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Éric Lombard, ancien ministre de l'Économie et auteur de "Dis pas ça tu vas finir par te faire virer" aux éditions Albin Michel était l'invité de BFMTV ce vendredi 11 septembre.

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Transcription
00:00Bienvenue à vous tous. Si vous nous rejoindiez, la France est-elle au bord du gouffre économique et surtout comment
00:05en sortir ?
00:05On va en parler à présent avec un homme qui a dirigé le ministère de l'économie pendant neuf mois.
00:09Bonsoir Eric Lombard.
00:10Bonsoir.
00:11Merci d'être avec nous. Vous publiez « Dis pas ça, tu vas finir par te faire virer », ce
00:14qui a été le cas d'ailleurs à la fin chez Alba Michel
00:17qui raconte les coulisses de votre passage à Bercy.
00:20Aujourd'hui, le gouvernement a donc revu à la baisse très sérieusement les prévisions de croissance pour cette année.
00:25Les premières prévisions, c'était 1%. On est aujourd'hui à 0,5% seulement de croissance prévue.
00:32Ce n'était pas une journée de fête à Bercy. Écoutez celui qui vous a succédé à ce poste, Roland
00:36Lescure.
00:41On l'écoutera plus tard, Roland Lescure. Je vais me transformer en Roland Lescure qui nous dit aujourd'hui, pour
00:47préparer le prochain budget,
00:48il n'y a plus de gras. Il n'y a plus rien. On est à l'os. Vous faites
00:52le même constat que lui.
00:53La France, elle est à l'os. Elle est au pied du mur. On ne peut plus trouver d'argent
00:56nulle part.
00:58On a une difficulté sérieuse qui est effectivement celle de notre déficit.
01:04Pour dire les choses, on va avoir 150 milliards de déficit cette année de nouvelles dettes.
01:10Donc, il va arriver. La hausse des taux d'intérêt que nous avons subi fait que le coût de financement,
01:16les fonds que nous allons verser à nos prêteurs vont augmenter cette année de 11 milliards d'euros
01:21par rapport à ce qui a été budgété. Donc, c'est énorme. C'est presque le budget du ministère de
01:25la Justice.
01:26Ce n'est pas seulement un sujet pour la France. Les taux d'intérêt aux États-Unis et en Grande
01:31-Bretagne sont encore plus élevés.
01:32C'est un sujet mondial. Mais il porte sur la France de façon particulière parce qu'on est très endetté.
01:38Par exemple, l'Allemagne emprunte à un taux moins élevé que le nôtre.
01:42Ce qui veut dire que la France est à l'os. Je ne sais pas bien ce que ça veut
01:46dire.
01:46La France est un pays qui est riche. Il n'y a pas de problème de financement de l'économie.
01:52Il n'y a pas de problème de financement de l'État. Simplement, nous devons être rigoureux dans la gestion
01:55du pays
01:56et ne pas rajouter du déficit au déficit.
01:58Je voudrais qu'on s'intéresse à la situation en France, mais à la situation aussi chez nos voisins.
02:02C'est peut-être ça qui est le plus inquiétant aujourd'hui.
02:05C'est Marguerite Dumont qui vient de nous rejoindre.
02:07Est-ce qu'il y a un décrochage français ?
02:09Parce qu'on a entendu Roland Lescure expliquer ce matin que c'était un petit peu l'effet de la
02:12canicule.
02:13Mais il me semble que la canicule a touché aussi, je me trompe peut-être, nos voisins européens.
02:18C'est vrai que la comparaison avec nos voisins est brutale.
02:21La France est la seule grande économie de la zone euro à ralentir par rapport à 2025.
02:26Regardez, plus 0,9% de croissance pour l'Italie, plus 1% pour l'Allemagne.
02:32Au Royaume-Uni, plus 1,2%.
02:34Quant à l'Espagne, sa croissance devrait atteindre 2,6% cette année.
02:39Pour l'INSEE, les moteurs de l'économie française sont grippés.
02:44L'agriculture, par exemple, a souffert à cause de la canicule.
02:48Un exemple très concret avec la production de maïs qui a chuté de 35%.
02:53Ensuite, l'investissement recule, notamment avec le fort ralentissement des travaux publics autour des élections municipales.
03:01Encore plus préoccupant, le marché du travail français est plus dégradé qu'ailleurs en Europe.
03:07Le taux de chômage devrait atteindre 8,6% à la fin de l'année, contre 5% pour l
03:13'Italie et 4% pour l'Allemagne.
03:15À cela s'ajoute une inflation qui pourrait atteindre 2,9% fin 2026, portée notamment par la hausse des
03:23prix de l'énergie et des produits frais.
03:25Conséquence, un pouvoir d'achat dans le rouge et une consommation plus molle.
