- il y a 7 semaines
Dominique Schelcher, président directeur-général de Coopérative U, était l’invité du Face-à-Face de ce mercredi 9 septembre sur BFMTV et RMC.
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00:00Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Dominique Schelcher.
00:04Bonjour Apolline de Malheur.
00:05Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le patron de Coopérative U, les magasins U.
00:10De très nombreuses questions à vous poser, mais d'abord sur le carburant, évidemment.
00:14A l'aube ce matin, les Iraniens disent avoir frappé des bateaux américains.
00:17Les Etats-Unis avaient frappé plus tôt dans la nuit 5 pétroliers iraniens.
00:21Plus de 100 dollars le baril cette nuit.
00:252,12 euros le litre d'essence, 2,29 euros pour le gasoil.
00:28Ça c'est la moyenne sur le territoire français. Jusqu'où ça va monter ?
00:33Personne ne peut le dire, mais tant qu'il y aura des perturbations comme cette nuit encore, des bombardements,
00:39et qu'on n'aura pas retrouvé une chaîne logistique, parce qu'en fait le carburant c'est une chaîne
00:43logistique mondiale
00:44qui est complexe, qui est lourde. Cette chaîne elle est perturbée.
00:48Elle est perturbée comment ? Il y a des stations de raffinage qui ont été bombardées.
00:52Donc il y a des capacités de raffinage qui sont moins fortes qu'avant.
00:56Il y a des routes maritimes qui sont perturbées parce que les bateaux sont attaqués.
01:01Donc par exemple, l'assurance de ces bateaux coûte plus cher.
01:04Parfois, les pétroliers prennent des bateaux plus petits.
01:07Donc toute la route est plus compliquée.
01:09Donc tout est un peu plus cher.
01:11Et donc tant qu'il n'y aura pas de la sérénité, la paix en fait,
01:15et de la tranquillité pour de la circulation normale,
01:17on aura des prix tendus.
01:19Est-ce qu'il faut se préparer à ce que votre confrère Michel-Édouard Leclerc parle de 2,40 euros
01:25le litre ?
01:26Il dit ça peut arriver.
01:27Est-ce que vous vous dites oui, on en est là ?
01:29Je ne fais aucun pronostic, mais je constate seulement que c'est extrêmement tendu.
01:34Il n'y a pas du tout de sujet de pénurie.
01:36Par contre, il faut rappeler que sur le gasoil,
01:39on est complètement dépendant des importations.
01:41Complètement en France.
01:43On importe tout.
01:44On ne raffine plus, on importe tout.
01:48Et quand vous importez dans la situation que je viens de décrire,
01:51avec des capacités de raffinage réduites,
01:53avec des bateaux plus petits, qui coûtent plus cher,
01:56eh bien on est très dépendant.
01:58Vous dites qu'il n'y a aucun problème de pénurie.
02:01Il n'y a pas de pénurie en France.
02:03Il n'y a pas de pénurie.
02:05C'est plus difficile de le trouver, de l'acheminer.
02:10Mais on continue à en trouver et le flux est régulier,
02:13mais il est plus cher, malheureusement.
02:15Mais à quel prix, évidemment ?
02:17Et puis cette question de la spéculation, malgré tout.
02:19Vous dites, oui, la chaîne concrète,
02:21et évidemment on l'imagine et on le voit bien,
02:23et à nouveau avec les frappes qui ont eu lieu cette nuit,
02:24tout est plus compliqué.
02:25Mais est-ce que ne s'ajoute pas à cela une question de spéculation ?
02:28Est-ce que certains, LFI parle de Total comme de profiteur de guerre,
02:32est-ce qu'il y a eu une forme de spéculation, de jeu là-dessus ?
02:35C'est maintenant documenté.
02:38Certains de vos confrères ont fait des enquêtes très fouillées.
02:40Au niveau du raffinage, les marges ont fortement augmenté,
02:44fois 3, fois 4.
02:46Les marges, ce n'est pas seulement les coûts, c'est les marges.
02:49Les coûts ont augmenté, on vient de le décrire.
02:51Mais là, les marges, ça veut dire qu'ils en ont profité en quelque sorte ?
02:55Profité davantage que pendant la période précédente.
02:57Et si je pense qu'il y a un maillon qui peut peut-être aujourd'hui faire un effort,
03:01mais il est à l'étranger ce maillon essentiellement,
03:03donc il n'est pas français.
