00:11Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Business Africa. Je suis Ronald Cato à la une cette semaine.
00:18Après des années de travail, l'Afrique dispose désormais de sa propre agence de notation financière.
00:23Ne peut-elle changer la manière dont les investisseurs perçoivent le continent ?
00:30Et puis nous revenons sur l'ambition du Sénégal de construire ses propres satellites,
00:34alors que les pays africains accélèrent leurs investissements dans les programmes spatiaux.
00:43Depuis bien que représentant jusqu'à 65% du PIB du continent, le secteur informel africain reste encore largement sous
00:51-exploité.
00:56Merci de nous rejoindre.
00:58Les agences occidentales évaluent depuis des années la solvabilité de l'Afrique et influencent la manière dont les bailleurs de
01:05fonds et les investisseurs traitent le continent.
01:07Les ministres africains des finances estiment que leurs évaluations sont biaisées et manquent de nuances.
01:12Elles seraient trop promptes à dégrader les notes et trop lentes à les relèver.
01:16Désormais, l'Union africaine apporte sa propre réponse, l'agence africaine de notation de crédit, l'AFCRA.
01:22Une notation dégradée renchérit le coût de la dette.
01:25Une notation plus favorable l'allège.
01:28C'est cette mécanique qui, selon l'ONU, pénalise les pays africains sur les marchés internationaux.
01:34L'Union africaine va plus loin et dénonce une prime de risque injustifiée,
01:39imposée depuis des décennies aux États et aux entreprises du continent par des agences de notation.
01:44Le marché mondial reste dominé par trois acteurs, Fitch, Moody's et Standard & Poor's.
01:52Face à cela, lui a mis sur une alternative, l'agence africaine de notation de crédit,
01:59l'AFCRA censée produire des analyses ancrées dans les réalités économiques du continent.
02:04L'AFCRA émettra des avis de crédit adaptés au contexte objectif et réaliste fondé sur les réalités économiques africaines.
02:12Reste un obstacle de taille, la crédibilité.
02:16Pour s'imposer, l'AFCRA devra convaincre à la fois les gouvernements et les investisseurs internationaux.
02:22Une agence panafricaine de notation donc, mais dont la réussite dépendra avant tout de sa capacité à gagner la confiance
02:29des marchés.
02:34Le docteur Misek Moutizé est l'expert principal chargé de l'accompagnement des pays sur les agences de notation au
02:40sein de l'Union africaine.
02:41Merci beaucoup, monsieur, de nous accorder votre temps.
02:44Pourquoi l'AFCRA constitue-t-elle un enjeu majeur ?
02:49Eh bien, je pense que le fait qu'un si grand nombre de parties prenantes intéressées par l'architecture financière
02:54mondiale en parlent,
02:56montre qu'il s'agit d'une institution importante qui commence à occuper une place particulière,
03:01surtout à l'heure où un nouvel ordre mondial est en train d'émerger et où nous devons apporter certains
03:08ajustements au statu quo.
03:10Quelque chose doit changer.
03:12L'AFCRA vient apporter une nouvelle dimension à la manière dont les risques sont évalués.
03:17Nous la présentons comme une institution qui propose une analyse tenant compte du contexte.
03:21Le risque peut être, bien sûr, présent, mais il doit être qualifié avec précision et replacé dans son contexte.
03:29Donc, pour résumer, c'est probablement la raison pour laquelle cette institution est aujourd'hui si importante.
03:36Quel impact l'AFCRA peut-elle avoir sur l'attractivité des investissements et sur le coût des emprunts pour les
03:42pays africains ?
03:50Je vais apporter un point de vue plus optimiste et dire que l'AFCRA a déjà commencé à avoir cet
03:54impact.
03:55Le fait que ces deux ou trois dernières années, Moody's ait acquis plusieurs agences de notation nationale,
03:59montre que la nécessité d'aborder le risque différemment doit être prise en compte.
04:03C'est une dimension importante que les agences internationales ont ignorée pendant un certain temps.
04:14C'est sur cette base que nous affirmons que l'AFCRA a déjà produit cet effet,
04:21car elle a en quelque sorte sensibilisé ces grandes institutions internationales à reconnaître l'importance du contexte.
04:27Bien sûr, à l'avenir, ces institutions internationales ne représenteront qu'une petite part du marché,
04:32moins de 10% de la base africaine mondiale de capitaux.
04:43Ce vers quoi nous tendons, c'est l'expansion du portefeuille des capitaux africains investis par le biais d'instruments
04:51internationaux ou continentaux,
04:52afin que les investisseurs internationaux aient davantage confiance dans les instruments bénéficiant d'une notation.
04:59L'AFCRA joue donc un rôle pionnier dans l'expansion des marchés financiers en Afrique,
05:03et pas seulement dans la volonté de concurrencer les trois grandes agences.
05:10Le secteur de la notation compte déjà des acteurs incontournables, les fameuses trois grandes agences.
05:16Les investisseurs accorderont-ils de l'attention aux évaluations de l'AFCRA ?
05:26L'AFCRA n'a pas pour objectif de fournir des évaluations favorables à l'Afrique ou à ses institutions.
05:32Elle vient fournir des informations alternatives qui ont de la valeur pour les investisseurs.
05:37D'après ce que nous avons pu constater concernant l'intérêt des investisseurs,
05:41ils prêtent attention à tout ce qui peut être utile à leur investissement
05:45et leur donner un meilleur avantage pour évaluer les opportunités dans lesquelles ils souhaitent investir
05:50ou tout autre élément qui présente un intérêt pour eux.
