00:00Avec Éric Lombard, ancien ministre de l'économie et des finances, bonjour et bienvenue sur le plateau de BFM Business.
00:05Vous avez publié début septembre, dit pas ça, tu vas finir par te faire virer cette édition Albin Michel.
00:10Vous revenez sur votre passage à Bercy, qu'est-ce que vous en tirez finalement de ce passage ?
00:15J'en tire une vision très positive, c'est-à-dire que quand on a des idées claires,
00:20quand on sait ce qu'on veut faire, ce qui était notre cas avec François Béraud, on peut avancer.
00:25Un exemple très simple, Michel Barnier était tombé sur le budget.
00:29En un mois, grâce à un dialogue avec tous les partis, on a réussi à trouver un accord
00:33et à avoir un budget qui a fait baisser le déficit jusqu'à 5,1 alors qu'on venait de
00:385,8.
00:39On a pu commencer à mettre des limites à la pression chinoise sur l'industrie, dans l'acier, sur les
00:46petits colis.
00:47On a mis en route le programme d'EDF pour la construction des six EPR.
00:50Donc ce qui est très rassurant, c'est qu'avec une vision claire, avec un dialogue avec tous les partis,
00:55on peut avancer, on peut réformer ce pays.
00:58Et j'entendais Eric Albert à l'instant parler d'italianisation.
01:01D'abord, j'ai beaucoup de respect pour l'Italie, qui a fait beaucoup de bonnes choses.
01:05Mais on peut se réformer vigoureusement et retrouver une marche en avant pour éviter la situation actuelle,
01:10puisque la situation actuelle, en réalité, c'est qu'on est quand même en train d'être déclassé.
01:13On le voit dans l'économie, on le voit dans l'éducation.
01:16Mais ça peut se retourner assez vite, pour autant qu'on trouve un accord assez large.
01:19– Alors cet accord, il faut le trouver ? Il faut le trouver avec l'EPS, forcément ?
01:23– Il faut le trouver avec l'ensemble de l'espace central,
01:28puisque en réalité, dans cet espace central qui va du Parti Socialiste jusqu'à LR,
01:32qu'est-ce qu'on partage ?
01:33L'idée qu'il faut produire plus avant de redistribuer,
01:35que c'est l'augmentation, le retour de la croissance qui permettra de financer la transformation écologique,
01:40qu'il faut faire ça dans un cadre européen.
01:42Alors les curseurs ne sont pas les mêmes,
01:44mais ça suffit à nous permettre de passer des accords de gouvernement,
01:49en tout cas moi c'est ce que je souhaite pour la suite,
01:51et avoir une réponse positive à ce que proposent les deux extrêmes,
01:54qui ne fonctionnent pas,
01:56et qui ne sont pas les bonnes réponses au problème du pays.
01:58– Alors vous parliez, vous, de votre expérience,
02:01les conditions sont assez différentes cette fois-ci,
02:02parce que nous sommes en campagne présidentielle,
02:05il va y avoir une élection dans quelques mois,
02:07et donc il est très politique ce budget,
02:10quel est l'intérêt finalement pour un parti d'opposition,
02:14d'aller toper j'allais dire avec Sébastien Lecornu,
02:17sachant que quand on regarde les propositions du PS,
02:20elles sont là très très éloignées de celles proposées par le gouvernement aujourd'hui.
02:26– Alors moi il me semble que l'intérêt il est très clair,
02:29c'est l'intérêt du pays, c'est l'intérêt des Françaises et des Français,
02:31pourquoi ?
02:32On a vu hier, les taux d'intérêt sont à 4,65%,
02:36l'écart avec l'Allemagne est de plus de 1%,
02:40ce qui est énorme,
02:41et ça, ça pèse sur la capacité d'endettement des ménages et des entreprises.
02:46Et pourquoi est-ce que ce taux est si élevé ?
02:49Les taux mondent partout, mais beaucoup plus en France qu'ailleurs,
02:51parce qu'il y a une incertitude politique.
02:53Donc moi je demande au parti politique de mettre entre parenthèses
02:57la campagne des présidentielles pour ce budget,
03:00il est impératif que le budget présenté par le gouvernement soit adopté,
03:05afin qu'on reprenne la baisse du déficit,
03:08ce qui permettra d'étendre les taux d'intérêt,
03:10de soulager notre économie,
03:12et puis une fois cette parenthèse terminée,
03:13donc ça leur demande un effort politique,
03:15de s'abstenir, de dire ok, on laisse passer ce budget dans l'intérêt du pays,
03:19parce que dans le cas contraire…
03:20– S'il n'y a pas de budget, c'est quoi les conséquences ?
03:22– S'il n'y a pas de budget, si on est par exemple en loi spéciale,
03:26le gouvernement a dit, dans ce cas-là,
03:27le déficit l'année prochaine peut être jusqu'à 6,5%,
03:30alors que déjà la cible du gouvernement c'est 150 milliards d'euros,
03:32ce qui est déjà énorme.
03:34Le risque, ce n'est pas un risque pour la solvabilité de la France,
03:37qui est un pays riche et qui pourra honorer ses engagements,
03:40mais à des conditions beaucoup plus onéreuses,
03:42et cette augmentation des taux d'intérêt, encore une fois,
03:45elle pèse sur les ménages, elle pèse sur nos entreprises.
