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Dans son édito du 03/10/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00On l'a dit cette semaine, il y a un côté répétition, grande répétition pour 2027, c'est une préparation
00:05de ce que nous connaîtrons entre le premier et le deuxième tour en 2027.
00:10Tout cela, nous le savons. Mais je pense qu'il faut aller rajouter une couche à l'analyse et chercher
00:16à comprendre ce qui se dévoile à travers ce mouvement des lycéens
00:20qui a été instrumentalisé de telle manière qu'il nous dit quelque chose sur ce que la gauche est en
00:26train de redevenir dans le monde occidental.
00:28Alors, François Furet, à la fin de son livre Le passé d'une illusion, disait que le temps de la
00:33gauche pragmatique ne durerait pas éternellement
00:35parce que fondamentalement, elle a besoin d'utopie, fondamentalement, elle rêve à la révolution, fondamentalement, elle trouve le monde démocrate
00:43et libéral insuffisamment enchanté.
00:45Donc, inévitablement, elle a envie de s'enlivrer d'idéologie avec ce qui vient avec, la violence, la montée aux
00:53extrêmes, et nous y sommes.
00:54Et il nous faut comprendre, je crois, ce qu'on pourrait appeler l'imaginaire de la gauche radicale.
01:00Son imaginaire, parce que fondamentalement, les hommes peuvent changer d'idée, vous le savez, ils peuvent changer de discours,
01:05mais ils changent beaucoup plus difficilement de tempérament, d'affect et d'imaginaire.
01:11Et quel est cet imaginaire de la gauche radicale qu'on voit?
01:14C'est un imaginaire qui est traversé, vous le disiez par le grand soir, par l'espérance révolutionnaire.
01:18Alors, le point de départ dans le monde moderne, on le sait, c'est 1789. Pourquoi?
01:22Cette idée de balayer le monde d'hier pour en faire naître nouveau.
01:27Cette idée qu'il faut tout simplement liquider la société telle qu'elle existe pour recommencer l'humanité à zéro.
01:34On se souvient que dans la séquence de la Révolution française, ne l'oublions pas, on a voulu changer le
01:38calendrier,
01:38on a changé le nom des mois, on pensait recommencer l'humanité.
01:42Et je pense qu'au cœur de la gauche radicale, telle qu'elle se manifeste ces jours-ci,
01:46il y a cette idée que la vérité du monde doit naître, le monde nouveau doit naître de la violence,
01:52doit naître d'un monde d'hier saccagé, balayé.
01:56Voilà pourquoi après 89, on dirait surtout 93-94, la terreur.
02:00Pourquoi chez LFI, aujourd'hui, tant de gens continuent d'admirer Robespierre?
02:06Tant de gens chez LFI continuent de voir que dans la Révolution française,
02:09ce qu'ils aiment, ce n'est pas la rigueur de 1789 et ses promesses libérales.
02:13Ce qu'ils aiment dans la Révolution, c'est la violence.
02:16Ce qu'ils aiment dans la Révolution, c'est l'outrance.
02:19Ce qu'ils aiment dans la Révolution, c'est la possibilité d'éliminer ses ennemis.
02:24Ce qu'ils aiment dans la Révolution, c'est ce moment suspendu
02:26où les règles du droit ne conviennent plus
02:28et il est possible enfin de traiter ses adversaires en ennemis et d'en finir avec eux.
02:34C'est la possibilité de détruire physiquement ses ennemis.
02:38C'est aussi, soit dit en passant, la possibilité de la profanation.
02:41Ceux qui connaissent l'histoire de la Révolution,
02:42ceux qui connaissent l'histoire de la basilique Saint-Denis,
02:46voient comment une partie de la gauche ne se contente pas de prendre le pouvoir
02:50mais veut humilier le monde qu'elle balaie.
02:53Donc, il y a un désir d'humiliation
02:55et je pense qu'on ne comprend pas la gauche radicale
02:58si on ne comprend pas à quel point elle veut humilier ses ennemis
03:01qu'elle traite comme des sous-humains.
03:03Autre moment historique qui en dit beaucoup sur la gauche radicale,
03:06la Révolution d'octobre 1917.
03:09Encore aujourd'hui, ils sont nombreux à gauche,
03:11c'est le cas de M. Mélenchon, mais pas que,
03:13à avoir beaucoup d'estime et de sympathie pour Trotsky, pour Lénine.
03:17Mais Trotsky et Lénine sont des gens qui, à l'échelle de l'histoire,
03:19ont décidé d'éliminer massivement leurs ennemis
03:23de la plus violente manière parce qu'ils étaient de trop,
03:26parce qu'ils représentaient le bois mort de l'humanité.