03:05Et donc là, c'est difficile de demander, revoyez vos marges de raffinage.
03:09Mais ce maillon-là, clairement, c'est x3, x4.
03:12Ce maillon-là, c'est le raffinage.
03:14Pour vous, c'est le raffinage sur lequel il faut porter les efforts.
03:17Porter les efforts.
03:19Voilà, l'assurance, elle coûte plus cher, c'est normal.
03:21Les gens veulent protéger leur outil de travail.
03:24Les routes sont plus longues, tu ne pourras rien y faire.
03:27Mais peut-être sur le raffinage, c'est possible.
03:29Quand vous dites ça, est-ce que ça veut dire que vous donnez aussi un signal au gouvernement
03:33qui a décidé à nouveau de convoquer les distributeurs ce matin à Bercy ?
03:40Depuis le début de ces hausses du carburant, depuis le début de la guerre en Iran,
03:45ils ont tendance à vous faire porter le chapeau.
03:48Ils ont eu au début ce réflexe de dire, c'est votre faute, vous les distributeurs.
03:52Vous n'avez cessé de dire non, on a baissé nos marges.
03:55D'abord, un, est-ce que oui, vos marges aujourd'hui sont extrêmement réduites sur l'essence ?
04:01Et deux, qu'est-ce que vous allez leur dire sur les marges ?
04:03On en a déjà parlé ici, Apolline de Malheur.
04:04Ça n'a pas changé ?
04:05À plusieurs reprises et ça n'a pas changé.
04:07C'est un produit d'appel, il est très bataillé.
04:10Les gens, avec ces prix d'aujourd'hui, regardent au quotidien leur station et vont à la moins chère.
04:15Si vous n'êtes pas dans les prix les moins chers, les clients fuient et ce n'est pas l
04:19'intérêt du commerçant.
04:20Donc nos marges sont plus réduites que jamais au quotidien.
04:23Au début de la crise, c'était au printemps, effectivement, on était tous distributeurs montrés du doigt en disant
04:28« Vous êtes un des maillons qui profite ».
04:30Ouf, après enquête de Bercy, puisqu'il y a eu un rapport dont vous avez parlé,
04:37la porte-parole du gouvernement, Mme Maude Bréjon, a dit
04:40« On a étudié le sujet, il n'y a pas de marge abusive dans la grande distribution ».
04:44C'est toujours le cas actuellement.
04:45Et je dis « Heureusement qu'elle l'a dit », parce que c'est la vérité.
04:49Nous, on le disait…
04:50Vous ne vouliez pas être les boucs émissaires ?
04:52Mais non, mais on l'est à chaque fois, à chaque crise du carburant, tout de suite, le vendeur final
04:58est montré du doigt.
04:59Nous ne sommes qu'acheteurs et revendeurs, notre marge est minime, parce qu'on n'a pas le choix.
05:04Mais alors pourquoi Bercy vous convoque à nouveau ? Qu'est-ce qu'ils peuvent encore vous demander ?
05:09Mais pour suivre la situation…
05:10Ou alors, c'est-à-dire pour s'agiter et montrer qu'on s'agit ?
05:12Non, mais pour suivre la situation, il y a énormément de choses à dire.
05:15Où en est l'approvisionnement ?
05:17Quelles sont les pistes d'amélioration ?
05:20Comment est-ce que l'État peut vous aider ?
05:23Alors, là, c'est extrêmement difficile.
05:26Je pense que ce n'est pas nous qu'il faut aider actuellement.
05:29C'est les Français qui sont en grande difficulté par rapport à ce prix du carburant.
05:33La situation est très tendue pour énormément de Français.
05:36Et c'est ces Français-là qu'il faut aider.
05:38Ça veut dire qu'il faut prolonger sans hésitation.
05:40On a senti une hésitation la semaine dernière.
05:43Ils ont pris le temps avant de vraiment confirmer que les aides allaient être reconduites.
05:47Il ne faut pas d'hésitation.
05:48Il faut dire qu'on continue à les aider jusqu'au bout, jusqu'à ce que l'essence ne redescende.
05:52Mais là, ça remonte à un niveau vraiment très fort.
05:55C'est des niveaux historiques.
05:56Là, on frôle le record sur le gasoil et on est au record sur l'essence.
06:00On est au record.
