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Chaque mercredi dans la matinale de Dimitri Pavlenko, Charlotte d'Ornellas livre son regard sur l'actualité.

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00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03Place à votre signature, Europe 1 du mercredi.
00:06Bonjour Charlotte Dornelas.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour Olivier.
00:09Bonjour Charlotte.
00:10Hier, Emmanuel Macron a donné le nom d'Henri Ferté
00:14à la première promotion du service militaire national.
00:16Vous allez nous parler d'Henri Ferté ce matin, Charlotte.
00:19Et oui, Emmanuel Macron avait déjà lu quelques extraits
00:21de l'ultime lettre de ce jeune martyr de la Résistance.
00:24C'était en 2019.
00:26Cette fois-ci, il l'offre en parrain à de jeunes engagés
00:29avec une précision d'importance, je le cite
00:31« Votre époque n'est pas la sienne, votre mission ne sera pas la sienne,
00:35mais le choix qu'il fit, celui de servir la France
00:38et de défendre sa liberté, fait écho à votre engagement. »
00:42Voilà un cadeau qui ne coûte pas grand-chose
00:43et dont chaque petit Français devrait pouvoir bénéficier,
00:46avoir des modèles bien réels, non surhumains mais héroïques,
00:49dont l'exercice quotidien des vertus,
00:51au-delà des époques et des situations,
00:53peut être étudié pour être imité.
00:56« Vous n'êtes pas ici par hasard » a dit aux jeunes engagés le chef de l'État.
01:00Henri Ferté non plus, évidemment, et voilà l'intéressant.
01:03Pourquoi, comment, quel était son secret ?
01:06Son dernier message est une piste précise.
01:09« Ma lettre va vous causer une grande peine,
01:11mais je vous ai vu si plein de courage que je n'en doute pas.
01:13Vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi. »
01:17Je précise, c'est une lettre qu'Henri Ferté a écrite à ses parents.
01:19À ses parents, juste quelques minutes avant d'être exécutés.
01:22Et voilà les premiers mots d'un tout jeune homme
01:24chez qui le dépassement de soi est naturel et hérité.
01:27« C'est dur, mais il ne peut en être autrement
01:30si je veux être fidèle à moi-même
01:31et à ce bien qui nous dépasse,
01:33vous, mes parents, et moi, votre si jeune enfant. »
01:36Il y raconte ensuite la douleur de l'incarcération,
01:38des tortures, du manque d'amour
01:40et de sollicitude parentale en prison.
01:42Et à quoi pense-t-il alors ?
01:43À se plaindre ? Pas exactement.
01:46« Pendant ces 87 jours de cellules,
01:47votre amour m'a manqué plus que vos colis.
01:49Et souvent, je vous ai demandé de me pardonner
01:52le mal que je vous ai fait. »
01:53Il demande pardon.
01:55Preuve décrypte-t-il lui-même
01:57qu'il est arrivé à l'amour filial véritable.
02:00Cet amour teinté de gratitude.
02:02Il ne blâme pas les mauvais choix,
02:04le manque de protection, la société, le politique.
02:06Il remercie pour ce qu'il a reçu
02:07et fait son examen de conscience.
02:10Qu'est-ce que moi, j'aurais pu mieux faire ?
02:12Nul besoin d'avoir son âge
02:13ni d'être engagé militaire pour se sentir bien petit. »
02:16Mais ça semble presque irréel, ces mots-ci,
02:18alors qu'il va mourir.
02:19Il n'a pas peur ?
02:20« C'est dur quand même de mourir.
02:22C'est la fin de sa lettre.
02:23Mais il précise pourtant n'avoir pas peur
02:25parce que, je le cite,
02:27« j'ai la conscience tellement tranquille.
02:29Le matérialisme ou le confort
02:30ne sont pas exactement son horizon.
02:32Il croit en Dieu,
02:33ce qui ne l'a pas empêché
02:34d'embrasser une mission bien terrestre.
