
38:17et puis c'est des moments
38:17de rencontre
38:18malgré tout
38:19qui les a marqués,
38:20eux comme moi,
38:21je pense.
38:22Voilà,
38:22ça c'est le passé.
38:23Maintenant,
38:23on parle du présent
38:24et du futur
38:25à travers la date
38:26de 19 août 2026.
38:28A tout de suite
38:28sur Sud Radio
38:29avec Serge Joncourt.
38:31Sud Radio,
38:32les clés d'une vie,
38:33Jacques Pessis.
38:34Sud Radio,
38:35les clés d'une vie,
38:35mon invité Serge Joncourt.
38:37On a évoqué
38:38votre parcours,
38:39vos débuts de romancier,
38:41votre côté cinéariste de cinéma,
38:42tous les prix
38:43que vous avez reçus.
38:44Et puis le 19 août 2026
38:46est sorti un nouveau roman
38:47qui s'appelle
38:48Une histoire d'amour.
38:49Une histoire d'amour
38:50au pluriel
38:51parce que finalement
38:51il y a plusieurs histoires d'amour
38:52qui se déroulent
38:54à deux siècles d'intervalle.
38:56Voilà,
38:57c'est une histoire d'amour
38:58qui se passe aujourd'hui,
38:59enfin en 2024.
39:00Et qui renvoie
39:01à une histoire d'amour
39:02qui s'est passée
39:03il y a deux siècles
39:03en 1824
39:05au travers d'un élément commun
39:07qui est ce château
39:08qui en 2024
39:09est en ruine
39:10mais qui en 1824
39:12était bien debout.
39:13Alors il se trouve
39:14qu'un jeune couple
39:14s'installe dans les environs
39:18près de Moulins,
39:19dans un moulin
39:19près du château
39:20dans le Morvan
39:21et ils vont découvrir
39:23ce château en ruine.
39:24Château que vous connaissez bien
39:25parce que je crois
39:26que vous y avez joué
39:27quand vous étiez enfant,
39:28Serge Joncourt.
39:29C'est le château
39:30qui était donc en ruine
39:31à l'époque
39:31quand j'étais enfant
39:33qui nous renvoie
39:33au siècle passé,
39:34vous rendez-vous compte.
39:36Effectivement,
39:37ce qu'on savait de ce château
39:39c'est qu'il avait appartenu
39:40à la famille de Lesseps,
39:41le parent de Lesseps
39:42qui est créateur
39:45du canal de Suez
39:46on va dire
39:47pour résumer
39:47et il y avait là,
39:50on n'avait pas vraiment
39:51le droit d'y aller
39:51mais en même temps
39:52ce château était à l'abandon
39:54donc il restait des pans
39:55de murs de bibliothèques
39:57comme ça
39:58où il y avait
39:59toute une rangée
40:00de la revue
40:00des deux mondes
40:01vous vous rendez compte
40:02j'en ai pris deux ou trois
40:03que j'ai toujours
40:04chez moi d'ailleurs
40:05comme des reliques
40:06de ce passé éteint
40:09et ce château
40:10depuis une vingtaine d'années
40:11il a été rénové
40:14ravalé, restauré
40:15donc il est à nouveau
40:16debout, fier
40:17et puis avec des grilles
40:19il n'est plus question
40:20d'y aller
40:22pour jouer
40:22d'autant que j'ai passé l'âge
40:23donc j'ai voulu recréer
40:25l'histoire de ce château
40:27qui m'a hanté
40:29c'est pas le château
40:30qui était hanté
40:31c'était moi
40:31qui étais hanté
40:32par ce château
40:32parce qu'il était
40:33à moins d'un kilomètre
40:35de chez ma grand-mère
40:38et de mes parents
40:40aujourd'hui
40:40parce que mes parents
40:41habitent dans cette même maison
40:43à un kilomètre
40:44de château toujours
40:45et c'est une présence
40:46quand vous avez
40:47à la sortie du village
40:48un château comme ça
40:50parce que vous passez devant
40:51chaque fois que vous allez en ville