06:01Donc, l'impact au quotidien pour tous les Français,
06:04notamment dans nos campagnes qui amènent les enfants à l'école,
06:07qui vont faire les courses, qui vont au sport, au travail avec la voiture.
06:11Mais c'est considérable.
06:12J'entendais un chiffre ce matin.
06:135 millions de Français passent un salaire complet par an sur le carburant.
06:19C'est énorme.
06:20C'est énorme.
06:21Est-ce qu'il faut plafonner les prix ?
06:24Plafonner les prix.
06:26Moi, je pense que d'abord, il faut aller au bout des aides,
06:29peut-être les améliorer et accompagner les Français qui en ont le plus besoin.
06:33Et là, Dieu sait que beaucoup en auront besoin.
06:36Plafonner les prix.
06:37Les caisses étant vides actuellement, ça coûterait encore très, très cher.
06:41Et ça, c'est quelque chose que moi, je ne peux pas préconiser aujourd'hui.
06:45Vous avez entendu votre confrère, Michel-Edouard Leclerc, qui dit
06:47le plafonnement sera inéluctable.
06:49Du côté de LFI, on veut plafonner le prix,
06:51et notamment le prix de l'essence à 1,70 €.
06:56Ça, je pense vraiment que le gouvernement va continuer sa politique d'aide ciblée.
07:02Et après, le plafonnement, encore une fois, les caisses de l'État sont vides.
07:06Peut-on encore aggraver le déficit de manière massive en touchant tout le monde ?
07:11Voyez, le sujet, quand vous faites ça...
07:13On va en venir à la question des salaires, parce que pour vous, tout est lié.
07:16Et vous dites que c'est sur les salaires, à la fin, que l'on fait peser
07:21le fait de ne pas avoir fait d'économie ailleurs.
07:25Dominique Schellcher, est-ce que Total vous fait une concurrence déloyale ?
07:29C'est une forme de concurrence déloyale, je l'ai déjà dit.
07:32Ils maîtrisent toute la chaîne, de l'extraction au raffinage à la vente.
07:38Donc, ils maîtrisent leur prix, ce que nous ne pouvons pas faire.
07:41Et en plafonnant, ça nous fait une concurrence déloyale.
07:44Je vous donne un chiffre ce matin.
07:46Depuis le début de l'année, chez Coopérative U,
07:49on fait 7% de volume de carburant en moins par rapport à l'année dernière.
07:52Vous avez baissé de 7% vos ventes de carburant ?
07:55C'est inédit, c'est jamais vu.
07:56Là-dedans, il y a plusieurs choses.
07:58Il y a cette concurrence déloyale, voilà.
08:00Il y a le changement de comportement des Français qui s'adapte,
08:04moins de déplacements, des départs en vacances moins loin cet été.
08:07On va une fois de moins chez la belle-mère le dimanche.
08:11Mais clairement, ils le disent comme ça.
08:13Et puis, voilà, ces éléments-là...
08:177% de moins, c'est considérable.
08:19C'est considérable, c'est du jamais vu.
08:22Et donc, en fait, l'impact est fort.
08:24Et le changement de comportement est profond en ce moment.
08:27C'est un changement de comportement du consommateur.
08:30Nous entrons dans un monde de rareté.
08:32Voilà l'expression que vous avez prononcée il y a quelques jours.
08:34Ça rappelle aussi la phrase d'Emmanuel Macron au moment de la guerre en Ukraine
08:39qui disait que c'est la fin de l'abondance également,
08:41une forme de fin de mondialisation où on pouvait tout trouver partout, tout le temps.
08:46Dominique Schellcher, quand vous dites qu'il y a 7% de moins sur le carburant,
08:50est-ce qu'il y a aussi une baisse de la consommation sur le reste,
08:53une baisse du volume des achats sur le reste des produits ?
08:55Le moral n'est pas très fort en cette rentrée.
08:58Moi, je trouve les Français extrêmement fatigués après toutes les canicules.
09:01Les gens ne sont pas reposés.
09:02Ils ne sont pas sereins par rapport à la situation économique.
09:06Et ils sont préoccupés par la suite, la campagne électorale que vous commentez tous les jours.
09:11Et surtout, à quoi vais-je être mangé, notamment en termes de fiscalité ?
09:14Donc, tout ça, les temps.
09:16Et donc, ils arbitrent.
09:17Ils sont prudents.
09:18Mais je rappelle un chiffre de base d'abord.