03:28Et il y a ce culte dans la gauche radicale que viendra le moment
03:32où la société va connaître un chaos qui va donner sa chance aux minorités radicales
03:38qui veulent changer le cours de l'histoire.
03:40Donc, on se passe de la majorité endormie,
03:42on se passe de la majorité zombie,
03:44et la minorité radicale s'empare des événements
03:47et peut tout briser, peut tout casser.
03:50Poursuivons sur le 20e siècle,
03:51parce que si on fait l'histoire de l'imaginaire de la gauche radicale,
03:54elle ne cesse d'embrasser les tyrannies.
03:57La Chine, la Chine, ne l'oublions pas,
03:59avec la fascination pour Mao, dans la deuxième moitié du 20e siècle,
04:02on a eu une fascination pour un tyran
04:04qui a entraîné la mort de dizaines de millions d'hommes.
04:08Comment peut-on, quand on a été maoïste,
04:10quelque part au 20e siècle, se pardonner de l'avoir été?
04:12C'est fascinant quand même.
04:13Comment peut-on se dire que c'était normal de l'être?
04:16Comment peut-on se pardonner de l'avoir embrassé
04:20une figure aussi tyrannique?
04:22Et qu'est-ce qu'on trouve dans le maoïsme?
04:24Je donnais des éléments de chaque fois.
04:26C'est la passion aussi pour la rééducation des classes réfractaires.
04:29Vous qui pensez mal,
04:31vous qui n'avez pas les bonnes idées en tête,
04:33on va vous arracher les mauvaises idées du cerveau,
04:35on va vous rééduquer massivement,
04:37vous allez enfin être convertis à l'humanité nouvelle de force.
04:42On pourrait parler de Castro.
04:43Castro, pourquoi encore aujourd'hui,
04:45il y a quelques semaines à peine,
04:46Fabien Roussel a trouvé le moyen de s'enthousiasmer
04:48pour le régime hérité de la révolution cubaine, du castrisme.
04:51Pourquoi?
04:51Et on va en parler avec Julie Bastier,
04:53à propos de Régis Debré d'ailleurs.
04:55Qu'est-ce qui fait en sorte qu'on aime Castro à gauche
04:57et plus largement les autres dictatures sud-américaines?
05:00Parce qu'au nom de l'anti-impérialisme cette fois,
05:02au nom de l'anti-américanisme,
05:04on a une passion pour des régimes autoritaires
05:06qui encore une fois traitent leur peuple comme une fourmilière.
05:09C'est-à-dire qu'on veut soumettre les hommes à une certaine idéologie
05:13et tout ce qui sort de l'idéologie doit être éliminé, doit être coupé.
05:17On doit couper ce qui dépasse.
05:20Et on va aller encore plus loin.
05:21Deux autres exemples.
05:22Michel Foucault, qui avait embrassé la révolution de l'Ayatollah Khomeini,
05:26ou la passion oubliée pour l'Albanie d'Enverodja.
05:30Donc, qu'est-ce qu'on voit à travers ça?
05:32C'est que la passion pour la terreur, la passion pour la violence,
05:35la passion pour l'élimination des ennemis,
05:37la passion pour une humanité régénérée mais délivrée de sa mauvaise part,
05:41ce n'est pas accidentel dans la gauche radicale.
05:44C'est le fond de sa doctrine.
05:46C'est le fond de son imaginaire.
05:48La gauche radicale rêve d'une humanité en tension permanente,
05:52une humanité intégralement politisée,
05:54qui ne tolère pas les bonheurs tranquilles,
05:56qui ne tolère pas la liberté de l'individu,
05:58qui ne tolère pas la possibilité pour l'homme
06:00de ne pas être soumis à l'idéologie.
06:02Et de ce point de vue, cette gauche radicale
06:04est en train de renaître partout en Occident,
06:07et nous ne parvenons pas à le prendre au sérieux
06:08parce qu'on croit encore que la passion de la violence politique
06:13serait marginale et groupusculaire.
06:14Non, elle est au cœur de cet imaginaire qui renaît.
06:17Une question traverse l'histoire de la gauche, Mathieu Bocoté,
06:20celle de la catégorie sociale devant porter cette révolution.
06:24Où en est-elle aujourd'hui à ce sujet?
06:26Alors, ça nous ramène encore à ce qui s'est passé cette semaine.
06:29Marx, on le sait, disait les ouvriers.
