00:06L'invité de ce Smart Impact, c'est Edouard Dumas, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes le président de la compagnie Dumas, entreprise familiale qui existe depuis 1910
00:14et qui est implantée depuis cette date-là, c'est ça, dans Lyon, à Tonnerre.
00:19Alors il y a une double question, un, la longévité et deux, la persistance géographique.
00:25Comment vous l'expliquez ?
00:26Alors la longévité, c'est parce qu'en fait, à chaque génération, il n'y a eu qu'un repreneur.
00:31Ce qui fait que pour manager, c'est beaucoup plus simple.
00:35Et c'est le cas encore pour moi, puisque j'ai racheté l'entreprise à la famille en 2018,
00:39mes frères et soeurs, parce qu'on était cinq.
00:42Et donc ça, ça fait partie des explications, en tout cas de la longévité.
00:45Et puis la longévité, elle est aussi liée à la possibilité et à la capacité de la famille à s
00:50'adapter,
00:50parce qu'on n'a pas toujours fait le métier qu'on fait aujourd'hui, les oreillers et les couettes.
00:54Initialement, on a racheté une entreprise de récupération à la famille Pierrot-Pradier,
00:58qui était ministre de la Troisième République à l'époque.
01:01Et donc de ferrailleurs, chiffonniers, on est passé par les pots de lapins avant d'arriver sur les plumes et
01:06duvet.
01:07Et donc pour finir par la confection des articles que l'on vend aujourd'hui.
01:12Oui, donc des oreillers, des couettes et l'ancrage territorial, vous auriez pu déménager, aller ailleurs.
01:19Pourquoi vous êtes resté dans Lyon ?
01:21Alors, principalement, c'est une question de savoir-faire, d'ancrage bien évidemment familial aussi.
01:30Toute PME familiale a ses racines et capitalise dessus pour pouvoir fortifier son écosystème.
01:38C'est le cas aujourd'hui avec la compagnie Dumas et notamment une mairie de Tonnerre qui est enclin à
01:44faire en sorte de nous garder parmi elles.
01:47Et donc, ça facilite beaucoup de choses.
01:49Là, on va reconstruire un atelier, d'ailleurs le premier coup de pelle est ce matin, de 1000 mètres carrés.
01:58Et bien évidemment, on a des facilités pour déposer les dossiers.
02:02Enfin, tout est beaucoup plus simple quand on connaît les gens et quand l'écosystème que l'on a autour
02:06de soi est enclin à coopérer.
02:09Vous êtes labellisé entreprise du patrimoine vivant.
02:13Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
02:14Il y a des savoir-faire, d'ailleurs ça rejoint ce que vous venez de décrire,
02:17que vous faites perdurer en quelque sorte ?
02:21Alors oui, en effet, on a des techniques de fabrication qui sont bien particulières.
02:26C'est un label d'État et dont la démarche est volontaire.
02:31Toute entreprise peut y souscrire.
02:34C'est une démarche qui, en plus de ça, est labellisée et certifiée par une personne tiers, un organisme tiers.
02:42Et donc, ça permet en effet de mettre l'accent et de souligner le trait de toutes ces entreprises qui
02:48ont des savoir-faire très particuliers.
02:51Ce n'est pas contradictoire, par exemple, avec l'industrialisation ?
02:54Alors, l'industrie parfois a besoin, bien évidemment, de savoir d'où elle vient pour industrialiser un peu plus, automatiser
03:01un peu plus.
03:02La répétition des gestes de certains ouvriers nécessite parfois d'avoir une automatisation pour avoir une régularité
03:10et puis pour pouvoir aussi prétendre à rester en France par rapport à la compétitivité que l'on doit forcément
03:18conserver
03:20et ça avec des contraintes qui sont quand même de plus en plus grandes.
03:24Et c'est pour ça qu'à la compagnie Dumas, on a tout un tas de marchés différents qui vont
03:28vraiment de gros volumes
03:30avec l'hospitalité et l'hôtellerie, notamment des groupes comme Accor,
03:34mais également avec des choses très raffinées, très particulières, des produits qui sont faits main.
03:40Du sur-mesure et du très haut de gamme.
03:42Exactement, et donc on a un panel de produits qui est quand même assez large
03:46et qui permet de répondre d'un côté par le biais de l'artisanat
03:50et de l'autre côté par le biais de l'industrie.
03:52On marche vraiment sur deux jambes à la compagnie.
03:54Quelques chiffres, donc je l'ai dit, créé en 1910, une cinquantaine de salariés,
03:582 millions d'oreillers, 200 000 couettes, produits, produites chaque année
04:03et une marque que vous avez créée il y a 4 ans, je crois, qui s'appelle Edona,
04:07qui concentre un peu vos engagements en matière environnementale et sociétale, c'est ça ?
04:13Tout à fait. En fait, on a fait notre premier bilan carbone en 2009,
04:17donc c'est quand même assez précoce.
04:19Oui, vous étiez plutôt pionnier, oui.
04:21Tout à fait. Et depuis cette date, on compense en carbone notre activité par la plantation d'arbres.
04:27Alors dans un premier temps, c'était au Pérou avec Tristan Lecomte à l'époque.
04:30Et puis on commence à le faire aujourd'hui sur notre territoire
04:35en plantant des arbres en Bourgogne, et ça avec nos collaborateurs.
04:40Donc on ferme l'usine et puis on va planter des arbres.
04:43Alors ça, ça fait partie des engagements qui sont visibles,
04:47parce qu'il y a forcément une action qui va avec, qui est la plantation d'arbres.