40:53et vous le regardez
40:54c'est quand même
40:55ça c'est cette France-là
40:58des Bordelois
40:59où il y a un château
41:00tous les 3-4 kilomètres
41:02c'est inouï
41:04et c'est du passé
41:05qui est là
41:06et qui vous parle
41:06ce sont des siècles
41:07debout devant vous
41:09moi je trouve ça fascinant
41:10en même temps
41:11ce château est dans le Morvan
41:12bon le Morvan
41:14quand j'étais enfant
41:15on traversait le Morvan
41:17parce qu'il n'y avait pas
41:17l'autoroute du Sud
41:18pour aller dans le Midi
41:18aujourd'hui le Morvan
41:20est beaucoup plus inconnu
41:21Serge
41:22oui alors le Morvan
41:24d'autant que le Morvan
41:25bien avant cela
41:26était nourricier
41:27parce que
41:28les nourrices du Morvan
41:30le bois de chauffe
41:32à Paris
41:34on chauffait avec du bois
41:35venu du Morvan
41:37en passant par Lyon
41:38ou la Seine après
41:41c'était
41:42c'est une terre nourricière
41:45de Paris
41:45de l'agglomération
41:47et aujourd'hui
41:48on y passe
41:48son GV
41:50à 300 km heure
41:51quand on
41:51oui quand on prend
41:52la ligne Paris-Lyon
41:53il se trouve que
41:54quelqu'un a essayé
41:55de relancer
41:56et est parvenu
41:57à relancer
41:57les artisans du Morvan
41:58c'est Bernard Loiseau
42:00quand il s'est installé
42:01à Saulieu
42:01il dit
42:02je ne travaillerai
42:03qu'avec des artisans
42:04du Morvan
42:04et c'est vrai
42:05que ça les a beaucoup aidés
42:06parce qu'il y a beaucoup
42:06d'artisans dans le Morvan
42:08absolument
42:08et ça
42:09il en est un peu question
42:10dans mon roman
42:11parce qu'il y avait
42:11des tas de forges
42:13c'est vrai qu'il y a le château
42:15mais il y a aussi
42:15les marais
42:16ce qu'on appelle
42:17aujourd'hui
42:17les zones humides
42:18c'est-à-dire
42:18un territoire
42:20derrière le château
42:20fait d'étangs
42:21et de marécages
42:23toutes ces zones humides
42:24qu'on a passé des siècles
42:25en France
42:27asséchées
42:27pour conquérir
42:28de nouvelles terres
42:29aussi pour des questions
42:30sanitaires
42:31dont on se dit
42:32aujourd'hui
42:33que finalement
42:33on n'aurait peut-être
42:34pas dû
42:34donc on va les remettre
42:35en eau
42:37ces zones humides
42:38ça c'est extraordinaire
42:39cette hésitation
42:40de l'humanité
42:41sans savoir vraiment
42:42ce qu'il faut faire
42:42et bien ça me permet
42:44de mettre en scène
42:45ces territoires-là
42:46faits de roseaux
42:47d'étangs
42:48alors les étangs
42:49on pêche
42:49c'est une facilité
42:50de pêcher
42:51parce qu'il faut bien
42:53se dire que
42:53d'une certaine façon
42:55la Nièvre
42:55peut-être avec le doux
42:57c'est le point
42:57le plus éloigné
42:58de tout littoral maritime
43:00le premier littoral maritime
43:01il est au moins
43:03plus de 600 kilomètres
43:04très probablement
43:05et pourtant
43:06on mangeait du poisson
43:08et bien c'était
43:08le poisson
43:09de ces étangs
43:10et en particulier
43:11qui est les carpes
43:13qui aujourd'hui
43:14deux siècles après
43:15donne lieu à des trafics
43:16de carpes
43:16comme il est question
43:17dans le roman
43:17exactement
43:18alors ce roman
43:18au départ
43:19il y a deux couples
43:20un couple qui vient
43:21s'installer avec les enfants
43:22et c'est de plus en plus
43:23courant aujourd'hui
43:24on vient à la campagne
