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Chaque mercredi dans la matinale de Dimitri Pavlenko, Charlotte d'Ornellas livre son regard sur l'actualité.

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00:00Vous parlez de la crise lycéenne en cours, Charlotte, le gouvernement a donc fini par réagir.
00:05Et vous posez la question ce matin, est-ce que les lycéens finalement n'ont pas eu raison de tout
00:10casser pour se faire entendre ?
00:11En tout cas, la question est malheureusement permise.
00:13En effet, le gouvernement n'a pas attendu que les poubelles arrêtent de fumer
00:16pour proposer une plateforme de concertation summum de la réponse technocratique
00:21à des revendications multiples et plus ou moins pertinentes et maintenant la démocratie interne.
00:26Le doute est permis, d'autant que les revendications légitimes étaient déjà identifiées
00:31notamment par des directeurs impuissants chargés de les remonter à nouveau
00:35avec une question, à qui veut répondre ce gouvernement ?
00:38Car il existe une jeunesse qui semble s'accomplir désormais en détruisant
00:42une autre qui l'encourage par idéologie, une troisième qui condamne et revendique en parallèle
00:47une autre qui regarde de loin, parfois avec envie, une cinquième trop contente de rater les cours
00:51une autre qui voudrait juste étudier
00:53mais les adultes, dépourvus, réagissent à cause de la violence
00:57au pire moment, lorsque cette dernière est même encouragée
01:00par des incendiaires peu soucieux de ce que deviendront ces combattants d'un jour
01:04et leur génération ainsi précipitée dans une ambition révolutionnaire
01:08qui ne les aidera pas à savoir lire.
01:10Est-ce qu'on peut vraiment parler d'une génération, Charlotte,
01:12ou d'une accumulation de jeunesse qui la forme ?
01:15Toutes sont d'une génération, celle dont a accouché la précédente
01:18qui avait choisi ou subi le relativisme, l'individualisme, la déconstruction scolaire,
01:23la haine de soi, le matérialisme et avec elle, assumer la fin de toute verticalité.
01:28On ne cherche plus la vérité mais on défend la sienne,
01:30on ne reçoit rien mais on décide de tout, la vie, la mort, puis son an et jusqu'à son
01:34sexe.
01:35On n'est plus qu'un individu noyé de revendications, délié des autres,
01:38par la mort de sa propre nature et du bien commun.
01:41La génération lycéenne en est le fruit, à la fois réceptacle et révoltée.
01:45Elle cherche à retrouver confusément ce qui lui a été effectivement volé,
01:49avec contradiction parfois et sans égalité aucune.
01:52Car cette réalité générationnelle a été combattue, accélérée ou infléchie
01:56par des familles, des écoles, des religions ou des origines différentes.
02:00L'assimilation au nihilisme n'a pas été uniforme.
02:04Il y a bien des jeunesses dans cette génération.
02:07Certains constatent un manque de sens mais s'épuisent à l'oublier dans des produits de substitution,
02:11ou dans une assimilation inconsistante à la mode du moment.
02:14C'est aussi la frange qui bat les records terrifiants de scarification,
02:18de consommation de stupes, de dépression.
02:20Elle ne détruit pas grand-chose d'autre qu'elle-même, dans l'indifférence quasi-générale.
02:25Une autre frange de cette jeunesse est plus réactive, souvent issue de l'immigration.
02:28Pour elle, l'alternative est la conquête d'un monde méprisé
02:31par des codes culturels ou religieux retrouvés,
02:34parfois fantasmés quitte à détruire le reste.
02:36Réalité aggravée par le nombre et combattue par le vide.
02:39Pourtant, ces jeunesses, elles n'épuisent pas une génération, Charlotte.
02:43En effet, il en existe encore d'autres.
02:44Une troisième, par exemple, qui célèbre encore les ressorts du nihilisme parental victorieux,
02:49tout en comblant son inconfort par des causes de substitution.
02:52Le patriotisme est un cauchemar, mais on brandit un autre drapeau.
02:55La famille est un enfermement, mais on milite que toutes les minorités sexuelles et la leur.
03:00La nature est discriminante, mais on se révolte pour la planète.
03:03Dieu est mort, mais on va chercher les sorcières pour remplir le vide métaphysique.
03:07On condamne la guerre, mais on célèbre le bannissement, le rejet, voire la violence
03:10à l'encontre de ce qu'on a préalablement assimilé au capitalisme, à la police ou au fascisme.
03:16L'injonction à s'émanciper de la norme en a créé d'autres.
03:18Quiconque n'est pas avec eux et contre eux,
03:21tout ce qu'on a à être sacrifié par l'oppression d'une dictature,
03:23dont ils imitent pourtant les pulsions totalitaires.
03:25Il y a aussi des lycéens qui s'inquiètent sincèrement,
03:27ceux du Stade de France qu'on a pu voir il y a dix jours,
03:30d'autres encore qui forcent l'admiration dans ces franges de la jeunesse que vous nous décrivez ce matin.
03:34La généralisation permet de comprendre, mais la réalité est, Dieu merci, plus complexe en effet.
03:39Mais tous ceux que vous évoquez sont inquiets eux aussi,
03:42mais ils ont des parents, un prof, une autorité, un livre, une rencontre
03:46qui a été un modèle, un tuteur, un lien salvateur,
03:49bien souvent une limite non négociable, un cadre, une exigence,
03:52la gratitude et leur originalité, l'effort, leur mérite,
03:55et la transmission du savoir, du sens et des principes, leur chance inouïe.
03:59La vérité, c'est que l'immense majorité de ces gens-là a eu la chance, de ces jeunes-là,
04:03a eu la chance de recevoir tout ce qui a été rejeté ailleurs.
04:06Peut-être faudrait-il retrouver le secret de cette frange
04:09qui intéresse si peu et qui refuse pourtant d'avoir recours à la violence, à la moindre frustration.
04:13Signature Europe 1, Charlotte Dornelas.
04:15Merci Charlotte. Dans un instant, la revue de presse d'Olivier Delagarde et Pascal Praud.
04:18A tout de suite.
04:19Sous-titrage Société Radio-Canada

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