00:00Vous l'avez vu, un peu de pluie qui arrive, tant attendue par nos agriculteurs.
00:03Pourquoi ? Eh bien parce que c'est une crise profonde que nous sommes en train de vivre.
00:06Voilà les mots de la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar.
00:10Hier, elle alerte sur cette situation critique que vivent les agriculteurs français
00:14après cet été dévastateur.
00:17Sécheresse, canicule, incendie, un trio redoutable qui menace directement les récoltes.
00:22C'est une nouvelle épreuve pour une profession déjà éprouvée par des crises à répétition.
00:27Pour en parler, on reçoit Arnold Prech d'Alissac.
00:30Bonjour, vous êtes vous-même agriculteur, membre du bureau de la FNSEA,
00:34qui est le premier syndicat agricole de France.
00:37J'imagine que vous aussi, vous êtes très inquiet vu la situation ?
00:41On est inquiet. En même temps, le retour de la pluie laisse espérer.
00:45Vous savez, un agriculteur, il respecte la nature, il croit dans la nature.
00:50Et le retour de la pluie, ça va permettre de semer les colza,
00:54ça va permettre de ressemer des herbages.
00:57Les herbages, tout le monde, quelqu'un qui a un petit peu de pelouse
00:59voit que c'est grillé en bas de son immeuble, dans son jardin.
01:03Et il va falloir ressemer de l'herbe pour avoir une belle herbe au printemps prochain.
01:09Voilà, donc ça, c'est de l'espoir.
01:11Il faut voir le côté positif.
01:13Après, il y a un côté très négatif.
01:15Les récoltes ont été très affectées.
01:16Et c'est variable suivant les terroirs, suivant la météo qu'on a eue.
01:22Mais les coups de chaud, les 4-5 coups de chalumeau qu'on a eus
01:25quand on a eus ces sur-températures ont vraiment accéléré les productions
01:30et ont quelquefois gravement dégradé les rendements.
01:33Il y a des secteurs qui sont plus touchés que d'autres ?
01:36Bien sûr, le maraîchage qui est sur des cycles courts,
01:40les salades, des radis qui ont grillé.
01:43Alors que ça se resseme très rapidement, mais ce sont des manques.
01:48Les fruits tombent très tôt, sont arrivés plus tôt, mais tombent.
01:53Le pommier, tout simplement, moi qui suis normand,
01:56les pommes tombent des pommiers, faute d'eau.
01:58L'arbre sélectionne de lui-même les meilleurs fruits,
02:02mais la majeure partie des fruits tombent bien plus tôt.
02:07Ils ne peuvent pas être récoltés, du coup,
02:08parce que ça tombe alors que ce n'est pas arrivé à maturité.
02:11C'est arrivé à maturité, sévéreux, voilà, ça ne va pas du tout.
02:16Ça, où il y en a qui sont aussi plus petits, c'est ce qu'on voit.
02:20Beaucoup de formats, beaucoup plus petits.
02:21Un peu plus abîmé aussi.
02:22La grande distribution a annoncé hier qu'elle acceptait de prendre beaucoup de choses
02:26qui ne sont pas dans les standards qu'elle prend habituellement.
02:30Tant mieux, merci.
02:31Ça, c'est une bonne nouvelle, oui.
02:32Vous l'accueillez comment, cette annonce ?
02:33On l'accueille très positivement.
02:35De l'autre côté, il faut vraiment payer les choses.
02:40Quand vous produisez beaucoup moins, mais que vous avez le même coût de production,
02:44votre produit vaut plus cher à la fin.
02:45Et c'est valable pour tout le monde.
02:47Les récoltes de maïs pour nourrir les vaches.
02:49Partout en France, on nourrit les vaches avec du maïs, quasiment.
02:53Dans l'heure, le sud de l'heure, on fait 30% de ce que l'on fait habituellement.
02:57Est-ce qu'il y a un début de conversion des agriculteurs vers d'autres cultures ?
03:01Le maïs, je crois notamment, a besoin de beaucoup plus d'eau que d'autres céréales.
03:05Le maïs a besoin de plus d'eau l'été, mais par kilo produit, c'est lui qui en a
03:09besoin le moins.