09:21Un tiers des Français sont à découvert à la fin du mois.
09:24Un tiers des Français.
09:25C'est énorme.
09:27Vous rajoutez à cela les gens qui sont à l'euro près.
09:31La proportion est énorme.
09:32Et quand les prix du carburant atteignent des sommets comme actuellement,
09:36c'est très difficile pour beaucoup, beaucoup de Français.
09:39Et je ne sais pas si on en prend exactement toute la mesure.
09:42Ça se manifeste comment ?
09:43Est-ce qu'il y a moins d'achats à la caisse ?
09:45Est-ce que le caddie est moins grand ?
09:47Le caddie se concentre sur l'alimentaire.
09:49Tout le non-alimentaire est très, très arbitré.
09:52Très arbitré.
09:53On se concentre sur l'essentiel.
09:55C'est se nourrir et quand même bien manger, etc.
10:00Voilà l'essentiel.
10:01Et ça, ça dure depuis des mois.
10:02Et ce qui était au départ, je pense, une adaptation devient un changement en profondeur.
10:07Vous savez, quand vous avez abandonné, pendant le début de la guerre en Ukraine,
10:11des grandes marques parce que la marque distributeur était moins chère,
10:14maintenant, vous avez pris l'habitude de prendre...
10:16Et vous ne retournez pas forcément vers la marque que vous avez quittée.
10:20Dominique Schellcher, il y a un tiraillement aujourd'hui entre la question du pouvoir d'achat
10:25et vous vous êtes fait tous les chantres de la lutte contre l'inflation,
10:30de la baisse des prix et notamment sur l'alimentaire.
10:32Quand je dis vous tous, c'est vous, Michel-Édouard Leclerc, le patron des mousquetaires.
10:38Et à l'inverse, vous avez les agriculteurs qui aujourd'hui disent ça suffit,
10:41il faut accepter une forme d'inflation sur l'alimentaire.
10:44On ne peut pas continuer à payer ce que l'on mange si peu cher.
10:48On ne peut pas continuer à faire de l'alimentaire la variable d'ajustement
10:52parce que ça se fait au mépris de l'agriculteur et que l'agriculture va mourir.
10:57Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
10:58Les agriculteurs doivent vivre dignement de leur métier, bien sûr.
11:02Je vous donne un exemple de ce qu'on a décidé cette semaine.
11:04Il y a quelques semaines, peut-être même quelques mois,
11:06on avait signé des contrats avec des producteurs de tomates
11:09pour une opération de tomates grappes à prix coûtant 7 semaines.
11:13C'était convenu à un certain prix il y a plusieurs semaines
11:17avant un peu les canicules et la baisse de rendement à la production.
11:22Vous avez revert ?
11:23Quelques jours, on a reconsidéré cette opération.
11:27Les contrats étaient signés, ça voulait dire quoi ?
11:29Que les producteurs étaient contraints de nous livrer.
11:32Mais s'ils nous avaient livré au prix signé il y a deux mois,
11:36ils auraient perdu de l'argent.
11:37On a dit non, on annule l'opération.
11:39Dans tous nos magasins...
11:40Vous n'aideront plus le contrat pour pouvoir les payer davantage ?
11:43Pour pouvoir les payer davantage et on ne fait pas l'opération.
11:46Et dans tous nos magasins, il y a une affiche qui dit
11:47on s'excuse, on n'a pas la tomate gras prévue,
11:50mais on paye au juste prix l'agriculteur.
11:52C'est ce type de raisonnement qu'il faut avoir
11:54et on est engagé là-dedans.
11:56Est-ce qu'il faut carrément aller plus loin ?
11:57C'est-à-dire se dire désormais...
11:58Je recevais le patron de la FNSEA la semaine dernière
12:01qui disait quand une brique de lait est vendue
12:03moins de 1 euro, ça veut dire que ce n'est pas possible.
12:06Ça veut dire que techniquement il y a un problème quelque part.
12:07Ça veut dire que l'agriculteur,
12:10au départ du maillon de la chaîne,
12:12il n'est pas payé à sa juste valeur.
12:15Est-ce qu'il faut s'engager ?
12:16Est-ce qu'il n'y ait plus jamais de briques de lait ?
12:18Enfin le temps que ça redescende,
12:20plus de briques de lait à moins de 1 euro dans vos magasins ?