03:30Enfin, à tous ces problèmes s'ajoute une spécificité bien française, notre dette plus lourde qu'ailleurs.
03:36Et un cadre budgétaire très contraint.
03:39Roland Lescure, le ministre de l'économie, l'a reconnu.
03:42Nous n'avons plus de gras.
03:43– Merci Marguerite. Pourquoi on décroche ? Pourquoi on décroche plus que les autres ?
03:49– Eh bien parce que notre situation budgétaire est pire que celle des autres pays qui ont fait un ajustement
03:56après le Covid vigoureux.
03:59L'Italie, qui était le mauvais élève de l'Europe, a avant charge de la dette ce qu'on appelle
04:04un excédent primaire.
04:06L'Espagne, le Portugal, la Grèce ont remis leur compte en ordre.
04:10Et nous ne l'avons pas fait. Et la raison pour laquelle nous ne l'avons pas fait,
04:14elle est importante dans le débat politique des prochains mois et de la prochaine législature du prochain quinquennat.
04:22Parce que nous avons privilégié en fait le court terme, le paiement des dépenses de santé.
04:28– Je vous interroge, quand vous dites « nous », vous vous incluez dedans ?
04:31– Je pense que les gens qui nous regardent ce soir…
04:33– Nous, englobent l'ensemble des décideurs.
04:36– D'accord.
04:37– Puisqu'il y a eu un consensus politique, mais en fait depuis de très nombreuses années,
04:42pour ne pas assez investir dans la préparation de l'avenir, l'éducation nationale.
04:46On a vu le rapport PISA qui montre que nous baissons aussi en matière d'éducation nationale,
04:52en matière de préparation de l'avenir, d'université, parce que c'est symptomatique.
04:57On a reporté la réforme des retraites et ce report, il est extrêmement coûteux.
05:02Le gouvernement s'attaque à juste titre aux arrêts maladie,
05:05mais les dépenses de santé sont aussi très dynamiques.
05:09C'est vrai qu'il y a un vieillissement de la population,
05:12mais nous ne le prenons pas en compte dans l'ajustement.
05:16Et si on ne fait pas cet ajustement, qui demande un accord très large des partis politiques,
05:21on ne retrouvera pas de marge de manœuvre.
05:24D'ailleurs, je rappelle que le budget que nous avons fait monter en 25,
05:26on avait un accord très large, puisqu'on avait le socle commun et le Parti Socialiste.
05:33Précisément, M. le ministre, est-ce qu'on n'a pas trop cédé au Parti Socialiste ?
05:36Je comprends quelles sont les contingences du politique lorsqu'il s'agit de faire passer un budget
05:41et que, ma foi, il n'y a pas de majorité à l'Assemblée Nationale,
05:44majorité de plus en plus étriquée, et que donc, vous êtes dans la main d'Olivier Faure.
05:47Mais est-ce qu'à l'époque, on n'a pas trop cédé au Parti Socialiste ?
05:51Je suis en total désaccord avec ça, puisque, en tout cas, quand j'étais en responsabilité,
05:56l'accord avec le Parti Socialiste nous a permis de faire baisser le déficit de 5,8 à 5,1.
06:01Donc, c'était un accord qui était extrêmement fécond pour les finances publiques,
06:06et c'est ce travail qu'il faut continuer à faire,
06:09et je sais que le Premier ministre s'en occupe dans la négociation avec le Parti Socialiste.
06:13La difficulté du moment, c'est que la proximité avec l'élection présidentielle,
06:17fait que les socialistes n'auront peut-être pas envie de faire de cadeau à Sébastien Lecornu ?
06:20Oui, mais par ailleurs, c'est un parti de gouvernement, c'est un parti responsable,
06:23et c'est tout le débat que le Premier ministre va devoir traiter dans la négociation avec eux.
06:27Benoît Perrin, vous avez une question.
06:28Justement, est-ce que vous faites partie de ceux qui considèrent,
06:30dans le pays, qu'il faut le rappeler quand même, la dépense publique la plus importante au monde,
06:34qui a les impôts, le taux de préalement obligatoire, le plus important d'Europe ?
06:37Est-ce que vous faites partie de ceux qui considèrent que si on a un problème de budget,
06:39c'est parce qu'on a un problème de recettes,
06:41donc autrement dit, il faut continuer à augmenter les impôts,
06:43ou alors, au contraire, on a un problème de dépense publique,
06:46et auquel cas, comment, justement, baisser la dépense publique en France ?
06:49La situation est extrêmement claire.
06:51Vous avez raison, nos dépenses publiques, c'est 57% du PIB.
06:55C'est un record.
06:56En moyenne, c'est 270 milliards d'euros,
06:59le gouverneur de la Banque de France l'a rappelé récemment,
07:01de plus que ce que font les autres pays.