03:11Et entre 80 litres d'eau, éventuellement, vous pouvez apporter par l'irrigation en cas de passage
03:15à 20 litres d'eau au mètre carré, vous allez produire un très beau maïs,
03:20alors qu'il tombe en France entre 500 et 1000 litres d'eau par an et par mètre carré.
03:28Cette eau, il faut la stocker l'hiver intelligemment, comme le jardinier le stocke pour son potager.
03:34On a tous maintenant, au pied de nos gouttières, un bassin de 200-300 litres pour récupérer l'eau.
03:39Celui qui a une jardinière, s'il n'arrose pas sa jardinière, ses fleurs vont mourir.
03:46Les petites plantes vertes qu'il cultive, elles ont besoin d'eau.
03:50C'est pareil en agriculture.
03:51Je reviens sur ce que vous disiez sur la grande distribution, parce que c'est important.
03:54La grande distribution qui s'engage à payer le même prix pour les agriculteurs.
03:59Vous, ce que vous dites, c'est qu'on a besoin d'être mieux payés encore ?
04:03Sur les fruits et légumes, on est sur vraiment un marché de l'offre et de la demande.
04:06Il faut à tout prix valoriser l'offre française pour soutenir ses producteurs.
04:11Alors vous allez peut-être pouvoir trouver, je vois de la tomate marocaine, cerise,
04:15qui en ce moment est dans les magasins, que tout le monde connaît,
04:17à un petit peu moins d'un euro les 250 grammes.
04:20Mais qui est faite avec de l'eau, qui est pompée maintenant à 150 mètres.
04:25Quand il y a 20 ans, elle était pompée à 90 mètres.
04:27Chez nous, c'est de l'eau de pluie avant tout, stockée l'hiver,
04:31qui permet de faire ses tomates.
04:33Elle est aussi en concurrence avec de la main d'oeuvre qui, au Maroc,
04:35est payée à un euro de l'heure.
04:37Un euro de l'heure quand elle coûte 15 chez nous.
04:39Alors ça donne à la fin une tomate cerise française,
04:421,29€ des 250 grammes, quand elle est 99 centimes marocaine.
04:46– Dans les annonces de la grande distribution, il y a aussi une volonté de privilégier l'origine France.
04:52On verra en magasin si c'est réellement appliqué.
04:55Il y a la grande distribution, mais il y a le gouvernement aussi qui promet des annonces bientôt.
04:59Ça va être étudié au cas par cas.
05:00Il y a une réunion avec les préfets qui va avoir lieu le 27 août.
05:04Vous attendez quoi, vous, du gouvernement, en termes d'aide ?
05:07Qu'est-ce qui vous serait utile ?
05:08– Les récents investisseurs sont les plus pénalisés.
05:11Les récents investisseurs doivent rembourser des crédits,
05:14mais s'ils ne font pas de revenus parce qu'ils n'ont pas de production,
05:17il y a des gens qui ont perdu 100% de leur production en légumes ou en maïs
05:22parce qu'ils n'avaient pas accès à l'eau ou pas assez d'eau.
05:25Mon voisin maraîcher, 90% de son maraîchage, a brûlé en Normandie.
05:33Il stocke de l'eau, mais au bout d'un mois et demi, il n'y avait plus d'eau.
05:36Et quand il n'y a plus d'eau, il n'y a plus rien.
05:38Et c'est quelque chose de nouveau pour lui.
05:39– Ça, c'est une première, vous n'avez jamais vu ça avant.
05:41– Voilà, c'est vraiment une première.
05:44Alors, les régions plus méditerranéennes françaises ont encore plus souffert.
05:47Et elles doivent être soutenues.
05:50Une chose toute bête, les cotisations sociales sont basées sur une moyenne.
05:54Il faut vraiment les baser sur les revenus de cette année,
05:57pas sur les revenus des trois années antérieures qui ont pu être meilleurs
06:00pour que les gens payent moins.
06:02Il faut qu'on puisse repousser les annuités.
06:04Ça se discute avec les banques, mais ça se discute avec l'aide de l'État.
06:07Il faut aussi qu'il y ait des taux bonifiés.
