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  • il y a 14 heures
Avec Pascal Perri, journaliste et économiste

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##L_INVITE_DU_GRAND_MATIN-2026-08-11##

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Transcription
00:008h16, c'est le grand entretien. Comment lutter contre le chômage des jeunes ?
00:03Les chiffres qui viennent de tomber sont assez mauvais pour cette tranche d'âge.
00:07Pour y voir plus clair, on est avec un spécialiste de la question,
00:10Pascal Péry, journaliste à TF1 et LCI, économiste, auteur de nombreux ouvrages,
00:14et notamment de son dernier ouvrage,
00:17« Ces présidents qui nous ont fait tant de mal », c'est chez Plon.
00:21Bonjour Pascal Péry.
00:23Bonjour Jacques.
00:24Alors d'abord, on va voir, on va évidemment détailler tout ça
00:27et voir quelles sont les solutions et voir où sont les problèmes.
00:30Mais d'abord, la photographie, le constat pour commencer.
00:32On a connu des très mauvais résultats au moment du Covid.
00:35On avait remonté la pente.
00:37Et puis là, à nouveau patatras, on a tendance à reculer un petit peu.
00:42On parle d'un million et demi de chômeurs pour ce qui est de cette tranche d'âge.
00:47Mais globalement, les chiffres ne sont quand même pas très bons.
00:50Non, les chiffres ne sont pas très bons quand on rentre dans le détail du chômage.
00:54En effet, on peut s'inquiéter légitimement.
00:57De ceux qui concernent les jeunes.
01:00On a un taux de chômage des jeunes qui est supérieur à 20% en France.
01:04Quand on se compare par exemple à nos voisins italiens ou allemands,
01:08c'est deux ou trois fois plus.
01:10Donc il y a une particularité, il y a une exception française dans ce domaine.
01:14Et il faut évidemment se demander pourquoi.
01:17J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt l'échange que vous avez eu il y a quelques instants avec un
01:23professeur d'histoire.
01:25D'abord, la réflexion d'ensemble que je me fais, c'est que dans le domaine de l'apprentissage,
01:33tout est savoir, si vous voulez.
01:34Il y a des savoirs intellectuels, il y a des savoirs manuels.
01:37Et j'ai en effet, j'ai partagé cette idée que vous avez échangée,
01:42qu'il y avait une espèce d'intelligence de la main.
01:45J'irais même au-delà en disant qu'il y a une intelligence de la main du cœur et du
01:48cerveau,
01:49qu'il y a une espèce d'alignement.
01:50Et si on avait ce regard sur ces formations,
01:55on aurait probablement un regard différent sur l'emploi des jeunes,
01:58sur les emplois nobles et ceux qui ne le seraient pas, si vous voulez.
02:01Et je le dis évidemment avec beaucoup de distance,
02:04parce que je pense que tous les savoirs sont nobles.
02:07Donc, on a un chômage des jeunes qui est le produit d'abord
02:10d'un appareil de formation qui est déficient,
02:12parce qu'on a aujourd'hui des formations généralistes qui n'aboutissent à rien.
02:16Il faudrait pouvoir le dire de façon extrêmement claire,
02:19parce que ce sont des voies de garage.
02:21C'est même une certaine forme de trahison à l'égard des jeunes et de la jeunesse,
02:25en laissant espérer qu'avec un bac plus 5, un master,
02:28on trouvera automatiquement un emploi.
02:30Non, ça produit des générations de gens qui ont des formations généralistes,
02:36qui pensent pouvoir avoir accès à des emplois très valorisés,
02:39et qui finalement doivent se contenter de petits boulots,
02:42en tout cas très en dessous de leurs qualifications.
02:45C'est ce qui produit également de la frustration chez les jeunes.
02:48Donc, il y a tout à la fois un défaut de l'appareil de formation,
02:52des stratégies, si vous voulez, pratiquement au sens militaire.
02:56La stratégie, c'est la détermination d'un but, d'un objectif.
03:00Eh bien, on n'a pas de stratégie en matière d'emploi des jeunes aujourd'hui.
03:04On reproduit pratiquement les mêmes erreurs que celles qui sont commises depuis une vingtaine d'années,
03:09en s'étonnant que les résultats ne soient pas différents.
