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Avec Michel Maffesoli, professeur émérite à Sorbonne et sociologue

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##GENERATION_BERCOFF-2026-07-25##

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News
Transcription
00:0013h-14h, Sud Radio, Génération Bercoff, André Bercoff, Céline Alonso.
00:08Génération Bercoff, l'émission qui vous raconte les grandes transformations du monde depuis 60 ans,
00:13à la lumière de votre parcours de journaliste, d'écrivain et de témoin privilégié, André Bercoff.
00:18Et aujourd'hui, c'est d'un événement fondateur de la société française contemporaine dont nous allons parler,
00:24à savoir mai 68, souvenez-vous, le quartier latin à Paris, cœur battant de la révolte étudiante.
00:31Au quartier latin, ce fut la journée la plus longue.
00:34Après plusieurs autres villes aussi différentes que Rome, Berlin, Ouest ou Varsovie,
00:37l'agitation étudiante s'est manifestée à Paris.
00:55Libérez nos camarades, effectivement, ce slogan André Bercoff est bien prononcé dès le 3 mai 68
01:01pour protester contre l'arrestation d'étudiants ce jour-là.
01:05Alors vous André, cette révolte, vous l'avez vraiment vécu de l'intérieur,
01:08mais vous n'étiez pas un 68 art encarté André.
01:11Vous savez, je n'ai jamais été encarté en quoi que ce soit,
01:14et encore moins d'opposition contre elle ou pas.
01:17Ah, oui, ça a été absolument passionnant, oui, je l'ai vécu,
01:21et je vais vous dire, la France m'a fait un cadeau extraordinaire,
01:26ça faisait un an que j'étais installé en France,
01:28je venais, comme vous le savez, du Liban, on l'a raconté sur Sud Radio,
01:32dans les épisodes précédents.
01:34Eh bien, j'ai vécu mai 68, ce mois incroyable,
01:39comme une grande fête, une fête libertaire,
01:42une fête jouissive, une fête avec ses bons et ses mauvais côtés,
01:46on en parlera d'ailleurs avec le sociologue Michel Maffézoli,
01:49notre ami Michel Maffézoli,
01:50qui a bien parlé des soulèvements et de tout le reste.
01:54En fait, mai 68, je vais vous dire,
01:57c'est quelque chose qu'aujourd'hui on a tendance à dénigrer,
02:01mais ce n'est pas que ça, loin de là.
02:05Eh oui, mai 68, André Bercoff a été un véritable séisme politique en France,
02:09pour le meilleur et pour le dire, pour le pire pardon,
02:12les causes, les conséquences, l'héritage de ceux que certains appellent une fausse révolution
02:17et d'autres une vraie mutation.
02:19Eh bien, on va en parler dans un instant sur Sud Radio.
02:22Alors, restez avec nous.
02:2413h14, Sud Radio, Génération Bercoff,
02:28André Bercoff, Céline Alonso.
02:29Mais, mais, mais, Paris, mais, mais, mais, mais, Paris.
02:38C'est ainsi, je l'avoue.
02:40Claude Nougaro, André Bercoff qui célèbre mai 68.
02:44Alors, à cette époque, vous viviez à Paris.
02:46De Gaulle était au pouvoir depuis dix ans.
02:49Quel était le visage de cette France de 1967
02:52et surtout dans quel état d'esprit était la jeunesse, André ?
02:55Écoutez, moi, comme je vous ai dit, c'était un sacré cadeau,
02:58mais je voudrais rappeler quelques points d'histoire
03:03puisqu'aujourd'hui, c'est déjà l'histoire, avec un grand H.
03:06Il y a quelques mois avant son titre, en mars,
03:10Le Monde était encore, le quotidien Le Monde était encore un journal de référence
03:14et son rédacteur en chef, Pierre Viançon Ponté, pardon,
03:19avait écrit, c'était en mars 1968,
03:23il avait écrit La France s'ennuie.
03:25N'oubliez pas, il faut vraiment rappeler ça,
03:27que c'était les 30 glorieuses,
03:29que la croissance était formidable,
03:32que c'était le plein emploi,
03:34c'était après la catastrophe, la seconde guerre mondiale, etc.
03:37C'était revenu très fortement.
03:39Donc, économiquement, quand on compare à 26,
03:43on meurt de rire, enfin de rire,
03:45ou on pleure à chaudes larmes.
03:47Donc, il faut oublier ça.
03:49C'était vraiment la France en pleine renaissance.
03:52Et c'est à ce moment-là,
03:54et peut-être à cause de ça, on en reparlera plus tard,
03:57que c'est vraiment,
03:59ça a éclaté comme un coup de pistolet dans un ciel serein.
04:03Je vous dis, la France s'ennuie.
04:04Tout le monde dit, oui, mais il ne se passe rien, c'est merveilleux.
04:07Tout va bien, vous savez.
04:08C'était déjà la fin de l'histoire.
04:09Et oui, la France s'ennuie, André Bercoff,
04:11la France était en paix,
04:12on peut dire que c'était quand même une paix grise,
04:14il n'y avait pas de grands enjeux à l'époque,
04:16pratiquement plus même, dirais-je.
04:18Disons que la guerre d'Algérie s'était terminée depuis 6 ans,
04:23avec la dépendance,
04:24il n'y avait plus de guerre coloniale,
04:26il n'y avait plus tout ça,
04:27et je vous dis, pas de chômage,
04:29le budget, l'équilibre,
04:30et quel équilibre ?
04:31La croissance, etc.
04:33Donc, on ronronnait toute la guerre.
04:35Et oui, la France ronronnait,
04:36et tout d'un coup, André,
04:37tout explose le 22 mars 1968.
04:41Ce jour-là, 142 étudiants menés par Daniel Cohn-Bendit
04:44occupent la faculté de dentaire,
04:47ils allument la mèche,
04:48et c'est les prémices de mai 68, écoutons-le.
04:51La nature du mouvement est celle
04:53que des étudiants refusent leur fonction
04:57qui leur est assignée par la société,
05:00c'est-à-dire qu'ils refusent de devenir
05:02les futurs cadres de la société
05:04qui exploiteront plus tard
05:06la classe ouvrière et la paysannerie.
05:09Ce refus se fait d'abord à l'université.
05:14Il est clair que le mouvement du 22 mars
05:16ne veut rester à l'université,
05:18mais qu'il veut s'étendre
05:20en dehors de la université,
05:22c'est-à-dire essayer de faire une jonction
05:25dans la lutte avec les ouvriers.
05:28Et oui, et les ouvriers André Bercoff
05:30font très vite rejoindre le mouvement
05:31qui est né en fait deux jours avant
05:33car des étudiants avaient saccagé
05:35une agence américaine express à Paris
05:37et ce pour protester contre la guerre du Vietnam.
05:41Mais cette guerre André,
05:43elle était juste une étincelle
05:45ou juste un alibi pour une jeunesse
05:47effectivement qui voulait complètement
05:48casser les codes de l'époque en fait ?
05:50Oui, c'est intéressant d'ailleurs
05:52voir de ce qui se passe 58 ans après
05:55quand il disait les étudiants
05:57ne veulent pas devenir les cadres
05:58de la société de consommation
05:59parce que comme d'habitude
06:00on vitupérait la société de consommation
06:03on l'a traité dans tous les dents,
06:04c'était vrai.
06:05Il y avait aussi, rappelons-le,
06:07les guerres françaises étaient finies
06:08mais la guerre du Vietnam avec l'Amérique
06:10a évidemment batté son plein.
06:12Il faut oublier, Woodstock c'était un an après
06:14donc il y avait les hippies,
06:15il y avait tous ces mouvements-là
06:16et puis il y avait quelques gauchistes,
06:19il faut le dire, mais, mais, mais
06:20c'est pourquoi on en parlait de Nanterre ?
06:22Vous savez que Nanterre ça a commencé,
06:23il faut le rappeler comme c'est intéressant,
06:25c'est parce qu'on empêchait les jeunes garçons,
06:28les jeunes étudiants d'aller rejoindre
06:29dans les dortoirs les jeunes étudiantes.