02:36Il se bat à sa hauteur.
02:38Sa mort ne lui appartient pas,
02:40il n'en décide pas.
02:41Ce qui relève de lui a été accompli.
02:43Il a fait ce qu'il devait faire
02:45comme une évidence,
02:46loin des slogans
02:47et des valeurs éthérées ou abstraites.
02:49Un détail terriblement touchant
02:51l'illustre parfaitement.
02:52À quelques minutes de la mort,
02:54il prend la peine de charger ses parents
02:56de rendre un livre emprunté
02:57ou 40 grammes de tabac
02:59à un camarade de classe.
03:00Voilà ce qu'est la justice
03:01concrètement dans sa vie.
03:03Même chose pour l'amour.
03:04Il donne sa vie à la France,
03:05mais elle a des visages.
03:07Ce que ses parents sont chargés d'embrasser,
03:09c'est plus que concret.
03:10Et d'ailleurs, l'amour de la France
03:12les unissait parce qu'elle les dépassait.
03:14Sans sectarisme.
03:15Et cette fois-ci,
03:15c'est son engagement
03:16qui parle pour lui.
03:17Au moment de protéger la France
03:18et sa liberté,
03:20il intègre d'abord
03:20un groupe résistant
03:21de jeunes catholiques
03:22puis communistes.
03:24Celles qui doivent être défendues
03:25dépassent ça aussi.
03:26Cette France,
03:27il la décrit éternelle.
03:29Emmanuel Macron a cité cette phrase
03:30« Je meurs pour ma patrie,
03:31je veux une France libre
03:32et des Français heureux ».
03:34Il poursuit dans sa lettre
03:36« Non pas une France orgueilleuse,
03:38première nation du monde,
03:39mais une France travailleuse,
03:40laborieuse et honnête,
03:42tout a un sens
03:43à portée de chacun ».
03:44Est-ce que Henri Ferté
03:44aurait imaginé ainsi
03:45être récompensé
03:46et honoré par la France, Charlotte ?
03:48La postérité s'incarne pour lui
03:50dans son petit frère.
03:51Avec Pierre,
03:52soyez sévère et tendre.
03:53Vérifiez son travail
03:54et forcez-le à travailler.
03:56N'admettez pas de négligence,
03:57il doit se montrer digne de moi.
03:59Sur trois enfants,
04:00il en reste un.
04:01Il doit réussir.
04:02Sans fausse modestie,
04:04il s'inscrit dans la longue histoire
04:05des Français morts pour la France.
04:06Cette histoire l'a obligé lui
04:08et doit désormais obliger son petit frère
04:10parce que c'est bon.
04:11Il est sûr des retrouvailles célestes
04:13et sa sérénité ne doit pas y être étrangère.
04:16Mais il n'enjambe pas la douleur,
04:18il préfère en comprendre le sens
04:20qu'il livre à son père
04:21dans cette même lettre.
04:22Songe que si je meurs,
04:24c'est pour mon bien.
04:25Quelle mort sera plus honorable pour moi
04:27que celle-là ?
04:28Le but de sa vie a été de faire le bien,
04:30le bon, le vrai,
04:31par rapport à ce qu'il était.
04:32Lui, petit lycéen français de 16 ans,
04:35Henri Fertet est un modèle, en effet,
04:37à la fois plus exigeant,
04:38mais aussi plus accessible qu'il n'est pas vrai.
04:40Signature européen.
04:41Bravo, Charles Le Dernier.
04:42C'était très inspiré ce matin.
04:44Bravo, je vous félicite.
04:46Je n'ai pas pleuré,
04:46je suis très fière de vous.
04:47Oui, mais j'ai vu que ce n'était pas loin
04:48à un certain moment.
04:49Dans un instant,
04:50la revue de presse d'Olivier Delagarde,
04:51Pascal Praud également,
04:529h15.
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