00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Maëlle Hassani qui vous attend tout à l'heure à 20h pour le nouveau Grand Journal de 20h.
00:09Nouveau rendez-vous sur Europe 1.
00:12Nous sommes avec Joseph Massescaron et avec Jean-Michel Salvatore.
00:17Et tout à l'heure, le gouvernement était réuni aux Invalides.
00:22Pourquoi les Invalides ? Dans une section de l'Hôtel des Invalides
00:26qui est sur la cybersécurité, notamment parce qu'on a voulu parler des dangers cyber.
00:32Mais le principal point de discussion, c'était bien sûr le budget de 2027.
00:40Et tout à l'heure, la porte-parole du gouvernement et accessoirement également
00:44ministre délégué à l'énergie a fustigé la menace de censure d'Olivier Fort sur le budget
00:48et a effectivement insisté sur la nécessité d'un budget pour l'année prochaine.
00:55J'entends que certains brandissent une menace de censure avant même d'avoir pris connaissance
01:00du budget qui a été proposé avant même que les discussions parlementaires aient pu commencer.
01:06C'est à la fois irresponsable et très politicien.
01:09La campagne présidentielle ne doit pas prendre en otage les discussions budgétaires
01:14et le travail parlementaire, d'autant plus que, et je terminerai là-dessus,
01:17c'est un budget qui, pour reprendre les mots du ministre de l'Action et des Comptes publics,
01:23se veut réversible. C'est un budget pour quelques mois et le futur président,
01:28la future présidente aura ensuite la légitimité pour reproposer au Parlement
01:33une modification budgétaire.
01:34En attendant, Jean-Michel Salvator, c'est comme les ceintures réversibles.
01:42C'est marron d'un côté et noir de l'autre en fonction de ce qu'on porte comme chaussures.
01:45Mais là, en l'occurrence, c'est de toute façon, ils vont devoir, Jean-Michel,
01:49composer avec ce que veulent ou pas les socialistes.
01:52Et deuxièmement, c'est à nouveau un budget impossible.
01:56Oui, mais c'est un budget impossible parce qu'en fait, la crise financière, elle est là.
02:00C'est ça ce qui change.
02:01Ça fait 20 ans qu'on nous dit, on est au bord de la crise financière.
02:05Vous vous souvenez de François Fillon qui disait,
02:06je suis à la tête d'un État en faillite.
02:082007.
02:09Mais là, il faut quand même dire les choses comme elles sont.
02:12La crise financière, elle est là, d'une façon rampante,
02:15comme un nœud coulant qui va se serrer petit à petit, petit à petit.
02:19Et on le voit avec les taux d'intérêt.
02:20Vendredi dernier, vous avez l'agence Fitch
02:23qui ne dégrade pas la note de la France.
02:27On était à 4,10.
02:28Là, aujourd'hui, on est à 4,17 ou 4,18.
02:30C'est-à-dire que la dette et les conséquences de la dette
02:35se font sentir jour après jour.
02:37Et on est, si vous voulez, dans ce nœud coulant de la dette.
02:40On voit bien que là, pour le budget 2027,
02:45les intérêts de la dette, ça coûtera plus cher
02:47que le budget de l'éducation nationale.
02:49Donc, si vous voulez, la catastrophe, elle est là.
02:52La catastrophe, elle est là.
02:53Et c'est vrai que ça va être très difficile de faire un budget,
02:55même si c'est pour faire un budget provisoire.
02:58Parce que si on ne fait rien, si on reconduit le budget 2026 en 2027...
03:01Il n'est plus adapté.
03:02C'est plus adapté et ça coûte très cher.
03:04Parce que mécaniquement, il y a des augmentations
03:06qui se font d'une façon quasiment automatique.
03:09Et ça peut coûter, je crois, quelque chose comme 20 ou 25 milliards.
03:14Donc, là, on est vraiment face à une énorme difficulté.
03:17Et en fait, le juge de paix, ça sera soit M. Olivier Faure,
03:20donc tu parles, une nouvelle fois,
03:21et à quel prix ?
03:22Ou alors le Rassemblement national.
03:24Oui.
