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  • il y a 4 jours
Dans son édito du 05/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors bien franchement, qu'appelle-t-on Cinquième République aujourd'hui?
00:04Si le général de Gaulle, par je ne sais quel, vous savez qu'avec le Ouija, on peut parler aux
00:09morts,
00:09avec des techniques relevantes de l'occultisme, est-ce qu'on demandait au général de Gaulle,
00:13est-ce que vous reconnaissez ce qu'est devenu la Cinquième République?
00:16Je ne suis pas certain qu'il s'enthousiasmerait pour ce qu'elle est devenue.
00:19Je ne suis même pas certain qu'il y verrait son propre enfant.
00:22Point de départ.
00:23Bruno Retailleau, cette semaine, donc, à la fois dans le cadre de la présidentielle, évidemment,
00:27mais dans une réflexion qui, chez lui, est antérieure à cette seule séquence présidentielle,
00:32nous dit que les institutions ne nous permettent plus aujourd'hui de réformer la France.
00:37Les grandes décisions politiques nécessaires pour le pays ne sont plus possibles aujourd'hui
00:44parce que nos institutions sont ligotées, parce que le pouvoir politique a été vidé de sa substance,
00:49parce qu'il y a aujourd'hui un gouvernement des juges, un contrôle constitutionnel,
00:53une superstructure européenne qui empêche aujourd'hui de prendre les décisions nécessaires.
01:00Donc, Retailleau dit, qu'est-ce qu'on doit choisir dans telles circonstances?
01:04Est-ce qu'on doit choisir les institutions ou est-ce qu'on doit les réformer,
01:08les réformer, dis-je, les transformer, pour donner à nouveau le pouvoir au peuple français?
01:14Première question.
01:16Deuxième question qu'il pose et qui est fondamentale, il se demande,
01:19est-ce que le peuple est encore le souverain aujourd'hui ou est-ce que du peuple on se méfie?
01:25Parce que fondamentalement, toute la pensée politique des dernières décennies
01:28s'est construite sur une méfiance par rapport au peuple.
01:31On regarde le peuple à la manière d'une masse inquiétante et grouillante.
01:35On ne parle du peuple d'ailleurs, généralement, que pour parler de populisme.
01:39Ensuite, on dit qu'il est nécessaire de contrôler les inquiétantes majorités.
01:43Donc, est-ce que le peuple est encore souverain?
01:45Et Retailleau dit, il faut que le peuple redevienne souverain.
01:48Et redevenir souverain, c'est-à-dire que ce n'est plus le Conseil constitutionnel qui est souverain.
01:52Ce n'est plus le Conseil constitutionnel qui dit qu'il y a le dernier mot en tout.
01:56Retailleau dit, je reviendrai dans un instant,
01:58si le Conseil constitutionnel décide de censurer une décision XYZ,
02:03le peuple doit avoir les moyens de censurer le Conseil constitutionnel, globalement.
02:06Donc, il veut reconstituer politiquement le peuple.
02:10Et, on l'a vu d'ailleurs ces dernières années,
02:12le Conseil constitutionnel ne se contente plus d'un contrôle de constitutionnalité minimal.
02:17Le Conseil constitutionnel juge le contenu idéologique des lois.
02:22Et il y a toute une dérive, en fait, sur plusieurs décennies,
02:26où on a vu le Conseil constitutionnel s'arroger des pouvoirs qu'il n'avait pas à l'origine,
02:32multiplier les textes à partir desquels il se permet d'interpréter aujourd'hui le droit,
02:37d'interpréter les lois et de les révoquer ou de les autoriser.
02:41Donc, on a été, c'était une formule qui revenait souvent,
02:43une forme de coup de force des juges, en quelque sorte.
02:46Je prends la peine de dire, encore une fois, que ce n'est pas une exclusivité française.
02:49On l'a vu partout en Occident.
02:52Que veut Retailleau dans les circonstances ?
02:54Élargir l'article 11, donc pour élargir le périmètre du référendum, en quelque sorte.
02:59Deuxième élément, faciliter le référendum d'initiative partagée.
03:03Donc, autrement dit, donner un pouvoir d'initiative constitutionnel, référendaire au peuple.
03:08Troisième élément, un bouclier constitutionnel partiel.
03:11Partiel par rapport aux normes européennes.
03:13Donc, il dit, le droit européen ne doit pas primer chaque fois.
03:16On doit être capable de se protéger.
03:18Ce qu'avait proposé Michel Barnier, soit dit en passant,
03:20au moment de la primaire à la droite, il y a de cela des années.
03:23Et ensuite, il doit être possible de, je le disais, de censurer le Conseil constitutionnel.
03:29Donc, passer par le peuple, par référendum ou par congrès,
03:31pour dire, désolé, le Conseil constitutionnel n'aura pas le dernier mot.
03:35Je l'ai dit, c'est partout en Occident, et je me permets de vous parler de mes lectures d
03:38'été.
03:39Lecture de plage, lecture de Montréal.
03:41Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt.
03:43Cet été, je me suis replongé dans un sujet passionnant, c'est le New Deal.
