00:00La nature européenne du jeudi, bonjour Charlotte d'Ornelas.
00:02Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:03Charlotte, la bataille politique fait rage depuis une semaine maintenant autour de la mort de Quentin
00:08et les filles se retrouvent très seules dans sa riposte,
00:11comme d'ailleurs dans son relativisme par rapport aux antifas.
00:13Comment vous comprenez la situation ?
00:15La France insoumise ne recule jamais, même devant le corps sans vide, un jeune homme de 23 ans.
00:19Elle s'incline rapidement pour mieux contre-attaquer.
00:22Quoi qu'il arrive, il faut revenir à l'extrême droite, seule vraie menace.
00:26Il y a bien ici et là quelques voix déjà purgées qui tempèrent le discours,
00:29un ou deux antifas anonymes qui témoignent du recours habituel à la violence de leur mouvement.
00:34Mais Némésis, avec ses quelques militantes et sa banderole, ne sont-elles pas responsables ?
00:38Et la police, faction d'extrême droite qui tue le reste de l'année,
00:41n'aurait-elle pas dû empêcher le massacre ?
00:43Et Quentin lui-même n'avait-il pas des idées un peu trop extrêmes,
00:46qui ne justifient pas bien sûr, mais quand même ?
00:49Elle est fiée dans une inversion victimaire stupéfiante mais habituelle.
00:52L'année est ponctuée par des accusations distribuées à tout va
00:55et des polémiques incessantes auxquelles tout le monde se greffe.
00:59Un tel est nazi, l'autre fasciste, le troisième d'extrême droite,
01:02la police tue, tel chanteur est génocidaire et tel autre est raciste.
01:05Mais maintenant que l'un de ses députés, cofondateur de la Jeune Garde,
01:08mouvement antifamme mille fois encensé et promu,
01:10se retrouve au cœur d'une affaire, fin des débats, il n'y a plus rien à voir avec rien.
01:14Et quiconque prétend le contraire est d'extrême droite ou en fait le jeu.
01:19La ficelle, d'habitude redoutable, se fragilise pourtant.
01:22Le procureur a parlé, les images circulent.
01:24Un jeune homme est mort sous les coups,
01:25parce qu'il a eu le malheur d'être associé au fascisme par ces militants
01:28qui le combattent aussi avec leurs points.
01:30Mais pourquoi vous dites que la ficelle, d'habitude, est redoutable ?
01:33Parce que ces deux étiquettes, extrême droite et antifascisme,
01:37servent depuis des années à diaboliser d'un côté
01:39et par conséquent à nourrir l'indifférence ou la complaisance de l'autre,
01:43quand bien même l'insulte, la menace ou la violence sont utilisées.
01:46Il y a bien quelques journalistes, avocats, militants
01:49qui ont tenté d'alerter, renvoyés de ce fait à l'extrême droite.
01:52La police, le renseignement, eux-mêmes de parti pris évidemment,
01:56car qui interroge l'antifascisme est déjà suspect.
01:59Mais le drame agit comme un réveil et un révélateur.
02:01Les accointances ressortent et personne ne veut plus les assumer.
02:04Ces meetings encadrés par la jeune garde,
02:07ces mairies qui prêtent une salle, ces tracts communs,
02:09ces photos en pagailles et en sourire,
02:11ces articles compaisants, ces parquets passifs,
02:13« Personne n'y échappe. Pourquoi ? Parce qu'un système entier
02:16s'est paresseusement massé du même côté du cordon sanitaire
02:19en évitant soigneusement le débat.
02:22Je ne dénie à personne la sincérité du choc
02:24et de la compassion à l'égard de la famille de Quentin, évidemment.
02:27Mais l'émotion passée, qui osera questionner
02:29les étiquettes du fascisme et de l'antifascisme ?
02:32Qui acceptera de comprendre que l'ultra-gauche
02:34use historiquement de la violence comme d'une arme politique
02:36sans avoir besoin de personne pour l'entraîner ?
02:39Et qui comprenant que le débat, même vif,
02:41empêche largement le recours au coup
02:43acceptera de le purger, enfin, des étiquettes infamantes ?
02:46Mais qu'est-ce qu'il faut en espérer ?
02:47Une remise en question au-delà des frontières de LFI ?
02:50Évidemment. Il est nécessaire que LFI réponde de ses liens
02:52avec la jeune garde, de son rapport à la violence
02:54et de ses amitiés politiques.
02:55Mais la remise en question doit dépasser leurs frontières.
02:58En démocratie, que chacun appelle à sauvegarder,
03:01la confrontation d'idées remplace les coups.
03:03Encore faut-il que le désaccord ne soit pas qualifié de haine,
03:06l'objection de complotisme, la divergence de dérapage
03:08et que la diabolisation, enfin, laisse place à l'argumentation.
03:12On ne combattra pas la violence en refusant de serrer des mains,
03:15d'échanger, de débattre, de considérer une idée pour ce qu'elle est.
03:18Rejetons clairement l'insulte, l'injure et la diffamation, évidemment.
03:22Bannissons la violence réelle et punissons les atteintes aux personnes
03:25systématiquement et d'où qu'elles viennent.
03:27Et pour le reste, le théâtre antifasciste, comme l'appelait Jospin,
03:30a assez duré.
03:31L'opposition à l'aide à mourir, la critique d'une politique d'immigration,
03:35la défiance à l'égard de la Commission européenne
03:37ou le désaccord sur le PPE pour ne reprendre que ses idées
03:40ne sont pas des idées suspectes, grotesques ou fascistes.
03:44Soyons sérieux, ce sont des désaccords
03:45qui doivent être considérés comme tels
03:47en laissant à l'Église le soin de combattre le diable
03:49et de s'occuper des pécheurs.
03:51Car nous devons avoir l'humilité de reconnaître
03:53que les antifas frappent en effet, mais pas au hasard.
03:55Ils visent ce qu'un système plus large
03:57a préalablement désigné, diabolisé et rejeté.
04:00Laissons à l'Église le soin de combattre le diable.
04:03Je vous reprends, Charlotte Dornelas.
04:05Merci beaucoup, signature Europe 1.
04:06Dans un instant, Pascal Praud et la revue de presse
04:08d'Olivier Delagarde.
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