00:00Ils ont jeté plus de 130 êtres vivants dans l'Atlantique.
00:04Pas parce que le navire coulait, ni parce qu'une tempête les obligeait,
00:08mais parce qu'en les jetant à la mer, leurs propriétaires espéraient toucher l'assurance.
00:13Et le plus classant ici, c'est qu'aucun responsable n'a été jugé pour autre.
00:17Cette histoire, c'est celle d'un navire n'a pas été passé à la postérité sous le nom du
00:23Zong.
00:24Pourtant, son véritable nom était le Zor.
00:27Un mot nirlandais qui signifiait « soin ou attention ».
00:31Une ironie terrifiante au regard de ce qui s'est réellement produit à bord.
00:35En 1780, sous le commandement de Luke Collingwood,
00:39le Zor traverse l'Atlantique avec 442 hommes, femmes et enfants africains réduits en esclavage.
00:47Le navire est si surchargé qu'il transporte presque quatre captifs pour un tonneau,
00:52soit plus du double de la moyenne britannique de l'époque.
00:56Dans les calmes, comme vous l'imaginez, la maladie se propage.
00:58De ce fait, les captifs meurent.
01:00L'équipage aussi s'affaiblit.
01:02Puis, les responsables du navire commettent une erreur catastrophique.
01:06Ils aperçoivent la Jamaïque, mais ils la confondent avec une autre île.
01:10Au lieu de s'y arrêter, ils poursuivent leur route vers l'ouest.
01:14Lorsqu'ils comprennent leur erreur, le Zor se trouve à plus de 500 kilomètres de sa destination.
01:19À bord, les réserves d'eau semblent désormais insuffisantes.
01:22Mais cette crise ne débouche pas sur un rationnement de l'eau, non.
01:26Elle se transforme en calcul financier.
01:28À l'époque, pour que vous compreniez bien,
01:30lorsqu'une personne réduite en esclavage meurt de maladie pendant la traversée,
01:35sa disparition représente une perte pour son propriétaire.
01:38Mais si cette personne est jetée à la mer pour prétendument sauver le navire, la cargaison,
01:44les propriétaires peuvent tenter d'obtenir un remboursement de leur assurance.
01:48Dans les documents judiciaires, chaque captif du Zor est évalué à 30 livres sternés.
01:54Siddhar Kharah, dans l'ouvrage Le Zor, que vous voyez encore juste ici,
01:57résume brièvement cette logique à la page 30 de son ouvrage.
01:59Il dit ceci, je cite,
02:00« Les Africains morts n'ont aucune valeur marchande. »
02:03Dit autrement, aux yeux de ce système, une personne morte de maladie ne rapporte plus rien.
02:10Par contre, une personne jetée dans l'océan peut encore faire l'objet d'une indemnisation.
02:14À partir du 29 novembre 1781, la décision est prise.
02:19Des femmes, des enfants et des malades sont arrachés au cal, conduits sur le port,
02:23puis précipités vivant dans l'océan.
02:26Des hommes enchaînés sont ensuite jetés à leur tour.
02:29Certains captifs préfèrent se jeter eux-mêmes dans l'océan.
02:32Au total, nous parlons de plus de 130 personnes qui sont sacrifiées.
02:36Puis survient un détail qui détruit l'idée directement d'une décision inévitable.
02:41La pluie tombe.
02:42L'équipage parvient de se faire recueillir plusieurs fuites d'eau.
02:46Pourtant, les mises à mort continuent,
02:48même si leur chronologie exacte reste débattue par les historiens.
02:52Et lorsque le Zorg atteint finalement la Jamaïque, il reste encore de l'eau à bord.
02:56Mais le scandale ne s'arrête pas sur le pont du navire.
02:59Après le massacre, les propriétaires,
03:01parmi lesquels le puissant marchand William Gregson,
03:04qui a financé, réclament eux 30 livres à l'assurance,
03:07pour chaque personne jetée à la mer.
03:09Deux ans plus tard, en 1783,
03:12l'affaire arrive devant la justice britannique.
03:13Seulement, personne ne compare pour meurtre.
03:16Le procès ne cherche pas donc à déterminer
03:18qui a tué plus de 130 êtres humains.
03:20Non, il cherche à savoir si les assureurs doivent indemniser les propriétaires
03:24pour la perte de leur cargaison.
03:27Les circonstances précises du massacre restent discutées.
03:30Nous parlons d'incompétence, de panique,
03:33de fraude à l'assurance,
03:34ou sinon d'une combinaison de ces différents facteurs.
03:36Mais un fait demeure incontestable.
03:39Plus de 130 êtres humains ont été tués
03:41et aucun responsable n'a été condamné pour leur mort.
03:44Lorsque le fameux Olaudah Equiano et Granville Shah
03:48rendent l'affaire publique,
03:49le massacre devient l'un des récits emblématiques
03:52du mouvement abolitionniste britannique.
03:54La traite, pour ceux qui ne le savent pas britannique,
03:56ne sera interdite qu'en 1807.
03:58L'esclavage, lui, continuera encore
04:00pendant plusieurs décennies dans les colonies jusqu'en 1833.
04:03Le Zorg révèle ainsi quelque chose de profondément terrifiant.
04:06Ce massacre ne s'est pas produit parce que
04:08le système esclavagiste avait cessé de fonctionner.
04:11Non, il s'est produit au contraire
04:13parce que ce système fonctionnait exactement selon sa propre logique.
04:17Il permettait d'acheter un être humain,
04:19de l'assurer, de le couper,
04:20puis de réclamer derrière l'argent de sa disparition.
04:23Alors dites-moi en commentaire,
04:24qu'est-ce qui vous révolte le plus dans cette histoire ?
04:26Le massacre lui-même ?
04:28La demande d'indemnisation ?
04:29Ou le fait qu'aucun responsable n'ait jamais été jugé pour meurtre ?
04:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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