03:11Vous ajoutez à ça un contexte, qui est un contexte économique plutôt dégradé aujourd'hui.
03:15Les entreprises embauchent moins, les entreprises sont confrontées à des tensions sur les différents marchés.
03:25Vous voyez comme moi que les quelques indicateurs macroéconomiques qu'on a à disposition sur l'inflation,
03:33sur le comportement des ménages, sur le taux d'épargne ne sont pas très favorables.
03:36Donc, quand on ajoute des éléments de conjoncture à un défaut structurel,
03:41on aboutit à la situation qui est celle que nous avons aujourd'hui et qui n'est pas bonne, à
03:46l'évidence.
03:46Alors, Pascal Péry, journaliste et économique, on parle avec vous du chômage des jeunes et de cette question et comment
03:52y remédier.
03:53Tout à l'heure, Hervé, cet ancien prof d'histoire, nous disait,
03:56il y a quelques temps, il y a quelques années, alors je ne sais pas, je vous avoue que je
03:59ne sais pas,
04:00je ne sais pas à quoi il fait allusion, mais c'est pour ça que je vous pose la question,
04:03Pascal.
04:04Il disait, il y a quelques années, il avait été envisagé, effectivement, de créer des filières
04:07et de faire en sorte que ces filières manuelles soient non seulement efficaces,
04:13mais organisées de telle sorte que les enfants puissent sortir assez vite,
04:18pourquoi pas entre 14 et 16 ans, puisque les vocations naissent à ce moment-là.
04:22Et il me disait que ça avait été refusé à ce moment-là,
04:25par les négociations, par les syndicats.
04:29Pourquoi ça bloque d'une façon générale ?
04:31Je n'ai pas forcément envie de faire un coup dans le rétro,
04:34mais Pascal, pourquoi ça bloque et pourquoi on ne pourrait pas le mettre en place aujourd'hui ?
04:39D'abord parce qu'on est extrêmement conservateur.
04:41Je pense qu'on a le logiciel du XXe siècle dans le domaine de l'éducation.
04:47On considère qu'il est toujours très noble de faire ses humanités,
04:50de suivre un enseignement qui est un enseignement général, généraliste,
04:57qui élève l'esprit.
04:58Bon, très bien, je peux partager ça,
05:01mais en même temps, il faut répondre aussi aux demandes du marché de l'emploi.
05:05Et pour répondre précisément à votre question,
05:10je me rappelle avoir rencontré des élèves à l'université
05:15qui étaient inscrits dans des enseignements professionnalisants,
05:20c'est-à-dire avec des stratégies d'adaptation,
05:24des politiques d'adaptation au métier,
05:26aux exigences du secteur vers lequel ils s'orientaient.
05:30et ces jeunes gens obtenaient des résultats en matière d'emploi.
05:34D'abord, trouver très vite un emploi,
05:38disposer des compétences de base et même au-delà,
05:42et donc étaient capables de tout à la fois
05:45de rentrer sur le marché du travail
05:46et de répondre immédiatement aux attentes d'un employeur,
05:49et ils étaient capables aussi de progresser.
05:51Donc, toutes les stratégies de professionnalisation sont efficaces.
05:58Il faudrait pouvoir dire aujourd'hui,
06:00c'est-à-dire que la révolution copernicienne, si vous voulez,
06:03ce serait de se dire au fond que
06:06dans une société comme la nôtre,
06:08qui est une société de service,
06:10la France s'est désindustrialisée.
06:12Oui, l'essentiel des...
06:13Oui, l'essentiel des...
06:15Alors, il faut toujours des professionnels dans le secteur de l'industrie,
06:19il faut des techniciens, des ingénieurs, etc.
06:21Mais ça n'est pas un marché de masse,
06:23si je reprends une formule économique.
06:25Mais nous sommes dans une économie extrêmement servicielle
06:29dans laquelle on a besoin de beaucoup d'activités de service
06:33auprès des personnes, mais auprès des entreprises aussi.
06:36Et là, il faut...
06:37L'exigence, c'est effectivement la qualification,
06:40la capacité à rentrer immédiatement dans un métier.
06:42Donc, ce sont des compétences de caractère technique.
