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  • il y a 16 minutes
Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U était l’invité du Face-à-Face de ce jeudi 16 avril sur BFMTV et RMC. 

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Transcription
00:03Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Dominique Schelcher.
00:07Bonjour Apolline.
00:08Merci de répondre à mes questions ce matin et j'en ai plein, plein, parce que vous êtes le président
00:12de Coopérative U,
00:14c'est les magasins U bien sûr, mais c'est aussi les stations U, 1000 stations essence sur tout le
00:19territoire.
00:20Il y a eu ce projet de décret hier du gouvernement, il est écrit, il est prêt, disent-ils,
00:25l'idée c'était d'encadrer les marges des distributeurs.
00:28Et quand on voit la colère dans laquelle ça vous a mis, vous, mais aussi tous vos camarades distributeurs,
00:33à la fin je reviens même à me dire qu'ils ont peut-être quand même touché sur un point
00:36sensible.
00:37Vous avez réagi, ultra réagi, vous avez tout de suite écrit, vous êtes tous très en colère.
00:42Mais non, mais on a réagi parce qu'on sait que ça va être contre-productif s'il est mis
00:46en œuvre.
00:46Alors ce matin, je vous dis...
00:47Est-ce que vous avez réagi aussi parce que finalement il y avait peut-être de l'argent à perdre
00:50?
00:50Mais non, je relativise.
00:52Déjà j'ai entendu la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjon, dire que rien n'est décidé
00:57et que rien n'est fait.
00:58Moi je prends le pari qu'il ne sortira pas ce décret.
01:01Pourquoi ? Parce qu'il ne faut pas laisser croire aux Français que ça changerait quelque chose.
01:05Je rappelle la séquence.
01:07La séquence c'est quoi ?
01:08On démarre cette crise et rapidement il y a des contrôles dans les stations.
01:12500 contrôles, puis de 500 contrôles pour vérifier.
01:14Annoncés personnellement directement par le Premier ministre.
01:16Tout à fait.
01:17Et en fait de ces contrôles il ne sort quasiment rien.
01:21Symboliquement quelque chose, mais de notre côté en tout cas rien, pas d'alerte, etc.
01:26Ensuite, nous on fait de la pédagogie pour expliquer pendant de longues semaines la réalité du marché du carburant.
01:31Et au bout de cinq semaines, j'ai mesuré au bout de cinq semaines,
01:34les observateurs, les journalistes, des hommes politiques ont commencé à dire
01:38non, non, non, le sujet n'est pas chez les distributeurs.
01:40Même le ministre de l'économie a dit
01:42moi ce que je demande aujourd'hui, c'est une enquête sur les marges des raffineurs.
01:46Il a demandé ça à Bruxelles.
01:47On va y revenir, oui.
01:48Et au bout du compte, on revient avec ce décret
01:50qui nous cible, nous, comme des boucs émissaires une fois de plus.
01:54On n'a pas compris.
01:55Et c'est ça qui nous a surpris.
01:56Alors vous n'avez pas compris, on va venir évidemment au fond de ce qu'il vous demanderait
01:59ou ce qu'il ferait.
02:00D'abord, vous n'y croyez pas.
02:01Ce décret ne verra pas le jour.
02:03C'est une usine à gaz qui ne changerait pas le quotidien des Français.
02:07Donc il ne faut pas laisser croire ça.
02:08Et je veux dire, ce serait contre-productif pour le gouvernement aussi.
02:11Au bout du compte, ça ne changerait rien sur une activité où on ne gagne rien.
02:16Vous dites que c'est injuste, inapplicable et illégal.
02:19Voilà ce que vous écrivez avec vos confrères,
02:22les dirigeants de Carrefour, d'Auchan, d'Intermarché, de Leclerc.
02:24Vous êtes donc les cinq premiers distributeurs français.
02:28Et vous dites que c'est absurde.
02:30Sauf que l'objectif officiel, en tout cas du gouvernement,
02:33c'était d'identifier, je cite, d'éventuelles surmarges.
02:37Est-ce qu'elles existent, ces surmarges ?