43:25pour échapper à la ville
43:26et puis un autre couple
43:27et ils vont être
43:28au centre de cette histoire
43:31on appelle ça des néo-ruraux
43:32c'était un couple
43:34Franck et Léa
43:35qui vient s'installer là
43:37ils travaillaient
43:38en région parisienne
43:39et ils vont
43:40dans cette maison
43:41qu'ils ont
43:42trouvé sur internet
43:44un ancien moulin
43:45c'est pas très cher
43:46parce que
43:47on peut peut-être dire ça
43:48de la nièvre
43:48c'est encore abordable
43:50on peut trouver
43:51des belles maisons
43:51pour pas trop cher
43:53et puis il y a le train
43:54malgré tout
43:54même si c'est pas
43:56et puis il y a le télétravail
43:57Franck peut télétravailler
43:58donc Franck est très bien
44:00dans cette maison
44:01cette nouvelle vie
44:02ça lui va très bien
44:02les enfants aussi
44:03ils ont un potager
44:04ils ont les bois à côté
44:05ils peuvent faire du vélo
44:07il n'y a que Léa
44:08la femme donc
44:09qui va se sentir
44:10un peu à l'étroit
44:10dans cette campagne
44:11un peu reculée
44:12et qui va passer
44:132-3 jours
44:15à Paris
44:15en ville
44:17en présentiel
44:17comme on dit
44:19et pendant ce temps là
44:21il se trouve que
44:22la voisine
44:22plaît beaucoup
44:23à Franck
44:24et la voisine
44:25c'est alors le couple
44:26à côté
44:28un couple
44:29qui vit dans la maison
44:30de gardien du château
44:31qui est le seul
44:32élément habitable
44:33c'est un couple
44:34un peu
44:34bon
44:35le gars
44:36le gars est un peu
44:37marginal
44:37on va dire
44:38quant à la fille
44:39Kelly
44:40c'est une aide à domicile
44:42une sorte de personnalité
44:44toute de bienveillance
44:46et de délicatesse
44:47quoi
44:48et qui va trouver
44:49en Franck
44:49le néo-rural
44:51donc
44:52un homme
44:52qui a de l'humour
44:53ça déjà
44:53ça l'étonne
44:55et qui est délicat
44:56donc
44:58fatalement
44:58ils vont se rapprocher
44:59tous les deux
44:59alors il se trouve
45:00que cette histoire
45:01se déroule en 2024
45:02en 1824
45:03où il y a
45:04Rodolphe
45:04qui est un médecin
45:06au temps
45:07de Napoléon
45:09et une aristocrate
45:11pourquoi
45:11comment est venue
45:12cette idée
45:12de mélanger
45:13ces deux destins
45:15ah c'est
45:16bon
45:17alors il est médecin
45:18en fait
45:18il est officier de santé
45:19ce qui est le
45:20le stade en dessous
45:22et
45:23moi j'ai toujours en tête
45:25que Charles Bovary
45:26lui-même
45:26était
45:27n'était pas médecin
45:28mais officier de santé
45:30et c'était aussi
45:31une façon peut-être
45:32de les
45:33réhabiliter
45:33ces officiers de santé
45:34qui arrivaient
45:35dans des
45:35dans des campagnes
45:36un peu
45:37un peu hostile
45:38un peu méfiantes
45:39on se méfiait des médecins
45:40et puis aussi
45:41les médecins
45:41ils étaient
45:42c'est comme aujourd'hui
45:42ils préféraient être en ville
45:44où les gens payaient
45:45avec de l'argent
45:46plutôt qu'à la campagne
45:47où vous payez
45:48en fagots de bois
45:48et en kilos de pommes de terre
45:50parce que c'était un peu ça
45:51la réalité
45:52donc c'était
45:54ces officiers de santé
45:55remplaçaient un peu
45:56le médecin
45:57et ils se trouvaient
45:58face à des superstitions
45:59à des croyances
46:00des gens qui se soignaient encore
46:02à la saignée
46:03au sangsue
46:04bon ben