06:30Donc, dans la pensée de la gauche radicale,
06:33il y a cette idée qu'il y a une catégorie sociale
06:34qui serait en contradiction avec la société dans son ensemble,
06:37donc sur laquelle on pourrait s'appuyer
06:39pour balayer le monde et le faire recommencer à zéro,
06:42donc une forme de classe levier.
06:43Chez Marx, c'est la classe ouvrière.
06:46Mais on le sait, deuxième moitié du XXe siècle,
06:49on constate que les ouvriers n'ont pas particulièrement envie
06:51de servir de chair à canon révolutionnaire,
06:53de quota à révolution.
06:54Ce qu'ils souhaitent, c'est s'embourgeoiser comme tout le monde.
06:57Ce qu'ils souhaitent, c'est goûter au plaisir de la vie confortable
07:00comme tout le monde.
07:01Ils souhaitent avoir un jardin.
07:03Ils souhaitent avoir une maison.
07:04Ils souhaitent avoir une bonne école pour leurs enfants.
07:06Ils ne souhaitent pas servir de matière première
07:09pour les fantasmes révolutionnaires.
07:11Donc, la gauche va changer de sujet révolutionnaire.
07:14Dans la deuxième moitié du XXe, ça va être la quête des minorités.
07:17Dans les années 70, c'est très clair.
07:19Donc, si vous lisez à l'époque Foucault, Poulanza, ses auteurs,
07:22ils vont vous dire finalement les minorités révolutionnaires.
07:24Aujourd'hui, le nouveau sujet révolutionnaire,
07:26ça va être les prisonniers, les minorités sexuelles,
07:29les fous, disent-ils à l'époque.
07:30Parce que ces gens-là, tous ces gens-là ont la même catégorie.
07:32C'est assez étrange.
07:33Les femmes, pourquoi pas ?
07:35Et les minorités racisées, on dirait aujourd'hui.
07:37Donc, tous ceux qui se définiraient par la marge
07:39doivent être fédérés de force dans un nouveau sujet révolutionnaire.
07:4330 ans plus tard, 40 ans plus tard, ça donne quoi ?
07:45Ça donne Terra Nova.
07:45Terra Nova, c'est la version gestionnaire et normalisée de tout cela.
07:50Qu'est-ce que ça veut dire avec la révolte qu'on voit en ce moment ?
07:53Quelle est la catégorie révolutionnaire désirée aujourd'hui
07:56quand on voit cette crise, ce blocage des lycées ?
08:00D'abord, il y a, on le constate,
08:02la gauche a clairement identifié sa passion.
08:05C'est les minorités issues de l'immigration dans son esprit
08:09qui sont aujourd'hui le nouveau levier,
08:11la jeunesse immigrée dans son esprit,
08:13qui est le levier à partir duquel on peut s'appuyer
08:15pour faire tomber la société.
08:17Et qu'est-ce qu'on fait à travers cela ?
08:18On met justement sur le désir d'une revanche contre-coloniale,
08:23une conscience racialiste de plus en plus révolutionnaire,
08:27une haine du monde occidental de plus en plus vive
08:30et de plus en plus décomplexée.
08:32C'est ce qu'on pourrait appeler la gauche voilà.
08:33C'est cette gauche qui aujourd'hui dit,
08:36nous avons là le peuple de substitution
08:38dont nous avons besoin pour nous débarrasser
08:40de cette civilisation que nous n'aimons pas,
08:42que nous n'aimons plus.
08:43Et je ne dis pas que c'est le cas réellement.
08:46Je ne parle pas des gens tels qu'ils sont eux-mêmes.
08:47Je dis comment la gauche radicale se les représente.
08:50C'est la Nouvelle-France de M. Mélenchon.
08:52Il dit la Nouvelle-France va balayer l'ancienne.
08:54Nous avons enfin ici le peuple révolutionnaire
08:56dont nous avons besoin pour nous débarrasser
08:58d'un monde que nous n'aimons pas.
09:00Puis il y a l'autre partie du sujet révolutionnaire contemporain.
09:04C'est la part issue des populations autochtones françaises.
09:07Mais ce sont souvent, donc les militants
09:09et la base LFI, c'est souvent, on pourrait dire,
09:12les éléments, les victimes de l'effondrement psychique
09:15dans nos sociétés.
09:16C'est-à-dire, ce sont les éléments psychiquement
09:18les plus déstabilisés.
09:19Ce sont ceux qui sont fascinés aujourd'hui par,
09:23on pourrait dire, par...
09:24En fait, c'est le culte des minorités à tout prix.