06:10Il y a des banques qui, en Gironde par exemple, là où ça a brûlé,
06:13offrent des crédits à 0% pour aider les gens.
06:16Ce sont des choses qui doivent être généralisées,
06:18notamment, je dis, vers les récents investisseurs.
06:21Avant tout, les jeunes agriculteurs, mais aussi ceux qui sont investis
06:24dans des bâtiments, dans des matériels, dans du foncier,
06:27et qui sont très chargés.
06:29Et nous, à notre niveau, en tant que consommateurs,
06:32le mieux à faire, c'est quoi ?
06:33C'est de privilégier l'origine France ?
06:35L'origine France, qu'elle soit vraiment mise en avant.
06:37Vraiment mise en avant.
06:38Et là-dessus, autant on a des marques françaises,
06:42mais quelquefois, dans la composition, on n'a pas que des produits français.
06:45Dans les produits de la grande distribution,
06:47les marques de distributeurs, de grands efforts à faire,
06:50en termes de transparence, l'étiquetage de l'origine,
06:52c'est un dossier qui n'avance pas assez vite.
06:55Il y a une partie qui va évoluer avec la loi d'urgence agricole
06:59qui a été votée mi-juillet et qui a été validée la semaine dernière
07:02par le Conseil constitutionnel, mais ça doit s'améliorer.
07:06Mais pourquoi ça coûte plus cher pour le consommateur aussi ?
07:08Pardon ?
07:08Le consommateur, on le voit, le pouvoir d'achat est au cœur
07:12de ses préoccupations.
07:14Ça coûte aussi plus cher ?
07:15Ça va coûter de plus en plus cher, là, en plus, avec les pertes de récordes ?
07:18Ça va coûter, mais je vais vous dire,
07:21vous savez, la viande bovine a baissé à la production de 15%
07:24ces quatre derniers mois.
07:25Est-ce que vous l'avez vu, une baisse au niveau du consommateur ?
07:28Non, mais je peux vous dire qu'au niveau de la production,
07:31on a perdu un euro du kilo.
07:32Voilà, on est passé de 7 à 6, consciemment.
07:38Ça doit faire 5% de baisse au niveau du consommateur.
07:40Ça ne doit pas faire 15% parce qu'il y a d'autres produits.
07:43Mais c'est une réalité des choses.
07:45Tout n'est pas mauvais, mais là, les coûts de production augmentent.
07:51Pour compenser la mauvaise récolte, les mauvais fourrages,
07:53on n'a pas de deuxième coupe de foin, notamment pour nourrir les animaux,
07:57on va donner plus de grains.
07:59Le grain, ça coûte plus cher que faire du foin sur sa ferme.
08:03Sur l'origine France, on peut faire confiance à l'étiquetage qui est marqué
08:06quand vous achetez un fruit ou un légume, c'est marqué « Origine France ».
08:09Ça, il n'y a pas de problème.
08:10Ah oui, quand il y a marqué « Origine France », il n'y a pas de problème.
08:13Mais on est sur les fruits et sur les légumes, c'est très bien fait.
08:16Dès que vous êtes sur des produits transformés,
08:18l'origine est moins bien indiquée.
08:21Quelquefois, on est hypocrite, on marque « Union européenne »,
08:24ça ne veut rien dire.
08:25Ou quelquefois, on marque « Union européenne » et « non-Union européenne ».
08:29Oui, c'est-à-dire le monde entier.
08:30Ça m'a toujours frappé cette notion.
08:33Alors, je sais qu'il y a des problèmes d'étiquetage,
08:36mais non, là, vraiment, on ne joue pas à la transparence.
08:39Voilà le message principal.
08:40Et puis, on accepte les légumes et les fruits moches aussi, un petit peu.
08:43C'est-à-dire qu'il faut accepter d'être…
08:45Ce n'est pas forcément moins bon sur le plan de la santé ou nutritionnelle,
08:48mais il faut accepter aussi ces fruits et légumes.
08:50Ce que va faire la grande distribution, on l'a dit, baissant les normes.
08:54Merci beaucoup, merci à Arnold Prejdalissac d'avoir été avec nous,
08:57membre du bureau de la FNSEA.
Commentaires