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  • il y a 3 semaines
Chaque mercredi dans la matinale de Dimitri Pavlenko, Charlotte d'Ornellas livre son regard sur l'actualité.

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Transcription
00:007h-9h, Europe 1 matin.
00:02Place à votre signature Europe 1 du mercredi.
00:05Bonjour Charlotte Dornelas.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa.
00:08Bonjour Charlotte.
00:08C'est mercredi jour des enfants, c'est parfait pour parler du classement PISA.
00:12On a vu les résultats s'effondrent.
00:15On n'en attendait pas grand chose, mais on est quand même déçus.
00:18En revanche, on a quand même de plus en plus de mal à imaginer comment on va remonter la pente.
00:21Est-ce que c'est normal ?
00:22Soyons honnêtes, la majorité d'entre nous n'a pas eu besoin de ces classements pour le réaliser.
00:27Mais ces chiffres ont le mérite de transformer le sentiment en réalité plus cru.
00:32Certains continuent à diluer la catastrophe en la disséquant ou en la relativisant par rapport à d'autres pays,
00:37mais le drame est intact.
00:38Notre niveau s'effondre en mathématiques et en compréhension de l'écrit.
00:42Ce n'est pas idiot d'appeler ainsi la lecture, parce que le désastre apparaît encore plus clairement.
00:46Les enfants comprennent de moins en moins ce qu'ils peinent à lire
00:49et ont par conséquent du mal à exprimer ce qu'ils ressentent, imaginent, pensent
00:54quand leur imagination et leur pensée n'ont pas été totalement brisées par leur consommation compulsive d'écran.
01:01Bref, le constat est archi connu, mais il ne s'agit pas d'une place dans un classement,
01:05d'une bataille idéologique ou technocratique.
01:07Le résultat, c'est que le jeu de massacre prèse un poids impardonnable sur les épaules de jeunes élèves
01:12dont nous avions la charge et qui peinent à devenir des adultes capables de comprendre,
01:16de raisonner, de lire, de compter, d'exprimer, de transmettre.
01:20Alors, le ministre a eu le mérite, malheureusement impuissant, de la lucidité.
01:24Je le cite, c'est préoccupant, mais ce n'est hélas pas une surprise.
01:28Il a évoqué les réseaux sociaux, sans remercier ceux qui ont mis des écrans partout à l'école,
01:33le désinvestissement des parents à qui il faudrait donc cesser de mener une guerre idéologique
01:36pour se concentrer sur l'instruction et alors en revendiquer la charge,
01:41et le manque d'autonomie des établissements que le mammouth cherche pourtant encore à combattre en toutes circonstances,
01:47parce qu'il existe quelques résistants qui n'ont rien inventé,
01:50qui reprennent ce qui a longtemps fonctionné et qui s'en sortent mieux avec les mêmes contraintes.
01:55Au lieu de traquer ces écoles, peut-être faudrait-il enfin les considérer avec une forme d'humilité.
02:00Alors par où on commence, il y a la question de l'autonomie, de la liberté scolaire, dont certains se
02:05méfient aussi.
02:06Cette chute vertigineuse est aussi le fruit de choix politiques pour l'école.
02:10Or, nous trouvons toujours aux commandes de l'éducation nationale les mêmes pédagogistes qui ont fait la révolution
02:15en promettant de libérer, d'émanciper, d'affranchir, d'arracher au déterminisme les élèves sans leur imposer la transmission.
02:22L'échec est pas tant.
02:23Qui peut prétendre libérer celui qui ne peut plus comprendre ce qu'il lit et donc exprimer ce qu'il
02:28pense ?
02:29Ils ont renversé la table en prétendant servir l'égalité.
02:32Plus de notes, plus d'hiérarchie, plus de sanctions.
02:35Résultat, les inégalités se sont évidemment accrues.
02:38Évidemment parce qu'il n'était pourtant pas inaccessible de comprendre que si l'école ne compense plus
02:44ou n'a plus les moyens de compenser les lacunes scolaires, culturelles ou linguistiques des parents,
02:48les enfants se retrouvent seuls, sans tuteurs pour grandir.
02:52Quand on supprime un grand classique jugé inégalitaire à l'école par exemple,
02:56et bien seuls certains enfants y ont encore accès à la maison.
02:59Et pourtant, les idéologues insistent.
03:01Ils continuent à expliquer qu'il n'y a pas eu d'âge d'or, que la méthode syllabique n
03:04'a pas fait ses preuves,
03:05qu'il faut continuer à casser le thermomètre.
03:07On les retrouve dans les administrations, les formations et certains syndicats.
03:10Ils rejettent les réformes générales au nom de la liberté pédagogique
03:14qu'ils refusent pourtant aux écoles elles-mêmes, ou même aux politiques.
03:17On l'a vu cet été encore, des inspecteurs ont refusé de sanctionner la mauvaise orthographe ou syntaxe
03:22dans la notation du bac, ce qui était pourtant réclamé par le ministre.
03:26Beaucoup de professeurs dévoués à leurs élèves s'inquiètent ou s'épuisent,
03:30et les innombrables bureaucrates qui se tiennent loin de ces derniers s'acharnent.
03:33Résultat, deux ans et demi de niveau perdu en dix ans.
03:36Voilà une ingérence intérieure qu'il serait peut-être temps de combattre.
03:39Les réformes scolaires, elles sont incessantes, preuve que tous acceptent qu'elles soient nécessaires, non ?
03:45Oui, mais elles sont malheureusement partielles, limitées, délimitées,
03:48et personne ne semble penser l'ensemble, si ce n'est pour attribuer à l'école une infinité de missions
03:52dont elles devraient être libérées et imposer en son cœur tous nos débats de société.
03:57Il faut faire l'inverse, instruire les bases pour former des intelligences
04:01capables de participer librement à ces débats de société.
04:05Oui, c'est vrai.
04:05Car l'enjeu nous concerne tous.
04:07Un enfant qui peine à comprendre sera un adulte qui peine à penser.
04:11Nettement plus perméable à la manipulation, à l'emprise ou à la violence.
04:14Un adulte qui peinera à voter, à choisir, mais aussi à inventer, innover, créer et produire.
04:20On ne cesse de parler de consentement.
04:22Mais pour consentir, il faut être libre de penser les causes et les conséquences de ses choix.
04:26Et il y a tout cela derrière les résultats PISA.
04:29Merci de nous l'avoir rappelé ce matin.
04:30Signature Robin, Charlotte Dornelas, Pascal Praud, la revue de presse d'Olivier Delagare dans un instant sur...

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