46:05mon personnage
46:06Rodolphe
46:06lui arrive avec
46:08de la quinine
46:09et non plus seulement
46:09de l'écorce de quinquina
46:10c'est d'ailleurs
46:11c'est l'époque
46:12le XIXe siècle
46:12on commence un peu
46:13à affiner les dosages
46:14et les molécules
46:15et à découvrir finalement
46:18l'intimité de notre corps
46:19et en même temps
46:20ils tombent amoureux
46:21d'une aristocrate
46:22et ce couple
46:23est théoriquement impossible
46:25tout à fait
46:26en tant que cette jeune fille
46:29orpheline
46:30qui vit avec son père
46:31dans le château
46:33Joséphine
46:33est promise
46:35à un industriel
46:37un industriel parisien
46:40qui fait dans le sucre
46:42l'industrie sucrière
46:43qui était
46:44une sorte de
46:46c'est un peu
46:46l'intelligence artificielle
46:48d'aujourd'hui
46:48c'était
46:49un eldorado
46:50quoi
46:50et son père
46:52tient absolument
46:53à ce qu'il se marie
46:54à cet industriel
46:54tout simplement
46:55parce qu'il a pu non plus
46:56les moyens
46:56d'assumer
46:58le château
46:59mais
47:00et elle
47:01est pour de vrais
47:02amoureuse
47:03de cet officier de santé
47:04qui lui
47:04n'a pas un saut
47:06donc il va falloir
47:07aller contre
47:07la vie du père
47:09et d'une certaine façon
47:10c'est un affranchissement
47:12c'est une jeune femme
47:14qui se libère
47:15il se trouve
47:16que l'histoire se déroule
47:17en 1824
47:18ça veut dire
47:19une grosse documentation
47:19pour raconter
47:21les campagnes
47:22et les médecins
47:23et les aristocrates
47:24en 1824
47:25Serge Joncou
47:26oui mais ça c'est la partie
47:28assez fascinante
47:29de l'écriture
47:29quand on écrit
47:30sur une époque
47:31même quand on se documente
47:33sur l'époque contemporaine
47:35c'est d'accumuler
47:36la connaissance
47:39et la documentation
47:40sur
47:42simplement la façon de vivre
47:43tiens comment
47:44comment on vivait
47:45en 1824
47:46dans une ferme
47:46ça ressemblait à quoi
47:47déjà une ferme
47:48est-ce qu'en poussant la porte
47:50on allumait la lumière
47:51ou pas
47:51non très probablement
47:53puisque l'électricité
47:54n'avait pas été encore
47:55bon
47:55et
47:57ça suppose
47:58c'est un exercice
47:59de
48:00de se transporter
48:01comme ça dans le passé
48:02qui est
48:02assez envoûtant
48:05et un exercice
48:06auquel j'aime bien
48:06me livrer moi
48:07en même temps
48:08on découvre des maladies
48:09parce que
48:10le mal des marais
48:12dont souffre cette femme
48:13c'est le paludisme
48:14le paludisme
48:15qu'on ne savait pas
48:16encore rappeler comme ça
48:17et surtout
48:18on refusait
48:19l'idée de
48:20se dire que
48:21ce serait un moustique
48:22qui me donnerait
48:23les fièvres
48:24des fièvres
48:25qui dans certains cas
48:26font mourir
48:26parce que
48:27au début du 19ème siècle
48:29on mourrait beaucoup
48:29du paludisme
48:30en Europe
48:32en particulier en Italie
48:33mais en France aussi
48:34et mélanger les deux histoires
48:36ça vous permet de montrer
48:37que l'amour est éternel
48:38et n'a pas d'âge
48:39voilà
48:40vous avez une du doigt dessus
48:41c'est la vraie constante
48:42dans l'histoire de
48:43de l'humanité
48:44on pourrait dire
48:45c'est cette attirance
48:46entre deux êtres
48:47qui n'est qu'en morts
48:48ça c'est fascinant quand même
