00:00Avec Pascal Boulanger, bonjour et bienvenue.
00:03Vous êtes président de la FPI, c'est la fédération des promoteurs immobiliers.
00:06C'est à peu près 700 sociétés adhérentes via 17 chambres régionales.
00:10Marine Le Pen a proposé de supprimer la loi SRU.
00:13Est-ce que vous adhérez à cette idée ?
00:15Alors c'est dangereux de répondre à cette réponse parce que c'est souvent un piège.
00:19Donc la loi SRU en elle-même, ce n'est pas un sujet.
00:22Le sujet, c'est son application.
00:24La loi SRU oblige les communes de plus de 3500 habitants
00:28d'avoir 25% de logements sociaux.
00:30Et nous, les maires nous obligent à nous, promoteurs, de les construire.
00:34Sauf qu'on doit les vendre à des bailleurs sociaux.
00:38Et très souvent, on les vend à perte.
00:39Et ce qui pose un problème, c'est qu'on doit avoir un équilibre de notre opération,
00:43sinon les banques ne suffluent.
00:44Et cette loi SRU, telle qu'elle a été faite,
00:46contribue à avoir fait augmenter le prix du logement.
00:50Donc supprimer la loi SRU, pourquoi pas ?
00:52Mais en tout cas, la revoir, c'est sûr.
00:54Parce qu'il n'y a pas de raison que ce soit l'acquéreur particulier,
00:56le jeune couple, qui surpaye son logement
01:00parce qu'il y a la loi SRU.
01:01Donc il y a un vrai sujet.
01:02Voilà, ce qu'il veut expliquer, c'est que dans les habitations mixtes,
01:05où il y a donc du logement privé et du logement social,
01:07eh bien, ça renchérit, c'est ça, le coût du logement privé
01:10par rapport au social, dans le même immeuble.
01:12Oui, ça s'appelle la péréquation.
01:13Nous, on appelle ça, de façon un peu plus triviale, l'impôt palier.
01:16Mais c'est un vrai sujet.
01:17Mais ce serait à l'État, du coup, de compenser ça ?
01:20Oui, s'ils ne sont de services publics.
01:22C'est en tout cas pas à l'acquéreur particulier,
01:26puisque nous, je vous répète, on doit avoir un bilan d'opération,
01:28sinon on n'est pas suivi par les banques.
01:29Donc ce qu'on perd d'un côté, on doit le remettre de l'autre.
01:32Et ça, c'est vraiment très choquant.
01:35En même temps, ça a permis de créer un million de logements sociaux.
01:39Donc c'est quand même une loi qui a prouvé son efficacité.
01:43C'est pour ça que je vous dis sur le principe, c'est piégeux comme réponse.
01:45Parce qu'elle prouve son efficacité.
01:48Et nous aussi, on vend bailleurs sociaux.
01:49Simplement, il y a une inéquité dans la répartition de la charge.
01:53Mais c'est vrai que ça a aussi construit de logements privés.
01:56Sans cela, il y aurait peut-être moins de logements privés, non ?
01:58Non, je ne pense pas.
02:00Aujourd'hui, oui, parce qu'aujourd'hui, on a très peu d'acquéreurs en logements privés.
02:03Donc aujourd'hui, on est, entre guillemets,
02:05content d'avoir les bailleurs sociaux qui viennent nous aider.
02:07Mais en temps normal, non, c'est l'investisseur privé particulier
02:12qui permet de lancer l'opération.
02:13Et ensuite, vient s'ajouter le bailleur social.
02:16Alors, c'est un secteur qui est en crise.
02:18Les ventes ont baissé de 23,6% au deuxième trimestre 2026.
02:23Attention, je me permets de vous couper.
02:2423,6% par rapport au chiffre le plus mauvais
02:28qu'on ait jamais connu depuis 50 ans.
02:30Donc c'est une catastrophe.
02:31Ah bah oui, parce que si on fait la vraie projection à la fin de l'année,
02:36une année normale, on fait 160 000 logements.
02:38Nous, Fédération des promoteurs immobiliers,
02:40cette année, on ne sera peut-être pas à 70 000.
02:42Donc ce n'est pas moins 23,6.
02:44C'est moins 60% environ, on verra bien à la fin de l'année,
02:47par rapport à une année normale.