06:31Il y avait un problème, je vous rappelle,
06:32on disait oui, alors,
06:34et le ministre de l'éducation,
06:35Missoff disait à Kohn-Bendit,
06:37mais allez prendre une douche froide
06:39si vous avez trop de testostérone.
06:41Et oui, c'était un régime de caserne,
06:43effectivement, à l'époque.
06:44C'était un patriarcat, c'était à l'époque,
06:47il faut se rappeler,
06:48la société quand même a ses cadenasées,
06:50vous savez, on parle de la liberté d'expression,
06:51il faut rappeler quand même
06:52qu'il y avait deux chaînes de télévision
06:56entièrement reliées au gouvernement,
06:57au gouvernement de De Gaulle.
06:58Alain Perfit était mise d'information
07:00et il donnait ses directives au directeur,
07:03au directeur de la chaîne.
07:05Donc, tout ça était là.
07:07Et puis, il y avait, n'oubliez pas,
07:08je rappelle quand même,
07:09il faut le rappeler,
07:09la pilule, c'était 67.
07:12Et puis, les femmes,
07:13il y a quelques années,
07:14n'avaient pas le droit d'avoir un chèque à elles.
07:16Il y avait un problème, si vous voulez,
07:18d'autonomie.
07:19Deux ans, simplement, effectivement,
07:21que les femmes mariées avaient le droit
07:23de travailler,
07:23d'ouvrir un compte bancaire
07:25et de signer des chèques
07:27sans l'autorisation de leur mari.
07:29Et puis, il y avait encore,
07:30effectivement, attention,
07:31on ne parlait pas de telle ou de telle chose,
07:33il fallait faire très très attention.
07:35Et donc, à un moment donné,
07:37ça explose.
07:38Et ça explose à l'université,
07:40il faut bien dire.
07:41Ça a commencé comme ça,
07:42et tout à coup,
07:43eh bien, ça s'enflamme.
07:45Et ça s'enflamme vraiment
07:46comme un bidon d'essence
07:48auquel quelques étudiants anarchistes
07:50et anarcho-situationnistes
07:51avaient apporté la mèche.
07:54Et oui, effectivement,
07:54on peut dire que
07:56les revendications, effectivement,
07:57des étudiants de Nanterre
07:58se sont élargies
08:00à une critique globale,
08:01effectivement, de la société.
08:02Leur colère,
08:03eh bien, s'est déplacée,
08:04effectivement,
08:05vers la Sorbonne,
08:06à Paris, le 3 mai.
08:07Sept jours plus tard,
08:08c'est la fameuse nuit
08:09des barricades.
08:11Souvenez-vous.
08:11Prise d'assaut par les CRS,
08:13les barricades brûlent.
08:14Derrière chacune d'elles,
08:15les étudiants résistent
08:16avec tout l'acharnement
08:17de leur jeunesse
08:18et de leurs convictions.
08:19C'est une véritable bataille
08:20qui va durer 4 heures.
08:22Les grenades lacrymogènes,
08:23dont on parlera longtemps,
08:25explosent.
08:25Et tout au long de la nuit,
08:26les secours aux blessés
08:27poseront un grave problème.
08:29Alors, ce soir-là,
08:30André Bercoff,
08:31effectivement,
08:3110 000 étudiants
08:32étaient dans la rue.
08:33La France, donc,
08:34bascule dans une grève générale
08:36qui va durer, elle,
08:37trois semaines.
08:37Vous, vous étiez dans la rue
08:39ce jour-là.
08:40Racontez-nous.
08:40Non seulement j'étais dans la rue,
08:42mais je vais vous dire,
08:42encore une fois,
08:43second cadeau.
08:43Enfin, j'étais chômeur.
08:45J'avais quitté Jeune Afrique,
08:47l'hebdomadaire
08:47dans laquelle je travaillais.
08:49Je n'étais pas encore
08:50à l'Express,
08:50que j'ai rejoint
08:51en septembre 68.
08:53Et donc,
08:54j'avais tout mon temps.
08:55J'avais tout mon temps.
08:56J'avais mon petit appartement.
08:57Et du matin au soir,
08:58j'allais, je me baladais.
09:01Il ne faut pas oublier
09:01quelque chose de très important.
09:03Je parle pour les gens,
09:04pour les moins de 40 ans,
09:06ne peuvent pas connaître
09:08ce temps-là.
09:09Qu'est-ce qui se passe ?
09:10La grève générale commence.
09:12Ça, c'est quand les ouvriers
09:13rejoignent effectivement
09:14la grève générale.
09:15Donc, plus de voitures,
09:15plus rien.
09:16On se balade.
09:17On est à pied
09:18dans un Paris très agréable,
09:20en mai formidable.
09:21On est partout.
09:21On se retrouve.
09:22On discute.
09:23On danse.
09:24À la Sorbonne,
09:25tout le monde est là
09:25avec les slogans, etc.
09:27Vous avez une espèce
09:28de formidable fête,
09:30mais de fête,
09:31je dirais,
09:32bon enfant
09:32et pas du tout violente.
09:34Évidemment,
09:35il y a eu les barricades,
09:36il y a eu les barricades, etc.
09:38Mais je rappelle
09:38qu'en mai 68,
09:41pour les événements,
09:42il n'y a eu qu'un seul mort.
09:43Et encore,
09:44c'était à Flins.
09:45C'était à Boulogne-Biancourt.
09:47Donc, c'était vraiment,
09:48il faut se rappeler,
09:49moi j'ai un souvenir,
09:50c'est vraiment libertaire.
09:51Vous avez participé
09:53aux bagarres de rue,
09:54vous étiez juste
09:56spectateur,
09:56André Bercoff.
09:57Non, je n'étais plus spectateur
09:58qu'acteur.
09:58J'ai dû lancer
09:59quelques pavés,
10:00mais honnêtement,
10:01je ne l'ai pas fait plus.
10:03Je n'étais pas dans un mouvement
10:05que ce soit gauchiste,
10:07parce qu'il y avait
10:07des mouvements gauchistes.
10:08Il y avait aussi
10:08les mouvements de droite,
10:09le GUD, etc.
10:10Il y avait les mouvements
10:11de droite extrême
10:12et de gauche extrême.
10:14Ça, c'est vraiment
10:14la castanier.
10:16Ils sont castaniers.
10:16Non, moi je me baladais,
10:18je regardais,
10:19je me disais,
10:20on allait boire des coups.
10:21C'était vraiment
10:22une espèce de fête
10:24et dans laquelle,
10:24si vous voulez,
10:25toute la France
10:25s'est mise au chômage.
10:26C'est ça,
10:27c'est-à-dire qu'on m'a rejoint.
10:28Vous voyez ?
10:29Oui, mais la fête,
10:30effectivement, André Bercoff,
10:31on ne fait pas la fête.
10:33Si on veut faire la révolution,
10:34on ne fait pas la fête.
10:35Comment vous,
10:36vous l'expliquez, effectivement ?
10:37Non, mais attendez.
10:37La révolution,
10:38c'était le slogan.
10:39Le slogan, on disait,
10:41voilà.
10:41Mais vous savez,
10:42c'était fête l'amour
10:43et pas la guerre.
10:44Et puis, on va faire la révolution.
10:45Mais déjà,
10:46d'ailleurs,
10:46Cohn-Bendit le disait,
10:47le Cohn-Bendit du 22 mars 68,
10:49il disait,
10:50et on entendait,
10:51il y avait ça sur les slogans,
10:52les étudiants déposeront
10:54de leurs faibles bras
10:55dans les bras
10:56de la classe ouvrière.
10:57N'oubliez pas,
10:58c'était le marxisme à l'époque.
10:59La classe ouvrière
11:00était vraiment
11:03le représentant.
11:04C'est lui
11:05qui allait faire la révolution,
11:06ce ne sont pas les étudiants.
11:07Si c'était resté
11:08qu'au niveau étudiant,
11:09bon, ce serait un monôme,
11:10un monôme plus ou moins violent,
11:12mais pas plus.
