00:03C'est un code destiné aux marchands d'art. Il donne un cadre éthique visant à renforcer les efforts en
00:10matière d'établissement de la provenance des biens culturels.
00:1410 principes édités par l'UNESCO. Et Louise Maléco, bonjour.
00:18Bonjour.
00:19Vous êtes responsable de la coordination de ce projet, de ce code de déontologie.
00:23Et donc vous êtes en plateau avec moi pour ce premier épisode d'Art et Marché.
00:27Merci beaucoup d'être avec nous. Tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous rappeler à quel point la
00:34culture est une place fondamentale au sein de l'UNESCO ?
00:37Et depuis quand l'UNESCO se préoccupe de ces principes de déontologie de circulation du bien culturel ?
00:44Oui, alors peut-être tout d'abord rappeler que l'UNESCO, c'est la seule agence des Nations Unies qui
00:51a un mandat explicite pour la protection de la culture et du patrimoine culturel.
00:55Et donc dans le cadre de ce mandat, l'UNESCO a pu élaborer et est dépositaire de six conventions internationales
01:04pour la protection de la culture.
01:05La plus connue du public, c'est la Convention pour la protection du patrimoine mondial de 72.
01:11Mais il y a aussi deux conventions qui viennent adresser cette question du trafic de biens culturels.
01:17La première en date, c'est la Convention de 54 qui traite du sujet de la protection du patrimoine en
01:25temps de conflit armé.
01:26Et 16 ans plus tard, la Convention de 70 qui, elle, adresse de manière globale le trafic de biens culturels.
01:34Il faut savoir que c'est l'aboutissement, la Convention de 70, c'est l'aboutissement de discussions qui ont
01:40eu lieu à l'après-guerre.
01:42On a un marché de l'art croissant en Occident qui malheureusement, cette demande croissante, donc malheureusement, encourage le trafic.
01:54Les marchands à mal agir.
01:56Plutôt sur le terrain, ça encourage les fouilles clandestines et l'exportation illicite.
02:04Et donc, les États sont demandeurs d'encadrer ces transactions au niveau international.
02:11Et du coup, depuis 70, l'UNESCO s'attèle à ces questions.
02:15Elle va le faire sur plusieurs fronts.
02:19Elle va renforcer les capacités des autorités nationales qui ont vu leurs travaux se complexifier ces dernières années.
02:26parce qu'on a vu le trafic se déplacer sur les plateformes en ligne.
02:30Oui, ça, c'est encore un pan en plus.
02:34C'est vrai que ce que vous disiez, c'est qu'effectivement, d'année en année, plusieurs codes ont été
02:39publiés, que tout ça s'est renforcé.
02:43Dernièrement, c'était celui de 99, il me semble, la dernière fois que l'UNESCO a exprimé sur le sujet.
02:49Et donc là, il y a un nouveau code de déontologie.
02:51Pourquoi est-ce que vous avez pensé qu'il était nécessaire d'en éditer des principes peut-être plus précis
02:57encore ?
02:58Oui, donc comme vous l'avez dit, il y a une première version du code en 99
03:02qui, du coup, reprenait les principes de déontologie rédigés par les professionnels eux-mêmes
03:09dans la fin des années 80 et début des années 90.
03:13Je pense au code de déontologie de la Sinoa et de IADA.
03:17Donc, le Sinoa, c'est le syndicat européen ?
03:20La Confédération internationale des marchands d'art et IADA, c'est l'association des marchands d'art anciens.
03:28Donc, l'UNESCO a fait que reprendre ces principes de déontologie qui existaient.
03:32Le problème, c'est que ce code était un peu resté dans l'oubli.
03:35Les négociants n'étaient pas au courant de ces principes au niveau international.
03:38Et donc, 25 ans plus tard, l'UNESCO a jugé important de revenir sur ce code
03:45pour sensibiliser les professionnels à ces principes,
03:48pour s'assurer que les professionnels pouvaient s'approprier vraiment, véritablement, ces principes éthiques,
03:55mais aussi pour venir clarifier les lacunes, les principes qui n'étaient pas présents en 99.
04:02Donc, la diligence raisonnable qui inclut la recherche de provenance
04:06et aussi le principe de coopérer avec les autorités nationales.
