00:018h42 sur Europe 1, l'heure de la signature Europe 1, Charlotte Dornelas. Bonjour Charlotte.
00:06Bonjour Jacques, bonjour à tous.
00:07Hier, les députés ont adopté à nouveau le texte créant un droit à l'aide à mourir.
00:12Que faut-il retenir de ce vote, Charlotte ?
00:15Que ces victoires sont de plus en plus fragiles et que le doute réussit à s'imposer.
00:20Quelques chiffres seulement.
00:21En 2021, l'Assemblée nationale s'était exprimée à 79,7% pour la création d'une assistance médicalisée active
00:29à mourir.
00:30En 2024, il n'était plus que 64,1%.
00:33En mai dernier, la proposition de loi dont nous parlons aujourd'hui récoltait 54,4% de votes favorables.
00:40C'était 53,2% hier.
00:43C'est d'ailleurs notamment ce qui a fait réagir l'ordre des médecins qui s'est inquiété d'un
00:47débat, je cite,
00:47« marqué par des majorités très étroites, alors même que cette proposition de loi ébranle les fondements les plus éthiques
00:54de notre société ».
00:55Voilà des mots qui ne signent pas, quoiqu'on en pense, une alerte anecdotique.
01:00Certains sont convaincus sur le principe, d'autres en raison de l'évolution du texte lui-même,
01:04qui n'a même pas attendu d'être adopté pour repousser ses propres critères, moins stricts que prévus.
01:09Mais une chose est sûre, ce chiffre ne s'explique pas par des députés subitement convaincus
01:14que les gens doivent souffrir et mourir de manière atroce.
01:17Pas plus que les soignants, notamment ceux des soins palliatifs directement concernés,
01:21qui aident déjà à mourir quotidiennement sans tuer,
01:24ou que les personnes handicapées ou malades réunissent en collectif pour dire leur opposition à ce texte.
01:29C'est donc bien qu'il existe d'autres enjeux.
01:31Mais alors comment expliquer plus concrètement l'évolution de ce doute ?
01:35Parce que ces opposants au texte, qu'ils soient députés, soignants, parents, enfants, malades ou accompagnateurs,
01:40ont réussi à convaincre des députés que ce texte ne concernait pas la fin de vie.
01:44Certains malades éligibles ont des années à vivre, qu'il était expéditif.
01:49Nous avons dans ce texte la procédure la plus rapide du monde,
01:52et paradoxalement répressive pour ceux qui s'y opposent.
01:55Rappelons que le délit d'entrave à l'euthanasie est puni d'une peine deux fois supérieure au délit d
02:00'incitation,
02:01finalement adopté après plusieurs refus.
02:04Traduction, l'Assemblée considère qu'il est plus grave de tenter de retenir quelqu'un que de l'encourager à
02:10choisir la mort.
02:11Message étonnant et sans doute déroutant.
02:14En parallèle, de nombreux soignants répètent que la main qui soigne ne peut être la main qui tue.
02:19Et de nombreux malades, eux, répètent qu'ils dénient à ce texte l'égalité, la liberté et la fraternité au
02:25nom desquelles il est défendu.
02:27Pourquoi ? Parce que l'égalité est rompue dès lors que l'État assume la prévention du suicide pour tous,
02:33sauf pour certains à qui il le propose.
02:35Parce que la liberté d'une personne malade, vulnérable, pauvre, dépressive, affaiblie, rejetée ou pressée par son entourage
02:42n'est pas intacte, et que la seule proposition de la mort est parfois une incitation dans une telle détresse.
02:48Parce qu'enfin, la fraternité ne réside-t-elle pas d'abord dans le soin ?
02:52Un chiffre encore, 3% des personnes qui entrent en soins palliatifs veulent mourir.
02:57Elles ne sont plus que 0,3% une semaine plus tard.
03:02Entre-temps, le soin a eu raison du désir de mort.
03:05Quelle fraternité s'exprime dans un pays dont l'offre de soins s'effondre ?
03:09Traversé par de récurrents scandales sur le traitement des personnes âgées
03:13lorsqu'ils proposent la mort alors que le soin n'est pas assuré ?
03:17Voilà de quoi faire douter quelques-uns.
03:18Charlotte Dornela, n'est-ce pas une procédure qui ne se fera pourtant que librement ?
03:23On a beaucoup associé ce texte à la liberté, mais dans les faits,
03:26c'est surtout la liberté du désir de mort qui est protégée, parfois au détriment des autres.
03:32Or, répètent inlassablement ceux qui ont fait de l'accompagnement en fin de vie leur métier,
03:36ce désir de mort est fluctuant.
03:38Faisons le parcours d'une personne qui demande le suicide assisté ou l'euthanasie,
03:42tel que la loi le prévoit aujourd'hui.
03:45La personne demande à un médecin.
03:47Si celui-ci, en conscience, refuse de donner la mort,
03:50il doit obligatoirement orienter vers un confrère,
03:53qui lui doit répondre dans les 15 jours.
03:55Entre-temps, si ses proches estiment par exemple qu'une information manque au médecin,
04:00ils peuvent faire un recours, mais il n'est pas suspensif.
04:03Or, le patient, une fois la réponse obtenue, a deux jours pour valider la demande.
04:07Et si le proche tente de l'en dissuader, il peut tomber sous le coup du délit d'entrave.
04:11Bref, le jour J arrive, et si le patient renonce au dernier moment,
04:15eh bien le texte prévoit que le médecin lui fixe une nouvelle date.
04:18À sa demande ont quand même rajouté in extremis les députés,
04:22mais pourquoi ne pas alors se demander les raisons de ce renoncement, les creuser ?
04:26C'est un fait, seul le désir de mort est entendu encore une fois et jusqu'au bout,
04:31et seule la liberté de vouloir mourir est parfaitement protégée.
04:35Voilà encore sans doute de quoi faire naître le doute.
04:38Signature Europe 1, Charlotte Dornela.
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