11:13C'est quand
11:13les syndicats ont décidé
11:15la grève générale,
11:16et la grève générale
11:17a commencé très vite,
11:18que là,
11:19on a pris
11:19une dimension
11:20totalement différente.
11:21Imaginez,
11:22c'était les gilets jaunes
11:23à la puissance 100
11:24ou à la puissance 1000.
11:26Ça a changé complètement
11:27le paysage.
11:28Et oui,
11:28et il faut se rappeler
11:29qu'à l'époque,
11:29effectivement,
11:30la jeunesse
11:31criait
11:33CRS SS
11:34de Gaulle.
11:35Assassin,
11:36si on peut écouter
11:37Désil,
11:38le son de cette jeunesse
11:39criait,
11:40effectivement,
11:41voilà.
11:45ces slogans,
11:46André Bercoff,
11:46vous,
11:47à l'époque,
11:47vous les trouviez
11:49excessifs
11:49ou vraiment
11:50la hauteur
11:51de la colère
11:51de ces étudiants ?
11:52C'était évidemment
11:54excessif,
11:54mais j'ai dû
11:55chanter ça aussi.
11:56Le CRS SS,
11:58ça faisait bien,
11:58ça rimait,
11:59c'était pas plus que ça,
12:00mais,
12:01mais,
12:01mais,
12:02il faut parler d'aujourd'hui,
12:03c'est très intéressant,
12:04parce que le CRS SS,
12:05en 68,
12:06vous voyez,
12:06déjà les CRS
12:07étaient traités de nazis.
12:08C'était une connerie
12:10invraisemblable.
12:11Mais bon,
12:11et aujourd'hui,
12:12même chose,
12:13la police,
12:14la police tue.
12:15Aujourd'hui,
12:15qu'est-ce qu'on entend
12:16dans les slogans
12:16LFI et compagnie,
12:18dans les manifestations ?
12:19La police tue,
12:20ces salauds,
12:21il faut désarmer la police,
12:23etc.
12:24On retrouve,
12:25vous voyez,
12:25un peu,
12:25avec des colorations
12:26totalement différentes,
12:28les mêmes paroles
12:29et les mêmes slogans.
12:29Oui,
12:30l'insulte a changé de camp.
12:31Non,
12:32non,
12:32elle n'a pas dû changer de camp,
12:33c'est l'égauchiste d'hier.
12:34Elle est passée de la rue
12:36à l'hémicycle,
12:36dirais-je.
12:37Céline,
12:37l'égauchiste d'hier,
12:39l'égauchiste d'hier,
12:40je veux dire,
12:41extrémiste,
12:42c'est les LFistes aujourd'hui.
12:45Évidemment,
12:45ce n'est totalement
12:46plus le même contexte,
12:47mais c'est évident
12:48qu'il y a aujourd'hui
12:49quelque chose
12:50qui va de ce côté-là.
12:51On va démolir le système,
12:53on va faire la cible république,
12:55on va renverser la table,
12:56mais derrière,
12:58ce n'est pas du tout
12:59la même chose.
13:00Ah oui,
13:00alors parlons effectivement
13:01des slogans
13:02qui ont vraiment marqué
13:03ces événements.
13:04Parmi les plus célèbres,
13:05André,
13:06il y a donc
13:06« Il est interdit d'interdire
13:08sous les pavés la plage,
13:09soyez réaliste,
13:10demandez l'impossible,
13:13la créativité... »
13:14Il faut rappeler,
13:15on en parlera avec...
13:16« Faire de sa vie
13:17une œuvre d'art... »
13:18On en parlera avec
13:19Michel Maffezoli,
13:20qui connaît bien
13:21et qui a beaucoup écrit
13:22sur le situationnisme.
13:24Il faut se rappeler
13:24que les situationnistes,
13:25à l'époque,
13:26Guy Debord,
13:27Vaneghem et tous les autres
13:28et Moustapha Riati
13:28étaient au cœur
13:30effectivement de ça.
13:31Et je dois dire,
13:32Christian Sébastien
13:33et d'autres ont l'auteur
13:34des plus beaux
13:36de mes 1008.
13:36Il faut rappeler
13:37« Élections Péjacons,
13:38les murs ont des oreilles,
13:39vos oreilles ont des murs,
13:41rien ne peut être... »
13:42« Travailleur,
13:42tu as 25 ans,
13:43mais ton syndicat est de l'autre siècle,
13:44c'était déjà
13:45l'anti-syndicalisme. »
13:47« Vivre sans temps mort
13:48et jouir sans entrave,
13:50l'ennui contre révolutionnaire. »
13:52Et ça,
13:52c'est une parole merveilleuse
13:53de Raoul Vaneghem
13:54qui est mort il n'y a pas longtemps,
13:56paie à son âme.
13:56Nous ne voulons pas
13:57d'un monde
13:58où la certitude
13:59de ne pas mourir de faim
14:00s'échange
14:01contre le risque
14:02de mourir d'ennui.
14:03Et c'était ça.
14:05La créativité d'hier,
14:06aujourd'hui,
14:07par rapport au vide sidéral,
14:08André,
14:10c'est effrayant quand même.
14:12Vous savez,
14:13ça me rappelle
14:13cette phrase merveilleuse
14:14de Henri de Monterland
14:15dans La Reine Morte.
14:16« En prison,
14:17en prison pour médiocrité. »
14:19Évidemment que le niveau
14:20n'est plus du tout le même,
14:22en tout cas en ce qui concerne
14:23les poètes
14:23et la poétisation
14:24de l'événement.
14:26Eh oui.
14:26Alors,
14:27écoutons à présent
14:27une autre réplique
14:28célèbre de mai 66,
14:30cette fois-ci pas prononcée...
14:3268.
14:3268, pardon,
14:33cette fois-ci pas prononcée
14:34par les étudiants,
14:35mais par le Premier ministre,
14:37Pompidou,
14:37c'était le 19 mai,
14:39sur le perron de l'Elysée,
14:40alors que le pays
14:41est totalement paralysé
14:43par une grève générale.
14:45Monsieur le Premier ministre,
14:46le Président de la République
14:47s'adressera-t-il aujourd'hui
14:48à la Nation ?
14:49Je ne pense pas,
14:50n'est-ce pas ?
14:50Mais si je puis vous résumer
14:52l'opinion du Président
14:53de la République,
14:54c'est la réforme.
14:55Oui,
14:55la chien-lis,
14:56non.
14:57Alors,
14:57le lendemain,
14:58André Bercoff,
14:58effectivement,
14:59les étudiants ont répondu
15:00à De Gaulle en disant
15:02« Eh bien,
15:02la chien-lis,
15:03c'est vous. »
15:04Vous,
15:04André Bercoff,
15:05à l'époque,
15:06vous étiez de quel côté ?
15:07La réforme ou la chien-lis ?
15:09Écoutez,
15:10j'étais pas...
15:10Mais moi,
15:11je ne qualifiais pas ça
15:12comme tout le monde de chien-lis,
15:13c'était pas la chien-lis.
15:14C'était qu'on avait envie
15:15d'autre chose,
15:16c'était que les 60...
15:18Les gens qui manifestaient,
15:20au fond,
15:20ça a été beaucoup plus,
15:21mais on en parlera
15:22après la pause,
15:24c'était beaucoup plus
15:25une révolte
15:25de la vie quotidienne
15:27qu'une révolte politique.
15:29On parlera des syndicats
15:31et du rôle des syndicats
15:32et de la classe ouvrière.
15:33Il ne faut pas oublier,
15:34je dis maintenant,
15:35on en parlera,
15:36mais n'oubliez pas
15:37que la classe ouvrière
15:37a obtenu
15:38une augmentation
15:39de 30%
15:40du salaire minimum.
15:41Il faut le savoir.
15:43Après,
15:4330%,
15:44ça a changé complètement
15:45la vie
15:45de millions de gens
15:46qui, effectivement,
15:47ne gagnaient pas
15:49forcément très bien
15:49leur vie.
15:50On en parlera.
