Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 jour
Chaque jeudi dans la matinale de Dimitri Pavlenko, Charlotte d'Ornellas livre son regard sur l'actualité.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:007h-9h, Europe 1 matin.
00:02Mais d'abord Charlotte Dornelas, votre signature Europe 1 du jeudi.
00:05Bonjour Charlotte.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:07Vous nous parlez ce matin de ce drame qui s'est déroulé à Sanary-sur-Mer, mardi.
00:11Un collégien qui a poignardé sa professeure.
00:14Comment vous pouvez expliquer-vous ce qui arrive ?
00:17Je n'aurais pas la prétention de pouvoir expliquer ce qui semble franchement irréel.
00:21Mais j'ai en revanche une certitude.
00:23Le énième débat pour savoir si nous mettons les caméras sur le trottoir,
00:26dans la cour, à côté ou derrière les portiques d'entrée,
00:28n'est pas vraiment à la hauteur.
00:30Quand on décèle l'enfer, le premier réflexe ne devrait pas être de vouloir le sécuriser,
00:34mais d'en sortir.
00:36Or ce décrochage d'une partie significative de la jeunesse est franchement inquiétant.
00:40Ce gamin en l'occurrence en voulait à sa prof d'avoir consigné des incidents
00:44sur la plateforme de vie scolaire.
00:46Pensons-nous sérieusement que notre problème relève premièrement du ministère de l'Intérieur ?
00:50Une fois qu'on aura une caméra dans nos chambres,
00:52un portique sur le pas de nos portes,
00:53un flic devant et un autre pour nous traquer sur Internet,
00:56que restera-t-il ?
00:58La nature humaine, attirée par le mal,
01:00attirée par le bien, pardon,
01:02mais tentée par le mal et capable de mille contournements
01:04pour y succomber quand même.
01:06Et quel rôle avons-nous là-dedans, me direz-vous ?
01:08Nous n'éradiquons pas le mal, malheureusement,
01:10mais au moins avons-nous le devoir
01:12de civiliser les enfants et les adolescents
01:14dont nous avons la charge et qui révèlent,
01:16par leur crime, une perte totale de repère.
01:19Certains mineurs sont violents et criminels,
01:21d'autres sont leurs victimes.
01:22Et cela finira par avoir des conséquences sur toute une génération
01:25plongée dans une atmosphère d'angoisse, de suspicion et de risques permanents,
01:30soit notamment ce qui altère la bonne construction d'un enfant.
01:33Mais pourquoi vous semblez dire, Charlotte,
01:34que la société serait responsable de la violence de ces jeunes ?
01:38La société n'a pas donné ses coups de couteau, c'est certain,
01:41mais les enfants et adolescents sont aussi le fruit de ce que nous en faisons,
01:44et l'état d'une partie d'entre eux impose la remise en question.
01:47Cette fois-ci, il n'est pas question du multirécidiviste que personne n'a stoppé
01:51ou de l'émeutier que l'on a trop excusé.
01:53Peut-être un dysfonctionnement familial, nous verrons.
01:56Mais au-delà de ce cas précis laissé à l'enquête,
01:58la violence qui nous frappe à souvent pour ressort,
02:00l'intolérance criminelle à la frustration.
02:03Or cela interroge notre propre conception des limites.
02:06Que peut-on encore transmettre que nous n'avons pas nous-mêmes intégrés ?
02:09Rien n'est plus donné, chacun décide d'où il vient,
02:12ce qui le précède, son sexe, sa vie, sa mort.
02:14Le reste serait discrimination, mais que tempère un être pareil ?
02:18Un enfant a besoin d'être construit avant d'être projeté
02:21dans un monde adulte trop dur pour lui.
02:23Or la famille s'est dramatiquement affaiblie.
02:26L'exigence et l'autorité ont été suspectées.
02:28L'école s'est effondrée à force de craindre
02:30que l'apprentissage ou la transmission ne soient des violences.
02:34Où l'enfant est-il censé trouver les repères nécessaires
02:36à son identification, à sa construction ?
02:40Où peut-il trouver les outils nécessaires à l'intellectualisation,
02:44au raisonnement, c'est-à-dire à la prise de distance sur soi
02:47et ce qui arrive ?
02:49Dans les vidéos qui défilent sur ses écrans,
02:51dans ses jeux virtuels, dans ses images trop crues,
02:53trop dures, trop violentes, qu'il est donc incapable de digérer,
02:57on parle beaucoup de consentement ces derniers temps
02:59en ayant l'air d'oublier que pour consentir,
03:01il faut être libre et capable de discernement.
03:04Alors sur le consentement des enfants au bien ou au mal,
03:08au-delà de cas parfois vraiment psychiatriques,
03:10oui, les parents et la société ont une responsabilité.
03:13Le ministre de l'Éducation, Édouard Geoffray,
03:15a expliqué que le risque zéro n'existait pas.
03:18Est-ce qu'il n'a pas raison ?
03:19Et que peut-on faire ?
03:21Emmanuel Macron lui-même a parlé de décivilisation.
03:25La nature humaine est ce qu'elle est et nous fait courir un risque,
03:28c'est certain, mais les sociétés choisissent ou non
03:30d'offrir un cadre suffisamment structurant
03:32pour contenir la pulsion de mort.
03:34Cela s'appelle justement la civilisation.
03:37Peut-être que la congédier au nom de l'inclusivité,
03:39en abattre les figures d'identification au nom de la repentance anachronique,
03:44en saper la spiritualité par orgueil démiurgique,
03:46en détruire l'anthropologie au nom du progressisme,
03:50en relativiser les interdits au nom de la liberté
03:52ou en affaiblir l'autorité au nom de la révolution permanente
03:55n'était pas une si bonne idée que cela.
03:58Évidemment que le risque zéro n'existe pas,
04:01mais c'est une réponse qui se place encore sur un terrain sécuritaire
04:04qui ne peut être que temporaire.
04:06On peut débattre à l'infini des causes de ce mal,
04:08mais avons-nous un seul espoir
04:10d'arracher au moins une partie de cette jeunesse
04:12à cette dépression morbide
04:13qui la ronge et lui fait parfois commettre le pire ?
04:16Si la réponse est oui,
04:17alors il faut s'y accrocher
04:18et accepter au moins de se hisser à bonne hauteur dans le débat
04:21à celle d'une re-civilisation.
04:24Signature Europe 1, Charlotte Dornelas.
04:25Merci beaucoup Charlotte.
04:27Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations