00:018h20 sur BFM Business et RMC Live, vous êtes en direct et nous sommes en direct pour une matinale spéciale
00:06de la REF,
00:07la rencontre des entrepreneurs de France, ravie d'être avec vous.
00:10Alors beaucoup de chefs d'entreprise défilent sur ce plateau et là nous vous proposons un débat avec Sophie Boissart.
00:16Bonjour, merci d'être avec nous.
00:18Vous êtes directrice générale de Clarian, Pierre-André Chalandard, bonjour.
00:21Vous êtes président de l'Institut de l'entreprise de Forvia et président d'honneur de Saint-Gobain.
00:26Et puis Brian Girard, vous êtes directeur commercial de Cerber.
00:30Alors bienvenue à tous les trois pour cette table ronde organisée ici depuis le MEDEF.
00:34Ce rendez-vous se tient dans un contexte un petit peu particulier aujourd'hui puisque 7 candidats à l'élection
00:39présidentielle vont être auditionnés.
00:41J'ai envie de vous demander ce que vous attendez des politiques.
00:44On commence avec vous Sophie Boissart.
00:47Eh bien je pense que comme tous les chefs d'entreprise, ce qu'on attend c'est vraiment qu'on
00:50donne à notre pays
00:51les moyens de retrouver une trajectoire de croissance et de pouvoir se projeter dans l'avenir.
00:58C'est ce qu'on fait nous en tant que chefs d'entreprise au quotidien en étant vraiment dédiés à
01:04notre activité, à nos équipes
01:06et en pensant toutes les transformations qui sont en train de se faire autour de nous.
01:10Et il faut que notre pays retrouve cette dynamique.
01:13Cette dynamique-là, vous l'avez vous chez Cerber ?
01:16Alors la dynamique chez Cerber, on l'a. Maintenant ce que l'on demande à nos futurs gouvernants, c'est
01:21de la visibilité.
01:22On représente une industrie qui regarde sur le temps long pour lequel il y a beaucoup d'enjeux.
01:27On demande de produire plus vite et plus.
01:30Donc ce que l'on attend de nos futurs gouvernants, c'est de nous donner de la visibilité et de
01:34la régularité dans l'exécution des budgets.
01:38Visibilité, régularité. Pour vous, Pierre-André Chalandard, c'est aussi de la stabilité que vous demandez ?
01:43Oui, je crois que la stabilité, notamment dans le domaine fiscal, est très importante.
01:49Dans les dernières années, les entreprises ont été un peu la variable d'ajustement.
01:53Ce n'est pas possible de continuer comme ça.
01:54Donc je pense qu'il faut des réformes importantes rapidement.
01:58Et après, il ne faut plus bouger pendant cinq ans sur le plan fiscal et réglementaire.
02:03C'est vraiment une priorité extrêmement importante.
02:06L'État doit remettre de l'ordre dans ses affaires, mais sans traiter les entreprises comme les vaches à lait.
02:15Il faut créer de la richesse avant de la distribuer.
02:19On a un vrai problème pour remettre la production au centre de notre économie.
02:24Sophie Boissard, pour produire davantage, qu'est-ce que vous attendez comme grande décision que pourrait prendre le prochain président
02:31de la République ?
02:34Encore une fois, il faut qu'on arrête de penser magique.
02:37La première des choses aujourd'hui, c'est d'augmenter l'activité dans ce pays.
02:42Quand on regarde aujourd'hui, la quantité d'activité, elle n'est pas suffisante.
02:46L'année dernière, je regardais les chiffres.
02:48Ça veut dire travailler plus ?
02:49Ça veut dire globalement plus de travail, c'est-à-dire plus de personnes au travail, plus de contributions, travailler
02:57plus longtemps, plus largement.
03:00On a globalement dix points d'activité en moins que les pays du nord de l'Europe.
03:04Et ça se voit aujourd'hui dans notre perspective de croissance.
03:08Ensuite, juste un chiffre.
03:10L'année dernière, on a créé 60 milliards de richesses supplémentaires.
03:1758 milliards de prélèvements obligatoires supplémentaires dans le même temps.
03:22C'est-à-dire que la totalité, 100% de la richesse créée en 2025, a été en réalité absorbée
03:29par les charges du fonctionnement des services publics, de la protection sociale.
03:35Et ça, ce n'est pas soutenable.
03:37Ce n'est absolument pas soutenable.
03:38Mais alors, vous, vous comprenez plus de richesses.
03:40Clariane, donc ça veut dire, en fait, mettre une brèche dans notre modèle social ?
03:43Je ne crois pas du tout.
03:45Il faut arrêter de se dire qu'on est du maniché, d'avoir une vision extrêmement manichéenne.
03:50Soyons extrêmement concrets et à la tâche.
03:53La première des choses aujourd'hui, c'est de remettre de l'ordre dans les services collectifs que nous avons
03:59provés.
03:59Prenons la santé, activité que je connais très très bien.
04:03Aujourd'hui, on sait qu'on a parmi les dépenses de santé les plus élevées de l'Union européenne, 12
04:10% du PIB.
04:11Et on est 27e sur 28, je crois, en termes d'indicateurs de santé, donc d'efficacité de ces dépenses
04:17pour la population.
04:19On peut évidemment faire beaucoup mieux avec les mêmes sommes d'argent.
04:21Donc, notre premier sujet aujourd'hui, c'est cette efficacité.
04:27Deuxième sujet, et il va avec ça, c'est qu'il faut que le travail paye.
