00:11Bienvenue dans cette édition spéciale de Business Africa, depuis le lieu où se tiennent les réunions d'anniversaire du Club
00:16de Paris.
00:17Je suis Afolaké Oyinloye. Voici les titres de cette semaine.
00:22Le Fonds monétaire international pourra-t-il enfin aider l'Afrique à sortir de ce cercle vicieux qui dure depuis
00:28plusieurs générations entre sauvetage financier et remboursement ?
00:33Nous verrons comment les entreprises nigériennes utilisent les stable coins pour contourner les banques traditionnelles.
00:42Découvrez les micro-vignerons sud-africains qui conquièrent les marchés mondiaux depuis leur propre jardin.
00:51Les pays africains se retrouvent à nouveau sous la pression croissante de la dette, ce qui met en évidence les
00:57limites des efforts d'allègements passés et la nécessité d'une réforme financière plus profonde.
01:02Jetez-y un œil.
01:04L'Afrique ne représente qu'une infime part de la dette souveraine mondiale, moins de 3%.
01:10Et pourtant, le continent doit faire face, cette année, à 90 milliards de dollars de remboursement extérieur, un niveau sans
01:17précédent.
01:17Après les indépendances, les États africains ont massivement emprunté pour construire leurs infrastructures.
01:23La facture s'est présentée dans les années 1980 sous la forme de défauts de paiement en cascade, suivi de
01:29décennies d'austérité imposées par le FMI.
01:32Les initiatives d'allègement de la dette des années 2000 ont offert un répit temporaire.
01:36Les gouvernements ont rapidement renoué avec l'endettement, cette fois auprès des marchés privés et de la Chine.
01:42Face à l'urgence, le FMI a porté ses prêts concessionnels à l'Afrique à un niveau record de 36
01:48milliards de dollars
01:49et accordé au continent en troisième siège à son conseil d'administration.
01:54Des gestes réels, mais insuffisants.
01:56Car pendant ce temps, 4 gouvernements africains sur 5 consacrent plus de ressources au remboursement de la dette qu'à
02:03la santé de leur population.
02:06L'architecture financière mondiale peut-elle enfin rampre avec l'austérité ?
02:10Ou les pays en développement sont-ils condamnés à tourner indéfiniment dans le même cycle ?
02:18Pour décrypter cette crise générationnelle et tracer une voie définitive pour l'avenir,
02:23nous recevons Sen Zedan, le nouveau directeur du département afrique du FMI.
02:28Merci de répondre à nos questions.
02:31Merci de votre invitation.
02:33Au cours des 4 dernières décennies, l'Afrique a connu des programmes d'ajustement structurel,
02:37des initiatives d'allègement de la dette et de multiples réformes soutenues par le FMI.
02:42Pourtant, les crises de la dette continuent de ressurgir à travers le continent.
02:46Pourquoi ce cycle s'avère-t-il si difficile à briser ?
02:50De nombreux pays africains ont en réalité réussi à rompre ce cycle et il faut le reconnaître.
02:56L'Afrique, comme le reste du monde, a subi plusieurs chocs depuis 2000.
02:59La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et les crises plus récentes.
03:04Ces chocs ont aussi affecté les finances publiques et la capacité des États à agir.
03:11Il est vrai que des erreurs de politique économique et certains dérapages ont également entraîné une hausse de la dette
03:18et des vulnérabilités.
03:22Mais je voudrais souligner un point positif.
03:25En 2025, l'Afrique est la région qui connaît la croissance la plus rapide au monde.
03:31Si l'on regarde la situation budgétaire en 2025, elle s'est améliorée à l'échelle du continent.
03:37Les niveaux d'endettement et les vulnérabilités reculent.
03:40Les comptes courants se sont également améliorés.
03:43L'Afrique est une région qui a réalisé de grands progrès dans le renforcement de ses politiques économiques,
03:50ce qui a contribué à de meilleures performances.
