00:11Bienvenue dans cette édition spéciale de Business Africa, je suis Afolake Euyin Loye et nous vous retrouvons en direct de
00:17Paris,
00:18où les leaders économiques africains réunis pour le sixième forum Business Africa redéfinissent les règles du commerce sur le continent.
00:27Un des thèmes majeurs abordés lors de cette conférence est la souveraineté financière.
00:31Aujourd'hui, de nombreuses entreprises africaines restent exclues de plateformes internationales comme Paypal.
00:37Elles se tournent vers des fintechs locales comme DigiPay pour construire leurs propres solutions de paiement.
00:43Pendant des années, la finance mondiale a considéré l'Afrique comme un risque plutôt qu'un marché potentiel.
00:48Les grands systèmes de paiement comme Paypal ignoraient le continent ou alors imposaient des restrictions qui pénalisaient sa population.
00:55Au lieu de se plier à un modèle bancaire qui ne lui convenait pas, l'Afrique a innové pour assurer
01:00sa propre survie.
01:01Alors que le monde attendait l'arrivée des comptes bancaires traditionnels,
01:04le continent a transformé le téléphone portable en une agence bancaire universelle.
01:09Aujourd'hui, le portefeuille mobile est devenu le principal moyen de paiement.
01:15On dit informel, mais moi je n'aime pas le mot informel.
01:18Ok ? C'est déjà formel.
01:20Et je dis c'est formel pourquoi ? Parce que tout le monde a un téléphone portable aujourd'hui.
01:24Tout le monde a un mobile banking.
01:26Donc c'est déjà formalisé.
01:27Donc maintenant, comme je dis, c'est plutôt créer des produits adaptés pour toucher cette population-là via ces canaux
01:33de distribution et de communication.
01:34Mais la révolution ne s'arrête pas là.
01:37Pour parvenir à une véritable souveraineté financière,
01:40Julien Gagpé, fondateur de MINA, une plateforme d'investissement dédiée à l'Afrique de l'Ouest,
01:44estime que le continent devrait détourner les 100 milliards de dollars que la diaspora envoie chaque année.
01:49Les frais prélevés par les institutions étrangères pourraient alors être réinvestis directement dans la croissance africaine.
01:56C'est avoir des financements qui nous ressemblent, notamment qui viennent de la diaspora.
02:00100 milliards de dollars par an, c'est le montant envoyé par la diaspora sur le continent.
02:03Je pense qu'il faut utiliser ces montants-là pour investir dans des sociétés.
02:07Et je pense qu'en termes de souveraineté, ça fait sens.
02:10Avoir de l'argent qui vient de la diaspora, qui est africain, d'une certaine manière, pour financer nos sociétés.
02:15Le constat est clair.
02:16L'Afrique a besoin d'un système qui récompense sa résilience au lieu de pénaliser son exclusion.
02:26Pour mieux comprendre comment ces innovations émergent, nous avons le plaisir de recevoir M. Gashlem Gassaki Zoni, fondateur et PDG
02:33de DigiPay.
02:34Merci d'être avec nous.
02:36Merci.
02:39Durant des années, les entreprises africaines ont été exclues de plateformes comme Paypal.
02:43Quels besoins spécifiques vous ont poussé à créer DigiPay ?
02:47À l'époque, on était exclus parce que nous avions des populations aussi exclues du système financier.
02:56L'inclusion financière était un devoir pour nos États afin de permettre aux populations d'entrer en contact avec, disons,
03:05d'être inclus dans le système financier et avoir accès au marché économique, etc.
03:12Mais la technologie a fait que le mobile money, avec l'avènement du téléphone portable, le mobile money a vu
03:20le jour et a permis aux populations d'avoir un instrument de paiement qui est le wallet.
03:29Et donc, riche de cette situation et grâce à l'open finance, nous avons pu monter une plateforme qui intégrait
03:42les comptes mobiles au système de paiement international.
03:46Et ça a permis donc de passer outre les systèmes établis des majeurs qui pénalisaient nos populations pour le simple
03:57fait qu'elles n'étaient pas incluses financièrement.
04:02Parlons de souveraineté financière. Concrètement, comment DigiPay construit-elle des infrastructures de paiement autonomes moins dépendantes des systèmes étrangers ?
04:10Ça, c'est déjà une situation, je pense, qui a été favorable pour DigiPay parce qu'au niveau de nos
04:19États, il y a des banques centrales qui se sont lancées dans la construction des infrastructures de paiement.
04:26Le cas de la CEMAC avec le GIMAC qui propose un système d'interopérabilité, un système de paiement d'interopérabilité
04:34intégrale et donc qui permet aux acteurs comme DigiPay avec un ancrage local de se connecter
04:43et de pouvoir proposer des services de paiement dans toute la sous-région par le biais du switch monétique.
04:54Et par ailleurs, grâce à nos partenariats avec des acteurs étrangers, nous pouvons acheminer des flux de transfert d'argent,
05:05donc de rémittance vers l'étranger.
05:07Et ça fait que des acteurs ou le régulateur ou le GIMAC par exemple s'appuient sur des acteurs comme
05:17nous pour faire de la rémittance sortante.
05:23Alors que les fintechs africaines se développent, quels sont les principaux défis pour renforcer la confiance et faciliter la coopération
05:30entre les pays du continent ?
05:31En termes de confiance, il n'y a pas de souci parce que détenir un compte mobile implique un KYC,
05:38donc il faut être connu.
05:40Donc il y a un processus, une procédure d'enrôlement qui implique qu'on propose, qu'on présente sa pièce
05:51d'identité, qu'on connaisse le porteur du compte.
05:55Donc au niveau de la confiance, le problème ne se pose pas parce que les mentalités ont évolué et les
06:01populations ont compris que l'argent n'est pas forcément sur le téléphone.