07:03Donc, le sujet prioritaire, c'est la dépense,
07:06et on peut le traiter avec une vision de moyen terme de maîtrise de la dépense,
07:10ce n'est pas l'austérité, c'est la maîtrise de la dépense.
07:12On a un deuxième sujet encore plus important,
07:15c'est la quantité de travail dans l'économie.
07:17Si nous avions le taux d'emploi des Néerlandais ou des Allemands,
07:21les recettes fiscales, mais aussi les recettes à partager pour le pays,
07:25seraient beaucoup plus élevées.
07:26Ça veut dire qu'il faut, Éric Lombard, on verra ensuite comment,
07:29est-ce que c'est plus dans la semaine, dans l'année, ou toute sa vie ?
07:32Il faut travailler plus ?
07:33Il faut travailler plus, non pas dans la semaine,
07:36Il faut travailler plus ?
07:37Dans la vie ?
07:37D'abord, en taux d'emploi, en continuant, en reprenant la baisse du chômage.
07:44Oui, mais ça, ça ne se décrète pas.
07:45Ça s'organise, et depuis 2014, il y a, avec des hauts et des bas,
07:49une politique de l'offre qui a été mise en place,
07:51amplifiée sous le premier quinquennat du président,
07:53et il faut la reprendre.
07:55Il faut que les jeunes qui ne demandent que ça soient plus vite dans les entreprises,
07:58et ça, on peut améliorer les choses.
08:00Il faut que l'âge de la retraite, au total, soit décalé.
08:04C'est une évidence que tout le monde sait.
08:06Décalé à combien ?
08:07Je rappelle, aujourd'hui, la réforme des retraites,
08:08elle a été bloquée à 62 ans et 9 mois.
08:12Il y a ceux qui disent « retour à la retraite à 60 ans »,
08:15ça, c'est Jean-Luc Mélenchon,
08:16c'est Marine Le Pen qui dit « entre 60 et 62 ans ».
08:19Il y a un parti dont vous avez été proche longtemps,
08:22c'est le Parti Socialiste qui dit « 62 ».
08:24Il y a François Hollande qui dit « 63 ».
08:26Il y a Bruno Retailleau qui dit « pas tout à fait,
08:29mais il faudra que ça suive l'évolution du cours de la vie et l'allongement du quotidien ».
08:34C'est une des raisons pour lesquelles j'ai quitté le Parti Socialiste il y a bien longtemps.
08:37Pour vous, à partir de quel seuil il serait irréaliste de ne pas augmenter ?
08:41Je ne vais pas régler en deux phrases la réforme des retraites.
08:44Mais il faut continuer ce qu'avaient fait Marie-Sole Touraine dans sa loi
08:49et Elisabeth Borne dans sa loi,
08:50d'augmenter la durée de travail de façon générale,
08:53avec des règles particulières pour les métiers pénibles,
08:56de façon à ce que quand on exerce un métier pénible
08:58et qu'on ne peut pas l'exercer au-delà d'un certain âge,
09:01la durée de cotisation soit moindre.
09:02Et on n'était pas loin d'un accord entre partenaires sociaux.
09:05Il faut se remettre au travail pour trouver cet accord.
09:08Mais au total, ça voudra dire travailler plus
09:10pour la plupart des Françaises et des Français.
09:12Qu'est-ce que vous dites aux Français aujourd'hui qui n'arrivent plus à faire le plein ?
09:15Qui au moment de passer à la pompe,
09:18remplissent à moitié le réservoir,
09:19ou qui le week-end disent à leurs enfants
09:21« Désolé, mais ce week-end, on restera à la maison ».
09:23Alors, ce que je leur dis, c'est qu'ils méritent effectivement
09:27un soutien, d'ailleurs, qui a été apporté de façon ciblée.
09:30Mais il n'y a pas que la question du plein.
09:31Je vais vous dire, nous savons qu'une bonne partie de nos concitoyens,
09:35c'est mon nom mesuré, ont subi une baisse de pouvoir d'achat
09:39depuis ces dernières années.
09:40Et ça, c'est quelque chose de nouveau.
09:41Quand on demande aux Français aujourd'hui
09:43combien ils pensent qu'il leur manque pour vivre convenablement,
09:46c'est la question qui est posée,
09:48ils disent plus de 500 euros chaque mois.
09:49Nous avons un sérieux problème de pouvoir d'achat
09:53et il est impératif de le régler.
09:55Le régler en augmentant les bas salaires,
09:58et ça, pour les entreprises qui peuvent le faire,
10:01ce serait utile de le faire.