12:23L'essentiel de nos ventes chez U, je vous le dis,
12:25j'ai vérifié parce que je pensais que vous me poseriez la question.
12:27Le lait c'est essentiel, c'est vraiment la base.
12:29L'essentiel de nos ventes se situe au minimum à 1 euro,
12:3399 centimes, 1 euro le litre.
12:36Notamment toute la marque U qui fait l'objet,
12:38vous savez, de ce qu'on appelle les contrats tripartites
12:40où justement il y a nous, une coopérative laitière
12:42et un embouteilleur.
12:44Et là on est tous gagnants, on est tous d'accord,
12:46c'est 1 euro.
12:47Il y a une exception, il y a un lait premier,
12:50ce qu'on appelle le premier prix pour certains clients.
12:53Ce n'est pas du tout le plus gros de nos ventes,
12:55mais c'est une offre qui existe parce qu'elle est nécessaire pour certains clients.
12:58Et là il est combien ?
12:59Et là on est aux alentours de 85, 89 centimes.
13:03Qui rogne ?
13:04Est-ce que c'est l'agriculteur qui rogne ou est-ce que c'est vous qui rognez ?
13:06C'est aussi un contrat avec certains producteurs,
13:09on est d'accord aussi,
13:10mais peut-être ce prix-là qu'il faudra à terme.
13:13Encore revoir, il n'a cessé d'augmenter ces dernières années,
13:16ce n'est plus le plus gros des ventes
13:17et je pense que sur le lait,
13:19beaucoup de gens ont compris qu'il fallait payer un juste prix.
13:21Dominique Schellcher,
13:23faut-il accepter d'augmenter la TVA,
13:25donc in fine le prix d'un certain nombre de produits,
13:29pour pouvoir augmenter les salaires ?
13:30C'est comme ça que vous le posez,
13:31cette question elle se pose d'ailleurs depuis le début de cette campagne présidentielle,
13:35un vrai débat sur une TVA dite sociale,
13:37c'est-à-dire préférer augmenter la TVA,
13:40mais pouvoir baisser les charges sur les salaires.
13:43Pour vous répondre, je préfère partir du tout haut.
13:46Quelle est, pour moi, la mère de toutes les batailles dans cette campagne ?
13:49C'est redonner du pouvoir d'achat aux gens,
13:52redonner du salaire aux gens,
13:54augmenter les salaires.
13:55L'employeur aujourd'hui est étouffé,
13:58le salaire est dans un étau.
14:00Je rappelle ce chiffre,
14:01il y a 50 ans,
14:02les gens touchaient 70% de leur super brut,
14:05donc toutes charges comprises.
14:07Aujourd'hui, c'est encore 52%.
14:08On a trop fait porter la protection sociale en général sur le salaire.
14:13Ça veut dire quoi ?
14:14Ça veut dire que ce sont les travailleurs aujourd'hui,
14:17essentiellement les travailleurs,
14:18qui prennent en charge le coût de la protection sociale.
14:21Il faut diversifier cette couverture-là
14:24pour libérer le travail,
14:26permettre aux employeurs d'augmenter les salaires
14:28et redonner de l'air.
14:29Vous redonnez régulièrement ce chiffre,
14:31vous dites, si moi,
14:31je veux augmenter l'un de mes collaborateurs
14:33pour qu'il puisse disposer réellement
14:34de 100 euros supplémentaires à la fin du mois,
14:36alors l'entreprise doit supporter une augmentation du coût du travail
14:39d'environ 483 euros.
14:41C'est-à-dire 483 euros pour vous,
14:43pour qu'à la fin, il puisse avoir 100 euros dans sa poche.
14:45Exactement.
14:46Je fais une précision quand même,
14:47parce que certains m'ont fait quelques commentaires là-dessus.
14:50Là, c'est pour un salarié autour du SMIC célibataire
14:52qui touche aussi la prime d'activité.
14:55Si vous augmentez un salarié aujourd'hui de 100 euros
14:58au niveau du SMIC,
14:59il perd sa prime d'activité.
15:00Mais là, le salarié ne va pas être d'accord.
15:02Donc, pour compenser l'ensemble de son revenu
15:05et qu'il ait vraiment 100 euros de plus à la fin,
15:07c'est effectivement 483 euros tout compris.
15:10Donc, augmenter la TVA,
15:11quitte à ce que les prix augmentent dans les rayons,
15:15parce qu'aujourd'hui, de 20%,
15:16elles passeraient à 24 ?
