00:00Les attaques de drones ukrainiens sur les sites pétroliers russes semblent porter leurs fruits,
00:04puisque la production de pétrole russe devrait être la plus faible depuis 17 ans, a fait savoir Moscou.
00:09Votre parti pris géopolitique, Mathieu Jolivet, c'est plus que jamais les alliés doivent être actifs en Arctique,
00:15là où Poutine, loin des drones ukrainiens, cherche à redonner un coup de feu à sa production pétrolière.
00:21Oui, le débouché énergétique arctique est ultra stratégique, mais il a aussi ses vulnérabilités stratégiques,
00:27car les gisements de pétrole y sont colossaux, en particulier le projet de Vostok Oil dans le nord de la
00:33Sibérie.
00:34On parle de 13 gisements, d'une réserve estimée à 50 milliards de barils bruts,
00:39d'un oléoduc de 800 kilomètres qui achemine ce pétrole sur la côte arctique.
00:43L'objectif est d'y produire 2 millions de barils par jour, c'est l'équivalent de 2% de
00:48l'offre mondiale de pétrole.
00:49Ce qui se joue derrière Vostok Oil, c'est l'avenir énergétique de la Russie.
00:54Le projet a pris du retard, car les sanctions occidentales ont fait fuir les investisseurs,
00:59mais aujourd'hui, ça c'est un symbole fort pour Poutine.
01:01Pour la première fois en septembre, du pétrole de Vostok Oil a été exporté.
01:07Et puis je le disais, ce relais arctique est d'autant plus important pour Poutine,
01:11que ses infrastructures énergétiques sont sous la pression des drones ukrainiens.
01:15Oui, de nombreuses raffineries et sites de stockage sont à leur portée.
01:19Les dégâts sont considérables.
01:20En septembre, 7 sites russes ont été mis hors d'usage, dont une raffinerie près de Moscou, exploité par Gazprom.
01:27L'impact macroéconomique est désormais visible.
01:30Le pétrole et le gaz ne représentent plus que 13% du PIB russe contre 20% avant la guerre
01:36en Ukraine.
01:37On comprend mieux l'intérêt du relais arctique, là où les gisements sont colossaux,
01:41là où les sites pétroliers ne sont pas à portée des drones ukrainiens.
01:45Et l'activité énergétique russe est surveillée de près par les occidentaux.
01:49Oui, et des vulnérabilités ont déjà été repérées.
01:52Par exemple, une majorité du brut russe de l'Arctique passe par seulement deux navires,
01:57l'Umba et le Kola.
01:58Ce sont en fait deux énormes réservoirs flottants.
02:01Des pétroliers ultra spécialisés qui passent la banquise,
02:04viennent y déposer leur cargaison.
02:06Et là, d'autres navires, ceux de la flotte fantôme russe,
02:09prennent le relais, viennent la récupérer pour l'emmener jusqu'au client final.
02:13C'est une organisation assez efficace.
02:15Mais ces transbordements énergétiques dans l'Arctique russe
02:19se concentrent sur seulement cinq sites bien identifiés,
02:23dont ces deux réservoirs flottants, l'Umba et le Kola.
02:26Ça, c'est un point de vulnérabilité.
02:28C'est pour ça que ces navires stratégiques russes coupent leur balise GPS
02:32ou transmettent de fausses positions.
02:34Par exemple, le signal du Kola le situe au large des côtes nigériennes,
02:39alors qu'il continue d'opérer dans la zone arctique.
02:42Alors, autre levier de pression sur lequel jouent les Occidentaux,
02:44c'est la flotte de brise-glaces nucléaires russes.
02:48Oui, car ce sont eux qui ouvrent des passages dans la banquise
02:51pour permettre à ces navires de circuler.
02:53Sans ces brise-glaces, le pétrole russe de l'Arctique ne peut pas être exporté.
02:57Un levier pour les Occidentaux, c'est donc de compliquer la construction
03:01et l'entretien de ces brise-glaces russes.
03:04Par exemple, en sanctionnant les fabricants de composants étrangers
03:07qui travaillent pour ces chantiers russes.
03:09C'est un exemple concret, la Russie n'a pas de cale-sèche dans l'Arctique
03:13adaptée à l'entretien de ces brise-glaces nucléaires de dernière génération.
03:17Il lui faut donc une installation capable de sortir ces énormes bateaux de l'eau
03:21pour les réparer.
03:23Elle a donc commandé un dock flottant géant de 220 mètres en Turquie,
03:27mais les Britanniques ont pris des sanctions
03:29et ce dock a été intercepté en Méditerranée
03:32alors qu'il allait être livré aux Russes.
03:34Donc l'idée, c'est vraiment d'affaiblir la flotte russe de brise-glaces nucléaires.
03:39La pression occidentale sur ce débouché énergétique
03:41en région arctique russe pourrait s'intensifier.
03:45C'est en tout cas ce que recommandent les auteurs
03:47du think tank de défense américain, le CSIS.
03:51On parle là d'un des robinets qui permet à Moscou
03:54de financer son effort de guerre.
03:55Merci Mathieu Jolivet pour ce parti pris.