00:007h12 sur RMC, excellent réveil à tous.
00:03Cette question de l'arbitrage entre rouler, se déplacer et manger ou aller à un rendez-vous médical.
00:09Les Français sont en pleine précarité, mobilité.
00:12Voilà ce que vous nous enseignez ce matin Sébastien Bayeul.
00:15J'avoue qu'on en avait l'intuition mais vous mettez des chiffres.
00:17Désormais c'est 1 Français sur 3.
00:19Vous êtes porte-parole de WeMove qui est une association qui accompagne les personnes en difficulté justement dans leur mobilité.
00:24Ils sont 37% donc de ces Français à devoir faire un arbitrage, faute d'argent.
00:30Ils arbitrent entre quoi et quoi et est-ce qu'ils sont en effet de plus en plus nombreux ?
00:34Alors oui concrètement effectivement le baromètre des mobilités du quotidien nous montre qu'il y a 17 millions de personnes
00:38qui sont en précarité et mobilité.
00:402 millions de plus qu'en 2024.
00:42Ce que ça nous montre concrètement c'est des histoires de vie d'abord et avant tout.
00:45C'est important de partir de là quand on parle de précarité et mobilité.
00:48On parle d'un jeune qui ne peut pas accéder à une formation, d'une personne senior qui va se
00:52retrouver isolée
00:53ou qui ne peut pas aller à son rendez-vous de médecin.
00:55Donc c'est des situations concrètes.
00:57Et on voit qu'aujourd'hui la mobilité c'est un amplificateur de la précarité.
01:02Finalement au départ une problématique de mobilité on se dit c'est une conséquence d'une personne qui est en
01:06difficulté, qui n'a pas de moyens financiers.
01:09Aujourd'hui la mobilité vient renforcer cette précarité là.
01:12Et le baromètre nous montre qu'effectivement on a des Français qui vont arbitrer entre s'alimenter de façon qualitative,
01:19en quantité ou se déplacer.
01:21C'est 15% des Français aujourd'hui qui vont réduire leurs dépenses d'alimentation pour pouvoir continuer à se
01:27déplacer.
01:27Réduire leurs dépenses d'alimentation, ça ne veut pas forcément dire ne plus manger, mais ça veut dire renoncer à
01:33de la viande, à une alimentation plus diversifiée, de meilleure qualité.
01:36Exactement. Aujourd'hui en fait la mobilité elle va avoir un impact sur l'alimentation, mais on le voit aussi
01:40sur le logement.
01:4112% des Français qui vont réduire leurs dépenses de logement pour pouvoir continuer à se dépasser.
01:46Encore tenté ?
01:47Oui tout à fait. Et on a 40% des Français qui renoncent ou qui ont renoncé à se déplacer
01:53du fait d'une problématique de mobilité.
01:552,15€ le sans-plomb, 2,36€ le gasoil. On va y venir dans un instant. Dans ce contexte-là,
02:02les aides vont continuer à être ciblées sur certaines professions.
02:04Mais pour les gros rouleurs, c'est-à-dire pour ceux effectivement qui au quotidien doivent rouler pour aller travailler,
02:10le gouvernement laisse entendre qu'il va falloir quand même qu'ils se débrouillent. C'est votre cas Fred. Bonjour
02:16Fred.
02:16Fred. Oui, bonjour à tous.
02:17Fred, vous vivez à Montpellier et vous nous avez laissé un message ce matin pour nous dire que votre femme
02:24a carrément renoncé à travailler parce que ça coûtait trop cher d'y aller.
02:27Tout à fait, parce que vu qu'elle a un salaire qui n'est pas élevé, elle est un petit
02:31peu moins que le SMIC. Au final, elle a 80-80 bornes pour aller travailler.
02:35Donc on a fait le calcul entre le carburant, le péage. Elle va bosser, mais il va pour la gloire.
02:41C'est-à-dire que du coup, elle s'est mise en arrêt maladie en fait.
02:45Elle s'est mise en arrêt maladie. Donc là, elle continue à toucher son salaire, mais elle ne fait plus
02:49le déplacement de fait.
02:50Oui. Non, non, mais du coup, on a coupé tout ce qu'on a pu couper. On a pu couper
02:54le centre aéré, on a coupé la cantine des enfants, on a tout coupé en fait.
02:58Et donc, elle reste et elle s'occupe des enfants.
03:00Oui, tout à fait.
03:02Alors, pardon, mais en arrêt maladie, sur quelle base ?
03:08Dépression. Mais quelque part, c'est le cas, parce que c'est un crève-cœur, parce que son travail, elle
03:12l'apprécie beaucoup.
03:14Mais y aller pour limite, y être de notre poche, ce n'est pas la peine.
03:18Clairement, ce n'est pas la peine. Au final, on travaille tous les deux, on ne peut rien faire.
03:22Même un restaurant par mois, ce n'est même plus envisageable.
03:24On n'a pas pu renouveler la licence d'inscription à la danse des petites, on a dû couper dans
03:30plein de choses.
03:31Donc dans ces conditions-là, je ne vois pas pourquoi on continuera à faire tourner la machine en fait.
03:34Vous avez renoncé au sport des enfants ?
03:37Oui, parce qu'on n'a pas le choix, parce qu'il faut manger.
03:40Et vous leur dites quoi, d'ailleurs, à vos enfants ? Vous leur avez dit quoi ?
03:43Ils sont petits, donc ils ne se rendent pas trop compte.
03:45Ils n'ont pas forcément réalisé.