02:48C'est un secteur en crise, vous diriez ?
02:51C'est une catastrophe ?
02:52Comment vous qualifieriez aujourd'hui le secteur ?
02:55Moi, ça fait 3-4 ans que sur différents plateaux,
02:57je n'arrête pas de le dire.
02:58On a l'État qui, au départ, a cru, à tort,
03:01ils ont fait un méa culpa,
03:03que le logement neuf était trop cher,
03:05de la faute de ceux qui le produisaient.
03:07Nous, on ne peut pas baisser nos prix,
03:09sauf à la marge, parce qu'on a des marges faibles.
03:12La marge moyenne d'un promoteur sur une opération, c'est 5%.
03:15Et si on n'a pas ces fameux 5%,
03:17la banque ne nous donne pas nos garanties financières d'achèvement.
03:20Ça veut dire que vous êtes à l'os ?
03:21Quasiment, oui, bien sûr.
03:23Et donc, les normes, les surcoûts, la loi SRU,
03:27en fait, tout ça part d'un bon sentiment au départ,
03:29sauf qu'à un moment, ça a cumulé, cumulé, cumulé,
03:31les arbres ne grimpant pas jusqu'au ciel.
03:34On arrive aujourd'hui, et il a fallu,
03:36il y a maintenant 4 ans, en novembre 2022,
03:39une légère hausse des taux d'intérêt à l'époque,
03:41pour que, patatrac, le système s'effondre.
03:43Et justement, la demande, elle reste quand même très forte aujourd'hui.
03:46Et comment on provoque ce choc d'offres ?
03:49Il faudra...
03:50Alors, ce n'est pas un choc d'offres dont on a besoin,
03:52c'est un choc de demande,
03:54puisque l'offre, on en a peu,
03:56mais on a déjà presque trop par rapport à la demande.
03:58Donc, ce qu'on a besoin aujourd'hui, en fait...
04:01Il y a beaucoup de gens qui voudraient avoir...
04:02Oui, mais...
04:03La demande, elle existe, en fait.
04:04La demande est très forte, mais elle n'est plus solvabilisée.
04:07Et je vais vous donner un exemple.
04:08Ce qui nous permet de lancer nos opérations,
04:10ce sont les investisseurs privés.
04:12Le particulier qui fait un investissement,
04:13il y avait la loi Pinel.
04:14Une année normale, on fait 60 à 61 000 ventes à ces investisseurs.
04:20L'année dernière, sans aucun dispositif, 9 468.
04:24On est passé de 61 000 à 9 468.
04:28Cette année, il y a le dispositif Jean Brun,
04:30ça remonte, mais ça ne remonte pas...
04:32Ça marche ou pas, le Jean Brun ?
04:33Ça marche, mais pas assez vite, en fait.
04:354 000 ventes par mois attendues, en fait, elles ne sont pas là.
04:38Non, elles ne sont pas là du tout.
04:39On est plutôt aux alentours de 200, vous voyez, pour les vrais chiffres.
04:41Donc, on est à 5% d'objectifs, mais ça monte tous les mois.
04:44On sent quand même, de toute façon...
04:46Mais il faut l'adapter, le dispositif Jean Brun ?
04:47Alors, il faudra l'adapter, on l'a vu ça avec M. Jean Brun
04:50et M. le Premier ministre.
04:52Et puis, il y a vraiment un climat anxiogène,
04:55actuellement international et national.
04:58Ce climat fait que les gens n'ont pas envie d'investir.
05:00Mais je vous dis, 61 000, l'année dernière, 9 468.
05:04Et les projections de cette année, 14 000, 15 000.
05:06Oui, à cause aussi des taux d'intérêt, vous l'expliquiez tout à l'heure,
05:09mais ça, c'est un frein considérable à l'achat.
05:12Mais tous les feux sont rouges, de toute façon.
05:13On n'a pas assez d'offres, mais on en a trop par rapport au marché actuel.
05:18On a des taux d'intérêt, effectivement, qui ne font que monter.
05:21La seule bonne nouvelle dans ce contexte, c'est une prise de conscience
05:25de l'ensemble des partis politiques.
05:27Je le ressens vraiment.
05:28À force de taper sur un clou, j'aime bien dire, il s'enfonce.