03:46Vous savez, le New Deal, c'est ce tournant dans les années 30 aux États-Unis,
03:49la mise en place de l'État technocratique, de l'État social,
03:53la mise en place de la social-démocratie à l'américaine,
03:56l'équivalent en France du Front populaire, si on veut.
03:58La mise en place, donc, d'une société nouvelle.
04:00Et qu'est-ce qu'on voit quand on se met en place une société nouvelle dans le cadre du
04:04New Deal?
04:04C'est la promotion, par exemple, d'une classe sociale qui va avoir une catégorie sociale qui aura un pouvoir
04:09immense.
04:09C'est le pouvoir des bureaucrates.
04:11Les bureaucrates sont les vestes, c'est vraiment la classe dominante dans les sociétés collectivistes bureaucratiques.
04:18De la même manière, quand vous avez une société hyper bureaucratisée, vous réformez les mentalités.
04:22Le commun et mortel prend l'habitude de demander à l'État la permission,
04:27prend l'habitude d'espérer que l'État fasse à sa place telle ou telle action, on pourrait dire collective
04:34ou individuelle.
04:35Donc, l'ampleur de la bureaucratie transforme les mentalités et nous transforme globalement dans la logique de l'assistanat.
04:43Appliquons le même raisonnement à la question du gouvernement des juges.
04:46Qu'est-ce qu'on a vu depuis une quarantaine d'années?
04:48La catégorie sociale dominante qui domine aujourd'hui, en fait, qui surplombe la vie politique, qui exerce l'hégémonie, ce
04:54sont les juges.
04:55Et pourquoi les juges sont-ils si puissants?
04:57Parce qu'ils se sont dérobés de la souveraineté populaire.
05:00Ils prétendent interpréter à partir de différentes chartes de droit,
05:04puis ils ne cessent d'étendre l'empire des chartes de droit,
05:06ou des déclarations des droits de l'homme, ou des préambules de ci, des préambules de ça.
05:09Ils se sont donnés les moyens d'invalider, de déconstruire, de neutraliser, d'anéantir la souveraineté populaire.
05:16Et dans la société, je ne vais pas vous dire des juges, dans une société hyper judiciarisée,
05:21chaque individu, désormais, il est dans la logique des droits.
05:24Mes droits, mes droits.
05:25Donc, le politique est toujours en train de brimer ses droits.
05:27Il se tourne vers les juges, mes droits.
05:29À terme, ça fait une politique impuissante.
05:31Quoi qu'il en soit, quand on est dans une situation comme celle-là aujourd'hui,
05:34où il y a des décisions qui sont très majoritaires,
05:36en fait, des aspirations très majoritaires dans la population,
05:39et un cadre constitutionnel qui empêche la traduction de ces aspirations en décision,
05:45vous avez tous les éléments d'une crise de régime.
05:49Un blocage entre, d'un côté, la souveraineté populaire et un corset constitutionnel.
05:54Par ailleurs, Mme Browne-Pivet, cette semaine, a été la plus vive critique de M. Retailleau.
05:59En disant que la Constitution, dit-elle, elle est en total désaccord avec lui.
06:03Elle dit que la Constitution, c'est notre bien le plus précieux
06:06et qu'il faut aussi se plier aux décisions du Conseil constitutionnel
06:09plutôt que passer outre les décisions du Conseil constitutionnel.
06:12Donc, Mme Browne-Pivet, qui est une femme intelligente,
06:15qui mérite tout notre respect, la question n'est pas là,
06:17mais nous explique que la Constitution, telle qu'elle est devenue,
06:20pas la Constitution des origines de la Ve République,
06:22mais la Constitution prise en charge par le Conseil constitutionnel,
06:27interventionniste comme jamais, méfiant l'endroit de la population,
06:30eh bien, c'est lui qui, désormais, doit avoir le pouvoir.
06:33Nous sommes devant un choc entre deux conceptions de la légitimité.
06:36Le choc se concrétisera tôt ou tard.
06:38Philippe de Villiers, hier soir, et je remercie les téléspectateurs de CNews
06:42qui étaient très nombreux pour la rentrée de Philippe de Villiers,
06:45s'est invité dans ce débat en rappelant que dans le cadre européen actuel,
06:50une réforme constitutionnelle serait probablement entravée.
06:53Pour lui, c'est l'Union européenne qui, en dernière instance, poserait problème.
06:58Et c'est une réflexion intéressante.
06:59En fait, j'ai regardé hier votre émission avec lui,
07:01et Villiers dit qu'on peut réformer la Constitution,
07:04on peut chercher à créer un bouclier constitutionnel partiel,
07:06mais, en dernière instance, l'Empire européen.
07:09Là, ce sont mes mots, ce ne sont pas les siens, évidemment.
07:11L'Empire européen est un empire qui a constitué une souveraineté
07:15dont la principale fonction est de mater les provinces rebelles que sont les nations
07:20lorsqu'elles veulent se gouverner en fonction de leur identité, leurs intérêts,
07:24et non pas en fonction des catégories juridiques ou idéologiques à la mode à Bruxelles.
07:30Donc, nous sommes devant un empire qui veut mater les peuples.