03:46On leur a expliqué que pour cette année, on ne pourra pas qu'ils reprennent l'année prochaine, si ça
03:50va mieux.
03:51C'est compliqué, sans rentrer dans les détails.
03:52C'est ça, parce qu'il y a un moment, comme vous dites, dans l'alimentation, l'alimentation est ultra
03:56chère.
03:57Donc il a fallu choisir, tout simplement.
04:00Choisir, effectivement, entre se déplacer, chauffer la maison, s'occuper des enfants.
04:03Emmanuel ?
04:04Est-ce que, potentiellement, il y aurait une solution alternative de transports en commun ?
04:08Si je vous pose la question, parce que j'ai été frappé par les chiffres d'Eurostat,
04:12l'Institut Statistique Européen, qui dit que les Français utilisent nettement moins les transports en commun que les autres Européens.
04:17Vous avez deux tiers des Français...
04:19Vous êtes dans quel coin, Fred ?
04:20Vous êtes à Montpellier ?
04:22Il n'y avait pas d'option ?
04:24Non, non, non, parce qu'elle travaille assez loin, c'est dans un village.
04:26Donc il n'y a pas...
04:28S'il y aurait éventuellement, mais il faut compter trois heures de trajet contre une heure en bagnole.
04:32C'est d'ailleurs cette question-là, Sébastien Bayeul, c'est qu'il n'y a pas d'alternative pour
04:35les Français.
04:36Il y a un gros sujet autour de ça, effectivement, et c'est ce que montre le baromètre des mobilités
04:40du quotidien,
04:41c'est qu'aujourd'hui, on a près d'un Français sur deux qui dit ne pas avoir le choix
04:44de sa mobilité.
04:45Et ça, c'est un vrai enjeu, c'est-à-dire qu'on est contraint par l'utilisation de sa
04:50voiture au quotidien.
04:52Dans le rural, il y a 79% des Français qui disent
04:55« si j'ai une panne de véhicule, je n'ai pas d'autre solution pour me déplacer ».
04:59Et là, c'est exactement ce qu'on vient d'entendre,
05:01c'est-à-dire que ça empêche des gens d'aller bosser,
05:04de pouvoir amener leurs enfants aux activités, etc.
05:07Et d'ailleurs, il y a un chiffre qui m'a beaucoup frappé, je dois dire,
05:10je trouve que c'est le chiffre le plus triste,
05:12c'est que 59% des Français regrettent de ne pas pouvoir s'éloigner plus loin de chez eux
05:17que ce qu'ils font à cause du coup de la cherté de cette énergie.
05:19Et il y a aussi quelque chose...
05:20Une sorte d'enfermement, un sentiment d'enfermement.
05:22Exactement, ça crée de la distance, de l'enfermement.
05:24C'est-à-dire que tu es obligé d'aller habiter loin parce que le logement est trop cher.
05:27Ça sera forcément ressenti comme une privation de liberté de toute façon.
05:32Et à votre avis, est-ce que tout ça peut mener à un sentiment de ghettoïsation sociale ?
05:35Parce qu'au bout du bout, c'est ça dont on parle,
05:37il y a des gens en France qui pourront se déplacer
05:39et d'autres qui seront assignés à résidence avec un périmètre.
05:42Ce qui est sûr, c'est que ce que montre le baromètre,
05:44c'est qu'aujourd'hui, pour certaines personnes, se déplacer, ça devient un luxe.
05:49Des fractures sociales, territoriales...
05:51Qui existaient déjà d'ailleurs.
05:52Qui existaient, mais qui sont renforcées par ces problématiques de mobilité.
05:55Les solutions, alors, côté WeMove, ça fait 30 ans qu'on accompagne des gens,
05:59on voit qu'il y a des dispositifs, des aides, des solutions parfois qui existent,
06:04mais qui ne sont pas connues.
06:05Un chiffre, près de 70% des Français ne connaissent pas les aides
06:10pour utiliser les transports collectifs,
06:13pour passer d'un véhicule thermique à un véhicule électrique.
06:15Les informer, les former, les accompagner à ces dispositifs,
06:19avec des aides ciblées, déjà, ça, c'est une solution.
06:21Et ensuite, il faut continuer à développer des alternatives.
06:24Des alternatives qu'on va amener à l'usage.
06:27Parce que ça ne veut pas dire qu'une offre, quand elle existe, est utilisée,
06:30mais les gens, s'ils la connaissent, s'ils la maîtrisent,
06:32alors, là, on a des solutions.
06:34Merci Sébastien Bayeul, porte-parole de WeMove.
06:36Et un merci particulier à Fred pour son témoignage.
06:39Je crois que c'est la première fois que je vous accueille à l'antenne.
06:40Je me serai souvenu de vous, Fred.
06:42Oui, c'est tout à fait ça.
06:43C'est la première fois.
06:44Après, il y a des aides.
06:45C'est vrai, comme dit l'interlocuteur, il y a des aides.
06:48Les aides, nous, on est classe moyenne.
06:50Donc déjà, on n'a droit absolument à rien.
06:51On paye tout, on n'a droit à rien.
06:53Au final, si c'est pour avoir en leasing une voiture,
06:56qu'on va payer un crédit dessus, qui ne sera jamais à nous,
06:58au final, c'est un loyer.
06:59Donc la voiture, quand on va la ramener, au final, on n'a plus rien.
07:02Donc ce n'est pas envisageable non plus.
07:05Juste au-dessus, en fait, vous gagnez trop pour les aides
07:08et pas assez pour vous en sortir.
07:09Merci, Fred.
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