00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Eric Tegner et avec Alexandre Malafaille,
00:07jusqu'à 19h pour évoquer cette journée particulière
00:10qui s'est soldée par 256 000 manifestants dans toute la France
00:15d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur.
00:17Et si, en fait, l'invité surprise qui perturbe la campagne présidentielle,
00:22c'était justement cette crise des lycées,
00:24auxquelles, bien sûr, sont adossés des émeutiers.
00:26Écoutez, le directeur de l'IFOP sur cette période inédite, Frédéric Dhabi.
00:31Traditionnellement, 7 mois avant une campagne présidentielle,
00:34avant un vote, la France se calme.
00:366 mois avant 2022, on était focalisés sur la primaire LR.
00:416 mois avant 2017, et on en parlait, il y avait également cette primaire LR.
00:456 mois avant 2012, il y avait un moment de tension,
00:48mais plutôt à l'Assemblée, parce qu'il y avait le budget Fillon
00:51qui était extrêmement sévère.
00:52Là, on est à un moment, au lieu de le pays s'apaise,
00:55qu'on regarde les candidats proposer leur offre,
00:58l'offre électorale est encore très peu cristallisée.
01:02Et là, on a ce pays qui s'embrase.
01:04Voilà, qui s'embrase, et jusqu'à quand, Éric Tegner ?
01:07Je pense que ça va durer des années, oui.
01:09Moi, ma vision, c'est que la prochaine élection présidentielle,
01:12ça ne va pas changer grand-chose.
01:13Peu importe ce qui va être élu.
01:14C'est le cours de beauté dont on nous parlait, David Bavré, tout à l'heure.
01:17Mais je ne suis pas fondamentalement d'accord avec ce qu'il a dit,
01:19parce que le programme de Marine Le Pen, c'est un vrai programme.
01:21Le programme de Jean-Luc Mélenchon, c'est un vrai programme.
01:24C'est-à-dire qu'on n'est pas dans le cas de l'époque où c'était l'UMPS,
01:27bonnet blanc, blanc bonnet, centre-gauche, centre-droite.
01:29Quand il parlait de 1958, où ce n'était pas vraiment l'UMPS ?
01:32Bien sûr, mais là, on va être sur de la rupture.
01:34Ce n'est pas uniquement marketing.
01:35Mais ce que je veux dire, c'est qu'on va avoir un président de la République
01:38extrêmement affaibli.
01:39Prenons le cas, si c'est un candidat du Bloc central qui est élu,
01:42je ne pense pas qu'il aura la majorité.
01:44Donc, on sera dans le même cas de figure qu'aujourd'hui.
01:46Si c'est Marine Le Pen, eh bien Jean-Luc Mélenchon,
01:48de toute façon, avec ses troupes,
01:49ils seront dans la rue pendant plusieurs mois.
01:51Et dans tous les cas, il y a des marques...
01:53Vous pensez à plusieurs mois ?
01:54Ah bien sûr, c'est-à-dire que je pense que ça va durer tout le quinquennat.
01:56Par moment, il va avoir du mal à mobiliser.
02:00Exactement, par moment, il aura du mal à mobiliser.
02:02Mais par moment, et j'ai envie de vous dire,
02:04je l'espère,
02:05parce que si Marine Le Pen, une fois élue présidente de la République,
02:08fait de son travail notamment sur l'immigration,
02:10eh bien en effet, ça risque de créer quand même
02:13une forme de colère de la part de l'extrême-gauche
02:15qui n'a qu'un rêve, c'est accueillir toute la misère du monde.
02:18Donc, vous voyez ce que je veux dire ?
02:19C'est-à-dire qu'on va être dans un moment éminemment démocratique.
02:22C'est-à-dire que la fracture de ces deux frances aujourd'hui,
02:25eh bien, il y en a une des deux qui va gagner l'année prochaine.
02:27Il y en a une des deux qui va gagner.
02:29Et il ne faudrait pas que le président élu se dise
02:31j'essaye de contenter les deux.
02:32Ça n'est plus possible.
02:34Et donc, c'est la nouvelle situation dans laquelle on est aujourd'hui.
02:36Le seul enjeu, c'est de reconstruire de nouvelles générations
02:39sur les années et les décennies à venir.
02:41Mais on ne pourra pas échapper.
02:42Il n'y aura pas, cher Pierre Devineau, au mois de juin,
02:44une grande réconciliation entre ces deux frandes
02:47avec une sorte de général de Gaulle
02:49qui va tous nous réconcilier.
02:50Ça, ça n'arrivera pas.
02:51Bon, alors, il n'y aura pas de général de Gaulle.
02:53Et il y aura deux frances, comme l'a dit Philippe de Villers
02:55dans le JDD ce dimanche,
02:57où il y a les jeunes qui brûlent des cierges
02:59et d'autres qui brûlent des lycées.
03:01Alexandre Malafaille.
