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  • il y a 9 minutes
Avec Philippe charlez, expert énergéticien



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##C_EST_DANS_L_ACTU_4-2026-08-23##

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Transcription
00:01Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10h, Jean-François Kéli.
00:06Allez, il est 8h et presque 12 minutes, bonjour à vous et bienvenue, Philippe Charles.
00:11Bonjour.
00:11Expert en questions énergétiques, ceux qui nous écoutent, vous connaissent, vous êtes une vraie voix Sud Radio.
00:18Vous êtes là ce matin pour nous éclairer, les prix, c'est pas qu'ils grimpent, mais ils restent très
00:23élevés à la pompe.
00:25Peut-être que nous pourrions rappeler un peu les moyennes nationales, ça ne bouge pas.
00:28Oui, alors on va dire pour faire simple qu'on est un peu au-dessus de 2,20 pour le
00:34gasoil, le diesel, et on est au-dessus de 2 pour l'ESP95.
00:38Alors une augmentation qui tombe mal à quelques jours de la rentrée, alors que de nombreux Français, aujourd'hui, sont
00:44sur le retour des vacances sur un deuxième chassé-croisé la semaine prochaine.
00:48Pourquoi ce prix des carburants reste aussi élevé ?
00:51Alors, on va rappeler à nos auditeurs qu'il y a en fait 4 grandes composantes dans le prix des
00:57carburants.
00:58Donc il y a d'abord le prix du baril, évidemment, donc prix du baril brut.
01:02Ensuite, il y a ce qu'on appelle, et je vais y revenir, la marge de raffinage, c'est-à
01:05-dire, alors c'est pas le prix du raffinage,
01:08mais c'est le prix des produits raffinés sur les marchés des produits raffinés qui sont cotés à Rotterdam.
01:14Ces deux premières composantes sont tout à fait dépendantes des marchés mondiaux,
01:19et donc on n'a absolument aucune action dessus.
01:22Après, il y a la marge dite de distribution qui inclut le transport et la distribution, et enfin il y
01:28a les taxes.
01:29Les taxes.
01:30Et donc, quand on regarde ces trois composantes, pour faire simple,
01:33aujourd'hui, le baril sur l'augmentation par rapport au 31 janvier de cette année,
01:40donc avant le conflit du Moyen-Orient,
01:44le baril joue sur 25%,
01:47les marges de raffinage jouent sur 60%,
01:51et le reste, c'est les taxes.
01:53Il faut rappeler que dans les taxes, il y a une partie fixe qui n'a pas changé,
01:56qu'on appelle la TICPE,
01:57et puis il y a la TVA qui est de 20% sur la marge,
02:03sur le prix hors-taxe, donc qui mécaniquement a augmenté.
02:07Mais finalement, l'augmentation des taxes a joué très peu,
02:10contrairement à ce qui est véhiculé, d'ailleurs, sur certains plateaux,
02:13on explique que, finalement, ce ne sont que les taxes qui expliquent le prix élevé des carburants.
02:18Ça, c'est une lecture qui est biaisée.
02:20Ah, la lecture est complètement biaisée.
02:22Aujourd'hui, la composante essentielle qui joue sur le prix,
02:27c'est vraiment la marge de raffinage, le prix du produit raffiné.
02:31Et ce, pour plusieurs raisons.
02:33D'abord, parce qu'on a fermé énormément de raffinerie en Europe.
02:38Alors, c'était un choix, un mauvais choix,
02:40puisqu'en fait, on a considéré, dans les années 2015-2020,
02:44que raffiner en Russie, c'était beaucoup moins cher que de raffiner en France.
02:48On a délégué notre raffinage à la Russie,
02:51et puis la Russie est devenue persona non grata,
02:53donc on ne veut plus des produits raffinés russes.
02:56Et aujourd'hui, il y a deux facteurs qui jouent sur la raréfaction des produits raffinés,
03:01notamment du diesel.
03:02D'un côté, la fermeture du détroit d'Ormuz joue,
03:05puisque non seulement le Moyen-Orient produit du pétrole brut,
03:11mais produit aussi des produits raffinés.
03:13La deuxième chose, c'est que les raffineries russes ont été fortement endommagées récemment
03:18par les attaques ukrainiennes.
03:20D'ailleurs, on a vu dans certains reportages
03:23qu'en Russie, pour avoir de l'essence, on faisait la queue pendant plusieurs heures.
03:28Donc la raréfaction des produits raffinés, et notamment du diesel,
03:33fait que ces produits raffinés atteignent des marges absolument démentielles.
03:37Ce qu'on appelle la marge brute de raffinage est de l'ordre normalement de 30 euros la tonne,
03:42et aujourd'hui, elle dépasse les 300 euros la tonne.
03:45Philippe Charles, c'est considérable.
03:47Ah oui, c'est absolument considérable.
03:49Et donc il faut bien se focaliser sur cette partie raffinage qui est fondamentale.
03:52Question annexe, enfin complémentaire, pourquoi ce choix d'avoir délégué notamment la Russie le raffinage ?