15:51Oui,
15:51cette révolte
15:52de mai 68,
15:53André Bercoff,
15:54comment expliquez-vous
15:55qu'à l'époque,
15:55personne ne l'a vu venir ?
15:57Est-ce que vous,
15:58vous l'aviez vu venir
15:58ou pas ?
15:59Non,
15:59personne ne l'a vu venir
16:00et vous savez,
16:01les événements,
16:02les vrais événements,
16:03ça vient sur des pattes
16:05de colombe,
16:06comme on disait,
16:07et personne ne l'a vu venir.
16:09Alors,
16:09il y avait,
16:10effectivement,
16:11des gens qui en parlaient.
16:12On parlait des situs,
16:13on en reparlera,
16:14d'Henri Lefebvre et autres,
16:16mais personne ne l'a vu venir.
16:17Pourquoi ?
16:18Parce que les grands événements
16:20qui avaient venu de la Bastille.
16:22Est-ce qu'il y avait des gens
16:22qui avaient écrit
16:23la prise de la Bastille
16:24en 89 ?
16:26Non.
16:26Voilà,
16:27ça vient quand ça doit venir
16:28et comme demain,
16:30il peut y avoir des événements
16:32en France et ailleurs
16:33qui arrivent
16:33alors qu'ils ne sont
16:34absolument pas prévus
16:35et heureusement.
16:36Oui,
16:37mai 68,
16:38ce séisme
16:39qui a secoué la France,
16:4110 millions de grévistes,
16:42la grève la plus massive
16:44de notre histoire,
16:45un pouvoir
16:46qui a failli vaciller
16:47André Bercoff.
16:48On va continuer
16:49d'en parler dans un instant
16:50sur Sud Radio
16:51avec vous André,
16:52mais aussi avec
16:53le sociologue
16:54et professeur émérite
16:56à la Sorbonne,
16:57Michel Maffesoli.
16:59Sud Radio.
17:0213h-14h,
17:03Sud Radio,
17:04Génération Bercoff,
17:06André Bercoff,
17:07Céline Alonso.
17:08De retour sur Sud Radio
17:09pour parler effectivement
17:10de mai 68,
17:12environ 45 jours
17:13qui ont ébranlé la France
17:15et qui l'ont surtout
17:16dépoussiéré,
17:17André Bercoff.
17:18Les étudiants ont ouvert
17:18la brèche,
17:19les ouvriers l'ont élargi.
17:21Mai 68 a été,
17:23il faut le rappeler,
17:24le printemps
17:25de la lutte ouvrière.
17:26Souvenez-vous.
17:26En 1968,
17:28les ouvriers
17:29sont près de 8 millions
17:30en France.
17:30Depuis près de 2 ans,
17:32ils demandent une amélioration
17:33de leurs conditions de travail.
17:34Le 13 mai,
17:35les syndicats appellent
17:36à une journée de grève
17:37et les ouvriers
17:38se mêlent aux étudiants
17:39qui défilent à Paris.
17:40Dès le lendemain,
17:41de façon spontanée,
17:42la mobilisation ouvrière
17:43continue avec la première
17:44occupation d'usine.
17:46L'usine Sud Aviation
17:47de Bouguenay
17:47dans la banlieue de Nantes
17:49est occupée par les ouvriers.
17:50Le 16 mai,
17:52la grève s'étend
17:52et atteint le symbole
17:54du monde ouvrier,
17:55l'usine Renault
17:55à Boulogne-Biancourt,
17:57la plus grande de France.
17:58L'usine de Boulogne-Biancourt
18:00est occupée
18:00après celle de FLA.
18:01A l'intérieur de l'usine,
18:03les meetings se tiennent
18:04autour des délégués syndicaux.
18:05Les revendications
18:06sont précises.
18:07Devant l'ampleur
18:08de la gronde sociale,
18:09le premier ministre
18:10Georges Pompidou
18:11annonce le 27 mai
18:12des accords de Grenelle.
18:13Une des conséquences,
18:1510% d'augmentation
18:17moyenne des salaires.
18:18Les ouvriers reprennent
18:20finalement le travail
18:20au cours du mois de juin.
18:22André Bercoff,
18:23les accords de Grenelle
18:24à l'époque ont été présentés
18:25effectivement comme
18:25une victoire ouvrière historique.
18:28Vous à l'époque,
18:29est-ce que vous l'avez vécu
18:30ainsi ou comme un arrangement
18:32entre pouvoir et syndicat ?
18:34Comme les plus huissis
18:35d'entre nous,
18:36je crois qu'on a vu
18:37quelque chose,
18:37c'est très intéressant.
18:38La victoire ouvrière
18:40était la défaite
18:41du moment de mai 108.
18:43Et on peut le dire aujourd'hui,
18:44c'est facile de le dire
18:45aujourd'hui avec le recul,
18:46mais on le voyait déjà.
18:47Pourquoi ?
18:47Parce qu'effectivement,
18:49ce n'était pas du tout
18:50la même,
18:50on en parlera avec Michel,
18:51ce n'est pas du tout
18:52le même objectif.
18:53Les étudiants voulaient,
18:54ils étaient très marqués
18:55par le marxisme
18:57qui était dominant à l'époque,
18:58y compris à la Sorbonne
18:59et ailleurs,
19:00il l'est peut-être encore,
19:01mais ils étaient dominés
19:04par le fait de faire
19:04la révolution.
19:05Et la révolution,
19:06qui l'a fait ?
19:06C'est la classe ouvrière.
19:07Ce ne sont pas les étudiants,
19:08c'est eux qui vont faire
19:09la révolution,
19:12ils étaient formiers.
19:13Ça y est,
19:13les ouvriers rejoignent
19:14le mouvement.
19:15Non, non,
19:15les ouvriers ne rejoignaient
19:17pas le mouvement,
19:17les ouvriers se battaient
19:18et à juste titre
19:19et très légitimement
19:20pour la hausse
19:21de leurs conditions de vie,
19:23de leur salaire,
19:24de leur pouvoir d'achat,
19:24etc.
19:25Et ils l'ont obtenu.
19:26Et quand ils l'ont obtenu,
19:28ça faisait un mois,
19:28en juin,
19:29on a ouvert les stations d'essence,
19:31les voitures
19:32et tout le monde
19:33est parti en vacances.
19:34Mais au-delà de ça...
19:35Oui, mais il faut rappeler
19:36quand même effectivement
19:37que la base ouvrière
19:38à l'époque
19:39a quand même rejeté
19:40ces accords de Grenelle,
19:41ils les jugeaient
19:42très insuffisants
19:43et ils se sont sentis trahis
19:45à l'époque.
19:45Non, oui,
19:46déjà, c'est là le gauchisme.
19:48C'est là où il y a eu aussi
19:49effectivement une partie
19:50des ouvriers
19:51qui étaient beaucoup plus
19:52à gauche que leurs syndicats.
19:53Les syndicats qui ont dit
19:54non, non, non,
19:55on n'accepte pas.
19:56On est allé encore plus loin.
19:57Je rappelle,
19:58je rappelle très, très...
19:59Il y a eu deux choses
19:59quand même très importantes.
20:01Je rappelle,
20:01augmentation de 30%
20:03du salaire minimum
20:04et tous les salaires
20:04ont été rehaussés
20:06et aussi,
20:07le syndicat est entré
20:08dans l'entreprise.
20:09C'est-à-dire que
20:10le gouvernement de l'époque,
20:12je ne dirais pas
20:12acheter le syndicat,
20:13c'est un peu rapide,
20:14mais le syndicat
20:15pour la première fois
20:16entré dans l'entreprise,
20:17avait parole
20:18et avait fait,
20:20avait pouvait régner
20:21en tout cas
20:21en partie dans l'entreprise.
20:23Donc, ça a été
20:24très, très important, ça.
20:25Ça a changé vraiment
20:26la chose
20:27et donc,
20:28de Gaulle,
20:29effectivement,
20:30pouvait...
20:30Il a tenu bon.