02:39Mais elles peuvent exister très ponctuellement.
02:43Est-ce qu'en ce moment, elles existent ?
02:44Parce que quand même, on ne comprend pas pourquoi ça ne baisse pas.
02:46Alors ça, c'est une excellente question que j'ai tous les jours.
02:49Pourquoi ça monte très vite et pourquoi ça baisse beaucoup plus lentement ?
02:53Mais saviez-vous que ce sujet aujourd'hui est documenté ?
02:55Il y a des articles d'économistes aujourd'hui qui expliquent le sujet.
02:58Quand ça monte, nous, on achète au jour le jour des camions
03:02en fonction du cours à Rotterdam.
03:04C'est monté très haut, très vite.
03:07Ça, ça déclenche immédiatement la mobilisation des gens
03:10qui ont peur que le prix augmente encore plus
03:12et qui ont peur, voire, de pénurie.
03:14Donc, les stocks, les cuves se vident très vite
03:17et donc le prix est haut assez vite.
03:19Mais quand ça diminue, c'est beaucoup plus lent.
03:22Pourquoi ? Parce que les gens pensent que les prix vont baisser.
03:25Et donc, ils attendent ?
03:26Ils attendent actuellement nos clients,
03:28mais le nombre de clients qui font des pleins de 20 euros, 25 euros,
03:32parfois que 15 euros en disant
03:34« je prends le minimum, ça va baisser ».
03:36Et donc, les stocks se vident tout doucement
03:38et après, on le voit bien, un jour le cours monte,
03:41un jour il baisse, ça ne descend pas.
03:44Les cours ne baissent pas aussi vite qu'ils ont monté.
03:47Et voilà, tout ça cumulé fait la situation d'aujourd'hui.
03:49On va essayer quand même de comprendre comment ils pourraient baisser,
03:51ces fameux prix à la pompe, Dominique Schellcher.
03:54Deux points sur votre solution, on va y revenir.
03:56Vous proposez de décaler au moins dans le temps
03:59votre participation à l'effort d'électrification
04:03et de transition énergétique.
04:05Et puis, il y a ce courrier, effectivement, vous le dites.
04:08Au fond, il y avait eu comme deux mouvements parallèles.
04:10Le gouvernement, hier, affiche qu'il vous met la pression
04:13avec ce projet de décret.
04:15Et puis, parallèlement, il a écrit à la Commission européenne.
04:18C'est ce que BFM TV vous a dévoilé ce matin.
04:20Maude Bréjon et Roland Lescure ont écrit à la Commission européenne
04:23pour demander une enquête sur les marges des raffineurs.
04:26Là, on ne parle plus de vous, distributeurs.
04:28On parle des raffineurs.
04:29C'est ce que je disais, il y a un instant.
04:30Ils disent, face aux risques de collusion et de manipulation,
04:33la France souhaite que soient mises en œuvre au niveau européen
04:35des actions permettant d'améliorer la transparence
04:38sur la formation des prix.
04:40La France constate, depuis le début de la guerre en Iran,
04:43une forte hausse des prix des produits pétroliers raffinés,
04:46en particulier de gazole et de kérosène,
04:48au bénéfice des raffineries dont les marges ont fortement augmenté
04:52depuis février.
04:53En fait, c'est total le problème.
04:55C'est total.
04:56D'autres raffineurs, parce qu'il n'y a pas que total,
04:59et aussi peut-être les spéculateurs de ce marché.
05:03Parce que quand c'est monté aussi vite,
05:05ils ont craint quoi ?
05:06Ils ont craint une pénurie.
05:07Mais au bout du compte, c'est qui qui le paye ?
05:09C'est le consommateur final.
05:11Et donc, ça, c'est embêtant.
05:12Et donc, voilà, moi, je suis content que cette enquête soit déclenchée.
05:17Ça avait été annoncé il y a quelques jours.
05:18Et donc, d'autant plus, on comprend moins
05:20que ça se retourne encore une fois vers nous.
05:23À quoi il joue, le gouvernement, là ?
05:24Il fait quoi ? Il fait du chantage avec vous ?