03:24Alors, Olivier Faure qui dit qu'il va censurer
03:26parce qu'il se met dans les pas ou dans les souliers de Jean-Luc Mélenchon
03:30qui, lui, déjà, a dit qu'on allait censurer Joseph-Massez-Caron.
03:35C'est le premier round des présidentielles.
03:37C'est là.
03:38C'est-à-dire que c'est là où c'est différent.
03:41Où je pense que, réellement,
03:44le Premier ministre a pensé pouvoir renouveler l'opération
03:48miracle de l'année dernière.
03:50Et ce n'est pas dit que cette opération marche.
03:52Pas du tout.
03:53La posture des socialistes n'est plus du tout la même.
03:55La posture n'est plus du tout la même.
03:57Ça n'a rien à voir.
03:58Quel que soit, d'ailleurs, le résultat des primaires.
04:01Je veux vraiment, quel que soit le résultat des primaires.
04:02Donc, il y a possibilité, en effet, qu'il y ait censure.
04:06Oui, c'est une possibilité.
04:07Et s'il y a censure ?
04:09Qu'est-ce qu'il se passe ?
04:10Ben, c'est ça.
04:11Parce que revient tout d'un coup,
04:13le spectre et la question de la dissolution.
04:14Est-ce que le calendrier reste le même ?
04:17Parce que constitutionnellement, il est fixé.
04:20Donc, qu'est-ce que tu fais ?
04:21Joseph, il y a un effet direct qui est lié à ce que je disais.
04:24C'est, s'il n'y a pas de budget,
04:27mais les taux d'intérêt vont continuer à augmenter.
04:28Bien sûr.
04:29Mais ça commence déjà, vous l'avez dit.
04:30On était à 3,8 avant les vacances.
04:32On est à 4,18.
04:344,18.
04:34C'est-à-dire qu'on emprunte 25% plus cher que les Allemands.
04:38Vous vous rendez compte de ce que c'est ?
04:39Eux, ils sont à 3,22.
04:40Bon.
04:41Et nous, on emprunte 25% plus cher.
04:44On emprunte plus cher que les Grecs, que les Portugais,
04:46que tous les pays du Club Med.
04:48Mais souvenez-vous, l'année dernière, on avait ici même qualifié le budget,
04:53entre guillemets, d'insincère, parce qu'il commençait par quoi ?
04:56La copie blanche, la première copie avant les amendements,
04:59le budget était grevé de 14 milliards d'impôts supplémentaires.
05:03J'ai lu un excellent papier pendant l'été, dans le Figaro,
05:06qui disait comment est-ce qu'au gouvernement,
05:10on se débrouille pour faire passer des impôts qui seront invisibles.
05:13Et en réalité, il va bien falloir trouver de l'argent, Jean-Michel Salvatore.
05:17Oui, il faut trouver de l'argent, parce qu'en plus, la situation se dégrade,
05:21même en dehors des questions financières.
05:22Regardez par exemple sur la croissance.
05:25Il y avait des hypothèses qui avaient été émises à la fin du mois de juin,
05:29et là, il y a la canicule, et en fait, ces hypothèses ne sont plus valables.
05:32Et donc, on a bien vu qu'on est quasiment à zéro de croissance.
05:35Donc, ça veut dire qu'il faut chercher encore de l'argent.
05:38Donc, c'est véritablement, la campagne présidentielle va se dérouler sous contrainte financière.
05:43Et ça, c'est véritablement, pour moi, le fait nouveau.
05:48Et ce que je trouvais intéressant au MEDEF la semaine dernière,
05:50c'est qu'on voyait bien que tous les candidats, quels qu'ils soient,
05:53avaient pris conscience de la gravité de la situation.
05:56Même Mélenchon, avec évidemment des recettes complètement folles.
05:59Mais en fait, le sujet principal, c'était la dette,
06:02parce que chacun a bien compris que...
06:05Qu'est-ce qui va faire l'agenda de la présidentielle ?
06:07C'est peut-être les primaires à gauche et à droite.
06:08Et ça sera sans doute aussi la dette.