20:31Effectivement,
20:31de Gaulle a tenu bon
20:32et le 30 mai,
20:33donc,
20:34il rentre de Baden-Baden
20:36en Allemagne
20:36où il était allé vérifier
20:37effectivement le soutien
20:38de l'armée française
20:40qui était stationnée là-bas,
20:42puis il prononce
20:43ce discours.
20:45Écoutons-le.
20:45Française, français,
20:47j'ai pris mes résolutions.
20:49Dans les circonstances présentes,
20:52je ne me retirerai pas.
20:54J'ai un mandat du peuple,
20:56je le remplirai.
20:58Je ne changerai pas
20:59le Premier ministre.
21:01Je dissous aujourd'hui
21:03l'Assemblée nationale.
21:05Il faut
21:06que s'organise
21:08l'action civique.
21:10La France,
21:11en effet,
21:12est menacée
21:12de dictature.
21:13On veut
21:14la contraindre
21:15à se résigner
21:16à un pouvoir
21:17qui s'imposerait
21:19dans le désespoir national,
21:21c'est-à-dire
21:22celui du communisme
21:23totalitaire.
21:25Et oui,
21:25deux jours avant ce discours,
21:27André Bercoff,
21:27des leaders de gauche
21:28se sont vraiment déclarés
21:29prêts à prendre le pouvoir,
21:31notamment Mitterrand.
21:32Racontez-nous,
21:33vous avez vécu ça
21:34en l'aïe, dirais-je.
21:35Vous avez vécu Mitterrand
21:36déjà, vous voyez,
21:37c'était 12 ans
21:39avant mai 81,
21:41c'était 12 à 13 ans
21:42avant les 81,
21:43évidemment,
21:44il était déjà
21:44comme, allez,
21:46toutes pensions garder
21:47Ségolène Royal aujourd'hui.
21:48Elle est prête
21:49à prendre tous les pouvoirs,
21:50tout ce qu'on lui donne,
21:50elle le prend.
21:51Si les pingouins,
21:52encore une fois,
21:53étaient votés,
21:54elle aurait été
21:54présidente de la République.
21:56Voilà,
21:57et Mitterrand,
21:57il dit,
21:58Mendes Franck sera
21:59Premier ministre,
21:59enfin bon,
22:00ça a duré
22:00trois jours et demi,
22:02et puis il est revenu.
22:04Et après,
22:05alors,
22:05moi j'ai une question
22:06à poser à Michel Maffézoli,
22:07qui est avec nous,
22:08bonjour Michel.
22:10Est-ce que vous étiez
22:12à Paris
22:12dans la manifestation
22:13de 30 mai 68 ?
22:15Et non,
22:16moi j'étais à Strasbourg.
22:17Ah,
22:18d'accord.
22:19Il se passait à Strasbourg,
22:20c'était tout à fait différent
22:21de ce qu'il s'est passé à Paris,
22:23puisqu'il ne faut pas l'oublier,
22:24c'est un endroit
22:25où a été édité
22:26en 66
22:29Misère à milieu étudiant,
22:30De la misère à milieu étudiant,
22:32qui est pour moi
22:32un grand livre,
22:33qui montre
22:34que par rapport
22:36à ce que je viens d'entendre,
22:37et nous le vivions
22:38nous à Strasbourg,
22:39ce n'était pas
22:39le politique
22:40qui était important.
22:41Pour moi,
22:42ce n'était pas
22:42une révolution
22:43qui s'est passée.
22:44Pour tout vous avouer,
22:45un an après,
22:47je discutais,
22:48puisque je faisais
22:49mon travail
22:49sur Heidegger,
22:50je discutais
22:51avec Heidegger
22:52chez lui,
22:53à Frabourg.
22:56Et le terme
22:57qu'après,
22:57il a employé,
22:58que moi,
22:58pour ma part,
22:59j'ai utilisé,
23:00parce que je ne crache pas
23:01sur mes 68,
23:02je considère que c'est
23:03quelque chose
23:03de très important,
23:04mais qui n'était pas politique.
23:06Il disait
23:07transmutation épocale.
23:08Voilà pour moi
23:09ce qui s'est passé en 60.
23:10Oui,
23:10pour vous,
23:12c'est l'avènement
23:12d'une époque
23:13et non des événements
23:14historiques,
23:15dirais-je.
23:15Exactement.
23:16C'est-à-dire qu'il y avait
23:17en effet ce que disait
23:18André Bercov
23:19il y a un instant,
23:19il y avait tout de même
23:20les syndicats
23:21qui étaient là,
23:21les partis politiques
23:22qui ont essayé
23:23de récupérer
23:23tout cela,
23:24bien sûr.
23:25Et c'est légitime,
23:26c'est leur métier
23:26en quelque sorte.
23:27Mais d'une manière
23:28beaucoup plus profonde,
23:29moi c'est ce que
23:30cette époque,
23:31époquer ça veut dire
23:32parenthèse.
23:33Eh bien en 68,
23:35s'est fermée
23:35une parenthèse,
23:36la parenthèse moderne.
23:3864 Berkley,
23:4068 en France.
23:42Alors c'est quelque chose,
23:43après il a fallu du temps
23:44pour comprendre
23:44cette transmutation,
23:46pour comprendre
23:47que ce n'était pas
23:47le politique.
23:48Il s'est trouvé
23:49que moi j'étais
23:49à Strasbourg
23:50où c'était
23:51les situs
23:52qui étaient importants.
23:53Les situationnistes,
23:54les trotskistes,
23:55les maoïstes
23:55et les communistes
23:57n'étaient pas importants.
23:58Et la sensibilité
24:00strasbourgeoise
24:00qui était de mon point de vue
24:01plus importante
24:02qu'à Paris,
24:03c'était cette sensibilité
24:04situationniste.
24:05Ce que je viens de dire,
24:06c'est-à-dire une transmutation.
24:08Après ça s'est perdu
24:09dans le sable
24:10pour tout vous avouer.
24:12Et à mon sens,
24:13je discute actuellement
24:13avec des jeunes générations
24:15qui n'ont pas connu ça,
24:16ils ont 25 ans,
24:17machin chose,
24:18etc.
24:18Mais qui ne se reconnaissent plus
24:20dans les notaires
24:21qui ont pris la place
24:22à la place des notaires
24:23pour reprendre l'expression.
24:24Qui sont devenus notaires.
24:26Qui sont devenus notaires.
24:27Mais ces jeunes générations,
24:28d'une manière curieuse,
24:29sans connaître,
24:30et je l'ai testé hier encore,
24:32de la misère en milliers d'étudiants,
24:34le vivent ça.
24:35Voilà ce qui me paraît
24:36beaucoup plus intéressant.
24:37C'est-à-dire qu'il y a maintenant,
24:3858 ans après,
24:40ou je ne suis pas combien.
24:40Oui, 58 ans.
24:42Le retour de ce qu'était
24:43la vraie sensibilité
24:45de transmutation.
24:47Pour moi,
24:47ce n'était pas une révolution.
24:49Ce n'était pas quelque chose
24:50de politique.
24:51Non, tout à fait.
24:51Mais il faut rappeler...
24:52Oui, excusez-moi.
24:53Juste un moment.
24:54Il faut rappeler,
24:55Michel Maffézoli,
24:56quand même,
24:57qu'il y avait quelque chose d'autre
24:58qui était dans le situationnisme
25:00et ailleurs.
25:00C'était l'envie de vie quotidienne.
25:02Et les garçons
25:03qui voulaient rejoindre les filles
25:04dans leur tontoir,
25:05etc.
25:06Il y avait tout ça.
25:06Non, j'ai entendu ça.
25:07Vous savez que moi,
25:08j'ai créé à la Sorbonne
25:09le centre des tusses
25:10sur la vie quotidienne.
25:12Et c'était dans cette perspective-là.
25:13C'est-à-dire,
25:14Weber nous a indiqué,
25:15il faut être à la hauteur du quotidien.
25:17Et pour être à la hauteur du quotidien,
25:19ce n'était pas le politique.
25:21C'était la saturation du politique.
25:22Mais l'envie de vivre.
