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  • il y a 20 minutes
Matthias Savignac, président de MGEN, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 6 octobre. Ils sont revenus sur le projet du gouvernement de supprimer la délégation de gestion de la MGEN pour rationaliser la dépense publique, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Mathias Savignac, bonjour et bienvenue.
00:03Vous êtes président de l'MGEN, la Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale.
00:06Alors le gouvernement envisage de supprimer la délégation de gestion de certaines mutuelles historiques comme l'MGEN,
00:13ce qui permettrait de baisser la dépense publique de 85 millions d'euros sans dégrader le service.
00:19Alors j'imagine pour vous évidemment c'est un manque à gagner, mais objectivement est-ce que ce n'est
00:22pas une bonne mesure pour faire des économies ?
00:24Alors tout d'abord ce n'est pas un manque à gagner parce qu'aujourd'hui nous sommes rémunérés
00:29pour exercer une mission de service public par la CNAM et ce prix auquel nous gérons est fixé par la
00:37CNAM.
00:37Ce n'est pas nous qui décidons du prix auquel nous gérons, c'est la CNAM qui nous fixe.
00:40Donc elle encadre finalement sa dépense.
00:42Et je pense qu'aujourd'hui elle encadre mieux la dépense qu'elle nous confie que celle qu'elle a
00:46à gérer pour elle-même
00:48puisque année après année nous observons des déficits et des difficultés à gérer.
00:54Donc vous lui dites on reste comme ça parce que nous on va mieux gérer ?
00:57Aujourd'hui preuve est faite qu'on a une qualité de service sur la gestion du régime obligatoire qui est
01:01excellente.
01:02D'ailleurs tous les points de passage que l'on a avec l'assurance maladie, avec la CNAM,
01:06nous montrent à quel point nous sommes sérieux, efficaces et responsables.
01:11Et ça fait 80 ans que ça dure.
01:12Mais c'est pour faire des économies dans le budget de l'État ?
01:15Ça c'est du pilotage par tableau Excel j'ai envie de vous dire.
01:18Vous prenez un chiffre, vous dites tiens ça coûte 85 millions d'euros de confier la gestion à la MGEN.
01:23Si on reprend 85 millions d'euros, on fait 85 millions d'euros d'économies.
01:26Je trouve ça un peu simpliste.
01:27D'autant qu'il y a des actes aujourd'hui que nous sommes les seuls à savoir faire.
01:32Par exemple nous gérons environ 70 000 Français de l'étranger, nos expatriés.
01:37C'est MGEN qui gère leur sécurité sociale.
01:39La CNAM ne le fait pas et ne sait pas le faire.
01:41Donc vous pensez qu'il y a encore des marges de négociation là-dessus ?
01:44Que le gouvernement pourrait renoncer ? Ou au moins en partie ?
01:46Alors on s'organise pour le faire parce que nous pensons que c'est une mauvaise idée.
01:49Pourquoi venir casser quelque chose qui fonctionne depuis 80 ans ?
01:53D'autant qu'aujourd'hui en gérant à la fois le régime obligatoire et le régime complémentaire
01:57nous sommes capables de lutter efficacement contre la fraude.
02:00Rien que l'année dernière c'était 63 millions d'euros évités
02:02dont 25 millions sur la gestion du régime obligatoire.
02:05Nous sommes en plus facteurs d'économie.
02:07Alors il y a un rapport de 4 experts qui a été remis le 23 septembre dernier au gouvernement
02:11et qui propose d'élargir le périmètre des mutuelles et autres complémentaires
02:15et puis de clarifier les rôles de chacun.
02:18Qu'est-ce que vous pensez vu le déficit ?
02:20Est-ce qu'il n'est pas temps de remettre un peu à plat ce système ?
02:24Alors il est évident de notre point de vue et je pense que personne ne dira le contraire
02:28qu'on est arrivé au bout de quelque chose.
02:30Aujourd'hui on a un système qui est coûteux
02:33et dont on est arrivé au bout en termes d'organisation.
02:36Il faut sans doute repenser l'articulation entre l'assurance maladie obligatoire
02:42et l'assurance maladie complémentaire, les mutuelles.
02:44Ça passe sans doute par des réflexions.
02:46Le rapport que vous évoquez c'est la mission RIST
02:48qui a été rendue publique il y a une semaine
02:51et qui parle, qui évoque des questions de décroisement
02:53entre le régime obligatoire et les régimes complémentaires.
