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  • il y a 6 minutes
Valérie Urbain, directrice générale d'Euroclear, était l'invitée de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce vendredi 25 septembre. Elle est revenue sur la manière dont les fonds disponibles auprès des investisseurs peuvent être distribués à ceux qui ont besoin de financement, ainsi que sur le projet "Pythagore" en association avec la Banque de France, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, je suis ravie d'accueillir Valérie Urbain, directrice générale d'Euroclear.
00:04Bonjour, merci d'être sur le plateau de la matinale de l'économie.
00:09Euroclear, groupe international fondé en 68, basé à Bruxelles, on l'appelle le notaire de la finance mondiale,
00:16pilier du fonctionnement des marchés. Est-ce que vous pouvez nous rappeler déjà le spectre de vos activités ?
00:23Euroclear, c'est effectivement une infrastructure de marché qui s'assure que les fonds qui existent auprès des investisseurs
00:31sont distribués auprès de ceux qui ont besoin de financement.
00:36Et donc Euroclear, c'est 45 000 milliards de titres qui sont détenus dans nos coffres.
00:41Bien sûr, on parle d'actifs dématérialisés.
00:46Chaque mois, nous dénouons des opérations pour l'équivalent du PIB mondial.
00:52Nous sommes actifs dans plus de 50 marchés et nous avons plus de 3 500 clients qui sont tous des
00:58institutions financières.
00:596 000 employés, 330 millions de transactions par an, c'est absolument gigantesque.
01:05À travers votre métier de conservation d'actifs, vous avez un point de vue global sur les transactions de marché.
01:10Le marché obligataire est très dynamique en termes d'émissions et 2026 s'apprête à être une année record,
01:17grâce notamment à la tech américaine qui va émettre près de 300 milliards.
01:21Est-ce que c'est une opportunité de croissance pour vous ?
01:23Oui, bien sûr. Et effectivement, comme vous le disiez, 2026 est une année record.
01:29Une année record parce que finalement, malgré la situation géopolitique et macroéconomique,
01:34les marchés financiers sont très très actifs.
01:37Et donc, nous, généralement, nous bénéficions de la volatilité,
01:41puisqu'en fait, plus il y a de volatilité, plus il y a de transactions.
01:44Mais aussi, les valorisations, en fait, des obligations et des actions se portent relativement bien.
01:50Donc oui, c'est une année très importante.
01:51Et comme vous le soulignez aussi, on voit effectivement les grosses entreprises tech,
01:58non seulement se financer, bien entendu, à travers le capital,
02:02mais aussi maintenant faire appel à la dette.
02:04Donc oui, il y a effectivement une année record en termes d'émissions d'emprunts.
02:10J'ai envie de vous parler de cette situation avec la Russie,
02:14parce qu'Euroclir, au départ, n'était pas très connu.
02:17Et ce qui l'a rendu connu, c'est ce conflit en Ukraine.
02:20Parce que finalement, les sanctions contre la Russie, voilà, ont eu des conséquences.
02:27Vous vous occupez notamment de gérer les actifs russes qui ont été gelés en Europe, au Japon, aux Etats-Unis.
02:33Ils sont, chez Euroclir, sur le sol belge.
02:37J'en parle ici de quoi ? 180 milliards d'euros, à peu près ?
02:40Oui, c'est bien ça, effectivement.
02:42Et donc, c'est vrai qu'Euroclir, on a une très grosse franchise auprès des banques centrales.
02:46Donc, beaucoup de banques centrales utilisent Euroclir pour déposer leurs réserves internationales.
02:51Et c'était bien entendu le cas de la Banque centrale de Russie.
02:54C'était une relation que nous avions depuis une quinzaine d'années.
02:57Oui, parce qu'elle déposait ses actifs aussi chez vous.
02:59Tout à fait, absolument.
03:00Tout comme plein d'autres banques centrales.
03:02Alors, c'est vrai que, bien entendu, nous sommes soumis aux sanctions internationales,
03:05et en particulier européennes.
03:06Et donc, depuis les décisions, enfin, depuis l'entrée en guerre de la Russie,
03:11ces actifs ont été gelés.
03:14Et donc, aujourd'hui, Euroclir, nous avons d'un côté, ce qu'on appelle, dans le passif,
03:20on a donc une obligation un jour de rendre les biens à la Banque centrale.
03:24Qui sont gelés.
03:25Qui sont absolument gelés.
03:27Tout à fait.
03:28Et d'un autre côté, nous avons effectivement du cash.
03:29Et pourquoi du cash ?
03:30Parce que les titres qui étaient déposés auprès d'Euroclir,
03:33petit à petit, sont arrivés à échéance, et donc ont été transformés en cash.