03:47Donc je pense qu'il faut vraiment, une parenthèse,
03:50que chacun fasse l'effort, qui sera compris par les Français,
03:54de dire ok, on n'est pas d'accord avec ce budget,
03:56on n'est pas d'accord avec ce gouvernement,
03:57mais il faut que ça passe.
03:58– Mais cet accord, il faut faire les 54 milliards d'économies
04:03demandées par Sébastien Lecornu,
04:05quand on vous entend sur la situation économique,
04:07sur les taux, sur le déficit, la dette, les charges de la dette ?
04:10– Mais regardons la situation.
04:13La cible du gouvernement, c'est 5% de déficit,
04:16et je pense que c'est la meilleure cible possible
04:18dans la circonstance, il faut l'atteindre.
04:20Ça veut dire 150 milliards d'euros de dettes en plus,
04:23c'est-à-dire que nos enfants, pendant 10 ans,
04:25sur ces 150 milliards, vont payer chaque année 6 milliards de plus,
04:30rien qu'en intérêt, rien que pour rémunérer les prêteurs.
04:34Donc vous voyez bien qu'il faut arrêter cette spirale,
04:38qui fait que chaque année, on rajoute de la dette à la dette,
04:41et la question c'est, la charge d'intérêt,
04:43c'est en train de devenir le premier budget de l'État.
04:46– Mais il faut faire des économies,
04:47ou il faut augmenter les impôts ?
04:49Parce que c'est là, on voit bien 40 milliards de hausses d'impôts
04:52côté PS, 54 milliards d'économies côté Sébastien Lecornu.
04:56On a les libéraux, les pilonésiens qui sont en train de s'affronter.
04:58– Moi j'étais chef d'entreprise, je regardais un truc très simple,
05:00l'argent qui rentre, l'argent qui sort.
05:02L'argent qui sort, c'est pour l'État, c'est pour la sécurité sociale.
05:06En réalité, on ne va pas baisser la dépense publique sur la sécurité sociale,
05:13la retraite, la santé, les gens vieillissent, ça coûte plus cher,
05:15l'État des missions.
05:17Simplement, et on a regardé les chiffres très précisément à Bercy,
05:20si la hausse de la dépense publique diminue sans augmenter les impôts,
05:25on peut réduire le déficit sur une durée de 5 à 7 ans.
05:30Et si cette trajectoire est validée par les partis,
05:33ça va rassurer les marchés financiers, les taux vont baisser,
05:36la croissance va reprendre parce que, en fait,
05:38le principal levier pour régler notre problème de dette,
05:41c'est que l'activité soit plus importante,
05:44qu'il y ait plus de quantité de travail dans le pays,
05:47c'est-à-dire qu'on reprenne la baisse du chômage
05:48qui avait été entamée dans le premier quinquennat,
05:51qu'on fasse cette réforme des retraites sur laquelle
05:53il y a un accord qui est en train de se faire sur le fait
05:55que d'une façon ou d'une autre, il faudra travailler plus.
05:58Et cette maîtrise de la dépense,
06:00on augmente la quantité de travail, on fait baisser le déficit,
06:02ça nous permet de financer l'avenir, la recherche, l'éducation,
06:07l'enseignement supérieur, qui sont des priorités qu'on a...
06:09Ça c'est sur le papier, aujourd'hui, le PS ne l'entend pas du tout de cette oreille.
06:14C'est quoi le compromis possible ?
06:15Ça nous a coûté cher la dernière fois
06:17puisque Sébastien Lecornu a lâché sur la réforme des retraites.
06:21Quelle est la concession qu'il faut faire, selon vous ?
06:24Il n'y a pas de concession, me semble-t-il, à faire à qui que ce soit.
06:28Nous devons trouver un chemin qui nous permette de faire face à nos engagements.
06:33Et c'est vrai que le report, la suspension de la réforme des retraites est coûteuse.
06:37Il faut remettre cette réforme en chantier.
06:40Et je pense que l'accord doit plutôt porter sur des sujets positifs.
06:44Quel est le degré d'investissement dans la transformation écologique ?
06:47C'est ça la grande priorité.
06:48Qui d'ailleurs n'est pas un sujet budgétaire.
06:50La transformation écologique, c'est que l'ensemble de la société,
06:54l'ensemble de l'économie, doit modifier les modes de transport.
06:57J'entendais le débat sur les taxes sur le pétrole.
07:00Mais il faut surtout qu'on passe à l'électrique,
07:02qu'on passe aux...
07:03Le gouvernement a eu tort d'augmenter l'aide pour les gros rouleurs,
07:07enfin d'élargir...
07:08Le gouvernement a eu raison parce qu'il y a une difficulté de pouvoir d'achat,
07:13notamment pour les gros rouleurs, qui est évidente.
07:15Dans ces cas-là, la solidarité de la nation est absolument évidente.
07:18Mais dans le plus long terme, il faut qu'on transforme notre économie,
07:22notre façon de travailler, notre façon de vivre,
07:23de façon à continuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
07:27Et ça, ce n'est pas budgétaire, c'est politique.
07:29Et là-dessus, on peut avoir un accord.
07:30Et là-dessus, on peut avoir un parallels.
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