02:56Ça veut dire qu'il y aurait des domaines qui ne seraient plus gérés
02:59qu'exclusivement par le régime de l'assurance maladie, la sécurité sociale
03:03et d'autres qui seraient gérés exclusivement par les complémentaires.
03:06Ça mérite d'être étudié, d'en pointer les périmètres
03:10pour lesquels ce serait le plus efficient.
03:13Mais toutes ces mesures, tous ces rapports, toutes ces propositions
03:17finalement sont aussi enrichies par des propositions
03:20qu'on voit fleurir sur la grande sécu, la sécu intégrale,
03:24les mutuelles obligatoires gérées par l'assurance maladie.
03:28Enfin on voit plein d'idées aujourd'hui.
03:30Cette grande sécu, elle n'a pas d'intérêt pour vous ?
03:33Moi je pense que c'est une fausse bonne idée
03:35parce que dans un contexte d'autant plus
03:38où les comptes publics sont dégradés à tel point,
03:41pourquoi vouloir donner à cette sécu qui est en déficit
03:44plus de choses à zérer et donc potentiellement créer plus de déficits ?
03:49Et puis elle se base sur une fausse idée,
03:51c'est qu'aujourd'hui la sécu gère moins cher qu'les mutuelles.
03:53On ne parle pas de la même chose, la sécurité sociale n'encaisse pas de cotisations
03:57puisque ce sont les URSAF qui prélèvent, les prélèvements sociaux
04:02qui vont aller alimenter la sécurité sociale.
04:05Demain si vous créez une mutuelle gérée par l'assurance maladie,
04:08elle devra prélever des cotisations chez les adhérents
04:10et donc ça renchérira mécaniquement les coûts de gestion.
04:13En tout cas l'idée de grande sécu, elle ne prend pas pour l'instant
04:16et dans le budget de la sécurité sociale,
04:17c'est plutôt des transferts de la sécu vers les mutuelles qui vous attendent,
04:22notamment les soins dentaires, des soins relatifs à l'hôpital,
04:27le transport sanitaire, des déremboursements aussi de médicaments.
04:31Est-ce qu'il faut s'attendre à une hausse des contrats pour les assurer ?
04:35Est-ce que vous allez tout reporter sur eux ?
04:37Alors deux choses là-dessus.
04:38La première c'est qu'effectivement, vous l'avez dit,
04:40on assiste dans les propositions qui sont faites
04:42à un transfert massif de l'assurance maladie vers les complémentaires.
04:46Et ça ne s'est pas joué simplement sur la question du PLFSS
04:49puisqu'il y a quelques semaines de ça, quatre décrets ont été adoptés
04:53transférant un milliard et demi de charges
04:56entre le RO, régime obligatoire, et le RC, régime complémentaire.
04:59Et puis le PLFSS embarque aussi son lot de nouveaux transferts
05:01et surtout une taxe qui vient s'ajouter à des taxes existantes,
05:052,05 points, ce qui amènerait les mutuelles à être taxées à 16%.
05:09Ça veut dire qu'un adhérent, à chaque fois qu'il nous confie 100 euros de cotisation,
05:13il y en a directement 16 qui ne vont pas pour ses soins, pour ses accompagnants,
05:17qui partent directement en impôts pour l'État.
05:19Je trouve que c'est colossal quand vous voyez par exemple
05:21que la restauration rapide est taxée à 5,5%.
05:25Nous qui faisons de la prévention, nous qui œuvrons à faire en sorte
05:28que les citoyennes et les citoyens accèdent à des soins,
05:31nous sommes taxés à 7%.
05:32Il y a quand même une forme de...
05:34Ça ne nous dit pas si les assurés vont payer la totalité...
05:37Alors de manière très claire, nous allons reporter toutes les charges
05:41qui nous seront transférées par l'assurance maladie.
05:43Pourquoi ?
05:44Parce que nous vivons exclusivement des cotisations que nous versons nos adhérents.
05:48Nous n'avons pas de refinancement, nous n'avons pas la capacité à générer du déficit,
05:53puisque nous avons l'ACPR qui est notre autorité de contrôle qui y veille.
05:57Et donc aujourd'hui, je trouvais quand même que ce serait un peu fallacieux
06:00d'estimer qu'on nous transfère la facture de l'État pour nous en reprocher la note.
06:06Parce qu'aujourd'hui, finalement, ce que nous transfère l'État,
06:09c'est ce qu'il n'arrive pas à juguler pour faire baisser les coûts de l'assurance maladie.