03:38Et lorsque les clients déposent des titres chez nous,
03:41ils ne font pas partie du bilan d'Euroclir.
03:43Lorsque le titre devient du cash, à ce moment-là, le cash rentre sur le bilan d'Euroclir.
03:48Donc, c'est assez technique.
03:48Mais donc, effectivement, vous avez tout à fait raison que, d'être très discret,
03:53une infrastructure de marché très discrète, nous sommes malheureusement,
03:57ou heureusement, je ne sais pas, devenus un sujet d'intérêt général.
04:02Ce qui vous met effectivement au cœur des débats juridiques avec la Russie,
04:07notamment depuis cette période.
04:09En revanche, Euroclir s'était opposé à l'utilisation de ces fonds russes
04:13pour garantir un prêt de réparation à Kiev.
04:15Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi c'était important de défendre cette position-là ?
04:20Alors, d'abord, première chose, Euroclir, nous ne sommes pas du tout les décideurs là-dedans.
04:23Donc, en fait, nous sommes vraiment à l'infrastructure de marché
04:25qui, à un moment, se conforme aux décisions politiques.
04:31D'un autre côté, je considère que notre rôle en tant que practitioner du marché,
04:36donc vraiment en tant qu'expert dans les marchés des capitaux,
04:42c'est important que nous informions les décideurs sur les conséquences.
04:47Les conséquences juridiques, les conséquences opérationnelles,
04:49les conséquences en termes de risques aussi.
04:53Et donc, c'est ce que j'ai fait, en fait, tout au long de l'année passée,
04:57c'était vraiment de travailler avec toutes les différentes autorités
05:03à bien cerner les risques relatifs à des décisions X ou Y.
05:07Alors, je n'ai pas dit que ce n'est pas à nous d'aller contre les décisions,
05:12mais c'est quand même à nous d'avoir ce devoir d'éducation.
05:16Oui, clarifier un peu la situation.
05:17Exactement, tout à fait.
05:19Et donc, les raisons pour les risques que l'on a mis en avant,
05:21c'était vraiment les risques, d'abord juridiques.
05:24Donc, il y a un régime très particulier qui s'applique aux actifs des États
05:30et un risque de perte de confiance dans les marchés européens.
05:35En fait, les marchés des capitaux européens bénéficient d'une très grande confiance
05:39de la part des investisseurs internationaux
05:41parce qu'il y a toujours eu un respect des principes de l'État de droit.
05:45Et à partir du moment où ces principes sont mis à mal,
05:49la confiance s'effrite.
05:51Or, je pense que l'Europe a besoin quand même beaucoup,
05:54a des gros besoins de financement.
05:55Et donc, il est très important de garder des marchés européens attractifs
05:59pour les investisseurs internationaux.
06:01Et je voyage énormément.
06:03Et effectivement, c'est un sujet qui est chaque fois abordé
06:06lors de mes voyages au sein de l'Europe,
06:09mais aussi en dehors de l'Europe,
06:11ce respect des principes de l'État de droit.
06:14Ne pas faire n'importe quoi.
06:15Et ne pas faire n'importe quoi, effectivement.
06:17Quoi qu'il arrive.
06:17On parle beaucoup dans cette émission des taux.
06:20Le 10 en français au-delà des 4,68,
06:22un plus haut depuis 2008.
06:23Vous ne conservez, vous, une partie des 3 600 milliards
06:26de la dette publique française.
06:28Est-ce que vous craignez un risque systémique
06:30par rapport à cette situation, une crise de la dette ?
06:34Alors d'abord, nous détenons toute la dette
06:36puisqu'en fait, nous sommes le dépositaire central français.
06:39Donc effectivement, toute la dette française se trouve sur nos livres
06:42et donc toutes les opérations, toutes les transactions
06:44se dénouent sur nos plateformes.
06:47Alors, le risque systémique, non,
06:50parce qu'en fait, les infrastructures de marché,
06:53justement, un de notre rôle est d'être là,
06:55notamment lorsqu'il y a énormément de volume.
06:59Et donc, non, je pense que justement,
07:02je crois que c'est une des qualités principales
07:04des infrastructures de marché,
07:05c'est d'assurer que nous sommes là,
07:07quels que soient les volumes.
07:08On est passé par des crises, comme la crise de 2008,
07:11on est passé par des crises comme celle du Covid.
07:14Voilà, mais c'est notre rôle intrinsèque.
07:16C'est l'atteinture même de notre rôle.
07:20La dette française,
07:21est-ce que vous remarquez un changement
07:23au niveau de la détention de cette dette ?
07:24Est-ce qu'elle est devenue plus spéculative ?
07:27Je ne dirais pas spécialement plus spéculative.
07:29Non, je ne pense pas.