04:11Donc, peut-être pour revenir sur cette recherche de provenance,
04:14c'est un concept qui s'est beaucoup développé ces dernières années.
04:19On parle désormais de recherche proactive de la provenance.
04:23Et j'aimerais citer Emmanuel Polat qui intervenait en juillet dernier dans votre émission
04:27et qui dit qu'on est à l'âge d'or de la recherche de provenance.
04:32Et en effet, on voit se proliférer des masters, des DU, des formations professionnelles en recherche de provenance.
04:38Mais on voit aussi que le marché lui-même est très conscient qu'une bonne recherche de provenance,
04:43ça va améliorer la valeur économique d'un bien.
04:48C'est-à-dire que là, on prend le code, met en avant le fait que le marchand doit être
04:53particulièrement actif dans cette recherche.
04:55Peut-être qu'en 99, du coup, c'était moins le cas.
04:58C'est ça qui a beaucoup évolué en 25 ans ?
05:01Alors oui, d'ailleurs, le texte de 99 ne parle pas de diligence raisonnable ou de recherche de provenance.
05:08C'est un concept qui s'est développé en 95 par la Convention d'Unis-Droit
05:13et qui est de plus en plus au cœur de la lutte contre ce trafic.
05:21L'idée, c'est que si les marchands opèrent une recherche de provenance complète,
05:27cela va éviter le trafic.
05:31Qu'est-ce qui a évolué aussi ? Vous avez parlé tout à l'heure des échanges en ligne, etc.
05:37En 25 ans, qu'est-ce qui a particulièrement évolué ?
05:40De coup, maintenant, vous pouvez plus facilement adresser avec ces dix principes qu'on ne pouvait pas aussi il y
05:46a 25 ans ?
05:48Alors, ce qu'on a pu faire aujourd'hui, c'est vraiment avoir ce dialogue avec les acteurs du marché
05:54de l'art au niveau mondial.
05:56On a commencé des consultations en 2021.
05:59L'idée était de s'assurer que tout acteur, parce qu'il y a une diversité des professionnels du marché
06:06de l'art,
06:06que ces principes pouvaient s'appliquer, étaient réalistes pour cette diversité d'acteurs,
06:11cette diversité de transactions et de biens culturels traités.
06:16Mais d'avoir des principes réalistes, mais aussi des principes assez généraux pour cette panoplie d'acteurs.
06:23Qui puissent toucher tout le monde, en fait.
06:25Exactement, oui.
06:26Parce que, en termes de méthodologie, comment ça s'est passé ?
06:28Parce que ça, j'imagine que le côté international, ça complique énormément les choses.
06:33Combien de temps vous avez mis pour rédiger ce code ?
06:36Comment ça s'est passé, l'élaboration ?
06:38Alors, c'est sûr que ça n'a pas été un travail facile.
06:41Je disais, on a commencé en 2021.
06:44Il a nécessité, du coup, de consulter ces acteurs au niveau mondial,
06:49mais également tous nos États membres,
06:51pour arriver à un consensus sur un texte final.
06:53En 2023, on a franchi une étape décisive.
06:57On a constitué un groupe de travail qui était chargé de rédiger, du coup, cette version du code,
07:03et qui était constitué pour moitié des représentants du marché de l'art,
07:07et pour moitié des représentants de nos États membres.
07:09On avait des galeristes, on avait Christy, aussi, qui a participé au groupe de travail,
07:15des experts en recherche de provenance.
07:18Et il nous a fallu, donc, trois ans pour arriver à un consensus sur le moindre mot,
07:26la moindre virgule.
07:27Donc, c'est toujours un travail, toujours un peu challenging à l'UNESCO,
07:31mais on a l'habitude de faire ce type.
07:33Ce genre de travail.
07:34Est-ce qu'il est contraignant ?
07:36Comment est-ce qu'après, il peut être appliqué, ce code ?
07:39Alors, c'est un code volontaire.
07:41On le dit bien dans le code, il ne crée aucune obligation juridique.
07:45L'idée était vraiment de renforcer cette culture de responsabilité
07:49au sein du marché de l'art.