05:26Il vous dit, attention, on a ce décret qui est prêt ?
05:30Et ils se disent, bon, au moins, c'est une menace ?
05:33À Pauline de Malherbe, on en a déjà parlé à plusieurs reprises.
05:36J'ai un peu d'expérience maintenant.
05:37Il y avait déjà eu des choses avec un moment,
05:41il y a quelques années, pendant la guerre en Ukraine,
05:43il y avait eu un pic aussi sur les prix du carburant.
05:46Et là, on nous avait demandé de vendre à perte.
05:48Et c'était exactement le même scénario.
05:50C'était illégal.
05:51Et ça n'était pas possible.
05:53On ne pouvait pas vendre à perte.
05:54Mais il voulait prendre un texte.
05:55On l'a expliqué lentement.
05:56Et le texte n'est jamais sorti.
05:58Je pense qu'on est dans le même scénario cette fois.
06:00En fait, c'est quoi ?
06:01C'est du bluff ?
06:01C'est du chantage ?
06:02C'est une forme de dissuasion politique ?
06:04Mais non, mais je comprends aussi le gouvernement qui est pieds et poings liés
06:08avec une marge de manœuvre budgétaire qu'il n'a pas.
06:11Et donc, à un moment, il cherche des solutions.
06:14En l'occurrence, celle-là n'est pas une bonne solution pour aider les Français.
06:18Vous faites quoi comme marge ?
06:21Au litre, il y a combien qui arrive dans les poches de coopératives ?
06:24Au litre, c'est 1, 2 ou 3 centimes.
06:26Mais quand la période est aussi tendue que ça,
06:29les clients, tous les jours, regardent le totem avec les prix devant les magasins.
06:32Tous les jours, ils ne regardent que ça.
06:34Et ils vont moins cher.
06:35Donc, si vous n'êtes pas dans votre zone...
06:37De toute façon, vous êtes obligés d'être compétitifs.
06:39Mais bien sûr, on est obligés.
06:40Et si on ne le fait pas, je vous assure, les clients partent ailleurs.
06:43Et ils ont raison de travailler et de faire comme ça au jour le jour.
06:46Alors maintenant, on fait quoi ?
06:471, la question, comme on le disait, des raffineurs.
06:51Alors, principalement Total pour nous en France.
06:53Est-ce qu'effectivement, en vrai, c'est à eux de faire l'effort ?
06:57Je pense qu'il y a des marges de manœuvre à ce niveau-là.
07:00Je rappelle quand même, la presse a révélé il y a quelques jours
07:03que rien que sur le mois de mars, grâce à des positions spéculatives,
07:08Total Energy a fait 1 milliard de résultats sur une opération très précise.
07:15Ils ont en particulier acheté immédiatement.
07:17Alors, votre confrère et concurrent Michel-Edouard Leclerc disait,
07:21au fond, c'est très bien joué du point de vue économique.
07:23Voyant le début de la crise, M. Pouyannet, le patron de Total,
07:27a acheté immédiatement 7 pétroliers pleins en se disant,
07:31ça fera du stock avant que les prix ne montent.
07:35Exactement.
07:35Donc, je dis bravo à Total Energy.
07:37Je dis bravo à ces résultats.
07:38En fait, ça veut dire qu'il y a du gras.
07:39Il y a 1 milliard.
07:40Voilà.
07:40Et c'est pour ça que pendant la crise, il y a quelques jours,
07:43je lançais aussi un appel aux pétroliers à nous vendre à nous aussi moins cher
07:47pour qu'on puisse tous vendre un peu moins cher aux Français.
07:50C'est la seule chose qui compte.
07:52Donc, il y a la question des marges des raffineurs.
07:54Il y a la question des taxes de l'État.
07:57Quand on regarde nos voisins, Italie, Espagne, Allemagne baissent les taxes.
08:01Est-ce que vous estimez que la France doit le faire ?
08:06On n'a plus de marge de manœuvre budgétaire.
08:08Et c'est pour ça qu'on est dans cette situation-là.