25:25L'envie de vivre.
25:26Faire de sa vie une œuvre d'art.
25:27Ne plus perdre sa vie à la gagner.
25:29Voilà ce qui ressortait à l'époque.
25:31Et de mon point de vue,
25:33c'est cela qui est resté.
25:34Et c'est cela qui ressurgit actuellement.
25:37Oui, alors justement,
25:38plus précisément,
25:38comment ces événements aujourd'hui
25:41impriment vraiment notre époque ?
25:43Tout à l'heure,
25:44André Bercoff rappelait cette phrase de Nietzsche
25:47« Les vraies révolutions avancent
25:48sur les pas des colombes ».
25:50Et j'ai été personnellement influencé
25:52par un sociologue et philosophe allemand
25:55qui s'appelle Georg Simmel,
25:56qui s'inspirant de cela,
25:57disait « Il faut repérer qu'elle est le roi caché,
25:59le roi clandestin d'une époque ».
26:01Et 68, c'était le roi clandestin.
26:03Quelque chose qui ne se manifestait pas
26:06dans le politique,
26:06même s'il y a eu Comte-Bendit,
26:08et puis il était là avec des slogans politiques.
26:11Mais c'était beaucoup plus profond.
26:13Voilà ce que je peux dire.
26:14Une centralité souterraine
26:16qui maintenant ressurgit.
26:17C'est ça le paradoxe.
26:18C'est très important que ça ressurgit aujourd'hui.
26:21Juste un mot,
26:22comment vous expliquer,
26:23parce qu'on parlait des notaires,
26:25c'est quand même la trajectoire des Cone-Bendit.
26:28Lanceur de pavés sous De Gaulle,
26:30sireur de pompe sous Macron.
26:31Oui, mais il n'est pas le seul.
26:33Il n'est pas le seul.
26:34Soyons clairs quand même.
26:35L'essentiel des nombreux protagonistes
26:40sont devenus ces notaires.
26:41On prit la place de ceux qui étaient
26:43les notaires de l'époque.
26:44que ce soit à Libé,
26:46que ce soit au Monde,
26:47que ce soit dans les journaux comme ceux-là.
26:49On voit bien.
26:49C'est vrai.
26:50Mais justement,
26:51à propos de ces lanceurs de pavés,
26:53André Bercoff,
26:54effectivement,
26:54qui sont partis chez Macron,
26:56vous avez dit ceci dans une interview.
26:58Ce sont les vieilles prostituées
27:00qui veulent garder leur virginité.
27:03Alors vous,
27:04est-ce que vous avez gardé
27:05votre virginité, André Bercoff ?
27:06Moi, il y a longtemps,
27:08je l'ai perdu.
27:09Hélas, hélas.
27:10Enfin, je ne sais pas,
27:11hélas ou pas.
27:11Non, mais vous savez,
27:12c'est très intéressant de voir,
27:13au fond,
27:14ce que disait Michel Maffé-Ausoli.
27:16C'est vrai que ça a été,
27:18encore une fois,
27:19une espèce de rupture
27:20extrêmement forte
27:21qui n'a pas laissé
27:22des conséquences politiques,
27:26mais des conséquences existentielles.
27:28Et c'est pour ça
27:28que c'est très intéressant
27:30de faire parler Michel là-dessus.
27:32Et oui, justement,
27:33alors à propos de cela,
27:35vous qui rentrez,
27:36qui effectivement,
27:37vous êtes professeur
27:37émérite à la Sorbonne,
27:38cette jeunesse,
27:39vous y êtes confronté régulièrement.
27:42Comment cette jeunesse
27:43qui n'a pas vécu mai 68,
27:45justement,
27:46est-elle en train de vivre
27:47cette libération des mœurs de 68 ?
27:50Mais vous savez,
27:51comment expliquer cela ?
27:52Je vais être un peu sociologue
27:54pour une fois.
27:56Allez-y.
27:56On vous l'accord de 5 minutes,
27:58pas plus.
27:59Même pas, même pas.
28:00Mais disons que,
28:00de mon point de vue,
28:01il y a toujours
28:01une lente sédimentation.
28:04Ça ne se voit pas.
28:06Sociologue américain,
28:07Stroking,
28:08parlait d'un verre d'eau
28:09que je sale
28:09ou que je sucre.
28:10On ne voit pas
28:11quand il y a saturation.
28:13Et en gros,
28:13c'est ce qui s'est passé
28:14dans les 50 ans
28:15qui viennent de s'écouler.
28:17Et puis,
28:17le dernier grain de sel
28:18ou de sucre
28:19est en train d'arriver actuellement.
28:20Et du coup,
28:21ces jeunes générations,
28:22sans se référer à 68,
28:25n'ont plus envie d'être...
28:26Vous pensez qu'on est au bord
28:27d'une nouvelle rupture ?
28:28Je le pense.
28:29Pour moi,
28:29je pense que,
28:31j'ai appelé cela
28:32l'ère des soulèvements.
28:33Je crois que cette ère
28:34de soulèvement,
28:35j'insiste là-dessus,
28:36sans qu'ils connaissent 68.
28:39Et j'ai bien dit,
28:39je l'ai testé,
28:40moi,
28:40les jeunes qui viennent me voir.
28:42Ils n'ont pas lu Bercov,
28:44pardon,
28:44excusez-moi,
28:45ils n'ont pas lu
28:46Vaneghem,
28:47ils n'ont pas lu,
28:48voyons...
28:49Debor,
28:49Debor,
28:50la société du spectacle.
28:51Mustapha Rayati.
28:53Ils n'ont pas lu
28:54Baudrillard,
28:55la société de consommation aussi.
28:57Et il n'en reste pas moins
28:58que c'est ceux qui vivent.
28:59Voilà.
29:00Sachons que,
29:00quand on regarde
29:01les grandes mutations
29:02qui s'opèrent,
29:03c'est toujours très lentement
29:04que cela se fait,
29:06et puis tout d'un coup,
29:07ça ressurgit.
29:07Pour moi,
29:08il y a ressurgissement.
29:09Voilà en gros.
29:10Selon vous,
29:11on va vraiment entrer
29:12dans une nouvelle ère
29:14de soulèvement
29:16avec un nouveau mai 68,
29:18mais qui sera,
29:19bien entendu,
29:19beaucoup plus violent,
29:20Michel Maffesoni.
29:21C'est le côté de 68
29:22qui a été récupéré
29:23par le politique,
29:24soyons clairs.
29:25Voilà.
29:26Il y avait ce côté
29:27que j'avais dit
29:28de transmutation,
29:29c'est-à-dire une...
29:30Et même de transgression,
29:31on peut le dire.
29:32Bien sûr,
29:32il y avait la transgression.
29:33La transgression.
29:35Mais celle-là,
29:35elle est maintenant,
29:36elle est répandue
29:37dans le corps social.
29:39En gros,
29:39pour moi,
29:40ce qui va se passer
29:41dans cette ère
29:42de soulèvement,
29:42ce qui est en train
29:43de se passer,
29:44ce ne sera pas
29:44la révolution.
29:46La révolution,
29:46c'est fait par les partis politiques.
29:48On appelait ça,
29:48dans mon temps,
29:49l'avant-gardisme.
29:50C'est-à-dire,
29:51moi, je sais,
29:52je vais tirer la société.
29:53Ça, c'est ça,
29:54la révolution.
29:55Là, au contraire,
29:55c'est des moments
29:56de mutation,
29:58de transformation
29:58de fonds quotidiennes,
30:00en effet,
30:00dans la vie quotidienne
30:01qui s'opère.
30:02Et du coup,
30:02ce sont les valeurs...
30:03Alors, vous savez que moi,
30:04j'ai essayé de développer
30:05la post-modernité.
30:07Pour moi,
30:07ce qui s'est passé en 68,
30:09c'était l'initiation
30:11à la post-modernité.
30:13Bien sûr,
30:13on n'employait pas le mot,
30:14c'est pas l'expression,
30:16mais de certaine manière,
30:18c'était la saturation
30:18des grandes valeurs modernes,
30:20c'est-à-dire,
30:21l'individualisme,
30:23le rationalisme,
30:24le progressisme.