06:06Et le fait d'avoir perdu son téléphone n'implique pas forcément la perte de l'argent.
06:12Mais c'est surtout au niveau de l'efficacité opérationnelle.
06:15Ça, ça pose, il y a quand même un challenge parce que nous travaillons avec des acteurs internationaux et du
06:24coup, on travaille dans un mode de préfinancement qu'on appelle le pre-funding.
06:30Donc nous sommes souvent appelés à couvrir nos positions à l'étranger et avec des contraintes réglementaires dues aux réglementations
06:40de change, aux contrôles de change, nous avons assez de difficultés à ce niveau.
06:53Moins visible que celle de la Silicon Valley, une révolution pragmatique de l'intelligence artificielle prend forme en Afrique,
06:59où les entrepreneurs utilisent l'IA non pas pour la nouveauté mais pour la survie, afin de réduire les coûts
07:05et stimuler la croissance des PME.
07:07En Afrique, l'intelligence artificielle est passée du stade de l'expérimentation à celui d'un outil essentiel.
07:12À la tête de cette évolution, Joëlle Écoulet et Mathieu, expertes en IA, aident les entreprises à automatiser leurs activités
07:20pour stimuler leur croissance.
07:21Elle affirme que le principal obstacle de l'IA est le mythe de sa complexité, soutenant que si vous savez
07:27parler, vous pouvez l'utiliser pour transformer votre entreprise.
07:30Je pense à une entreprise avec laquelle j'ai travaillé, qui faisait des rapports complètement manuellement,
07:38des rapports qui lui prenaient deux à trois jours à chaque fois qu'elle devait les produire.
07:42Et donc, on a mis en place de l'automatisation avec de l'IA.
07:45Ça lui a permis de gagner, en termes de productivité, l'équivalent d'un à 1,5 ETP par mois.
07:53Mais pour que cette révolution soit durable, elle doit être souveraine.
07:57S'appuyer sur des ensembles de données étrangers n'est pas seulement une erreur technique,
08:01c'est un risque pour la sécurité nationale et la santé publique.
08:05Quand on a des datasets qui sont sur les données pour identifier les molécules les plus adaptées, par exemple,
08:14et que ces données-là sont essentiellement sur des populations caucasiennes nord-américaines,
08:19le risque, c'est que toutes les autres populations ne soient pas prises en compte.
08:23La souveraineté des données, la mixité des données, la localisation des données est importante,
08:29non seulement pour la productivité, mais aussi pour avoir un certain regard sur ce qui est partagé.
08:36Garder ces données confidentielles, garder ces données localement est essentiel.
08:42En misant sur des données locales et des outils simples,
08:45les innovateurs africains veillent à ce que l'avenir numérique du continent soit construit par des Africains pour des Africains.
08:55On dit souvent que l'Europe offre la stabilité et que l'Afrique offre les rendements élevés.
08:59En Côte d'Ivoire et au Sénégal, l'immobilier peut générer des gains importants à condition de bien connaître le
09:05terrain.
09:05Plusieurs entrepreneurs ont expliqué comment l'économie de la poignée de main permet de transformer de petits investissements en profits
09:12très rentables.
09:13En Europe, l'immobilier est synonyme de stabilité, avec des rendements moyens compris entre 3 et 5%.
09:19Mais pour de nombreux membres de la diaspora africaine, les gains les plus importants se trouvent dans leur pays d
09:24'origine,
09:24où la valeur des terrains de certaines villes a été multipliée par 10, voire 20 en deux décennies.
09:30Kumbaba est une promotrice immobilière qui met en relation des investisseurs européens avec les marchés de Côte d'Ivoire et
09:36du Sénégal.
09:37Avec mon mari, nous avons acheté un terrain à 3 000 euros.
09:40Donc ça fait quoi ? 2 millions de CFA ?
09:41En 2005, aujourd'hui, ce même terrain a une valeur de 120 000 euros.
09:45Je ne pense pas qu'en France, nous nous retrouvons dans des potentiels de valorisation aussi importants,
09:49et surtout avec des tickets d'entrée qui sont beaucoup moins élevés.
09:52Cette croissance est portée par une urbanisation rapide.
09:55La population urbaine de l'Afrique de l'Ouest devrait doubler d'ici 2050,
10:00ce qui augmentera la demande foncière dans des villes comme Abidjan et Dakar.
10:05Mais ces rendements élevés s'accompagnent de risques.
10:08Les litiges fonciers et le flou autour de la propriété restent courants,
10:12rendant indispensables des réseaux locaux de confiance.
10:16Alors c'est vrai qu'en Afrique, quand on a un réseau, c'est extrêmement important.
10:20S'installer en Afrique sans réseau, c'est très très très compliqué.
10:23Comme je l'avais dit tout à l'heure, nous avons développé notre projet immobilier initialement,
10:27parce que nous avions déjà des personnes sur place qui avaient construit des immeubles.
10:30Donc ça a été moins difficile pour nous,
10:32puisqu'on avait des personnes qui connaissaient complètement l'écosystème.
10:34Avec plus de 50 milliards de dollars de transferts de fonds vers l'Afrique subsaharienne chaque année,
10:40les investisseurs de la diaspora se tournent de plus en plus vers l'immobilier.
10:44Et des plateformes comme le Business Africa Summit contribuent à transformer cet intérêt en investissement sûr,
10:50en mettant en relation les capitaux avec les bonnes personnes sur le terrain.
10:57C'est la fin de cette édition de Business Africa. Merci de nous avoir suivis.
11:04Pour plus d'actualités économiques, restez connectés à Africa News ou rendez-vous sur africanews.com.
Commentaires