15:17Oui, mais à Pauline de Malher,
15:18il n'y a pas qu'augmenter la TVA.
15:20La première chose qu'il faut dire,
15:22il faut aussi peut-être reconsidérer le volume des dépenses.
15:25Est-ce que déjà, on peut réduire cette somme
15:26avant de la transférer ?
15:28Première chose.
15:29Deuxième chose,
15:29on ne toucherait pas à la TVA des produits
15:31de première nécessité,
15:32la TVA la plus basse.
15:34Et après, moi, la seule solution qu'on voit,
15:37c'est effectivement un transfert
15:38d'une partie de ses charges
15:39sur la TVA la plus élevée,
15:42qui est en France une des plus basses d'Europe.
15:45Il faut savoir que cette TVA,
15:46ce n'est pas ce que je veux faire du tout,
15:47ce qu'on voudrait faire.
15:48Elle est jusqu'à 27% dans certains pays européens.
15:51Nous, on est à 20%.
15:52Il y a peut-être une marge de deux points,
15:54par exemple.
15:55Vous êtes assez François Hollande.
15:57Vous avez vu les propositions de François Hollande.
15:59Je sais bien que vous ne voulez pas forcément
16:00rentrer à proprement parler dans la campagne.
16:01Mais François Hollande,
16:02une de ses propositions phares ces jours-ci,
16:04c'est de faire passer la TVA à 24%,
16:08mais de la faire passer à zéro,
16:10en revanche, sur les produits de première nécessité.
16:14Mais il faut débloquer cet étau
16:17qui en serre tout le monde.
16:19C'est une des attentes prioritaires des Français.
16:21Et voilà, c'est mis en débat.
16:24Que les spécialistes, les économistes l'évaluent.
16:26Mais il faut, j'espère, je vous l'assure,
16:29il faut que l'élection de l'année prochaine
16:33conduise à un président
16:34qui vraiment trouve une solution à ce sujet-là.
16:37C'est impératif.
16:38Sinon, ça va être très difficile.
16:40Vous êtes inquiet de l'année qui s'ouvre ?
16:41Je suis très inquiet.
16:43Tous les ingrédients actuellement
16:45qu'on a en face des yeux,
16:46c'est un ralentissement quand même
16:48de l'économie française.
16:49La consommation moteur de la croissance,
16:51elle est quand même pas très forte.
16:53Elle est à tonne parce qu'il y a cet attentisme.
16:55Il y a beaucoup de gens pour qui c'est difficile.
16:57D'autres qui économisent un peu
16:59parce qu'ils ont peur de la suite.
17:00La configuration actuellement,
17:02vous savez, toutes les campagnes politiques,
17:04les gens se mettent un peu en précaution
17:06et attendent la suite.
17:08Et c'est jamais bon pour l'économie française.
17:10Et après, quand on entend plein de propositions,
17:13les premières,
17:14parce que maintenant,
17:15ce qui nous intéresse, nous,
17:16c'est de rentrer dans le détail
17:17de toutes ces propositions,
17:18c'est qu'on n'est pas rassuré.
17:20Vous n'êtes pas rassuré.
17:21À ce stade.
17:22Donc, vive le débat,
17:24vive la confrontation des candidats,
17:26vive vos interviews dans les prochains temps.
17:28Vous allez les recevoir,
17:29les auditionner, les rencontrer ?
17:30Absolument.
17:31Ça, on le fait au niveau de notre fédération.
17:33On a décidé de recevoir
17:34l'ensemble des candidats
17:37des partis représentés à l'Assemblée nationale.
17:39On en a déjà reçu.
17:41On va continuer à le faire.
17:42Là, le but, c'est quoi ?
17:43C'est de partager nos préoccupations,
17:44comment on le fait ce matin,
17:45et de pousser certaines idées.
17:47Un mot sur la question
17:48de la transparence salariale
17:49dans les entreprises.
17:50Là, on parlait de la question
17:51de l'augmentation des salaires.
17:53Cette transparence salariale,
17:54ça sera présenté
17:55en Conseil des ministres demain.
17:56C'est une transposition
17:57d'une directive européenne
17:58obligée les entreprises
17:59à être transparentes
18:00sur leur rémunération.