06:11Oui. Et en attendant, cette hypothèse que Roland Lescure, le ministre de l'économie,
06:17avait lâchée comme ça dans une matinale radio en disant
06:20« Peut-être que le FMI est à nos portes », reviendra sans doute au galop.
06:24Et puis, d'un autre côté, vous avez beaucoup de spécialistes de la finance
06:27qui vous disent « La France est un too big to fail ».
06:31Et donc, on continuera à subventionner avec l'aide de la BCE.
06:37Oui, les taux seront plus forts, mais en fait, la finance mondiale n'a pas intérêt
06:41à ce que la France se casse la gueule.
06:42Oui, mais il arrivera un moment où, si les décisions sont trop aberrantes,
06:47on aura énormément de mal à trouver des prêteurs.
06:52Si, par exemple, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon accèdent à l'Élysée,
06:57ils risquent d'avoir un énorme problème.
06:59Parce que là, il faut...
07:00Avant même de faire quoi que ce soit ?
07:02Sur le fait qu'il soit étiqueté LFI ou RN ?
07:08Ce n'est pas une question d'étiquette, mais là, c'est une question de pragmatisme.
07:10Le fait que Marine Le Pen, par exemple, maintienne sa position sur la retraite à 60 ans et 62 ans,
07:16c'est vrai que ce n'est pas bon.
07:17Et c'est vrai que ça inquiète beaucoup les marchés financiers.
07:18Or, il faut bien voir qu'en France, à partir du 17 septembre de chaque année,
07:23il n'y a plus d'argent.
07:24Donc, en fait, c'est les marchés financiers qui font les fins de mois, jusqu'au 31 décembre.
07:29Peut-être qu'on bien finit le 15.
07:30Encore un peu très sûr.
07:32Donc, si vous voulez, c'est eux qui ont le pouvoir.
07:35Mélenchon, il peut dire ce qu'il veut.
07:36Il peut dire ce qu'il veut.
07:36On est d'accord.
07:37Mais ce qui rassure, pour le moment, les marchés financiers,
07:39pour le moment, c'est que la France, c'est le pays d'Europe
07:42où les prélèvements se font.
07:44Et ça, ça rassure.
07:45Les marchés financiers.
07:46Oui, par rapport à la Grèce.
07:48Par rapport à la Grèce.
07:50Il y a deux choses différentes par rapport à la Grèce.
07:53Il y a ça, et c'est ce point-là qui est important.
07:55Et puis, le deuxième point, c'est que si nous étions dans une situation comme la Grèce,
08:00ce serait beaucoup plus dramatique.
08:01Parce que la Grèce avait une structure familiale,
08:04une organisation sociale particulière,
08:06et que nous, nous n'avons plus.
08:08Et là, pour le coup, ce serait...
08:10Alors, vous parliez de François Fillon.
08:13Il est très rare dans les médias, l'ancien Premier ministre.
08:16Eh bien, il a quand même pris la parole dans le média Legend.
08:20Et face à ce journaliste, eh bien, il dit qu'il n'appellerait certainement pas aujourd'hui
08:25à voter pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen.
08:28Je n'appellerais certainement pas à voter pour Emmanuel Macron
08:31après le constat que le pays s'enfonce dans la crise.
08:35Et c'est la raison, d'ailleurs, pour laquelle je dis que je ne vois pas comment
08:39quelqu'un qui a été associé de façon importante aux deux quinquennats,
08:46au gouvernement d'Emmanuel Macron, peut être élu président de la République demain.
08:49Il y a dans le pays une colère profonde.
08:52Les gens veulent, à raison d'ailleurs, un changement radical.
08:56Donc, ils ne peuvent pas confier ce changement radical à quelqu'un qui a été Premier ministre
09:01ou membre des gouvernements d'Emmanuel Macron.
09:03Ce n'est juste pas possible.
09:04Alors, je reviens sur ce que vous disiez et sur l'attitude des marchés financiers
09:08face à une élection de Marine Le Pen.
09:09Je veux dire, il y a eu la même histoire du côté de l'Italie
09:13quand Mme Méloni a été élue.
09:14Et puis, finalement, on a crié au loup, on a crié à Mussolini.
09:20Et Mme Méloni, finalement, gère plutôt pas mal son pays.