09:26C'est souvent, et ça, je prends la peine de le dire,
09:28c'est le nouveau lumpenproletariat universitaire.
09:31Parce qu'il y a un drame dans nos sociétés.
09:32C'est la production massive d'analphabètes diplômés
09:36dans les sciences sociales
09:38qui se croient, pour appeler à avoir une promesse professionnelle,
09:41ils ont un beau diplôme.
09:42Le genre de diplôme sur le mode, comment dire,
09:45identité trans au Paraguay, mai 1932, janvier 1934,
09:50études de cas.
09:51Puis ils sont persuadés, avec ceux-là,
09:52d'avoir une très belle carrière devant eux.
09:54Ils découvrent qu'ils sont généralement
09:55totalement inaptes à l'insertion professionnelle.
09:57Quand vous ratez votre vie en ces matières,
10:00vous compensez par la radicalité théorique
10:02et la radicalité idéologique.
10:04Donc, on voit les déclassés de l'université
10:06sont aujourd'hui au cœur de ce nouveau peuple révolutionnaire
10:10désiré par la gauche.
10:12De ces deux catégories, la Nouvelle-France
10:14et les déclassés de l'université
10:16et les différentes victimes de l'effondrement psychique
10:19des temps présents,
10:20laquelle des deux est la plus forte ?
10:21Je crois qu'on peut le deviner, Zéman.
10:24La gauche radicale, si je comprends bien,
10:27veut détruire,
10:28mais elle a aussi son programme de société.
10:31En connaît-on les grands éléments ?
10:32Ah ben oui.
10:33Moi, quand j'entends dire que la gauche
10:34n'a plus de programme, n'a plus d'idée,
10:35mais c'est faux.
10:36Elle a un programme.
10:37On ne peut pas l'aimer, mais elle en a un.
10:38Donc, on va résumer les éléments.
10:40Bon, la fin de la nation
10:41et du monde occidental, tout simplement.
10:42Une aversion qui est alimentée
10:44au racisme anti-blanc.
10:46Et de ce point de vue,
10:46l'immigration massive est l'instrument
10:48pour achever la noyade migratoire
10:50du monde occidental,
10:51qu'on considère que fondamentalement,
10:52l'Occident fait tant de mal sur Terre
10:54que lorsqu'il disparaîtra,
10:56enfin, il en fera du bien,
10:57en s'effaçant tout simplement.
10:59Donc, la volonté d'en finir
11:00avec l'humanité européenne,
11:02c'est le culte de la Nouvelle-France.
11:04Au nom de la planification écologique,
11:05c'est le retour à l'économie planifiée.
11:07C'est au nom de la lutte
11:08contre les changements climatiques,
11:10c'est l'encadrement intégral
11:11et bureaucratique de nos vies.
11:12Au nom de la lutte
11:14pour la justice sociale
11:15et de l'égalité sociale,
11:16c'est demain la confiscation de l'épargne.
11:18Alors, on prétend frapper les milliardaires parasites,
11:21mais dans les faits,
11:22c'est la confiscation de l'épargne
11:23des gens ordinaires
11:24qui se concrétise
11:25par une aversion pour la propriété.
11:27La gauche radicale
11:28n'a jamais cessé de rêver aux phalanstères.
11:30Elle rêve de logements sociaux pour tous.
11:32Elle s'oppose à la propriété.
11:34Elle s'oppose à la possibilité
11:35d'avoir son propre domaine,
11:37son propre jardin privé
11:39qui se dérobe à la société.
11:40Il y a aussi chez elle
11:41la fin de la famille,
11:42l'aversion pour la famille
11:43qu'on a vu avec Mme Clémence Guéthé récemment,
11:45qui voulait remplacer la famille
11:46par l'amitié,
11:48qu'il te fait institutionnaliser, codifier.
11:50Ces gens-là veulent toujours, finalement,
11:51que l'État se mêle de nos relations.
11:53Il y a la censure généralisée,
11:55la volonté de casser la presse dissidente.
11:56Nous savons le sort
11:57que la gauche radicale
11:58veut réserver à CNew
11:59si jamais elle prenait le pouvoir.
12:00Mais encore une fois,
12:01tout cela ne sera possible
12:02si d'abord et avant tout
12:03on fait brûler le monde
12:04tel que nous le connaissons.
12:05Et de ce point de vue,
12:06ce qui se passe dans les lycées,
12:07c'est un symbole
12:09du sort à réserver au monde
12:10par cette gauche radicale.
12:11Sous-titrage Société Radio-Canada
12:13Sous-titrage Société Radio-Canada

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