05:53Nous ne sommes donc pas particulièrement préoccupés par la question de savoir
05:56si les investisseurs écouteront ce que dit l'AFCRA et encore moins par celle des investisseurs extérieurs du continent
06:03car la base de capitaux est considérable.
06:11L'Afrique dispose d'une base de capitaux de 4 000 milliards de dollars.
06:16Ces capitaux sortent également du continent en raison de la perception dont nous parlons.
06:20La mission de l'AFCRA est donc d'analyser ces risques et de contribuer à réorienter et à canaliser ces
06:26capitaux
06:27vers des secteurs productifs et de développement où les investissements sont particulièrement nécessaires
06:32et peuvent avoir beaucoup plus d'impact.
06:34C'est l'objectif et la mission de l'AFCRA, non pas concurrencier ou attaquer les autres agences de notation
06:39en affirmant qu'elles ne font pas correctement leur travail
06:42mais ouvrir un nouveau chapitre pour l'investissement en Afrique.
06:48Docteur Moutizé, merci pour votre temps.
06:51Merci.
06:53À travers l'Afrique, les budgets spatiaux nationaux ont atteint 800 millions de dollars
06:58contre moins de 300 millions en 2018.
07:01Pourtant, le secteur reste largement dominé par des agences spatiales et des entreprises non africaines.
07:06Parmi les pays qui cherchent à réduire cette dépendance figure le Sénégal
07:11qui finalise actuellement ses projets pour construire ses propres satellites sur son territoire.
07:16Dans un laboratoire français, des ingénieurs sénégalais
07:20assemblent avec précision un nouveau nano-satellite.
07:23Une étape qui illustre une ambition plus large.
07:27Dakar veut maîtriser progressivement sa chaîne technologique
07:31et faire émerger sur son sol une véritable industrie spatiale.
07:35L'objectif c'est de pouvoir fournir au Sénégal ses besoins en imagerie satellitaire.
07:41Parce que l'imagerie satellitaire aujourd'hui est dans tous les secteurs où on en a besoin.
07:45Et aujourd'hui, le Sénégal est dépendant.
07:46Le Sénégal achète l'imagerie satellitaire.
07:49Après un premier satellite lancé en 2024,
07:53les ingénieurs sénégalais préparent désormais Gainsat 1B
07:57qui doit notamment collecter des données environnementales et climatiques.
08:01On maîtrise maintenant la fabrication.
08:03On veut aller vers le développement d'une technologie,
08:06ce qu'on appelle la charge utile,
08:07notre propre charge utile qui va voler sur le satellite.
08:09Au Sénégal, cette montée en puissance technologique
08:12doit aussi permettre de faire émerger une véritable industrie spatiale.
08:15Les autorités veulent développer les compétences locales,
08:18les infrastructures et un cadre réglementaire adapté.
08:21À un moment donné, quand on veut faire évoler le spatial,
08:23on doit faire évoluer l'industrie.
08:26Donc, venir collaborer.
08:28Ces données satellitaires seront essentielles pour le Sénégal
08:32qui ambitionne de développer sa propre industrie spatiale
08:35et renforcer sa souveraineté technologique.
08:39Le secteur informel africain représente à la fois un fardeau et une bouée de sauvetage.
08:44Il est peu réglementé et peu protégé
08:46et contribue relativement peu aux recettes fiscales.
08:49Mais il constitue aussi l'épine d'orsade de l'activité économique du continent
08:53employant plus de 80% des travailleurs africains.
08:56Alors, comment les pays peuvent-ils exploiter pleinement le potentiel des petits entrepreneurs ?
09:01La réponse passe par la mise en œuvre de politiques adaptées
09:04et la mise en place des infrastructures nécessaires.
09:08Loin des tours rutilantes et des immeubles de bureaux,
09:11une économie d'un tout autre genre prospère,
09:13indépendamment des autorités de régulation
09:15ou avec une intervention minimale de l'État.
09:18David-Jean à Dakar, mécanicien, ferrailleur,
09:21mototaxiste et marchand ambulant,
09:23tirent le meilleur parti du moindre recoin pour exercer leur activité.
09:47Les gouvernements ont multiplié les mesures pour lutter contre le secteur informel,
09:51allant des mesures les plus répressives,
09:53comme la saisie de marchandises, au soutien aux travailleurs
09:56par le biais de formations ou la mise en ligne des services.
09:59Mais cela n'a pas empêché ce secteur de se développer.
10:02C'est une économie de survie,
10:04parce que, comme je viens de dire,
10:05à défaut de trouver un emploi dans le secteur formel,
10:07le jeune qui vient d'avoir sa formation,
10:10qui ne peut pas accéder à un emploi,
10:11va se réfugier dans le secteur informel pour survivre.
10:17Selon le FMI, le secteur informel représente jusqu'à 65% du PIB du continent.
10:23Le fait que de nombreux opérateurs n'aient pas de licence et ne soient pas imposés
10:27constitue une occasion manquée d'exploiter pleinement le potentiel de ce secteur.
10:31Le secteur productif lui-même en Afrique, le secteur formel,
10:35produit dix fois moins d'emplois que la population active qui vient sur le marché du travail.
10:40Donc, évidemment, il y a une différence.
10:43Selon les Nations Unies, l'économie informelle constitue un fardeau
10:46qui limite l'impact de la croissance.
10:54Et c'est tout pour cette édition de Business Africa.
10:58Je suis Ronald Cato.
10:59L'actualité se poursuit à l'antenne et en ligne.
11:02Je vous retrouve dans le prochain épisode de Business Africa.
11:12Business Africa was presented by Turkish Airlines.
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