30:25Voilà le trépied
30:26sur lequel s'est fondée
30:27la modernité.
30:28Et en 68,
30:29il y avait la négation de ça.
30:30C'était le nous.
30:31C'était l'émotion.
30:32L'émotion est sous
30:33ses diverses modulations.
30:34Et le nous collectif.
30:35Il y avait un vrai nous collectif.
30:37C'est ça.
30:37Moi, actuellement,
30:38je parle...
30:38J'ai écrit mon livre
30:39sur le temps des tribus.
30:40C'est inspiré par cela.
30:41Et maintenant,
30:42je dis idéal communautaire.
30:44C'est plus l'idéal démocratique
30:46qui a été saturé en 68.
30:48Ça a pris du temps
30:49pour s'en rendre compte.
30:51Et maintenant,
30:51il y a ce que j'appelle
30:52un idéal communautaire
30:53en gestation.
30:54Mais cet idéal communautaire
30:55n'est en quelque sorte
30:56que la résultante
30:57de ce qui s'est passé.
30:59C'est pour ça que 48
31:00a été accoucheur d'histoire.
31:01Moi, je le pense.
31:02Vraiment.
31:02Avec un grand H.
31:04Je dis bien,
31:05une époque s'achève
31:06en 68.
31:07Et ça prend toujours du temps
31:09pour qu'on en ait conscience.
31:1250 ans,
31:13un demi-siècle.
31:14Mais c'est pas grand chose.
31:1458 ans.
31:1558 ans.
31:16C'est un clé de l'œil
31:17de l'histoire.
31:18Et oui,
31:18mai 68,
31:19il faut le dire,
31:20a été une vraie révolution
31:22des mœurs.
31:22C'est une transformation profonde
31:24de notre société.
31:26Alors,
31:26le gauchisme
31:27et le wokeisme
31:28sont-ils vraiment
31:29l'héritage de mai 68 ?
31:31Vous,
31:31vous dites oui,
31:32André Bercoff.
31:33Michel Maffezoli,
31:34vous nous donnerez
31:35votre point de vue
31:35dans un instant.
31:36Moi, je dis que ce sont
31:37les mamelles fanées
31:38de mai 68.
31:39On en parle
31:40dans un instant
31:41sur Sud Radio.
31:42Restez avec nous.
31:42Sud Radio,
31:44Génération Bercoff,
31:45André Bercoff,
31:46Céline Alonso.
31:48Viens,
31:49je suis là.
31:52Je n'attends
31:54que toi.
31:57Et où les nuits
31:58t'es possible.
32:02Eh oui,
32:03le temps de vivre
32:04de Moustaki
32:05qui est l'un des hymnes
32:06les plus marquants
32:07des 68 arts,
32:08André Bercoff.
32:09Alors,
32:10aujourd'hui,
32:10il y a un certain nombre
32:11d'entre eux.
32:11On peut le dire,
32:12son passé du Colmao
32:14au Rotary Club,
32:15comme l'a dit
32:15le fameux Guy Hockengen.
32:17Mais André Bercoff,
32:18dans cette génération
32:20de 68,
32:21il faut le dire,
32:22il y avait autant
32:22de variétés de 68 arts
32:24que de variétés
32:25de fromages.
32:25Bien sûr,
32:26il y avait les gauchistes,
32:27il y avait les situationnistes,
32:29le dit Michel,
32:29il y avait effectivement,
32:31et puis il y avait,
32:31attendez,
32:32il y avait aussi la droite,
32:33le GUT et compagnie
32:34qui combattaient,
32:35il y avait quelques empoignades
32:37qui n'étaient pas du tout
32:39pacifistes ou douces
32:40entre les deux.
32:41Mais ce qui est vraiment intéressant,
32:43c'est que je crois que
32:44ce qu'on peut dire aujourd'hui,
32:45c'est que la lutte des places
32:47a remplacé depuis longtemps
32:48la lutte des classes,
32:49et aujourd'hui,
32:50c'est la lutte des races
32:51qui est en train
32:52de remplacer ces deux luttes.
32:54Alors,
32:55mais sans tuite,
32:56Michel,
32:57est-ce que,
32:57au fond,
32:58on a commencé à reparler,
32:59mais par rapport à aujourd'hui,
33:01est-ce que mes sans tuite
33:02ne devraient pas être
33:03plus étudiés
33:04et plus pédagogisés,
33:06je veux dire,
33:06parce que personne n'en parle plus,
33:07il ne s'agit pas de revenir
33:08et de ressasser,
33:10mais est-ce qu'on ne devrait pas
33:12réévaluer mes sans tuite ?
33:13Ça viendra,
33:14à mon avis,
33:15ça viendra,
33:15parce qu'en effet,
33:16c'est tombé dans l'oubli,
33:18soyons clair,
33:18totalement,
33:20tout simplement,
33:20tombé dans l'oubli,
33:21justement,
33:22par ceux qui en étaient,
33:22à l'époque,
33:23les chefs,
33:24les protagonistes,
33:25les notaires à la place
33:26des notaires,
33:28et aucun game
33:29n'avait été marginalisé,
33:30soyons clair,
33:30tout à fait,
33:32Jean Baudrillard,
33:33également,
33:34marginalisé,
33:36à l'université,
33:37en sociologie,
33:38on ne citait pas Baudrillard,
33:40aucun game,
33:41n'en parlons pas,
33:42mais il se trouve
33:44que ça prend toujours du temps,
33:45il faut savoir,
33:47il faut savoir temps gardé,
33:48comme réseau gardé,
33:49en gros,
33:50il faut savoir
33:50que les grandes mutations
33:52s'amènent plusieurs décennies,
33:54soyons clair,
33:54et pour moi,
33:55vous avez compris,
33:56de mon point de vue,
33:56c'est la fin d'une époque
33:57qui s'exprime,
33:58mais pour en prendre conscience,
34:01il faut du temps,
34:02et c'est maintenant
34:03que ça ressurgit,
34:04alors,
34:04faudrait-il revenir
34:05à cette étude,
34:06pourquoi pas,
34:06en tout cas,
34:07moi je pense que,
34:08comme ces valeurs
34:09sont en train d'émerger,
34:10c'est ces jeunes générations,
34:11je dis bien,
34:12eh bien,
34:13il ne serait pas inutile,
34:14en effet,
34:14de voir d'où ça venait,
34:16il ne faut pas l'oublier,
34:17moi,
34:17ça vient des romantismes,
34:19qui étaient des petits groupes,
34:21les surréalistes,
34:21le dadaïsme d'abord,
34:23les surréalistes,
34:23les lettristes,
34:25et puis c'est devenu
34:26les situationnistes.
34:27En fait,
34:27l'anarchie,
34:28les anarchistes.
34:29Mais bien sûr,
34:29cette sensibilité libertaire,
34:31c'est-à-dire,
34:32quelque chose,
34:33de mon point de vue,
34:34la belle idée de 68,
34:35c'était cette sensibilité libertaire,
34:37l'anarchie,
34:38n'ayons pas peur de le mot,
34:40l'anarchie,
34:41c'est l'ordre sans l'État.
34:42Voilà.
34:43C'est Élisée Reclus
34:44qui rappelait cela.
34:45Et pour moi,
34:46il y avait cette conception
34:47d'un autre ordre
34:48en gestation,
34:49qui n'était plus
34:50de la simple verticalité,
34:53le jacobinisme,
34:54les hauts fonctionnaires,
34:55machin chose,
34:56mais qui était une horizontalité,
34:58on ne l'a pas dit,
34:59ce ne sera pas notre propos aujourd'hui,
35:00mais qu'Internet
35:02renvoie à cette horizontalité.
35:03Tout à fait.
35:03Or,
35:04il se trouve que sur les réseaux d'Internet,
35:05on retrouve,
35:07quand on regarde avec attention,
35:09justement,
35:09cette sensibilité libertaire
35:11qui était celle de 68.