05:31Donc, on a fait passer les messages.
05:33Et puis, un dispositif Jean Brun, qui normalement devrait être amélioré
05:36dans la loi de finances.
05:37Et donc, là, on a un espoir.
05:39Mais sinon, effectivement, les feux sont rouges.
05:40Mais vous, vous misez tout sur le Jean Brun ?
05:43C'est quoi, vos autres demandes aujourd'hui ?
05:45Alors, nos demandes sont, dans la loi logement,
05:49pouvoir adapter le dispositif Jean Brun avec deux choses,
05:52pouvoir louer aux ascendants-descendants
05:53et pouvoir y mettre aussi les maisons individuelles.
05:56Et, dans la loi de finances, améliorer les conditions du Jean Brun,
05:59améliorer les taux d'amortissement, améliorer les déficits fonciers imputables,
06:03améliorer le total de l'amortissement déductible.
06:06Enfin, des choses un peu techniques.
06:09Ensuite, quand on aura ça, on aura un autre problème.
06:12Et là, vous allez dire, mais il n'est jamais content.
06:14Mais on n'aura pas assez d'offres.
06:15Donc, si la demande repartait, tout de suite, on sera en panne d'offres.
06:18Donc, il faut aussi, c'est ce qu'on demande au gouvernement,
06:20mais je pense qu'ils l'ont bien compris,
06:22aider les maires-bâtisseurs,
06:23parce qu'ils n'ont plus intérêt à nous délivrer des permis de construire.
06:25Voilà, c'est ça, c'est qu'on ne construit pas suffisamment.
06:27C'est dû aussi aux élections municipales ?
06:29Oui, bien sûr.
06:30Bien sûr.
06:31Entre autres, mais nous, on dépose moins de permis, de toute façon.
06:34Donc, c'est un cercle vicieux.
06:36Il faut que la demande se remette en route.
06:38Une fois que la demande sera là, effective,
06:40on rataquera le sujet de l'offre.
06:42On voit l'explosion des coûts des logements dans le portefeuille des ménages,
06:46la baisse du pouvoir d'achat.
06:48C'est très difficile de concilier tout ça.
06:50Est-ce qu'il faudrait plus de logements intermédiaires ?
06:52Est-ce qu'il faut des logements plus petits ?
06:54Est-ce qu'il faut faire de la réhabilitation plus que du neuf ?
06:57Comment on concilie, finalement, ces deux contraires ?
06:59Alors, la réhabilitation plus que le neuf, peut-être,
07:02mais ce n'est peut-être pas la solution,
07:03parce que souvent, réhabiliter coûte plus cher que construire un neuf.
07:06Il faut déconstruire pour reconstruire.
07:08Il n'y a rien aux normes, donc tout est à façon.
07:11Aujourd'hui, la vraie solution, c'est de relancer par l'investisseur privé.
07:15C'est lui qui va permettre de lancer des opérations
07:18et de retrouver notre rythme de croisière.
07:19Si vous aviez une mesure d'urgence à demander
07:23aux prochains locataires de l'Elysée, ce serait laquelle ?
07:26Doper le Jean-Brun.
07:28Doper le Jean-Brun.
07:29Et simplifier les normes ou pas ?
07:30Oui, mais ça, je l'entends à chaque fois.
07:32C'est très facile de simplifier.
07:34C'est du réglementaire, ce n'est même pas du législatif.
07:36Très facile, mais on le fait ou on ne le fait pas ?
07:37Jamais.
07:38Chaque ministre, quand il vient d'arriver,
07:39me passe un petit coup de fil pour me dire
07:42est-ce qu'on peut simplifier ?
07:43Il y a une liste d'une cinquantaine de propositions faites par la FPI
07:45qui sont assez simples.
07:47Malheureusement, on a beaucoup de mal à le faire.
07:49Merci, Pascal Boulanger, d'avoir été notre invité ce matin.
07:52Je rappelle que vous êtes président de la FPI.
07:53C'est la Fédération des promoteurs immobiliers
07:56qui regroupe 700 sociétés adhérentes dans 17 chambres régionales.
08:00C'est une interview à retrouver en podcast, en replay,
08:04sur l'application BFM Business.
08:06C'est l'application BFM Business.
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