07:34Il l'a fait à plusieurs reprises, soit dit en passant.
07:36Mme von der Leyen n'a jamais caché son désir de mater les peuples
07:39s'il décidait d'être un peu trop souverain.
07:42On nous dit quelquefois que l'Union européenne change un peu en ce moment.
07:45Ce n'est pas complètement faux, mais ce sont des changements à la marge.
07:48Il a fallu beaucoup de temps pour cela.
07:50Quoi qu'il en soit, la réponse à cela est Villiers.
07:53Je pense à raison de nous rappeler à quel point le cadre européen
07:56est un cadre contraignant qui étouffe et neutralise la souveraineté nationale.
07:59Est-ce que ça veut dire que demain matin, on doit faire sur le mode britannique un Frexit ?
08:04Je pense que c'est une solution trop rapide qui ne correspond pas aux sentiments populaires.
08:08Ce qu'on peut espérer, si on est dans une logique souverainiste, on n'est pas obligé de l'être,
08:12c'est davantage, plutôt qu'un Frexit sur le mode du grand soir,
08:16c'est que la France déciderait de mener la politique conforme à ses intérêts.
08:20Et si ça implique d'aller à l'encontre des traités
08:23ou d'une interprétation exagérément rigoriste des traités,
08:27il devrait être possible d'agir en ce sens.
08:30Ce qu'a suggéré cette semaine, je ne dis pas nécessairement mon point de vue,
08:34j'essaie de comprendre la mentalité des uns des autres,
08:36ce qu'a suggéré Jean-Luc Mélenchon.
08:37Jean-Luc Mélenchon dit qu'il faut désobéir aux traités.
08:40De l'autre côté, on entend à droite des gens dire
08:42qu'il ne faut pas faire un Frexit, il faut faire un Bruxit.
08:46Sortir de l'Empire de Bruxelles.
08:48Ce qu'ont proposé des gens comme Charles Gave,
08:50ce que propose un homme comme Philippe de Villiers aujourd'hui à sa manière,
08:53donc une politique qui consiste à dire
08:55qu'on agit en fonction de nos intérêts
08:57et qu'on cesse d'avoir une interprétation fondamentaliste du droit européen.
09:01Et s'il y a contradiction entre l'intérêt national
09:03et l'interprétation rigoriste du droit porté par Bruxelles,
09:08eh bien, c'est la nation qui l'emporte.
09:09Donc, certains diront que c'est un Frexit à la pièce.
09:12Je n'en sais rien.
09:14Peut-être est-ce simplement le retour à l'Europe des États
09:16souhaité par le général de Gaulle, dont tout le monde se réclame.
09:18On apprenait ce matin que 69 % des Français sont favorables
09:21à la restauration du délit de séjour illégal.
09:23En France, comment cette information s'emboîte-t-elle
09:26avec ce que vous venez de dire, Mathieu Bocoté ?
09:29Théoriquement, c'est le simple bon sens.
09:31Vous venez chez nous, vous n'en avez pas le droit,
09:34il faut donc qu'il y ait une sanction.
09:35Il n'y a pas un droit fondamental à s'installer chez quelqu'un
09:38sans en avoir la permission.
09:3969 % des Français veulent revenir à cela.
09:43Mais pourquoi nous n'y sommes plus ?
09:45Parce qu'en 2012, à l'époque de François Hollande,
09:47il y a eu la loi Valls, Manuel Valls,
09:48c'est un homme de qualité,
09:49mais qui, sur cela, a peut-être pris une décision étrange.
09:53Donc, décide, avait fait en sorte qu'il n'était plus possible
09:56de punir le séjour irrégulier par une peine de prison.
10:01Par exemple, ce n'était plus possible.
10:02Pourquoi avait-il fait cela ?
10:03pour s'adapter à une directive européenne.
10:07Donc, la loi française avait été adaptée,
10:09adaptée déjà en fonction de la directive européenne
10:12pour ne pas être en contravention,
10:14en contradiction avec l'Europe.
10:15Donc, la France avait capitulé sur sa souveraineté là-dessus
10:17comme si la France était devenue simplement gestionnaire
10:19et non plus souveraine.
10:21Ça nous ramène à la question dont on parlait il y a un instant.
10:24Qui décide en dernière instance ?
10:25Est-ce que l'Assemblée nationale,
10:26est-ce que le gouvernement,
10:27est-ce que le pouvoir politique en France
10:29a simplement en fonction d'adapter la France à l'Europe
10:32ou est-ce que la conception mondialiste,
10:35gestionnaire, autoritaire, impériale de l'Union européenne
10:37qu'on a connue depuis une trentaine d'années,
10:39elle n'a pas fait faillite devant nous ?
10:41Donc, cette idée, il ne s'agit pas encore une fois
10:43juste de détruire l'Europe.
10:44La civilisation européenne est merveilleuse
10:45et il doit exister un patriotisme de civilisation.
10:48Mais peut-être qu'aujourd'hui,
10:49l'Union européenne telle qu'on la connaît,
10:51c'est le contraire de la civilisation européenne
10:53telle qu'on l'aime.
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