00:00Berthi de Bayard, rédactrice en chef au Figaro. Bonjour Berthi, ravi de vous avoir.
00:04Aujourd'hui, il y a une légère détente sur les taux ces tout derniers jours.
00:07On s'accroche à ce qu'on peut parce que réellement, la situation financière de l'État français reste très
00:13inquiétante.
00:14Comment en est-on arrivé là ?
00:16Comment on en est arrivé là à se réveiller avec cette charge de la dette qui galope
00:21et des marchés qui nous font payer leur défiance ?
00:24Autrement dit, pourquoi est-ce que nous avons autant procrastiné pendant tout ce temps ?
00:28Pourquoi est-ce que nous avons autant relativisé pendant des années le sujet du déficit et de la dette ?
00:33Alors je me suis amusée à me souvenir un petit peu, à faire une petite liste de tous les arguments
00:37que j'ai pu entendre pendant dix ans, ces dix dernières années.
00:40Je parle d'arguments sérieux, des arguments qui ont un fondement économique
00:44mais qui en fait ont servi de fausses excuses pour ne rien faire.
00:49J'en ai trouvé sept.
00:50Oui, c'est parti pour les sept mauvaises excuses, Berthi.
00:52Alors le premier, c'est que si R est inférieur à G, tout va bien.
00:56Si R, les taux d'intérêt réels, sont inférieurs à G, la croissance,
01:00la dette diminuera mécaniquement toute seule dans le temps.
01:03Cet argument, il avait été développé par Olivier Blanchard en 2019.
01:06Alors évidemment, il avait mis plein de réserves, de conditions, de caviate à tout ça
01:09mais beaucoup n'ont entendu et retenu qu'une chose, la dette, c'est open bar.
01:14Pour le plus grand bonheur des Français, Blanchard a dédiabolisé la dette publique.
01:19Le deuxième mantra que j'ai entendu, c'est que la dette, c'est comme le cholestérol.
01:22Il y a la bonne et la mauvaise, celle qui investit pour l'avenir et celle qui finance les fins
01:26de mois.
01:27En théorie, c'est vrai.
01:28En pratique, on a mis beaucoup de choses dans la catégorie du bon cholestérol
01:32pour masquer le fait qu'en fait, on ne savait tout simplement pas faire d'économie sur l'autre,
01:36le mauvais, les dépenses courantes.
01:38Des économies, est-ce qu'on voulait vraiment en faire d'ailleurs ?
01:41Est-ce que nous n'avons jamais voulu être rigoureux ?
01:44Et ici interviennent le troisième et le quatrième poncifs.
01:46Le troisième, ça a été de dire que finalement, la règle européenne des 3% de déficit,
01:51la discipline s'était dépassée.
01:53C'était du siècle dernier.
01:54En fait, je cite parce que c'est du Macron dans le texte.
01:57Et puis, il y a cette autre affirmation.
02:00Il ne faut surtout pas refaire les erreurs de 2008.
02:03Après les crises, il ne faut surtout pas faire des économies
02:06qui auraient un trop grand effet récessif.
02:08Là encore, c'est vrai.
02:09Sauf qu'à avoir peur du grand méchant multiplicateur,
02:12eh ben, on n'a rien fait du tout.
02:13Vous êtes un peu sévère.
02:14Il y a eu des réformes quand même, Merti ?
02:15Oui, justement, les réformes, ça me fait penser au cinquième poncif.
02:18Vous avez sûrement entendu comme moi cette phrase.
02:21Si nous avions le même taux d'emploi que l'Allemagne,
02:23nous n'aurions pas de problème de finances publiques.
02:25Moi, je l'ai entendu des dizaines et des dizaines de fois.
02:27D'ailleurs, je l'entends encore aujourd'hui.
02:29C'est un argument qui est juste.
02:31Le problème, c'est le sous-titre qui est
02:33« Ne perdons pas notre temps avec, et notre capital politique d'ailleurs,
02:36avec des petites économies ».
02:38Pas grave, de toute façon, se disait-on, on a le temps
02:41parce que, sixième mantra, nous n'aurons jamais
02:43de problème de financement, parce que les investisseurs
02:45qui veulent de l'euro, ils auront besoin
02:47de nous prêter, faute d'alternatives.
02:49Mais ça, c'était avant.
02:50C'était avant que le marché mondial ne soit en ébullition,
02:52obligataire, pardon.
02:53Et puis, c'était surtout avant que l'Allemagne
02:55ne se mette aussi à émettre beaucoup de papier.
02:57Et ce papier, il est de meilleure qualité que le nôtre aujourd'hui.
02:59Bref, tout ça, c'était avant.
03:01C'était quand R était inférieur à G.
03:02C'était avant l'effet boule de neige,
03:04ce qui nous amène à la septième et dernière certitude
03:07derrière laquelle nous nous sommes abrités
03:08pour nous débattre dans la tête. Je parle de l'affirmation
03:11selon laquelle la France est
03:13« too big, too fail », « trop grosse pour faire faillite ».
03:15J'espère que cet argument-là, nous n'aurons jamais
03:17à débattre de sa solidité.
03:19Oui, ça c'est sûr. Merci beaucoup Bertil Bayard,
03:21La Tribune éco.
03:23Merci beaucoup.
03:23La Audi enjac claque, que c'est de mieux ?