03:59C'est un choix des pétroliers ou c'est un choix gouvernemental ?
04:02Ah non, non, non, on va dire que c'est quand même un choix politique.
04:08C'est-à-dire que globalement, ça coûtait moins cher de raffiner ailleurs que de raffiner en Europe,
04:14comme ça coûte moins cher de produire ailleurs que de produire en Europe.
04:17Et donc, on va dire que la baisse européenne du raffinage,
04:22et notamment dans les raffineries d'Europe de l'Est après la chute du mur de Berlin,
04:27a été un choix absolument déplorable,
04:29puisque nous avions pratiquement des capacités de raffinage presque suffisantes
04:34pour approvisionner l'Europe en produits raffinés.
04:37Et aujourd'hui, ça n'est plus le cas.
04:38Donc, effectivement, ce choix de mondialisation a été un choix déplorable.
04:44Les questions de base que chacun se pose, vous êtes l'expert, vous savez, vous avez la haute main là
04:49-dessus,
04:49mais quand on est à la pompe, on s'interroge toujours.
04:51Est-ce que les automobilistes paient davantage que ce que justifient les coûts réels de ce pétrole-là,
04:58qu'on met ce carburant qu'on met dans la voiture ?
05:00Alors oui.
05:01Oui, puisqu'en fait, je vous ai dit qu'il y avait deux composantes qui ne reflètent pas un prix,
05:05mais un marché,
05:06et donc une abondance ou une pénurie.
05:09Donc, ça peut aller dans un sens comme dans l'autre, c'est le prix du baril et le prix
05:14du produit raffiné.
05:15Pour vous donner un exemple, c'est qu'aujourd'hui, extraire un baril de pétrole du Moyen-Orient,
05:21c'est moins de 20 dollars un baril.
05:24Et on le paye aujourd'hui 80 dollars, donc ça veut dire que globalement,
05:28oui, ça ne reflète pas le produit raffiné.
05:30Mais disons que ça, c'est caractéristique des matières premières.
05:34Toutes les matières premières, soit sont beaucoup trop chères, soit ne sont pas du tout assez chères,
05:39dans certaines circonstances, suivant la loi de l'offret de la demande.
05:43C'est elle qui joue et ce n'est pas le coût d'extraction.
05:46Parce que la question qui vaut pour, on va dire, ce secteur,
05:49comme pour la grande distribution et autres sujets de la vie, de la consommation quotidienne,
05:53c'est pourquoi est-ce que l'État...
05:55C'est qui qui s'enrichit au passage ?
05:57Une question qui est, vous l'avez déjà évoquée,
06:01mais pourquoi est-ce que l'État n'a pas baissé,
06:05comme ça s'est fait notamment dans les pays voisins, en Allemagne,
06:09en Espagne, exactement,
06:12temporairement les taxes sur les carburants ?
06:14Alors...
06:15Vous pouvez dire pendant 3 mois, pendant 6 mois,
06:17telle taxe, on nous l'a...
06:19Vous n'êtes pas sans savoir que l'État français est légèrement endetté.
06:22Légèrement, oui.
06:22Oui, légèrement endetté.
06:23Ce qui signifie que les taxes sur les carburants,
06:27c'est le deuxième revenu après l'impôt sur...
06:31C'est inférieur à la TVA,
06:34mais c'est presque supérieur à l'impôt sur le revenu.
06:36Donc c'est-à-dire que c'est un revenu énorme pour...
06:39C'est que la TVA, c'est du numéro 1, oui.
06:41Énorme pour l'État.
06:42Par contre, il y a une partie des carburants qu'on aurait pu réduire,
06:45ou du moins différer,
06:47c'est ce qu'on appelle les certificats d'économie d'énergie,
06:50qui n'est pas une taxe, contrairement à ce qui est dit.
06:52C'est en fait un prélèvement qui est redistribué
06:55pour favoriser la transition énergétique,
06:58et qui vaut quand même sur environ 16 centimes au litre.
07:02Donc ça veut dire qu'on aurait pu au moins annuler
07:07ces certificats d'économie d'énergie pendant un certain temps
07:10pour essayer de faire baisser le prix.
07:12Mais le prix ayant pris pratiquement 60 centimes d'euros au litre,
07:17ça n'aurait quand même joué que sur une toute petite partie.
07:20Pour le reste, baisser la TVA.
07:23Moi, je ne suis pas favorable non plus,
07:24parce que c'est un très mauvais signal.
07:26Il faut quand même savoir qu'on essaye de baisser notre consommation de carburant,
07:30et qu'évidemment, si vous baissez les taxes,
07:32ce n'est pas un signal prix qui va en faveur de la baisse de la consommation des carburants.
07:36Donc je ne suis pas tout à fait favorable à la baisse de la TVA.
07:41Oui, parce que finalement, si les prix baissent, deviennent plus abordables,
07:46chacun va de nouveau consommer,
07:48ne pas se mettre dans une perspective,
07:52on va dire, de changer de façon de rouler,
07:55c'est-à-dire passer à l'électro-librique.