10:03Et avec une politique ciblée,
10:05ça fait partie du débat qui est dans l'espace public
10:08pour la présidentielle,
10:09avec des transferts qui permettent d'alléger les charges
10:13pour qu'à la fin, le net de ces salariés modestes augmente.
10:18parce que, d'abord, c'est une question d'équité,
10:22que l'ensemble des travailleurs de ce pays puissent vivre dignement.
10:25Et puis, je rappelle que les sommes qui sont versées aux salariés,
10:28ils consomment, et que c'est aussi bon pour l'économie.
10:31– Vous savez, Éric Lombard, qu'il y a des appels à manifester,
10:33qui sont lancés plusieurs jours maintenant sur les réseaux sociaux,
10:35de type gilet jaune, même si tout ça est encore un peu nébulé.
10:39On a demandé aux Français, en l'occurrence aux habitants du Var aujourd'hui,
10:41ce qu'ils en pensaient.
10:43Est-ce qu'ils descendraient dans la rue aujourd'hui
10:46pour protester contre la flambée des carburants ?
10:48Écoutez leur réponse.
10:49– Quand on va manifester, c'est en moins sur la fiche des payes.
10:52Donc, manifester parce qu'on n'en a pas assez et en perdre,
10:55c'est compliqué.
10:57Il faudrait des choses plus radicales,
10:59mais passer du temps dans la rue pour dire qu'on n'est pas content.
11:02– Sujet compliqué parce que je n'ai pas forcément le temps.
11:05Comme tout le monde, on a un emploi et ce n'est pas forcément simple
11:08de se libérer pour aller manifester.
11:10Mais c'est vrai qu'il y a un moment où on se pose vraiment la question.
11:13– À un moment, il faut faire abstraction à tout ça et se révolter.
11:17Parce que si on se laisse faire, ça n'avancera jamais.
11:20Donc, je pense qu'à un moment, il faut dire stop.
11:22Parce que là, trop, c'est trop.
11:24– À un moment, il faut dire stop.
11:25Est-ce que c'est le retour des gilets jaunes ?
11:26– Il faut manifester que nous entendons ce message
11:30et quand je dis non, c'est l'ensemble des décideurs.
11:32parce qu'il est impératif dans la préparation du prochain quinquennat
11:36qu'on puisse traiter ce sujet sérieusement
11:38et qu'il y ait une distribution de pouvoir d'achat
11:40et que pour l'ensemble des Françaises et des Français,
11:44mais surtout pour ceux qui ont les revenus les plus faibles,
11:46leur pouvoir d'achat recommence à augmenter.
11:49Aujourd'hui, une famille monoparentale au SMIC dans une métropole
11:52a du mal à joindre les deux bouts, c'est une évidence.
11:55Et ce n'était pas le cas auparavant.
11:57Et ça fait aussi partie des domaines sur lesquels la France a glissé
12:02et s'est déclassé par rapport aux autres pays européens.
12:04– Surtout ce que vous dites sur « il va falloir régler la question de la fiche de paye ».
12:06La plupart des candidats, d'ailleurs, disent aujourd'hui
12:08« ont chacun leur méthode pour baisser les cotisations de l'un ou de l'autre ».
12:11Mais est-ce qu'il n'y a pas une urgence aujourd'hui ?
12:13– Bien sûr.
12:14– À entendre cette France-là ?
12:16– Bien sûr. Alors, ça pose la question des marges de manœuvre.
12:19La situation budgétaire interdit de dépenser de l'argent que nous n'avons pas.
12:24Mais dans ces cas-là, quand vous avez une entreprise
12:26et vous avez une urgence, vous faites la dépense
12:29et puis vous trouvez des économies.
12:31– Donc on pourrait baisser les taxes sur les carburants
12:33en trouvant des économies ailleurs ?
12:35– C'est un débat qui me paraît très utile au service des Français
12:39pour dégager les moyens permettant de les aider,
12:42de réunir les partenaires sociaux, de leur dire
12:44« voilà, il y a une nécessité d'aider nos concitoyens en difficulté,
12:48il y a des dépenses qui dérapent dans le domaine des retraites,
12:52dans le domaine de l'assurance santé,
12:55et sur lequel on sait très bien que toutes ces dépenses
12:58ne sont pas bien ciblées et on a des économies qu'on peut faire. »
13:03On avait, au mois de juillet dernier, il y a un peu plus d'un an,
13:05avec François Béroux, fait des propositions dans ce sens.
13:07Et mettre cet accord dans la main des responsables politiques
13:10et des économies et en échange, on baisse les taxes sur les carburants.
13:13– Bien sûr.
13:14– Merci beaucoup Eric Lombard, dis pas ça, tu vas finir par te faire virer.
13:17C'est donc le titre de votre livre paru chez Albin Michel.
13:19Merci beaucoup d'être venu ce soir sur ce plateau.
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