48:49à un moment
48:50vous êtes
48:53attiré par quelqu'un
48:54vous êtes en
48:55communication
48:55en communion
48:56avec quelqu'un
48:57que vous ne connaissez pas
48:57vous le présentez
48:59et ce petit événement de vie
49:00va changer
49:01complètement votre vie
49:03et ça nous arrive à tous
49:04c'est quand même
49:05un pur miracle
49:06en même temps
49:07Franck va vivre cette vie
49:09et écrire cette histoire
49:11puisqu'il est dessinateur de BD
49:13voilà
49:14lui il est illustrateur
49:16au départ il est illustrateur
49:17c'est-à-dire qu'il fait des affiches
49:18mais il est très vite
49:20menacé
49:21remplacé
49:21par l'intelligence
49:23encore une fois
49:23l'intelligence artificielle
49:25qui permet elle
49:26de faire des dessins
49:27c'est absolument ce qu'on veut
49:29et donc il sent bien
49:30qu'il passe un peu à autre chose
49:31et la BD
49:32la bande dessinée
49:34avec un crayon
49:34et la gouache
49:36c'est l'histoire
49:37de Joséphine et de Rodolphe
49:39qui découvrent
49:40deux siècles plus tôt
49:41dans ce château
49:41au travers de Kelly
49:42il découvre cette histoire-là
49:44et comme il ne s'est pas vraiment écrit
49:45il va en faire une bande dessinée
49:47qui d'une certaine façon
49:49il va faire avec Kelly
49:50donc tous deux produisent
49:51quelque chose de concret
49:53c'est un amour concret
49:54un amour concret
49:55c'est une histoire d'amour
49:56rare parce que
49:56deux histoires d'amour parallèles
49:58ce n'est pas souvent traité
49:59dans les romans
50:00Serge Joncourt
50:01non surtout dans les mêmes lieux
50:02à deux siècles d'écart
50:04et pourtant
50:04dans les deux cas
50:05c'est un peu vrai
50:06je ne sais pas
50:07si ma Joséphine a réellement existé
50:08mais ce château
50:09il était là
50:09il vivait
50:10et des êtres s'y sont aimés
50:12comme il s'aimait
50:13dans la ferme d'à côté
50:14la couverture
50:15sur la couverture
50:16il y a un dessin de Matisse
50:18oui absolument
50:19pourquoi ?
50:19l'amoureuse
50:20et bien parce que
50:21il s'appelait l'amoureuse
50:23déjà
50:23et puis c'était
50:25une sorte d'Alba Michel
50:27pour cette rentrée littéraire
50:28c'était donner
50:29cette consigne là
50:30plutôt que de
50:31ben voilà
50:31d'avoir recours
50:32à l'intelligence artificielle
50:34ou à une banque
50:35de données d'images
50:36pour trouver
50:37une photo
50:38quelque chose
50:38qui illustre
50:39le projet
50:41a décidé
50:42d'aller fouiller
50:43du côté des dessins
50:44des croquis de Matisse
50:45et qui est une histoire
50:48alors ça c'est le Matisse
50:49de l'époque
50:50niçoise
50:51c'est à dire
50:51après l'opération
50:52et Matisse
50:53il faut bien se dire
50:53que là c'est le travail
50:55d'un miraculé
50:56d'un être
50:57qui revient à la vie
50:59qui renoue
51:00avec l'amour
51:00avec la lumière
51:02et il y a quelque chose
51:04d'assez
51:06à la fois
51:07gay
51:07et mélancolique
51:08dans ce visage
51:09de femme
51:09qui nous regarde
51:10Matisse
51:11qui a aménagé
51:12à Vence en 49
51:13et qui a
51:14qui a commencé
51:15la décoration
51:16pour les sœurs dominicaines
51:17de la chapelle du Rosaire
51:19et ça a été
51:19quatre ans de sa vie
51:20et il dit que c'est
51:21l'œuvre de sa vie
51:22alors qu'il a fait
51:22bien d'autres choses
51:23il a fait bien d'autres choses