08:11Et donc, pour moi, le vrai sujet derrière tout ça, je dirais, on est au bout du sujet.
08:15Et enfin, il faut prendre les mesures qui nous feraient en France dépenser moins,
08:20réduire ce fameux déficit et dégager des marges de manœuvre en cas de crise.
08:24Ça veut dire quoi ?
08:25Le problème, il est global pour vous ?
08:26Tout à fait.
08:27Ce sont les choix budgétaires de la France ?
08:29Oui, c'est une histoire de ces dernières années qui nous conduisent là.
08:32Les pays européens qui ont pu faire des efforts sont en meilleure posture budgétaire,
08:36ont une meilleure croissance, ont un déficit qui s'est amélioré ces derniers temps.
08:40Ce n'est pas le cas de la France.
08:42Et donc, pour moi, c'est un signal de dire, on est au bout maintenant.
08:45Quelles sont les mesures qu'on prend pour changer cette situation ?
08:47Ce que vous dites, c'est que vous comprenez qu'en l'État actuel,
08:50et si les arbitrages budgétaires n'avaient pas été ceux, finalement, assez peu courageux,
08:56si je vous entends, des derniers temps,
08:57on aurait pu baisser les taxes.
08:59Mais en l'État, on ne peut plus.
09:00En l'État, je pense qu'on ne peut plus, malheureusement.
09:02Et pour moi, la seule solution serait éventuellement,
09:05donc pas une baisse, je pense, de taxes, peut-être massive,
09:08mais d'aider à terme ceux qui en ont le plus besoin.
09:12Ça veut dire quoi ?
09:13Ça veut dire une aide ciblée ?
09:14Elles avaient été promises, ces aides ?
09:16Elles ont été un tout petit peu mises en place,
09:17mais enfin, surtout sous forme de prêts ou de garanties,
09:22mais pas tellement en termes d'aide.
09:23Je recevais hier un infirmier libéral, représentant de la profession,
09:27qui disait qu'on en est à refuser de nouveaux patients
09:29parce que ça nous coûte d'aller faire des actes,
09:32notamment lorsque l'on est dans un monde rural,
09:36avec des personnes isolées, des personnes âgées,
09:38et donc qui vont se retrouver à ne plus être soignées.
09:40Par exemple, ce public-là, mais aussi les transporteurs,
09:44les pêcheurs, pour qui c'est impactant immédiatement,
09:47eux, c'est leur revenu qui baisse immédiatement,
09:49et les agriculteurs.
09:50Mais ça, c'est au gouvernement de décider, voilà, moi je...
09:53Donc, ces taxes, ok, on n'aura pas les moyens.
09:56Les aides, vous vous dites attention,
09:57il faut aider et vraiment cibler ceux qui en ont le plus besoin.
10:00Et puis, vous proposez avec les autres distributeurs
10:02de suspendre temporairement la collecte des certificats d'économie d'énergie.
10:07Alors, on se souvient, ces certificats d'énergie,
10:10c'est arrivé il y a quelques mois,
10:12c'est une manière de contribuer à la transition énergétique.
10:15Ça existe depuis un certain temps,
10:16mais ça a été revalorisé au 1er janvier.
10:1815 centimes, 15 à 20 centimes par litre.
10:23Ce n'est pas une taxe, c'est vous qui, en quelque sorte,
10:26êtes vos propres collecteurs d'impôts.
10:28Exactement.
10:28C'est-à-dire, vous mettez de côté ces centimes.
10:31Pourquoi vous ne le faites pas tout de suite ?
10:32Arrêtez ces 15 centimes, vous pourriez tout de suite faire baisser, non ?
10:35Ah ben non, mais nous, on n'a pas la main sur ce sujet-là.
10:38On est obligés, aujourd'hui, de respecter les textes et de collecter ça.
10:43Donc, il faudrait une décision pour que...
10:44Il me semble, quand je vérifie, qu'il y a une obligation sur 5 ans.
10:48Ça veut dire qu'effectivement, au bout des 5 ans,
10:50vous devrez avoir récolté tant.