07:30Je pense qu'effectivement, non,
07:32je pense qu'il y a...
07:35Je ne dirais pas que c'est plus spéculatif.
07:37Vous n'êtes pas particulièrement inquiète sur le sujet ?
07:42Pas plus que pour d'autres marchés.
07:44Oui.
07:46J'ai envie de vous parler,
07:47moi qui fais l'émission Crypto
07:48et qui regarde beaucoup ce qui se passe sur la blockchain.
07:50Vous êtes tout à fait sûr sur la blockchain vous-même chez Euroclear.
07:55La finance est en grande mutation
07:57avec la possibilité de tokeniser les actifs,
08:00de les faire migrer sur cette blockchain.
08:01Vous avez une plateforme fondée sur la blockchain
08:04et vous commencez à essayer avec divers pays
08:07des opérations, des partenariats
08:09pour faire migrer les actifs.
08:11Comment vous voyez justement la finance mondiale aller vers cela ?
08:15Aujourd'hui, elle est compliquée.
08:16Il y a beaucoup d'intermédiaires dans la finance.
08:19Elle va aller vers quelque chose de plus simple, de plus rapide.
08:22Vous voyez comment évoluent les choses ?
08:24Pour nous, toute la finance digitale
08:26fait partie de la modernisation des marchés des capitaux.
08:28Et bien entendu, on veut en faire partie.
08:30Et donc, c'est pour ça que depuis trois ans,
08:32on a déjà une plateforme d'émission de titres digitaux.
08:36On a pu attirer de très gros émetteurs
08:38tels que même la Banque mondiale
08:40ou certains États souverains.
08:43Mais c'est vrai que les investisseurs
08:45n'étaient peu au rendez-vous.
08:46En fait, ça reste encore très expérimental.
08:49Par contre, nous sommes en train de travailler
08:51avec la Banque de France
08:52sur le fameux projet Pythagore.
08:54J'avais beaucoup le nom de ce projet.
08:56Et là, je suis excessivement enthousiasmée
09:00parce qu'en fait, c'est la première fois dans le monde.
09:02Donc, on a vraiment un rôle pionnier
09:05avec la Banque de France
09:06d'essayer de bouger un écosystème sur blockchain.
09:09Parce qu'en fait, justement, souvent, le problème,
09:11c'est qu'un émetteur vient,
09:12mais les investisseurs ne sont pas au rendez-vous.
09:14Un investisseur a envie d'investir,
09:16mais il n'y a pas suffisamment de liquidité,
09:19de densité dans les titres existants.
09:22Et donc là, l'idée, c'est de prendre le marché
09:25des papiers commerciaux, une OCP,
09:28qui est en fait un marché à peu près
09:29de 300-310 milliards d'euros.
09:31Donc, ce n'est pas gigantesque,
09:32mais c'est quand même déjà significatif.
09:34Et conjointement avec la Banque de France,
09:37on est en train de travailler aussi
09:39avec les émetteurs, les traders, les investisseurs
09:42pour bouger en masse, en fait, sur blockchain.
09:46Donc, il y a beaucoup d'intérêt autour de ce projet,
09:50bien entendu en France, mais en Europe,
09:52mais aussi au-delà.
09:53Donc, c'est la première fois qu'il va y avoir
09:56ce mouvement en masse.
09:59Et donc, je pense que ça va nous amener
10:01à comprendre beaucoup plus
10:02de comment fonctionne blockchain,
10:05quels sont les bénéfices,
10:06quels sont aussi les points d'attention
10:08en termes juridiques.
10:10Parce que finalement, ici,
10:11on ne parle presque plus de la technologie,
10:13mais on parle plus de l'organisation du marché,
10:15on parle plus des pratiques de marché.
10:18Ça va simplifier aussi le système,
10:20les compréhensions du système, peut-être.
10:21Alors, ça va certainement simplifier.
10:23En même temps, il faut faire attention
10:24à ne pas refragmenter le marché.
10:25Parce que finalement, les marchés européens,
10:27on le dit déjà, ils ne sont pas encore assez intégrés.
10:29Donc, il faut améliorer la liquidité
10:32des marchés européens.
10:33Et il ne faudrait pas qu'avec la finance digitale,
10:37on refragmente parce qu'il n'y a qu'un petit club
10:41de personnes qui s'y adonnent.
10:45Donc, voilà.
10:45L'idée, c'est de quand même toujours garder
10:47le lien aussi avec les marchés traditionnels
10:50et avec les marchés aussi en dehors de la France.
10:53Merci.
10:54Merci beaucoup, Valérie Urbain,
10:55d'être venue ce matin.
10:56Avec grand plaisir.
10:57Directrice générale d'Euroclier
10:58dans la matinale de l'économie.

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