03:02En fait, je pense que Frédéric Dhabi a raison
03:04sur l'analyse qu'il faisait du passé.
03:05Mais aujourd'hui, on est face à un phénomène d'usure
03:07extrêmement profonde de la société française,
03:11des mécanismes de gouvernance, des réponses politiques.
03:13Ça fait très longtemps qu'on ne répond pas aux problèmes des Français.
03:16dans plein de compartiments.
03:17Que ce soit l'agriculture, que ce soit l'hôpital,
03:20que ce soit la compétitivité,
03:22que ce soit la vie économique,
03:23que ce soit l'organisation de la société,
03:25que ce soit l'autorité.
03:27Enfin, on laisse se détricoter le bazar.
03:29Et chacun a une raison, finalement, d'être mécontent,
03:32quelle que soit sa position sur l'échiquier politique
03:34et au niveau social.
03:36Et on est arrivé à ce point de rupture
03:38qui fait que, quelque part, la société s'exprime maintenant
03:40et pas après les présidentielles pour revendiquer,
03:42mais maintenant pour signifier, je pense,
03:43un message extrêmement clair aux gens qui vont arriver aux affaires,
03:46quels qu'ils soient, pour dire ce coup-ci,
03:47il va falloir vous occuper de nous.
03:49Il va falloir arrêter de tirer sur la ficelle de la communication
03:51qui, globalement, est la seule sur laquelle vous tirez,
03:53de manière outrancière.
03:54En disant qu'il va falloir délivrer.
03:56C'est vrai qu'il y a des problèmes.
03:56Alors, la question auxquelles on est maintenant confronté,
03:58c'est qu'on fait comment ?
03:59C'est le grand impensé, parce que vous avez raison.
04:01Il y a des programmes.
04:02Mais ils vont les mettre en œuvre comment, leurs programmes ?
04:05Moi, je n'ai toujours pas compris le mode d'emploi.
04:07Parce que je veux bien qu'on fasse des lois.
04:08Mais ce n'est pas les lois qui vont régler les problématiques
04:10de la société française, de ces divisions.
04:11Elles vont le temps qu'on les vote,
04:13qu'elles soient contestées,
04:14qu'il y ait des décrets.
04:15Surtout qu'il y a des réformes constitutionnelles
04:17qui sont à la clé,
04:18notamment dans le programme de Marine Le Pen.
04:19Et elles ne passeront peut-être pas aussi facilement que ça,
04:21parce que ce n'est pas le tout de poser des questions constitutionnelles
04:23par voie référendaire.
04:23Il faut que les Français votent.
04:26La mécanique est tellement en mauvais état
04:27qu'arriver à faire avancer ce pays,
04:29le transformer, l'embarquer de manière un peu fédérée,
04:32parce que là, vous avez raison.
04:33Moi, je suis comme vous.
04:34Si c'est Marine Le Pen présidente,
04:36je ne sais même pas comment on va au législatif.
04:37Je ne sais même pas comment on va au deuxième tour.
04:39Tellement ça risque d'être tendu entre les deux séquences.
04:41Donc je pense qu'on a un niveau de crispation extrême.
04:43Et la faute majeure revient à cette classe politique,
04:46et notamment la sortante,
04:47qui n'a pas fait le job.
04:48Il y avait tellement d'attentes en 2017.
04:50Tellement d'espérance.
04:51Arrêtez de regarder dans le rétroviseur.
04:52Ça ne sert à rien.
04:52Vous faites du mal.
04:53Je suis d'accord avec vous.
04:55Bien sûr que je me fais du mal.
04:55Mais on a tous mal.
04:57Parce qu'aujourd'hui,
04:59avec ce qu'on évoquait tout à l'heure
05:00sur le fait qu'on ne s'appartienne même plus
05:01parce que la dette est détenue
05:03par des gens qui peuvent nous contraindre
05:04et nous tordre le bras aussi souvent qu'ils le voudront.
05:06La question c'est comment on fait ?
05:07Et donc cette question-là du comment on fait,
05:09c'est la question à laquelle il faut qu'ils répondent maintenant.
05:11Et s'ils n'y répondent pas,
05:12les Français vont les chercher.
05:14Et puis en attendant,
05:15on aura peut-être effectivement un autre président.
05:17Et puis en attendant,
05:18il y a aussi une primaire socialiste
05:20qui se profile.
05:22Et Emmanuel Morel,
05:25député gauche républicaine
05:26et candidat à cette primaire socialiste,
05:27sera mon invité.
05:28Je vous trappais à 19h.
05:30Et on en parlera justement
05:31avec quelles sont ses solutions
05:32pour ce monde d'après un président socialiste.
05:35Et surtout comment il s'y prend ?
05:36Comment il fait ?
05:37Ben oui, comment il fait ?
05:3818h55, on va lui poser la question.
05:40Ne vous inquiétez pas.
05:41A tout de suite sur Europe 1.