51:24il a travaillé
51:26jusqu'à un âge avancé
51:27finalement
51:27pour les bocs
51:28en tout cas
51:29et se remettant
51:30d'une maladie
51:30qui était
51:31quand même costaude
51:32et puis
51:36en étant de plus en plus
51:37épuré
51:38avec ses découpages
51:40enfin c'est
51:41là c'est un peu
51:42vous savez
51:42il y a une sorte
51:43d'un film
51:44je ne sais plus qui
51:44on voit
51:46Picasso dessiner
51:46on voit des traits
51:48nets comme ça
51:48sous nos yeux
51:49ça n'a l'air de rien
51:50et puis au bout de trois minutes
51:51il y a un dessin
51:52qui est miraculeux
51:53avec Matisse
51:54c'est un peu pareil
51:55quand vous regardez
51:55ce dessin sur la couverture
51:57très franchement
51:58un coup de crayon
51:59on peut faire ça
52:00en deux minutes
52:01et bien
52:01on n'arriverait pas
52:02à reproduire cette émotion-là
52:03c'est ça un artiste
52:05et on ne peut pas
52:06écrire en deux minutes
52:07un roman
52:08de 400 ou 500 pages
52:09et ce sont
52:1018 mois de travail
52:11et 18 mois d'effort
52:12mais quelquefois
52:13on se dit
52:14est-ce qu'on va arriver
52:14jusqu'au bout ?
52:15toujours
52:16à tout moment
52:17moi quand j'écris un roman
52:18je n'ai pas de plan
52:19si vous voulez
52:19je ne fais pas de plan avant
52:21donc je le découvre
52:21en même temps que je l'écris
52:23et j'espère que le lecteur
52:24retrouve un peu
52:25de cette découverte-là
52:29voilà c'est inattendu
52:31j'espère un peu ça
52:32de mes romans
52:32qu'il soit inattendu
52:33une histoire d'amour au pluriel
52:35mais aussi avec le public
52:36parce que le public
52:37vous suit depuis des années
52:38et que vous avez réussi
52:39à vous constituer un public
52:41oui alors ça
52:42bon un public
52:43les lecteurs en même temps
52:44sont très
52:46il y a une chose intéressante
52:47dans notre époque
52:48c'est avant
52:48on parlait du bouche à oreille
52:50mais on en avait
52:51une image tout à fait floue
52:53aujourd'hui
52:54on voit au travers
52:54les réseaux sociaux
52:56les blogs
52:57vous savez
52:58le moindre lecteur maintenant
52:59ou la moindre lectrice
53:00a un blog
53:01où il recense
53:02toutes ses lectures
53:03qui fait partager aux autres
53:05puis les autres
53:05donnent leur avis
53:06et tout ça c'est à ciel ouvert
53:09sur internet
53:10toutes ces choses là
53:11existaient avant
53:11mais on les voyait pas
53:13parce que ça se faisait
53:13de bouche à oreille
53:15comme son nom l'indique
53:15et aujourd'hui
53:16ce bouche à oreille
53:17on le voit
53:17et on le voit aussi
53:19car sur la chaîne youtube
53:20les clés d'une vie
53:21sont diffusées
53:21donc on va vous voir
53:22évoquer ce roman
53:23et vous pourrez l'écouter
53:24sur votre petit transistor
53:26ou un jour en dame
53:27ce roman s'appelle
53:28Une histoire d'amour
53:29une histoire d'amour
53:30avec le public aussi
53:31qui vous suit
53:32chez Albin Michel
53:33merci Serge Joncourt
53:34et puis continuez à travailler
53:35comme ça
53:36parce que je crois
53:36que c'est votre vie
53:37et votre passion
53:37oui tout à fait
53:38un peu comme vous
53:39je suis honnête
53:40de travailler
53:40avec votre passion
53:41les clés d'une vie
53:42c'est terminé
53:43pour aujourd'hui
53:43on se retrouve bientôt
53:44restez fidèles
53:45à l'écoute de Sud Radio