04:51Mais il y a toutes ces actions, on parlait d'écosystème tout à l'heure avec la mairie,
04:55mais pas seulement, il y a toutes les entreprises qui gravitent autour de la ville de Tonnerre
04:59et plus largement dans le département, qui sont également des acteurs incontournables.
05:06Je fais partie d'un groupement qui s'appelle APM, Association du Progrès pour le Management.
05:12Et typiquement, ce sont des chefs d'entreprise altruistes qui visent la coopération plutôt que la compétition.
05:20Et ça donne des choses qui sont assez intéressantes en termes de développement.
05:23Alors là, vous avez cité des actions de compensation, le fait de planter les arbres,
05:27mais dans vos processus de production, qu'est-ce que vous avez changé ?
05:30Je ne sais pas, par exemple, est-ce qu'il y a de la récupération, du recyclage, de l'économie
05:34circulaire ?
05:35Alors, bien évidemment, il y a eu plusieurs étapes.
05:37La première étape, c'était de sourcer des produits, des matières premières,
05:42qui étaient principalement issues du recyclage, aux consumers visés en tout cas.
05:47Dans le pire des cas, on essayait de récupérer des matériaux qui étaient post-production.
05:53Et puis, ensuite de ça, on a commencé à initier différents programmes.
05:59On en a un avec le groupe Accor sur la récupération des produits en fin de vie,
06:03qui est notamment financé par l'ADEME, et qui débute cet automne.
06:08On a également un programme assez sérieux, puisque c'est une circularité parfaite avec le groupe Air France.
06:17Vous récupérez quoi ? Des oreillers, par exemple ?
06:19Alors, on fournit le groupe Air France depuis 35 ans, et on fabrique les oreillers de la classe éco jusqu
06:24'à la première.
06:25On a d'ailleurs un partenariat avec la marque Duma Paris pour la première classe,
06:30qui vient d'être élue meilleure que la première classe du monde la semaine dernière.
06:33On est très fiers.
06:34Et donc, avec cette compagnie, on récupère notamment le surmatelas qui a été développé expressément pour eux,
06:45pour la business classe.
06:47En fait, on le défibre.
06:49Et en faisant ce défibrage, en le récupérant, puisqu'on a une proximité aussi,
06:53la logistique est un point important pour la récupération et le recyclage.
06:59Cette proximité nous permet vraiment de récupérer ces matériaux, de les défibrer et de les réincorporer dans des produits.
07:04Est-ce qu'il y a une filière, au-delà de votre entreprise, de la compagnie d'humains,
07:09une filière de la récupération des couettes, des oreillers en fin de vie, ou est-ce qu'il faut la
07:14créer ?
07:15Non, il faut tout créer de toutes pièces.
07:17En fait, on a un éco-organisme qui s'appelle Éco-Maison.
07:19Comme pour les téléviseurs ou les frigos, vous avez une éco-participation pour nos produits.
07:24Et donc, ça finance cet éco-organisme qui rétrocède différents portefeuilles et enveloppes
07:32pour des projets d'éco-conception, de récupération, de collecte.
07:36Donc, sur l'oreiller et la couette, aujourd'hui, tout est à construire.
07:40Ce n'est pas un réflexe des citoyens ou des consommateurs, j'ai l'impression.
07:44Pas spécialement, non.
07:46Pas spécialement.
07:46Et puis, alors, si en plus de ça, on prend une particularité,
07:50qui est le produit garni en plumes et duvet, parce qu'il y a différentes catégories de produits,
07:54les gens ont l'impression d'avoir un trésor.
07:56Et de manière générale, plutôt que de mettre à la poubelle un produit de ce type,
08:00il est conservé pour rester pour la chambre d'amis ou au cas où.
08:06Et c'est vrai qu'on a de grandes difficultés à savoir quel est le gisement réel
08:11qu'on pourra capter une fois la mise en place de cette filière.
08:15Un mot pour terminer de la certification Bicorp que vous avez obtenue il y a deux ans.
08:22Là aussi, c'est un engagement qui est quand même important parce que les critères sont rudes.
08:27Et ils vont le devenir encore plus.
08:31D'ailleurs, ça vous a demandé beaucoup d'investissements humains, collectifs ?
08:36Oui, tout à fait.
08:36C'est une vraie démarche.
08:38Et c'est aussi pour ancrer notre dynamique.
08:42On a une politique et une trajectoire avec une feuille de route SBTI sur 2030 qui est assez costaud.
08:49Et l'objectif, c'est vraiment de réduire non pas notre impact seulement sur la partie carbone.
08:54Avec la plantation d'arbres, c'est une partie de notre compensation.
08:57Mais le but, c'est aussi de viser la biodiversité puisqu'on est avec les plumes et duvet un peu
09:02impliqués dans la question agricole.
09:05Bien que ce soit des produits de récupération, parce que c'est de la plume et duvet qui est issue
09:10des animaux une fois abattus,
09:13et élevés pour leur viande.
09:14Et donc, là, en l'occurrence, Bicorp, c'était vraiment l'objectif de démontrer que la compagnie Dumas était pionnière
09:22dans toutes ses démarches.
09:23Et on a eu un score phénoménal de 118.
09:26Et on espère, on est déjà amorcé.
09:29Eh bien oui, ça met la pression pour le prochain.
09:31Pour la renotation et qui s'annonce ardu comme vous l'avez évoqué, parce que le référentiel a un peu
09:38évolué et un peu changé.
09:39Merci beaucoup, Edouard Dumas.
09:42Sur Bsmart4Change, on passe à notre débat.
09:44On va parler pilotage de la stratégie ESG d'une entreprise.