06:45Pour ça, il faudrait réviser d'abord
06:49les programmes de l'enseignement,
06:52de l'éducation nationale,
06:54accepter l'idée que
06:56tout le monde ne peut pas se destiner
06:59à une carrière universitaire,
07:01et donc adopter des politiques
07:04qui soient coordonnées avec le marché,
07:08et notamment le marché des entreprises.
07:10Alors, le grand reproche qu'on nous a fait pendant très longtemps,
07:12enfin, qui a été fait pendant très longtemps,
07:15et pour avoir été étudiant,
07:17je me rappelle que c'était déjà le cas
07:20à la fin du XXe siècle,
07:22on nous disait,
07:23mais l'éducation nationale n'est pas au service
07:25des entreprises et des patrons.
07:26Enfin, sous-entendu,
07:27n'est pas au service des patrons.
07:28Oui, mais elle est au service de qui ?
07:30Elle doit être au service de ses usagers.
07:32Et la vocation de l'éducation nationale,
07:34c'est de former des individus
07:36qui soient capables de rentrer immédiatement
07:38sur le marché du travail,
07:40et puis de poursuivre une carrière
07:41qui soit tout à la fois gratifiante pour eux,
07:45et qui soit utile pour l'économie.
07:47Donc, peut-être qu'un peu de réalisme
07:49dans le regard que nous portons aujourd'hui
07:51sur les formations serait utile,
07:53et rendrait au fond service aux jeunes,
07:56car je crois que la situation d'aujourd'hui
07:59est à l'inverse,
08:00elle ne leur rend pas service.
08:01Oui, et du pragmatisme aussi
08:03pour effectivement faire face
08:05aux besoins des entreprises.
08:07Alors, huit pays européens aujourd'hui
08:09font mieux que nous,
08:09et on cite souvent les Pays-Bas en ce moment.
08:13Qu'est-ce qu'ils font de mieux que nous précisément ?
08:16Est-ce que certains de ces pays
08:18qui sont au-dessus,
08:19qui sont dans le haut du panier
08:22des 27 européens
08:23en matière d'emploi, d'employabilité,
08:26est-ce que justement,
08:27ils ont cette capacité
08:29à être un peu mieux
08:31en connexion entre l'éducation
08:34et le monde de l'industrie
08:35ou le monde de l'emploi direct ?
08:37Oui, c'est le cas des Pays-Bas,
08:39mais c'est le cas de l'Allemagne aussi.
08:41On a un petit peu copié d'ailleurs
08:43notre politique
08:45de qualification des jeunes
08:49sur l'Allemagne.
08:51Il y a beaucoup d'apprentis.
08:52L'apprentissage a joué un rôle déterminant
08:55dans les pays d'Europe du Nord,
08:57de façon générale,
08:59et ça a été un grand succès.
09:01Mais tout ceci pose un préalable
09:04qui est qu'on accepte l'idée
09:07que des qualifications professionnelles
09:10dans des métiers qui sont des métiers
09:11dits manuels,
09:12alors ça n'a plus beaucoup de sens,
09:14le mot manuel,
09:16si ce n'est qu'il faut retenir
09:17qu'en effet l'intelligence de la main,
09:19mais l'intelligence de la main,
09:20c'est le prolongement
09:21de l'intelligence du cerveau,
09:24des métiers de caractère technique
09:25dans lesquels il y a des éléments techniques,
09:28techniques, technologiques à acquérir
09:30sont de vrais métiers,
09:32ne sont pas de sous-métiers.
09:34C'est-à-dire que le fait d'orienter
09:37des enfants aujourd'hui
09:39en direction de ces carrières
09:40n'est pas un échec,
09:41ça doit être perçu et vendu,
09:43si vous passez l'expression,
09:45comme une réussite,
09:46comme un succès,
09:47comme un aboutissement au fond.
09:49Dans une société,
09:50on a besoin de tout.
09:51On a besoin de profs d'histoire,
09:54on a besoin de hauts fonctionnaires,
09:56mais on a aussi besoin
09:57de ce qui fait le quotidien des Français,
10:00des métiers techniques,
10:02des métiers de bouche, par exemple,
10:05des métiers autour du logement.
10:09Regardez comment aujourd'hui réussissent
10:12tous les jeunes qui s'engagent
10:13dans ce type d'activité.
