00:00On a le sentiment qu'à une époque, il y a quelques décennies,
00:03les idéologies étaient bien plus puissantes, ou en tout cas plus identifiées.
00:07On avait le communisme, un communisme qui a évolué,
00:10qui a des ersatz aujourd'hui récupéré un peu par la Russie,
00:13mais une espèce de grand mix.
00:14Très vaguement.
00:15Oui, très vaguement, avec une grandeur passée,
00:17puis un grand mix avec des valeurs conservatrices.
00:19On voit bien que les idéologies sont très mouvantes
00:22et s'adaptent au gré des besoins.
00:25Ma question porte sur aujourd'hui, on a l'impression effectivement
00:28qu'il n'y a plus vraiment de lignes fortes,
00:33et est-ce que certains de nos dirigeants ou certains de nos représentants
00:35ne sont pas des idéologues ?
00:39Marcel Gaucher sur Europe 1.
00:40Alors ?
00:41Peut-on échapper en fait à l'idéologie ?
00:44Ils essayent, ils essayent, et en effet, on a une...
00:50Ils essayent et n'y arrivent pas.
00:52Parce qu'il y a un piège de ce modèle intellectuel très profond
00:57dans lequel se déroule la vie politique et la vie intellectuelle,
01:02en politique, bien sûr, de nos sociétés,
01:05qui fait que nous avons affaire, en fait,
01:08à des courants de protestation,
01:10et plus à des courants de proposition.
01:12Il y a évidemment des courants, même extrémistes,
01:16de rupture dans nos sociétés minoritaires,
01:20il faut le dire, mais qui existent,
01:22mais qui sont des courants sans proposition d'avenir.
01:25Ça veut dire que ce sont des courants destructeurs et non pas constructifs ?
01:29C'est des courants qui appellent des correctifs,
01:32quand ils ont... dans la pratique, parce qu'ils sont faibles.
01:35Dans la pratique récente en France, vous parlez notamment des gilets jaunes.
01:38Par exemple, vous avez une éruption protestataire.
01:42Où est le projet des gilets jaunes ?
01:44Il est... vivre mieux !
01:47Mais c'est pas une vision d'avenir,
01:49ça ne donne pas l'idée de la direction dans laquelle...
01:51Même si c'est la vision primaire de la démocratie, comme on l'a dit tout à l'heure.
01:54Donc, c'est vivre mieux,
01:57et puisque vous êtes...
01:58Puisqu'on est en démocratie représentative,
01:59vous, messieurs les élus, messieurs, mesdames les élus,
02:02faites qu'on vive mieux.
02:03C'est ça aussi, c'est une demande.
02:04Oui, mais vous voyez bien...
02:05Mais c'est pas aux gilets jaunes de trouver un projet politique.
02:08En fait, pour moi, les gilets jaunes, profondément,
02:12c'était une demande adressée au pouvoir politique,
02:16de définir un chemin permettant, justement, de vivre au mieux.
02:20Parce qu'on voit bien qu'on soit...
02:22Qu'est-ce qu'on peut demander aux patrons de payer mieux leurs ouvriers ?
02:25On peut créer des emplois de ceci, de cela.
02:29Mais en quoi ça définit une vision de la société d'avenir ?
02:33C'est la même chose au mieux.
02:35Bon, mais quel est le mieux véritable
02:38qui constituerait un autre mode de fonctionnement
02:41dans les relations sociales, dans les relations politiques ?
02:44C'est autre chose.
02:46Et le fait même que vous me posiez la question,
02:48pour moi, est très significatif
02:50de l'espèce de piège intellectuel dans laquelle on est,
02:53où il n'y a plus d'avenir.
02:55Il n'y a plus de pensée substantielle
02:57de quelque chose qui serait différent du présent
03:00et vers lequel il y aurait un chemin qui pourrait nous conduire.
03:03Sauf une révolte structurelle.
03:06Oui, mais encore faut-il en définir les termes.
03:09Vous savez, la démocratie, à sa façon, est sage.
03:13C'est qu'on ne mobilise pas les gens sur rien.
03:16Il y a toujours...
03:18Quand on a une éruption révolutionnaire, principalement,
03:22c'est toujours qu'il y a l'idée d'une représentation de l'avenir
03:26qui mobilise, qui attire, qui fait qu'on se sent concerné.
03:30Alors que là, ben oui, on a envie d'être mieux.
03:33Oui, c'est sûr.
03:34Et alors, justement, si on se projette dans ce que vous dites,
03:37et qu'on regarde la classe politique française aujourd'hui,
03:39on voit qu'il y a beaucoup de petits idéologues.
03:41Ça, il y en a un gros paquet.
03:43Mais les grands idéologues, ceux qui portent vraiment un projet,
03:46est-ce que vous en voyez beaucoup ?
03:47Est-ce que certains, vous pensez qu'en plus,
03:48ils sont non seulement grands idéologues,
03:50mais quand ça les arrange, ils sont petits idéologues aussi
03:52parce qu'il faut faire de la politique ?
03:53Alors, il y a, nous avons, nous sommes dans une situation
03:57tout à fait particulière, avec en particulier une formation politique
04:03et une sorte de monstre, parce qu'elle hybride des choses
04:06qui n'ont rien à voir ensemble, qui est évidemment la France insoumise.
04:10Où il y a le noyau bolchevique, qu'on voit très dans le style.
04:16Ça, c'est la façade, ça.
04:17C'est la façade, ça.
04:18C'est la façade, derrière un élément de démagogie néolibérale,
04:27c'est-à-dire une idéologie libertaire portée à l'extrême
04:30et qui se va en particulier sur un terrain privilégié,
04:35qui est l'immigration.
04:36L'immigration, c'est un problème philosophique fondamental.
04:39À partir du moment où il y a des droits universels,
04:42eh bien, il y a le droit de s'installer où on veut, sur la Terre.
04:46Puisque, au nom de quoi on va définir des barrières ?
04:50Eh bien, vous avez donc un parti, en fait,
04:55le fond du fond de la propagande électorale de la France insoumise,
04:59c'est le droit illimité d'immigration dans tous les sens.
05:03Eh bien, évidemment, là, on a un mélange d'idéologie au sens noble du mot,
05:09une planète d'individus libres,
05:11et de démagogie au sens élémentaire du mot.
05:15Tout aussi, c'est-à-dire que ça se heurte à une réalité des sociétés politiques
05:19qui ne peuvent pas accepter ce principe.
05:21Vous oubliez aussi le carriérisme de Jean-Luc Mélenchon,
05:23sous-jacent de cette, j'allais dire, légende de
05:28« vous venez, installez-vous, vous êtes chez vous, etc. »
05:31Oui, mais vous voyez, et ça, ça appartient,
05:35non pas du tout à l'univers bolchevique,
05:37qui reste par ailleurs une sorte de cadre mental,
05:39mais typiquement au cadre ultra-libéral.
05:43C'est-à-dire la totale liberté,
05:45et puis là-dessus, une démagogie sociale qui vient s'y rajouter.
05:52On a affaire à quelque chose qui, je crois,
05:54n'a pas de précédent dans les annales idéologiques.
05:57Parce qu'il y a une vraie idéologie, là, qui est à l'œuvre.
06:00minoritaire, radical, mais qui en appelle un vrai impact.
06:04Qui a quand même réussi à glaner beaucoup d'électeurs.
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