03:58Lorsqu'un pays tombe dans un piège de la dette récurrent, où réside l'échec fondamental ?
04:03S'agit-il de dépenses à considérer de la part des gouvernements nationaux,
04:07de prêts prédateurs de la part des créanciers ou du fonctionnement du système financier mondial en lui-même ?
04:13Il faut d'abord reconnaître que les chocs extérieurs ont joué un rôle majeur dans l'évolution de la dette
04:20en Afrique.
04:21J'en ai déjà parlé, mais on peut aussi évoquer les flux mondiaux de capitaux.
04:26Les perturbations de l'offre et la hausse des taux d'intérêt ont augmenté le coût de l'emprunt.
04:36Cet environnement a eu un impact important.
04:40Les catastrophes naturelles et les conflits ont également pesé sur les performances économiques.
04:46Mais il est aussi essentiel que les pays assument la responsabilité de leurs politiques budgétaires
04:55et réduisent leur niveau d'endettement.
04:57Cela exige un renforcement des politiques publiques et la mise en œuvre de réformes structurelles
05:03afin d'accélérer la croissance économique.
05:05Une croissance plus forte permet d'améliorer la trajectoire du ratio dette sur PIB.
05:17La communauté internationale doit aussi continuer à jouer un rôle important
05:21en fournissant des financements à faible coût à l'Afrique, car les besoins restent considérables.
05:27Il est donc essentiel qu'elle poursuive son soutien afin de financer le développement du continent à un coût plus
05:34faible.
05:36On demande à de nombreux pays africains d'investir dans les infrastructures, l'énergie, la résilience climatique et l'industrialisation
05:43tout en maîtrisant leur niveau d'endettement.
05:45Demandons-nous à ces pays de se développer avec des outils de financement fondamentalement insuffisants ?
05:52Il y a deux réponses à cela.
05:54La première consiste pour les pays à créer l'espace budgétaire nécessaire pour investir dans ces secteurs.
06:00Cela signifie notamment augmenter les recettes intérieures
06:03grâce à des réformes fiscales et à un renforcement de l'administration fiscale.
06:07L'objectif est de permettre aux États de mobiliser davantage de ressources.
06:12La seconde consiste à améliorer la composition des dépenses publiques.
06:16Dans de nombreux pays, une part importante des dépenses reste inefficace.
06:20Réduire ces dépenses est donc essentiel.
06:23Et lorsqu'un pays investit, il doit s'assurer que chaque dépense apporte un réel retour sur investissement
06:29et soit utilisée efficacement.
06:31Si l'on regarde les chiffres en Afrique, notamment dans la santé et les infrastructures,
06:36on constate que les écarts d'efficacité sont deux fois plus élevés
06:39que dans les autres économies émergentes et en développement.
06:44Merci beaucoup pour votre temps, M. Zedan.
06:47Merci à vous de m'avoir invité.
06:52Au Nigeria, une révolution financière silencieuse est en marche.
06:56Alors que l'inflation grimpe et que les frais de transfert international restent élevés,
07:00des millions de personnes se tournent vers les stable coins plutôt que vers les banques traditionnelles
07:05pour assurer la pérennité de leurs activités.
07:07Voici comment le dollar numérique gagne du terrain.
07:10Pour de nombreux petits entrepreneurs au Nigeria,
07:14obtenir des devises étrangères par le circuit bancaire classique relève souvent du parcours du combattant.
07:20Les pénuries de dollars, les frais élevés et les longs délais compliquent les paiements internationaux.
07:25Prenons un exemple.
07:27Envoyer un simple transfert de 200 dollars via les banques traditionnelles en Afrique
07:31coûte en moyenne 9% de frais,
07:33bien au-dessus de la moyenne mondiale de 6%.
07:36Les stable coins, eux, permettent d'effectuer ces transferts en quelques minutes pour un coût bien plus faible.
07:43Selon le Fonds monétaire international,
07:45le Nigeria concentre à lui seul 60% des flux de stable coins enregistrés en Afrique subsaharienne depuis 2019.