10:15D'abord, ils y gagnent très correctement leur vie
10:17avec une espérance d'abord d'entrepreneuriat.
10:20Souvent, ce sont des jeunes gens
10:21qui peuvent devenir des entrepreneurs eux-mêmes.
10:25et qui, de surcroît,
10:27ont la certitude d'avoir une activité.
10:31Ça devrait être, si vous voulez,
10:34le juge de paix.
10:35Et ça ne l'est malheureusement toujours pas.
10:37D'autant que ça, ça servirait aussi
10:39et ça rendrait service d'une certaine façon
10:41à la société,
10:41parce qu'on cotise plus vite,
10:42on est plus vite sur le marché du travail,
10:44etc.
10:46Un mot, Pascal Péry,
10:47de la révolution à venir,
10:49l'intelligence artificielle,
10:50quand on voit les chiffres du chômage aujourd'hui
10:52et qu'on sait à quel point l'IA
10:54va révolutionner le monde du travail,
10:56est-ce qu'on est organisé en conséquence aujourd'hui
10:59ou est-ce qu'on ne l'est pas ?
11:00Et est-ce que, évidemment,
11:02la présidentielle 2027
11:03doit s'orienter autour de cette question-là
11:07pour ce qui est du monde du travail ?
11:09Ah, moi, je pense que l'enjeu véritable
11:11de la présidentielle,
11:13ce sera de parler de la jeunesse,
11:14parce que c'est la jeunesse
11:15qui est l'avenir du pays,
11:16ça tombe sous le sens,
11:17ce que je vous dis là.
11:19Mais, bon,
11:20parfois, il est utile
11:21d'enfoncer les portes ouvertes,
11:22c'est utile de le rappeler
11:23dans une société
11:25où on ne se préoccupe plus...
11:26Oui, parce qu'ils ont le sentiment
11:27d'être un peu oubliés,
11:28c'est aussi pour ça que vous nous dites.
11:29Et oui.
11:30Oui, ils ont le sentiment
11:31d'être un petit peu oubliés
11:32et puis, simplement,
11:33c'est une question quasi vitale,
11:36enfin, une société
11:37qui ne se tourne pas vers sa jeunesse,
11:39c'est une société qui s'oublie,
11:41qui s'abandonne,
11:41si vous voulez.
11:43Moi, je pense que c'est important.
11:45Je crois que les candidats
11:46devront évoquer, évidemment,
11:47l'intelligence artificielle
11:49parce qu'elle va rentrer
11:50dans un certain nombre de métiers.
11:52Elle peut être un attribut
11:53qui facilite des métiers
11:56qui étaient des métiers pénibles,
11:58répétitifs.
11:58Et puis, elle ajoute de l'intelligence
12:00probablement à l'intelligence humaine.
12:02La question, si vous voulez,
12:04pour terminer sur un conseil
12:05qui soit peut-être utile,
12:07à tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui,
12:09qui sont jeunes
12:10ou qui ont des enfants
12:11ou des petits-enfants,
12:13posez-vous simplement une question.
12:15La question, elle est simple.
12:16C'est, est-ce que mon activité
12:19est substituable
12:20et qu'est-ce qui, dans mon activité,
12:22n'est pas substituable ?
12:23C'est-à-dire, qu'est-ce qui sera
12:25toujours nécessairement incarné,
12:27porté par un individu,
12:28non pas par une intelligence artificielle,
12:30mais par un individu ?
12:33En quoi je ne suis pas remplaçable ?
12:36Dans l'activité que j'envisage ?
12:39Et c'est à partir de cette question-là
12:42que vont se redessiner
12:44la géographie de très nombreux métiers.
12:46Je ne suis pas sûr
12:47qu'il y ait une vague immense
12:48qui chasse l'emploi humain.
12:50Je pense, en revanche,
12:51que l'intelligence artificielle,
12:53dans l'industrie,
12:54dans les activités du quotidien,
12:56y compris dans les services,
12:57les services à la personne,
12:59ou les services aux entreprises,
13:00que l'intelligence artificielle
13:02est un élément
13:04qui va apporter
13:05un concours additionnel
13:07au travail humain.
13:08La question est de savoir
13:09où et dans quelles limites.
13:11Merci infiniment.
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