35:12Mais ce qui est intéressant,
35:13juste avant,
35:14Oui,
35:14André Bercoff,
35:15tout le gauchisme
35:16et même le wokisme,
35:18dites-vous,
35:19sont vraiment
35:20l'héritage de 68.
35:21Oui,
35:22l'héritage,
35:23en fait,
35:23c'est les enfants bâtards
35:24de 68,
35:25il faut bien comprendre.
35:26Ce n'est pas l'héritage direct,
35:27ce sont les enfants bâtards.
35:29Mais je voudrais dire quelque chose
35:30par rapport à ce que disait
35:31Michel Maffézoli.
35:32C'est intéressant,
35:33alors on dit,
35:33oui,
35:34c'était mieux avant,
35:34oui,
35:35parce que vous avez votre âge,
35:36vous allez dire,
35:36c'est mieux avant.
35:37Mais moi,
35:38je me rappelle vraiment
35:39de mes 68,
35:40encore une fois,
35:41du matin au soir,
35:42on arborait,
35:42on se baladait,
35:43la nuit,
35:43etc.
35:44Tout était ouvert
35:45et tout était possible.
35:46Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
35:48ce n'est pas que la France s'ennuie,
35:49c'est que la France se morfond.
35:51On se dit,
35:52où est le Paris libre ?
35:53Où est le Paris ouvert ?
35:54Où est le Paris ?
35:55Et quand je parle de Paris,
35:56je parle de la France,
35:57bien sûr.
35:57Où on respire,
35:58alors qu'aujourd'hui,
35:59on s'invective
36:00à coups de petites étiquettes ridicules.
36:03Et pour revenir au gauchisme
36:05et au wokisme,
36:06c'est extraordinaire aujourd'hui.
36:07C'est qui le gauchisme ?
36:09Alors justement,
36:09c'est une question
36:10que je voudrais poser.
36:11Est-ce que Mélenchon
36:12est l'héritier
36:13des gauchistes de 68 ?
36:14Est-ce que le wokisme
36:15est l'héritier ?
36:16Alors on a dit
36:17la French theory,
36:18mais on ne va pas tomber dans...
36:19Mais est-ce que tout ça
36:21est né du fait
36:23que la parole est fasciste,
36:25tout se vaut, etc.
36:27Le wokisme,
36:28sous ses diverses modulations,
36:30pour moi, je dis,
36:31c'est la caricature
36:32de la philosophie des Lumières.
36:34Donc, Mélenchon,
36:35un des protagonistes,
36:37dans le fond,
36:37les partis politiques
36:38restent là-dessus.
36:39Moi, il me paraît
36:40qu'actuellement,
36:41il va y avoir
36:41une révolte des peuples.
36:43Et que ce ne sont pas
36:45les partis
36:46qui vont triompher.
36:47On le voit un peu partout
36:48en Europe.
36:48Un retour des peuples.
36:49Voilà.
36:49Pour moi,
36:50c'est la sagesse populaire
36:51qui revient.
36:52Et ce qui peut rester
36:53pour moi de 68,
36:54ce n'est pas
36:54les expressions politiques.
36:56C'est cette sagesse populaire
36:57faire de sa vie
36:58une œuvre d'art.
36:59C'est-à-dire,
36:59dans le fond,
37:00mettre l'accent
37:01sur le qualitatif
37:02de l'existence.
37:03Alors que la presse,
37:04actuellement,
37:05les politiques,
37:05les journalistes,
37:06on ne dit plus intellectuels,
37:07on dit experts,
37:08vont parler toujours
37:09de pouvoir d'achat,
37:10d'inflation,
37:10aux marchands de ce genre.
37:12Alors que ce n'est pas cela.
37:13C'est une espèce
37:14de recherche spirituelle
37:16qui était en 68
37:17et qui est en train de revenir.
37:18Alors justement,
37:19André Bercoff,
37:19on peut le dire,
37:20aujourd'hui,
37:21les Français,
37:22comme en 68,
37:23aspirent à une révolution
37:24de leur vie quotidienne.
37:26Comment expliquez-vous
37:27aujourd'hui
37:27qu'il n'y ait personne
37:28dans la rue ?
37:29Pourquoi cette passivité
37:31des Français ?
37:32Je vais vous le dire
37:32de façon extrêmement claire,
37:34c'est tout.
37:34On avait commencé par ça.
37:35C'est qu'aujourd'hui,
37:38le budget était
37:39en équilibre.
37:40en 68.
37:41Aujourd'hui,
37:423 500 milliards
37:44de dettes.
37:46OK ?
37:46La croissance
37:48était très positive.
37:50Aujourd'hui,
37:50il se demande
37:51si ça allait être
37:52à 0,2%.
37:54Le chômage,
37:55il n'y avait pratiquement
37:55pas de chômage,
37:56il y a 7 millions
37:57de chômeurs.
37:59Le pouvoir d'achat,
38:00regardez le prix
38:01de la pompe à l'essence.
38:02Il faut bien voir
38:03qu'on a changé.
38:04L'économie,
38:05excusez-moi,
38:06mais it's the economy
38:07stupid,
38:07ça joue.
38:08C'est-à-dire
38:09qu'il faut bien voir
38:10que Metsuantuta
38:11s'est passé
38:12dans un climat
38:12d'euphorie
38:13et de montée
38:14et de grande croissance
38:17à la chinoise,
38:18j'allais dire,
38:19alors qu'aujourd'hui,
38:20les gens se demandent
38:21comment ils vont...
38:21enfin, des millions
38:22de Français se demandent
38:23qu'on va finir le mois.
38:24Oui, mais justement,
38:25ils devraient être tous
38:26dans la rue, André.
38:27Non, parce que justement,
38:29on a peur,
38:29on nuérote ses abattis
38:31et on a peur de la pluie
38:32et on se dit
38:32comment on va se protéger.
38:33Je crois, Michel, non ?
38:35Oui, tout à fait,
38:35mais sinon que...
38:37Vous savez,
38:38ces mutations,
38:39j'aime pas le mot révolution.
38:40Ou alors il faudrait
38:41revenir à révolver,
38:42ce qui va revenir
38:43des choses anciennes.
38:44Ces mutations
38:45sont secrètes.
38:47Je maintiens
38:47mon roi clandestin
38:48de l'époque.
38:49Alors, ce ne sera
38:51des effervescences ponctuelles
38:54comme ce fût
38:54les Gilets jaunes,
38:55comme il y a eu
38:56les convois de la liberté,
38:57comme il y a ces rassemblements...
38:58Est-ce que le sang va couler,
39:00selon vous ?
39:00Excusez-moi,
39:01il ne nous reste que 50 secondes
39:02et on est obligé d'avancer.
39:03Est-ce que le sang va couler
39:05en France, selon vous ?
39:06Je le dis souvent,
39:06le sang va couler.
39:07Mais plus que ça,
39:08vous voyez,
39:09Peggy disant
39:10tout commence en mystique
39:11et s'achève en politique.
39:12Moi, je poursuis,
39:13la politique s'achève
39:14et la mystique revient.
39:15Voilà mon hypothèse.
39:16Et c'est ce qualitatif
39:17de l'existence qui est en jeu
39:19et qui a été initié
39:20par mai 68.
39:21Voilà, soyez réalistes,
39:23demandez l'impossible.
39:24C'était un des grands slogans
39:26de mai 68.
39:27Ça reste complètement
39:28d'actualité.
39:29Oui, en deux mots,
39:31André Bercoff,
39:31est-ce qu'un nouveau
39:32mai 68 plus violent
39:34est sur le point
39:36d'arriver en France ?
39:37Et bien, comme ce ne sera
39:37pas en 68,
39:38ce ne sera pas en mai.
39:39Mais tout peut se passer.
39:41Merci à vous,
39:43Michel Maffesoli,
39:44d'être venu sur Sud Radio.
39:45André Bercoff,
39:46on se retrouve vendredi prochain
39:48en direct de 12h à 14h.
39:50Et tout de suite,
39:51vous retrouvez Brigitte Laet.
39:53Sud Radio.
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