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Plus de 130 êtres humains ont été jetés vivants dans l’Atlantique. Les propriétaires du navire ont ensuite réclamé 30 livres d’assurance pour chaque personne disparue.

Cette histoire est connue comme le massacre du Zong. Pourtant, le navire s’appelait en réalité le Zorg.

En 1781, il transportait 442 personnes africaines réduites en esclavage. Après des erreurs de navigation et une apparente pénurie d’eau, des captifs furent précipités dans l’océan.

Le procès qui suivit ne porta pas sur leur meurtre, mais sur le remboursement de la « cargaison ».

Qu’est-ce qui vous choque le plus : le massacre, la demande d’assurance ou l’absence de procès pour meurtre ?

#Histoire #MassacreDuZong #Esclavage #TraiteAtlantique

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Ils ont jeté plus de 130 êtres vivants dans l'Atlantique.
00:04Pas parce que le navire coulait, ni parce qu'une tempête les obligeait,
00:08mais parce qu'en les jetant à la mer, leurs propriétaires espéraient toucher l'assurance.
00:13Et le plus classant ici, c'est qu'aucun responsable n'a été jugé pour autre.
00:17Cette histoire, c'est celle d'un navire n'a pas été passé à la postérité sous le nom du
00:23Zong.
00:24Pourtant, son véritable nom était le Zor.
00:27Un mot nirlandais qui signifiait « soin ou attention ».
00:31Une ironie terrifiante au regard de ce qui s'est réellement produit à bord.
00:35En 1780, sous le commandement de Luke Collingwood,
00:39le Zor traverse l'Atlantique avec 442 hommes, femmes et enfants africains réduits en esclavage.
00:47Le navire est si surchargé qu'il transporte presque quatre captifs pour un tonneau,
00:52soit plus du double de la moyenne britannique de l'époque.
00:56Dans les calmes, comme vous l'imaginez, la maladie se propage.
00:58De ce fait, les captifs meurent.
01:00L'équipage aussi s'affaiblit.
01:02Puis, les responsables du navire commettent une erreur catastrophique.
01:06Ils aperçoivent la Jamaïque, mais ils la confondent avec une autre île.
01:10Au lieu de s'y arrêter, ils poursuivent leur route vers l'ouest.
01:14Lorsqu'ils comprennent leur erreur, le Zor se trouve à plus de 500 kilomètres de sa destination.
01:19À bord, les réserves d'eau semblent désormais insuffisantes.
01:22Mais cette crise ne débouche pas sur un rationnement de l'eau, non.
01:26Elle se transforme en calcul financier.
01:28À l'époque, pour que vous compreniez bien,
01:30lorsqu'une personne réduite en esclavage meurt de maladie pendant la traversée,
01:35sa disparition représente une perte pour son propriétaire.
01:38Mais si cette personne est jetée à la mer pour prétendument sauver le navire, la cargaison,
01:44les propriétaires peuvent tenter d'obtenir un remboursement de leur assurance.
01:48Dans les documents judiciaires, chaque captif du Zor est évalué à 30 livres sternés.
01:54Siddhar Kharah, dans l'ouvrage Le Zor, que vous voyez encore juste ici,
01:57résume brièvement cette logique à la page 30 de son ouvrage.
01:59Il dit ceci, je cite,
02:00« Les Africains morts n'ont aucune valeur marchande. »
02:03Dit autrement, aux yeux de ce système, une personne morte de maladie ne rapporte plus rien.
02:10Par contre, une personne jetée dans l'océan peut encore faire l'objet d'une indemnisation.
02:14À partir du 29 novembre 1781, la décision est prise.
02:19Des femmes, des enfants et des malades sont arrachés au cal, conduits sur le port,
02:23puis précipités vivant dans l'océan.
02:26Des hommes enchaînés sont ensuite jetés à leur tour.
02:29Certains captifs préfèrent se jeter eux-mêmes dans l'océan.
02:32Au total, nous parlons de plus de 130 personnes qui sont sacrifiées.
02:36Puis survient un détail qui détruit l'idée directement d'une décision inévitable.
02:41La pluie tombe.
02:42L'équipage parvient de se faire recueillir plusieurs fuites d'eau.
02:46Pourtant, les mises à mort continuent,
02:48même si leur chronologie exacte reste débattue par les historiens.
02:52Et lorsque le Zorg atteint finalement la Jamaïque, il reste encore de l'eau à bord.
02:56Mais le scandale ne s'arrête pas sur le pont du navire.
02:59Après le massacre, les propriétaires,
03:01parmi lesquels le puissant marchand William Gregson,
03:04qui a financé, réclament eux 30 livres à l'assurance,
03:07pour chaque personne jetée à la mer.
03:09Deux ans plus tard, en 1783,
03:12l'affaire arrive devant la justice britannique.
03:13Seulement, personne ne compare pour meurtre.
03:16Le procès ne cherche pas donc à déterminer
03:18qui a tué plus de 130 êtres humains.
03:20Non, il cherche à savoir si les assureurs doivent indemniser les propriétaires
03:24pour la perte de leur cargaison.
03:27Les circonstances précises du massacre restent discutées.
03:30Nous parlons d'incompétence, de panique,
03:33de fraude à l'assurance,
03:34ou sinon d'une combinaison de ces différents facteurs.
03:36Mais un fait demeure incontestable.
03:39Plus de 130 êtres humains ont été tués
03:41et aucun responsable n'a été condamné pour leur mort.
03:44Lorsque le fameux Olaudah Equiano et Granville Shah
03:48rendent l'affaire publique,
03:49le massacre devient l'un des récits emblématiques
03:52du mouvement abolitionniste britannique.
03:54La traite, pour ceux qui ne le savent pas britannique,
03:56ne sera interdite qu'en 1807.
03:58L'esclavage, lui, continuera encore
04:00pendant plusieurs décennies dans les colonies jusqu'en 1833.
04:03Le Zorg révèle ainsi quelque chose de profondément terrifiant.
04:06Ce massacre ne s'est pas produit parce que
04:08le système esclavagiste avait cessé de fonctionner.
04:11Non, il s'est produit au contraire
04:13parce que ce système fonctionnait exactement selon sa propre logique.
04:17Il permettait d'acheter un être humain,
04:19de l'assurer, de le couper,
04:20puis de réclamer derrière l'argent de sa disparition.
04:23Alors dites-moi en commentaire,
04:24qu'est-ce qui vous révolte le plus dans cette histoire ?
04:26Le massacre lui-même ?
04:28La demande d'indemnisation ?
04:29Ou le fait qu'aucun responsable n'ait jamais été jugé pour meurtre ?
04:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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