10:53Mais vous pourriez aussi, vous, en quelque sorte, dire,
10:56on récoltera un peu plus après,
10:58mais là, dans ce temps de disette et de crise,
11:00on baisse de 15 centimes notre litre ?
11:01C'est, quelque part, notre proposition, c'est de suspendre ça provisoirement.
11:05Mais attendez, là, on en discute,
11:06mais nous, le retour qu'on a eu hier, c'est que c'est déjà négatif,
11:09que le gouvernement...
11:10Il ne veut pas ?
11:10Il ne veut pas.
11:11Il n'est pas d'accord avec cette contre-proposition.
11:14Donc, voilà.
11:15Ils disent, on a un objectif,
11:17s'assurer, voilà ce que Maude Bréjean a déclaré hier,
11:19s'assurer que les baisses seront répercutées aussi vite que les hausses.
11:23Ils continuent à vous dire que ça n'est pas normal que le prix soit aussi élevé ?
11:28C'est l'explication qu'on vient de faire il y a un instant.
11:30Des stocks qui se réduisent, comment dire, doucement,
11:34parce que les gens consomment moins qu'au début de la crise.
11:37Par contre, je répète devant vous mon engagement que je dis depuis des semaines,
11:41chez Coopérative U,
11:42on s'engage à répercuter au plus vite les baisses,
11:46comme on avait répercuté les hausses,
11:48parce qu'on achète au quotidien, on achète au quotidien.
11:50Dominique Schellcher, on va revenir aussi sur les conséquences.
11:53La croissance de la France a été revue à la baisse,
11:56l'inflation va sans doute remonter,
11:57et ce sera sûrement visible dans vos propres rayons.
12:00Mais il y a aussi deux questions que je voudrais vous poser encore sur l'essence.
12:04L'une, sur le tournant.
12:06Vous aviez situé, je me souviens, au-delà de six semaines,
12:10c'est ce que vous aviez déclaré au début de la crise,
12:11au-delà de six semaines, ça va être de plus en plus difficile,
12:14à la fois sur les prix et sur la disponibilité.
12:16On y est.
12:17Ça fait six semaines.
12:18Est-ce que ça veut dire que désormais, en plus de la question des prix,
12:21et notamment de la spéculation, de la hausse des prix,
12:24peut désormais surgir un problème de pénurie ?
12:26À date, il n'y a pas de pénurie.
12:29Il y a des ruptures ponctuelles.
12:31Faire la différence entre pénurie, donc non-accès à la marchandise,
12:35et rupture ponctuelle, parce qu'à un moment,
12:37il y a une station qui a beaucoup vendu.
12:39Donc, je rassure, il n'y a pas de problème de pénurie ce matin.
12:42Mais plus le conflit va durer,
12:45plus les chaînes logistiques mondiales sont perturbées,
12:49plus il y a un risque, à terme, d'avoir une perturbation.
12:53Et M. Pouyannet, patron de Total Energy, l'a dit lui-même.
12:56Il l'a déclaré aujourd'hui.
12:56Sur deux produits, le kérosène, mais pas que le kérosène, le diesel aussi.
13:01Pourquoi le diesel ?
13:02Parce que le diesel, on ne le fabrique pas en France,
13:05on l'importe.
13:06Et dès que, dans une période où les chaînes logistiques sont perturbées,
13:10où on est dépendant d'une importation,
13:13c'est là que ça peut, à terme, coincer.
13:15On n'en est pas encore là, mais plus le conflit va durer,
13:18plus il y aura des questions.
13:20Et là, il faudra interroger les producteurs.
13:21On est dans ce tournant, on est dans ce moment où vous dites attention.
13:24On y est, on y est.
13:25Et ce que j'observe ce matin, mais là, c'est les spécialistes qui le diront,
13:29on a l'air de partir dans un conflit qui dure,
13:32sans résolution directe,
13:33avec un prix du baril élevé
13:35et des perturbations logistiques.
13:37Et je vais vous donner un exemple.
13:38– La logistique, c'est le transport.
13:39– C'est le transport.
13:40Quelle est la partie du monde où c'est le plus compliqué ?
13:43En Asie.