09:23Oui, mais il y avait Draghi quand même derrière Méloni,
09:25ce qui n'est pas le cas de Marine Le Pen, elle n'a pas l'équivalent.
09:28Et puis, Méloni, elle a une coalition qui n'est pas uniquement de...
09:32Elle a une coalition.
09:33Elle n'est qu'une coalition.
09:34On va voir, il est encore un peu tôt de savoir ce qui va être le terreau.
09:38Mais c'est vrai que Méloni, de ce point de vue-là, si vous voulez,
09:42Draghi, ça rassurait quand même beaucoup.
09:44Mais ensuite, on verra.
09:46Là, ce qui est intéressant...
09:47Alors, Fillon, c'est ce qui est rigolo.
09:49Enfin, bon, il reprend les arguments de Retailleau, en fait.
09:52Parce que, finalement, ce qu'il a l'air de dire,
09:54c'est que jamais le pays n'élira un Premier ministre
09:57qui a été le Premier ministre de Macron.
09:59C'est assez normal.
10:00La différence, c'est qu'il dit aussi, même ministre du gouvernement,
10:04ce qui n'est pas très sympathique, au passage,
10:07pour son ami Bruno Retailleau.
10:09Oui, mais je ne sais pas...
10:09J'ai bien écouté.
10:10J'ai bien écouté.
10:11Il parle d'anciens ministres et, en même temps,
10:13ministre du gouvernement.
10:15Franchement, il aurait pu se passer de cette...
10:17Ça fait un peu plus pied d'un.
10:18Est-ce qu'il en est encore là ?
10:19Est-ce qu'il est né encore à...
10:21D'abord, est-ce que Bruno Retailleau attend le soutien de François Fillon ?
10:25Est-ce que François Fillon en est encore à vouloir donner un soutien
10:30à, aujourd'hui, quelqu'un qui est celui qui porte sa famille politique,
10:34son ancienne famille politique ?
10:35Ah oui, je pense, oui.
10:36Il y a des liens particuliers entre...
10:37Enfin, en tout cas, il y a des liens particuliers entre François Fillon et Bruno Retailleau,
10:41qui sont très très forts.
10:42Je rappelle quand même que François Fillon a laissé comme cadeau en partant
10:47Force républicaine, qui a permis à Bruno Retailleau d'avoir une existence politique réelle
10:53et constituée.
10:54Donc oui, il y a des liens très forts entre les deux.
10:55Mais c'est juste pour dire que la formulation de François Fillon n'était pas vraiment
10:59particulièrement heureuse.
11:00Enfin, en tout cas, demain, l'invité de Laurence Ferrari à 8h10, c'est Manon Aubry,
11:08qui, je vous le rappelle, a comparé les milliardaires et donc certains entrepreneurs
11:13qui font la croissance de ce pays à des nuisibles.
11:15Langue de vipère !
11:17Ah oui, parce qu'elle était piquée par une vipère !
11:19Bon, en tout cas, c'est ce que vous dites, et ça sera très intéressant de suivre
11:24cette interview politique demain matin à 8h10.
11:26Le terme nuisible est juste fou, parce que le fait de comparer des personnes à des
11:34animaux, très franchement, la traçabilité politique, on sait d'où ça vient.
11:39Donc ça ne vient certainement pas, en tout cas, de la gauche.
11:41Et vous reprenez ce que disait au Grand Rendez-Vous Benjamin Haddad, qui disait même que ça avait
11:46un côté antisémite, un caractère antisémite, puisque l'inuisible, c'est aussi un terme
11:50qui a été, comment dirais-je, importé de cette période noire de l'histoire.
11:56Merci beaucoup Joseph Massescaron, merci à vous Jean-Michel Salvatore.
12:00C'est la rentrée pour Europe 1, et Christine Kellier vous donne désormais rendez-vous
12:05de 11h à 13h.
12:06Vous appelez Christine, 01, 80, 20, 39, 21, pour commenter l'actualité.
12:10Avec elle, c'est tous les jours de 11h à 13h sur Europe 1, la Radio Libre.
12:16Très bonne soirée sur Europe 1.