04:31Aujourd'hui, les chiffres en France, c'est 5 000 euros bruts de rémunération devient 2 600 euros dans la
04:40poche du salarié.
04:41C'est à peu près 47% de niveau de cotisation.
04:46Quand on regarde le prélèvement obligatoire sur les revenus du travail, quand on regarde la moyenne Union européenne, c'est
04:5235% ou 30%.
04:55Donc, on a vraiment, globalement, l'ensemble du pays, et c'est que tout le monde y a intérêt, un
05:01problème d'efficacité collective.
05:02Et pour ça, il faut qu'on unisse nos efforts et qu'on arrête de chercher qui va être, finalement,
05:09le bouc émissaire, qui va être l'instrument magique qui va résoudre tous les problèmes.
05:13Brian Girard, est-ce que vous partagez l'avis de Sophie Boissat ?
05:16Il y a aussi un problème d'impôts, de prélèvements obligatoires qui sont trop importants, un coût du travail qui
05:20est trop fort en France ?
05:23Alors, pour l'industrie de défense, on est réellement dans une industrie de pointe.
05:27Donc, je dirais que ce n'est pas encore trop ça qui nous pénalise.
05:31On est plutôt dans des enjeux de souveraineté, de l'attente de nos donneurs d'ordre sur des questions de
05:38souveraineté,
05:39sur un écosystème industriel qui était en dormance pendant des décennies.
05:43Et donc, la problématique est plutôt ailleurs, nous concernons.
05:46Elle est plutôt dans la maîtrise de nos chaînes d'approvisionnement et sur un accompagnement nécessaire pour, justement, réactiver tout
05:51cet écosystème
05:53à qui on demande de tendre doucement vers l'économie de guerre.
05:56Donc, accompagner dans la formation, accompagner des métiers qui se sont perdus, des capacités qu'on a perdues dues à
06:02des décennies de sous-investissement.
06:04Voilà, c'est tout cet accompagnement qu'on demande plutôt du côté de notre industrie.
06:08Pierre-André Chalandard, est-ce que c'est la question de la dette qui, aujourd'hui, empoisonne finalement le système
06:13et qui nous empêche d'investir ?
06:15C'est sûr que, quand on voit l'augmentation des taux d'intérêt, le sujet de la dette, il revient
06:19extrêmement important.
06:21Le sujet, c'est qu'il faut s'attaquer aux dépenses et pas uniquement, comme l'a dit Sophie, que
06:25tout passe en prélèvement obligatoire.
06:27Et donc, il faut s'attaquer aux dépenses que l'État n'a pas fait depuis plusieurs années.
06:33Bon, il faut revoir un peu notre modèle social et en réhabilitant le travail, si vous voulez.
06:38C'est pas normal que ce soit le travail qui supporte l'ensemble de notre protection sociale.
06:43Vous pouvez aider pour une TVA sociale, par exemple ?
06:45Je pense que c'est le seul impôt sur lequel on a une marge de manœuvre, on est en dessous.
06:48Moi, ce que je pense, c'est que sur la fiscalité, si vous voulez, sur beaucoup de sujets, il faut
06:52se mettre dans la moyenne des pays européens.
06:54Aujourd'hui, on est décalé. Il y a un seul sujet sur lequel on est nettement en dessous, c'est
06:57la TVA.
06:59Alors que sur tous les impôts de production, les cotisations sociales, tous les autres impôts, on est au-dessus de
07:07la moyenne européenne.
07:08Donc il faudrait se mettre... On ne demande pas, les entreprises ne demandent pas qu'on ait un statut exceptionnel,
07:12juste qu'on se mette dans la moyenne
07:13pour retrouver, dans l'espace économique dans lequel on vit, être dans le même système que les autres.
07:20Voilà ce qu'il faut faire. Alors ça fait beaucoup de choses.
07:23Mais dans la TVA, il y a une marge de manœuvre et ça permettrait, si vous voulez, de faire que...
07:29On réduit la différence entre le coût du travail pour l'entreprise et ce que le salarié veut dans sa
07:35poche.
07:35On voit bien un problème. Le travail ne paie plus aujourd'hui, on le sait.
07:38Est-ce qu'on est sûr que ça ira vers le salaire, cette TVA sociale ?
07:41Ça dépend comment on le fait. Mais si on le baisse, si vous voulez, les cotisations sociales, oui.
07:48Et il ne faut pas que la TVA sociale... Augmenter la TVA, ce soit juste pour enflouer les Etats.
07:54Il faut que ce soit pour diminuer les cotisations sociales.
07:57Ça, c'est une des choses qu'il faut... Une des réformes qu'il faut faire.
08:00Et pour s'attaquer... Mais il faut s'attaquer aux dépenses.
08:03Avec l'efficacité, je pense que si on est là, l'administration et les dépenses publiques
08:07devraient s'emparer beaucoup plus qu'elles ne le fait de l'intelligence artificielle.
08:12Au lieu de voir une menace... Et c'est sûr qu'il faut faire attention.
08:17Il faut que ce soit un levier. C'est un levier de productivité et un levier de souveraineté,
08:22si on le prend bien, pour reprendre ce que vous disiez,
08:24qui me paraît extrêmement important.
08:26C'est, je crois, un vrai enjeu et une vraie manière de sortir par le haut
08:31de la situation dans laquelle on est.
08:33Voilà, le tournant de l'intelligence artificielle.
08:36Et puis, pour effectivement préserver aussi notre souveraineté
08:39et miser sur la réindustrialisation.
08:42Merci à tous d'avoir participé à ce débat.
08:45Merci à tous.