00:007h, 9h, Europe 1 matin, 8h41, très bon mercredi à l'écoute d'Europe 1 matin avec Alexandre Lemaire jusqu
00:06'à 9h.
00:07Bonjour Charlotte Dornelas, signature Europe 1, Charlotte hier, la loi Casseur-Payeur a été adoptée après avoir été même durcie
00:16au Sénat, que faut-il en attendre ?
00:18On peine parfois à comprendre ce que changerait une loi qui durcit la précédente, qui n'était pas totalement appliquée,
00:25si ce n'est creuser le fossé entre les peines encourues et prononcées.
00:28Mais attardons-nous sur cette loi en particulier, elle instaurerait une solidarité civile plafonnée, c'est-à-dire toutes les
00:35personnes qui participent à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations,
00:40après sommation, sont tenues par les dommages commis dans la limite de 10 000 euros par personne, sauf pour l
00:47'auteur qui lui reste tenu par une réparation intégrale.
00:50Cela faciliterait l'identification des coupables.
00:53Cette loi permettrait aussi des recours facilités pour l'État et les collectivités, qui pourraient se retourner contre ces responsables
01:01solidaires, une fois reconnus comme tels.
01:04Elle permettrait également une saisie partielle des prestations pour les gens non solvables, notamment les allocations familiales, le RSA ou
01:11les aides au logement.
01:12Le but est clair, faire payer cette casse coûteuse par degré de responsabilité.
01:17Les auteurs d'abord, à qui l'on peut déjà réclamer réparation, les coupables solidaires ensuite,
01:23ce qui permettrait d'alléger un peu la note du contribuable qui assume la prise en charge par l'État,
01:28de l'assuré qui voit ses primes augmenter et enfin de la victime qui paye déjà ce qu'il reste.
01:33Les manifestants, précisons-le, ne sont pas visés.
01:36Personne n'est tenu d'aller ni de rester après sommation, à proximité de personnes qui brûlent, cassoupillent, dans des
01:42circonstances émeutives.
01:43On sent venir un mais dans votre explication. Pour quelle raison ?
01:47Parce qu'il n'y a plus qu'une loi jugée laxiste pour alimenter l'impunité.
01:50Il y a la promesse d'une loi dure et intransigeante que le délinquant ne rencontre jamais.
01:55Or, il est légitime d'avoir une interrogation sur l'exécution de cette loi.
01:58Car depuis une loi d'avril 2019, l'État dispose déjà de la possibilité de se retourner contre les auteurs
02:05de casses.
02:05Mais en septembre dernier, il n'y a pas longtemps donc, le Conseil d'État nous apprenait que ce droit
02:10n'avait tout simplement jamais été exercé.
02:13Jamais.
02:14Alors par quels moyens le sera-t-il demain ?
02:16Le Conseil d'État relevait également que l'étude d'impact de ces dispositions n'était pas précise.
02:21Et la Fondation IFRAP a fait un calcul rapide permettant de réaliser un peu la situation.
02:26Selon France Assureur, le coût des émeutes qui ont suivi la mort de Naël Merzouk était estimé à 793 millions
02:33d'euros.
02:34Il faudrait donc plus de 80 000 débiteurs solidaires au plafond de 10 000 euros par personne pour couvrir cette
02:41somme.
02:42Rappelons que les seules interpellations n'atteignent pas le dixième du chiffre.
02:46C'est déjà ça, diront certains, mais encore une fois, l'obligation de réparer, la solidarité, la responsabilité parentale et
02:53les recours de l'État sont déjà possibles.
02:55Pour quels résultats ?
02:56On pourrait s'échapper de la question financière et retenir la même objection.
02:59Le Sénat a par exemple ajouté l'expulsion et l'interdiction du territoire pour les étrangers majeurs reconnus coupables.
03:06Mais là encore, avec quelle assurance d'une exécution de ces peines ?
03:08Sans compter l'augmentation des peines de prison dans la loi, malgré des prisons déjà surchargées qui imposent une régulation
03:14carcérale même inconsciente.
03:16Sans compter d'autres dispositions plus discutables sur le terrain des libertés publiques.
03:20Il y a le début d'une réponse financière, mais qui ne réglera pas à elle seule le problème.
03:25Mais alors, que demander de plus dans les circonstances politiques qui sont les nôtres ?
03:29Vous avez raison, la situation est délicate et certains cherchent malgré tout à retrouver l'autorité perdue.
03:34C'est vrai dans cette loi, mais en parallèle, le gouvernement reçoit des lycéens à condition qu'ils soutiennent les
03:39blocages apparemment.
03:40Et il promet, change, adapte malgré son départ imminent.
03:43On constate des réponses aussi erratiques que l'ensemble des revendications.
03:46Les professeurs qu'on supprimait hier sont finalement gardés.
03:49On trouve 3000 remplaçants en quelques heures.
03:52Des influenceurs sont reçus par le Premier ministre pendant que le Président accuse les réseaux sociaux.
03:56La violence est jugée illégitime, mais obtient une attention qu'aucune inquiétude n'a obtenue ces dernières années.
04:01On répète que les compétences sont absolument nécessaires, mais la sélection insupportable.
04:05Bref, une question affleure bien au-delà de la loi, de la justice ou des promesses techniques.
04:10Le rétablissement de l'autorité ne nécessite-t-il pas d'abord une réflexion sérieuse, réfléchie, complète et donc assumée
04:16par des adultes conscients de leur responsabilité vis-à-vis de la jeunesse
04:20qui ne consistent pas à lui donner raison en toutes circonstances,
04:23mais à assurer concrètement son avenir à l'école comme ailleurs ?
04:26Charlotte Dornelas, signature Europe 1.
04:29Merci Charlotte. Dans un instant, la revue de presse d'Olivier Delagarde
04:32et Pascal Praud vient vous donner le programme de l'heure des pros.
04:35A tout de suite.
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