07:52Et donc, l'idée, c'est de, si vous voulez adhérer,
07:56tout professionnel peut venir sur notre site Internet,
07:59télécharger un formulaire, nous le renvoyer.
08:02Et comme ça, nous, on sait qui sont les professionnels,
08:06combien de professionnels ont déclaré adhérer à ces principes.
08:10Et d'un autre côté, un professionnel peut publiquement se déclarer adhérent au code de l'UNESCO.
08:18– Le fait que ce soit l'UNESCO qui agit sur ce terrain-là,
08:22qu'est-ce que ça change ?
08:23Est-ce que c'est un marqueur, un gage, une référence ?
08:28Qu'est-ce que ça apporte que l'UNESCO se positionne à ce niveau-là ?
08:31– Alors, ça permet d'avoir des principes au niveau international,
08:34vraiment, qui sont approuvés par tous nos États membres.
08:38Donc, les États membres de l'UNESCO, on est à 194 États membres,
08:42histoire d'avoir des principes et, je dirais,
08:46une compétition au niveau international qui est harmonisée.
08:54Et donc, c'est ça la différence entre un code national
08:57et plutôt un code porté par l'UNESCO.
09:00– Et donc, le fait que ce soit des pays qui ratifient ça,
09:02ça veut dire qu'ensuite, comment les marchands se positionnent par rapport à ça ?
09:06C'est-à-dire que le pays est en accord avec ce code,
09:09mais les marchands, quand même, doivent individuellement faire la démarche
09:12de dire qu'ils sont en accord avec ce code.
09:16– Exactement. Donc, les pays ont adopté le code révisé,
09:19ça veut dire qu'ils sont en accord avec ces principes.
09:21– Oui.
09:21– Et puis après, c'est à chaque professionnel, de manière individuelle, volontaire,
09:26de se déclarer adhérent, de dire qu'il approuve
09:30et qu'en fait, ça représente effectivement sa pratique quotidienne.
09:35Mais vous verrez, il n'y a rien de nouveau dans ces principes.
09:41Finalement, on a pu consulter les acteurs.
09:43– C'est du bon sens, en fait.
09:44– C'est du bon sens. Exactement.
09:46– Comment ça se passe après ?
09:47Donc là, il vient juste d'être publié il y a quelques mois.
09:50Vous savez déjà combien de personnes ont ratifié,
09:53combien de marchands particuliers ont ratifié ?
09:56– Alors oui, on a une dizaine déjà d'acteurs.
09:59Je pense que l'idée, c'est de continuer à sensibiliser les acteurs
10:02sur ce nouveau code pour qu'ils soient au courant.
10:05Et c'est pour ça que je suis là aujourd'hui.
10:07Pour donner de la visibilité et permettre aux professionnels
10:10de pouvoir se positionner sur ces principes.
10:14– Et comment est-ce que ça se passe après ?
10:15Est-ce que vous avez un rôle de vérification ?
10:20Parce qu'on peut toujours ratifier quelque chose
10:22et après ne pas le respecter.
10:23Comment ça se passe si ce n'est pas le cas ?
10:25– Alors comme je disais, c'est un engagement unilatéral des professionnels.
10:31L'idée, c'est vraiment pour que l'UNESCO guide ces professionnels responsables
10:35dans le type de vérification à adopter et les réflexes à avoir.
10:41L'UNESCO ne va pas vérifier si les principes sont bien adoptés.
10:46C'est vraiment des lignes directrices pour aider les professionnels
10:51qui veulent lutter contre le trafic de biens culturels.
10:54– En tout cas, c'est toujours un marqueur de plus.
10:56Comme vous le disiez, c'est l'âge d'or de la recherche de provenance.
11:00Parce que l'UNESCO continue d'affirmer cette nécessité toujours
11:05de recherche de provenance qui est fondamentale pour les marchands.
11:08Merci beaucoup Louise Maléco d'être venue nous en parler en plateau aujourd'hui.
11:13Je rappelle que vous êtes responsable de la coordination de ce code de déontologie.
11:17Merci d'être venue en plateau et merci à vous toutes et tous
11:20de nous avoir écoutés. C'était Arrêt Marché.
11:25– Sous-titrage ST' 501