07:53En un an seulement, le pays a attiré 59 milliards de dollars d'actifs en crypto-monnaies.
07:58Alors qu'à l'échelle mondiale, les crypto-monnaies sont souvent utilisées comme un investissement spéculatif,
08:03en Afrique, elles répandent avant tout à des besoins quotidiens.
08:07Elles permettent de se protéger contre l'inflation et de réduire le coût des transferts d'argent envoyés par la
08:12diaspora.
08:13Mais cette montée en puissance soulève aussi des inquiétudes.
08:16Le FMI estime qu'elles compliquent le travail des banques centrales
08:19qui peinent à suivre les flux financiers, à lutter contre les activités illicites
08:24et à conduire leurs politiques monétaires.
08:28L'industrie viticole sud-africaine génère 3 milliards de dollars par an,
08:32mais l'entrée sur ce marché nécessite souvent des investissements considérables.
08:36Dans notre dernier reportage, nous rencontrons des micro-vignerons qui brisent cette barrière.
08:41Grâce à de petites parcelles urbaines et à la vente directe,
08:45ils prouvent qu'une identité locale peut rivaliser avec les gros capitaux.
08:48Dans un secteur où le coût élevé des terres exclut la plupart des acteurs,
08:53la vigneronne Natacha Diaka bouscule les règles établies.
08:56Son exploitation alinée à vignards ne couvre qu'un dixième d'hectare.
09:01Pour compenser le coût élevé de l'expansion, elle a adopté une stratégie innovante.
09:06Elle produit une petite quantité localement pour construire une marque exclusive
09:10tout en achetant des raisins supplémentaires à des producteurs indépendants
09:15afin de maintenir sa production.
09:17Je taille, j'ébourgeonne, j'attache les vignes, je fais tout moi-même.
09:22Je participe à chaque étape du processus,
09:24depuis la plantation jusqu'à la mise en terre de chaque pied de vignes.
09:28Et pour moi, c'est quelque chose de très spécial.
09:31L'autre aspect, c'est que cela demande énormément de main-d'oeuvre.
09:35C'est un travail très dur, physiquement éprouvant.
09:39Fonctionner à micro-échelle signifie également perdre les avantages des achats en gros.
09:44Pour Cathy Relov, du domaine voisin Haute-Baye-Vignard, acheter des petites quantités de bouteilles
09:49et d'étiquettes fait exploser les coûts de production.
09:51Pour survivre, ces petites exploitations évitent les rayons saturés des supermarchés.
09:56Elles vendent directement aux habitants et aux touristes locaux,
10:00une stratégie qui représente désormais près de la moitié des revenus des petites caves.
10:04En ouvrant leurs portes deux fois par an pour des journées de dégustation de quartier,
10:09elles transforment la petite taille en un avantage local majeur.
10:15Plus on achète en grande quantité, moins cela coûte cher.
10:19En tant que petits producteurs, nous n'achetons que de petites quantités de bouteilles,
10:22d'étiquettes et des autres matériaux dont nous avons besoin.
10:25Notre principal défi, ce sont donc les coûts élevés.
10:28Et les clients ne comprennent pas toujours pourquoi nous devons vendre un peu plus cher.
10:35Ils ne réalisent pas, n'ont dit pas, tout ce qu'implique la production d'un vin rouge de qualité
10:39à petite échelle.
10:42L'Afrique représente moins de 5% de la production mondiale de vin,
10:45mais des pays comme l'Afrique du Sud ont développé des marques reconnues internationalement,
10:49capables de rivaliser sur certains marchés les plus exigeants du monde.
10:55C'est la fin de cette édition de Business Africa.
10:58Merci de nous avoir suivis.
11:00Pour plus d'actualités économiques et de mise à jour,
11:02restez à l'écoute d'Africa News au rendez-vous sur africanews.com.
11:06A très bientôt.
11:14Business Africa was presented by Turkish Airlines.
Commentaires