13:43En Asie, aujourd'hui, il y a des rationnements de carburant.
13:46Et ça veut dire quoi ?
13:47Ça veut dire que l'Asie se bat pour avoir des pétroliers.
13:50Et donc, parfois, il y a des pétroliers qui sont déroutés vers l'Asie
13:53et ce pétrolier n'arrive pas en Europe.
13:55Et donc, demain, si ça, ça s'amplifie, ça peut…
13:58– On sera obligé d'arriver à une logique de rationnement ?
14:00– On n'en est pas du tout là.
14:02Mais la question est là
14:03et il faut continuer à observer et à surveiller ça de très près
14:06si le conflit dure.
14:08– Ce matin, j'avais une auditrice sur RMC, Christelle,
14:10qui m'appelait du Loiret
14:11et qui fait de nombreux kilomètres tous les jours pour aller travailler.
14:15Elle dit « on est au bord d'un burn-out de gasoil ».
14:18Voilà ce qu'elle avait comme expression.
14:19Elle avait été gilet jaune.
14:21Elle dit « aujourd'hui, honnêtement, moi, je vais passer à une forme quasiment… »
14:26Elle dit « je vais me mettre en arrêt maladie »,
14:27cette fameuse expression.
14:28Mais au fond, elle dit « parce que je n'ai plus les moyens d'aller travailler,
14:31je ne vais pas payer pour aller bosser ».
14:33Elle dit « ce ne sera peut-être pas les gilets jaunes,
14:35ce sera peut-être une grande épidémie d'arrêt maladie
14:37parce qu'on ne pourra pas aller travailler ».
14:39Est-ce que ça, vous commencez à le ressentir,
14:41y compris parce que vous êtes aux avant-postes aussi
14:43de la vie des Français et de leur consommation ?
14:45– Je sens une énorme résignation
14:47et une adaptation au quotidien.
14:49Les Français sont dans l'adaptation
14:51autour d'abord de la voiture et du carburant.
14:54La question, par exemple,
14:55il n'y a pas d'impact visible vraiment dans le caddie.
14:57Mais par contre, l'utilisation de la voiture,
14:59je fais un trajet en moins,
15:01j'emmène plusieurs enfants à l'école,
15:03je ne vais pas au restaurant en voiture
15:06et je me pose déjà des questions
15:08sur mes vacances en été en voiture.
15:10Ça, on est complètement dedans.
15:12Mais je sens plutôt une sorte de résignation,
15:15de dire « encore une crise qui nous tombe sur la tête »
15:17et on trouve les meilleures solutions pour y faire face.
15:20On est là-dedans pour l'instant.
15:21Est-ce que vous anticipez un retour de l'inflation ?
15:25– Actuellement, nous répercutons dans nos magasins
15:28sur la partie alimentaire
15:30uniquement le résultat des dernières négociations
15:32qui se sont achevées le 1er mars
15:33et qui nous sortaient une très faible inflation
15:37entre 0 et 1%.
15:38Et ça n'est que ça.
15:40Il n'y a à date d'aujourd'hui
15:41aucun impact de cette guerre en Iran
15:43sur les prix de l'alimentation.
15:45Mais des questions se posent,
15:48encore une fois, s'ils durent à long terme.
15:50Pourquoi ?
15:50Parce qu'au-delà du carburant,
15:51il y a plusieurs sujets.
15:52Il y a le sujet du plastique.
15:54Les billes de plastique
15:55qui permettent de fabriquer nos emballages,
15:57nos barquettes pour la boucherie,
15:59le plastique qui emballe, etc.,
16:01vient beaucoup de cette région du monde.
16:05Et donc là, on a des premiers signaux
16:06de quelques industriels de dire
16:08« attention, il y a le carburant,
16:11il y a le plastique, ça nous pose un problème. »
16:13– Est-ce qu'ils vont, à ce moment-là,
16:15à refrapper à la porte
16:16et dire « nous sommes obligés de renégocier ? »
16:18Je précise bien,
16:18pour tous ceux qui nous regardent
16:19et qui nous écoutent,
16:20en effet, habituellement,
16:21une fois par an, vous décidez des prix.