18:01Alors, pas dire
18:02qui gagne quoi,
18:04dans quel bureau,
18:05mais donner la moyenne
18:06à poste égal,
18:08qui gagne quoi.
18:08Et notamment,
18:09la différence entre les hommes
18:10et les femmes.
18:11Vous, dans vos magasins,
18:13est-ce que vous pratiquez
18:13cette transparence ?
18:14Est-ce que vous redoutez
18:15cette transparence ?
18:16Est-ce que vous avez
18:16quelque chose à cacher
18:17ou vous en êtes où ?
18:18On n'a rien à cacher.
18:19Déjà, ça, c'est sûr
18:20qu'on n'a rien à cacher.
18:21Maintenant, ça concerne
18:22dans un premier temps
18:23les très grandes entreprises.
18:24Donc, mes PME,
18:25les magasins,
18:26c'est des PME,
18:27ne sont pas concernés
18:28dans un premier temps.
18:30Maintenant,
18:30tout ce qui contribue,
18:31je vais vous dire,
18:32particulièrement à l'égalité
18:33entre les hommes
18:34et les femmes,
18:35où nos chiffres
18:36sont plutôt bons
18:37dans notre métier,
18:39il faut avancer
18:40et il faut le faire.
18:41Il faut le faire
18:42et il faut le faire
18:43de manière zélée.
18:45C'est-à-dire que
18:46certains chefs d'entreprise,
18:48notamment via le MEDEF,
18:50ont reproché au gouvernement
18:51d'aller trop loin
18:52dans cette demande.
18:54Vous, pour le coup,
18:55ce n'est pas le cas.
18:55Alors après,
18:56il faut donner
18:57un cadre raisonnable
18:59qui soit compatible
19:00avec ce que les entreprises
19:01peuvent faire,
19:02trouver le juste équilibre.
19:03Parfois,
19:04le défaut de la France,
19:05c'est par rapport
19:06à ce que demande l'Europe
19:07d'en faire trop,
19:08effectivement.
19:09Il ne faut pas en faire
19:09trop non plus.
19:10Il faut faire ce qu'il faut
19:11pour que l'égalité
19:12particulièrement avance.
19:14Vous êtes à la frontière
19:16avec l'Allemagne.
19:17Votre propre magasin,
19:18à vous,
19:19il est en Alsace.
19:20Comment vous avez réagi
19:21aux élections en Allemagne ?
19:23Est-ce que vous redoutez
19:24la période qui s'ouvre ?
19:26C'est une période
19:28très surprenante
19:30avec des déclarations
19:31qu'on entend
19:31effectivement
19:32dans ce pays
19:33que je connais bien,
19:36très surprenante
19:37et inquiétante.
19:39Maintenant,
19:40est-ce un cas isolé ?
19:41Est-ce le début
19:42d'un mouvement ?
19:43C'est toute la question.
19:45Mais vous savez,
19:46regardons les sondages
19:47aujourd'hui
19:48que vous commentez
19:49tous les jours.
19:49Moi,
19:50il y a quelque chose
19:50qui m'a frappé.
19:51Sous 50 ans,
19:53aujourd'hui,
19:54les gens mettent
19:56LFI
19:57contre Rassemblement National
19:58en France
19:59et c'est un peu
19:59au-dessus de 50 ans
20:00que notamment
20:02Édouard Philippe
20:03intervient.
20:03Ça veut dire quoi ?
20:04Ça veut dire
20:05qu'il faut parler...
20:06Les plus jeunes votent
20:07davantage dans les extrêmes.
20:08Voilà,
20:09mais il faut parler
20:09à ces jeunes.
20:10Il faut parler
20:12de leurs préoccupations,
20:13parler de leur avenir.
20:14Et aujourd'hui,
20:15certains le font.
20:16Ils ont les faveurs
20:18des sondages,
20:18mais tout le monde
20:19doit s'adresser à eux
20:20avant tout.
20:21Et quand j'entends
20:22tous les jours,
20:23tous les jours,
20:24vous savez,
20:25ma vie est faite.
20:25J'ai tellement peur
20:26pour mes enfants
20:27et des jeunes
20:28préoccupés de la suite
20:29à un moment
20:30où le monde
20:30est bouleversé.
20:31Il faut apporter
20:33des réponses concrètes.
20:33Une rupture aussi
20:34de génération.
20:34Merci Dominique Schell,
20:35chère,
20:36d'avoir répondu
20:36à mes questions ce matin.