06:13Et donc comme on n'arrive pas à les juguler, on les transfère.
06:15Et on reproche à ceux qui ont les transfèrent en tenir compte.
06:18C'est les Français qui vont payer.
06:20Vous savez, en moyenne, la hausse pour un adhérent ?
06:23C'est très difficile à dire, en fait, parce que ça dépend du niveau de garantie de votre contrat.
06:27Mais globalement, on sera dans des étiages qui seront assez élevés.
06:31Vous prenez 3 milliards quasiment, là, entre 1,5 milliard, plus la taxe,
06:35plus ce qui va encore arriver, 3 milliards de transferts de charges,
06:38vous êtes autour de 8%, sans doute.
06:41Je fais ça à grosse maille.
06:43Et les retraités vont payer plus ?
06:45Les retraités, de la même manière.
06:47Ils sont citoyens, consommateurs de soins, de la même manière que les Français.
06:53Je ne sais pas vous dire si ces transferts les impactent plus ou moins que les autres.
06:57Ce que je dis, en tout cas, c'est qu'il nous est impossible
07:00de recevoir autant de transferts et de ne pas le répercuter sur nos cotisations.
07:05Ce n'est pas possible.
07:06Le gouvernement veut aussi s'en prendre des arrêts maladie,
07:09dont la facture pourrait atteindre 20 milliards en 2027.
07:12Alors, il y a des discussions qui vont avoir lieu avec les partenaires sociaux.
07:14Ça vous paraît réaliste, vous, de récupérer 1 milliard dès 2027 sur ces arrêts maladie ?
07:21Moi, je pense qu'effectivement, il y a un sujet avec les arrêts maladie.
07:23Je ne souhaite en revanche pas qu'on utilise ce prétexte pour aller stigmatiser les malades.
07:31À un moment donné, nous avons des Françaises et des Français.
07:33On le voit aujourd'hui, dont l'état de santé se dégrade, les maladies chroniques augmentent.
07:38Et donc, il y a des arrêts maladie, sans doute, qu'il faut regarder de plus près.
07:42Mais je tiens à rappeler une chose, c'est que les gens ne se mettent pas eux-mêmes en arrêt
07:46maladie.
07:46Il y a des prescripteurs.
07:47Et donc, je pense que c'est un travail beaucoup plus large avec l'ensemble du corps médical,
07:51de pédagogier avec nos assurés sociaux et avec les partenaires sociaux
07:54pour regarder de quelle manière on peut essayer d'encadrer la question des arrêts maladie.
07:59Mais je ne souhaite pas que l'on stigmatise celles et ceux qui sont malades
08:03pour leur dire que c'est leur faute si les comptes publics vont mal.
08:05Aujourd'hui, le taux d'absentéisme est à peu près égal dans le privé et dans le public.
08:10Or, dans le privé, il y a trois jours de carence.
08:12Dans le public, il n'y en a qu'un.
08:13Est-ce qu'il faudrait augmenter les jours de carence dans le public ?
08:16Vous savez, est-ce que du coup, le fait d'avoir deux jours de carence supplémentaires
08:20fait baisser l'absentéisme ?
08:21Non, puisque à taux d'absentéisme égal, vous avez trois jours et un jour.
08:26Donc, est-ce que la question à se poser...
08:27On sait que les entreprises payent aussi souvent les jours de carence.
08:29Oui, et est-ce que l'État a envie de payer les trois jours de carence
08:32qu'il mettrait pour les fonctionnaires dans le contexte des comptes publics actuels ?
08:35Je ne sais pas.
08:35Ça mérite de regarder tout ça dans son ensemble.
08:37Il y a un sujet, pour moi, je le redis, où il ne faut pas stigmatiser les malades.
08:41Il y a un sujet de justice sociale, sans doute, à regarder ou d'équité entre le public et le
08:45privé.
08:45L'objectif, là, qui est de réduire de moitié le déficit de la sécurité sociale,
08:49il vous paraît réaliste, atteignable ?
08:51Si réduire le déficit de la Sécu, ça consiste à transférer à d'autres ce qui nous coûte trop,
08:58oui, c'est réaliste.
08:59Mais je pense que ça mettra à mal encore plus notre système de santé.
09:01Et à la fin, c'est toujours les Français qui payent.
09:03Merci à vous, Mathias Savignac, président de la MGEN,
09:07Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale, d'avoir été notre invité.
09:09C'est une interview à retrouver en podcast et en replay sur l'application BFM Business.
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