07:57On dit toujours qu'en matière de carburant pétrolier,
08:01une faible élasticité prix.
08:02Donc c'est-à-dire que globalement, c'est tellement important pour les gens
08:05que les prix augmentent ou baissent,
08:07finalement, ils consomment ce dont ils ont besoin.
08:11Si les prix sont trop élevés,
08:13forcément, ils n'iront pas au restaurant pour pouvoir se déplacer.
08:17Et si les prix sont plus bas,
08:19ce n'est pas pour ça qu'ils vont nécessairement rouler plus.
08:22Mais disons que baisser les prix et les taxes
08:25n'est pas nécessairement un bon signal d'un point de vue transition énergétique.
08:28Est-ce qu'on peut demander aux distributeurs de réduire un peu la voilure aussi,
08:32de faire baisser un peu leurs marges ?
08:34Alors, de ce côté-là, je suis très clair,
08:35les marges de distribution ont plutôt légèrement baissé.
08:38Donc ce n'est pas du tout le facteur qui a augmenté.
08:42On est toujours au même niveau,
08:47les distributeurs auraient même plutôt baissé leur marge de 2 à 3%.
08:50Donc, encore une fois, j'insiste,
08:52c'est vraiment la partie raffinage qui est la clé.
08:54Si demain, les Etats-Unis et l'Iran se serrent la main
08:57et disent qu'on arrête les frais,
08:59on ouvre tout ça, on arrête la guerre,
09:01parce que cette guerre, en fait, est toujours là,
09:03Hormuz rouvre,
09:04ce n'est qu'une partie du trafic,
09:07mais l'impact est fort et puissant.
09:09Est-ce que ça va changer quelque chose à terme à la pompe ?
09:12Alors, ça va faire baisser le prix du baril,
09:15incontestablement.
09:16Donc, sur les fameux 25% du baril,
09:18ça va jouer.
09:20Une baisse de 10 dollars du baril,
09:23ça correspond environ à 6 à 7 centimes sur le litre d'essence.
09:26Donc, on peut imaginer un baril retourne,
09:29qui est aujourd'hui à 80 dollars,
09:32redescendant à 60, 65 dollars.
09:35Donc, on va gagner de l'ordre de 15 centimes à peu près.
09:38Mais par contre, encore une fois,
09:41sur les produits raffinés,
09:42ça dépasse largement le Moyen-Orient.
09:46Et donc là, il y a vraiment un problème structurel.
09:49Et donc, j'ai peu d'espoir que d'ici la fin de l'année,
09:52même si le conflit Iran-États-Unis s'arrêtait,
09:57qu'on puisse baisser les prix en dessous du 2 euros par litre.
10:01Donc, ces prix ne vont pas bouger d'ici à Noël, quoi, grosso modo.
10:04J'ai peu d'espoir.
10:05C'est compliqué, c'est compliqué.
10:07Vous avez l'impression que nous sommes vraiment rentrés
10:10dans une période de longue distance
10:13qui nous raconte que peut-être il va falloir changer quelque chose.
10:16Les Chinois déboulent, c'est un drame pour l'industrie automobile européenne
10:20avec des voitures extrêmement compétitives
10:22et avec des capacités électriques puissantes.
10:26On va passer à autre chose, mais ça risque d'être chinois.
10:30D'abord, ça risque d'être lent.
10:32Il faut quand même savoir que sur les 45 millions de véhicules en France,
10:39il y en a 43 qui sont toujours thermiques.
10:42Donc, ça veut dire que la percée de l'électrification
10:45est quand même excessivement lente
10:47et donc on va continuer à consommer pas mal de pétrole.
10:51Et effectivement, si on avait bien un avantage compétitif
10:56par rapport à la Chine, c'est bien sur la voiture thermique.
11:00Je dis toujours que si la Formule 1 était aux Jeux Olympiques,
11:04l'Europe aurait toutes les médailles
11:06et la Chine ferait de la figuration.
11:08Donc, ce qui veut dire que la percée de la voiture électrique
11:11est peut-être une bonne nouvelle pour le climat,
11:15mais ce n'est pas une très bonne nouvelle
11:16pour l'industrie automobile européenne.
11:20Voilà, c'est dit avec beaucoup de clarté.
11:21J'ai tout compris, merci Philippe Charlès.
11:25Je rappelle, expert en question énergétique,
11:29vraiment, j'ai absolument tout compris.
11:31Et vous êtes l'une des vraies voix à Sud Radio.
11:34Je trouve que le constat quand même est un peu pessimiste.
11:36Ce n'est pas une critique.
11:37Il est réaliste.
11:39Voilà, vous enlevez le mot de la bouche, réaliste.
11:41Et ça va durer pendant des mois.
11:43Soyez prévenus, il va falloir changer nos habitudes de consommation.
11:47Et je peux vous assurer que moi-même, je trouve cela absolument dramatique.
11:52Allez, merci à vous, Philippe Charlès.
11:54Bon dimanche.
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