16:23Et dans ce cas-là,
16:23ça permet une forme de stabilité
16:25tout au long de l'année.
16:27Il est prévu par la loi
16:28une exception possible
16:30si vraiment ce n'est pas tenable.
16:31C'est-à-dire, il se pourrait
16:32que dans un mois, dans deux mois,
16:33si on s'installe dans un conflit durable,
16:36ils reviennent vous voir
16:37et qu'ils vous disent
16:37« voilà, moi, le prix de ma bouteille,
16:39le prix de mon emballage,
16:40ils ont trop augmenté,
16:41voire même le prix de mon engrais
16:45ils vous disent « on rouvre les négos,
16:47moi, je ne peux plus vous le vendre
16:48au prix où on avait signé le contrat,
16:49je suis obligé d'augmenter les prix. »
16:50Est-ce qu'il y en a quelques-uns
16:51aujourd'hui qui commencent à vous dire
16:52« ça coince ? »
16:53Il y a les premiers coups de téléphone
16:55mais pas de demande massif
16:57comme en 2022,
16:58au moment du début de la guerre en Ukraine.
17:00Donc, je pense que tout le monde
17:01est en train d'essayer
17:02de chercher des solutions.
17:03Même nous, les camions tous les jours
17:05qui livrent nos magasins,
17:06ça nous coûte plus cher en carburant
17:07mais pour l'instant,
17:08on l'absorbe,
17:09on l'assume,
17:09on le prend en charge.
17:10La question, c'est si ça dure
17:12sur ces points,
17:13il y a une alerte.
17:14Je relativise un peu
17:15le sujet de l'engrais
17:16parce que, heureusement,
17:18beaucoup d'agriculteurs français
17:19s'étaient couverts pour cette année,
17:21parfois même sur deux ans.
17:22Pas tous, pas tous.
17:23Ceux qui sont couverts,
17:24ça va aller pour cette année.
17:26Par contre, l'année prochaine...
17:27Ils seront ouverts,
17:28vos magasins,
17:28le 1er mai ou pas ?
17:29Ben non.
17:30Non ?
17:30Ben non.
17:31Il n'en a jamais été question ?
17:32Il n'en a jamais été question ?
17:33Lorsque la CGT disait
17:34que l'un des motifs d'opposition
17:38à ce projet du gouvernement,
17:40c'était de dire
17:41que ça allait vous permettre
17:41à tous d'ouvrir.
17:43Mais nous, on n'a jamais
17:44chez Coopérative U
17:46été des défenseurs
17:47de cette ouverture-là.
17:49Nous, ce qu'on dit,
17:49c'est qu'à un moment,
17:50il faut que ça s'arrête.
17:51Il faut que nos collaborateurs
17:52puissent se reposer
17:53et on n'a jamais nous demandé
17:54l'ouverture du 1er mai.
17:56Par contre,
17:57que les boulangers,
17:59que les fleurissent,
17:59mais de manière très ciblée
18:01pour que derrière,
18:03il n'y ait pas de sujet
18:03de concurrence non plus,
18:06qu'eux puissent ouvrir
18:07s'ils le veulent,
18:08eux-mêmes,
18:09sans collaborateurs.
18:09Pourquoi pas ?
18:10Mais nous,
18:11on ne le réclame pas,
18:12on ne le souhaite pas
18:12et on est content
18:13un jour
18:14qu'on puisse souffler.
18:17Merci beaucoup,
18:18Dominique Schellcher,
18:18d'avoir répondu
18:19à mes questions ce matin.
18:21Vous êtes donc
18:21le président de Coopérative U,
18:23tous les magasins U.
18:24Vous le dites,
18:24ce décret qui a été évoqué
18:25par le gouvernement,
18:27vous n'y croyez pas,
18:27vous pensez qu'il n'arrivera pas
18:28et de toute façon,
18:29il serait injuste,
18:30inapplicable et illégal.
18:31Voilà ce que vous nous dites.
18:32Il est 8h47
18:33sur RMC BFM TV.
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