- il y a 4 heures
Et si on s'arrêtait un instant pour prendre le temps d'écouter les sons de la nature qui nous entourent ? L'éco-acousticien Jérôme Sueur et l'ingénieure du son Mélia Roger partagent leur travail de captation des paysages sonores et la manière dont ils influencent notre perception de l'environnement.
Retrouvez "Grand bien vous fasse !" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse
Retrouvez "Grand bien vous fasse !" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:05Musique
00:12Bonjour à toutes, bonjour à tous, grand bien vous fasse, c'est aussi l'été.
00:16Un léger craquement venu du sol, un petit son qui semble dire « je suis là, j'arrive ».
00:21Pendant que mes doigts d'enfant cueillent les murs de ronces, j'entends, j'entends et j'attends ce léger
00:27craquement.
00:27Il annonce sa venue, la voilà, lente mais assurée au milieu des épines, elle avance tranquillement, à peine visible au
00:34cœur de la végétation.
00:35Dans cette pinette varoise, la petite tortue d'Hermann s'approche.
00:39D'elle, je me souviens de sa carapace au reflet jaune et de ce léger craquement.
00:44Il y a bien longtemps que je n'ai pas entendu ce son, mais le seul fait d'y penser
00:47me ramène à ce paysage du sud
00:49où se mêlent le souvenir des pains majestueux, l'odeur du thym, la mousse séchée sur les rochers écrasés par
00:54le soleil et les stridulations des cigales.
00:56Pourquoi ces sons de la terre provoquent autant d'émotions, participent à notre bien-être aussi ?
01:01Est-ce que les sons de mon enfance existent encore aujourd'hui dans cette nature en plein bouleversement ?
01:07Nous vous proposons une balade auditive ce matin et nous attendons vos messages sur l'application Radio France.
01:12Nous sommes le mardi 4 août et vous écoutez Grand Bien Vous Fasse.
01:15France Inter
01:18Grand Bien Vous Fasse, c'est aussi l'été, Eva Roque.
01:22Un matin en effet de février, d'un seul coup je suis réveillée par le chant d'un merle et
01:27je me rends compte que je vis quelque chose qui est de l'ordre du bouleversement.
01:32C'est non seulement beau mais c'est joyeux, ça éveille totalement ma curiosité et je n'arrive pas à
01:38me rendormir parce que je remarque en fait ce que j'avais jamais entendu, c'est que ce chant en
01:43effet, le merle il disait une phrase et il terminait la phrase avec des notes nouvelles par rapport à la
01:49précédente.
01:50La voix de la philosophe Vinciane Després, invitée de France Culture, c'était en avril dernier.
01:55Et oui, le chant d'un merle est parfois un enchantement.
01:58Ce n'est pas le seul son de la terre à nous envoûter, à nous apaiser aussi.
02:00Nous allons tenter de vous le prouver avec nos deux invités.
02:02Bonjour Jérôme Sueur.
02:03Bonjour Eva.
02:04Professeur au Muséum d'Histoire Naturelle, vous êtes spécialisé dans l'éco-acoustique.
02:08Les auditeurs et auditrices fidèles de La Terre au Carré sur France Inter vous connaissent bien, notamment grâce à vos
02:13anciennes chroniques, Le Son de la Terre, chronique à retrouver dans un livre éponyme paru chez Actes Sud.
02:17Vous êtes aussi l'auteur de Histoire Naturelle du silence et votre dernier ouvrage s'intitule Frontières vivantes de la
02:23porosité du monde, des cellules aux écosystèmes.
02:26Et c'est toujours chez Actes Sud.
02:27Et avec nous également, Mélia Roger.
02:29Bonjour Mélia.
02:30Bonjour Eva.
02:30Vous êtes ingénieure du son et artiste éco-acousticienne.
02:33Vous vous préparez actuellement une œuvre, une installation sonore que nous pourrons découvrir dans quelques jours, courant du mois de
02:39septembre.
02:40Vous allez nous raconter ça, comment est né ce travail poétique et engagé également.
02:45Et puis dans quelques minutes, nous rejoindra notre artiste résident de la semaine, Michael Hirsch, parle de la joie dans
02:51son sol en scène.
02:52Mais est-ce que les sons de La Terre participent à sa joie ? On va le savoir dans quelques
02:55instants.
02:56Avant de partir dans une balade sonore grâce au son que vous collectez, Jérôme Sueur et Mélia Roger, petite question
03:01personnelle.
03:02Quel est le son de votre enfance ? Celui qui participe en quelque sorte à votre biographie sonore, Mélia Roger
03:08?
03:08Alors si je devais vraiment me replonger dans des souvenirs d'enfance, on est en Ardèche.
03:14Il y a à la fois des sons d'intérieur et des sons d'extérieur.
03:17Les sons d'intérieur, ce serait le coucou de chez mes grands-parents qui sonnaient évidemment toutes les heures,
03:25mais qui avaient une espèce de polyrythmie avec différentes horloges et qui créaient comme ça une espèce de rythme.
03:31Et puis c'était aussi le son des orthoptères, le son des insectes dans les champs autour d'une maison
03:38dans laquelle j'ai passé beaucoup de son.
03:38Vous étiez déjà sensible à ces sons-là quand vous étiez enfant ?
03:41Ouais, en fait j'adorais dormir dans le jardin.
03:44C'était vraiment ce que je demandais le plus souvent à mes parents de sortir un transat et de dormir
03:49dehors,
03:50des fois toute seule, des fois avec mes parents.
03:52Et j'étais contente.
03:54Et c'était beau.
03:54Et c'était beau aussi à l'oreille, j'imagine.
03:57Jérôme Sueur, le son de votre enfance ?
03:59Très loin finalement, c'est le son d'une maison de campagne en Touraine.
04:03Un son d'intérieur mais venant de l'extérieur, le son de la mouche, des premières mouches du printemps, de
04:09l'été,
04:09et qui signifiait justement cette période qui à l'époque était la période bénie pour profiter du dehors et des
04:17sons du dehors.
04:18Donc voilà la première mouche de l'année.
04:20Je sens que je vais vous agacer, mais c'était un son ou c'était un bruit ?
04:23Ah non, c'était un son.
04:24Et quelle différence vous faites avec un bruit ?
04:25Le son me fait du bien, le bruit me fait du mal.
04:27Donc le son de la mouche vous fait du bien.
04:29Mais oui, absolument.
04:31Vous êtes arrivés d'ailleurs tous les deux dans ce studio avec une collection de sons que nous allons découvrir.
04:42Vous écoutez bien grand bien vos faces.
04:44Jérôme Sueur, où sommes-nous en fait, en réalité ?
04:46On n'est pas très loin de la maison de la radio, on est vers Fontainebleau.
04:49Ah oui, d'accord. Non, c'est quand même à une cinquantaine de kilomètres.
04:51Oui, mais bon, on n'est pas à l'autre bout de la France.
04:53Et on entend quoi exactement ?
04:55On entend très certainement des sangliers qui sont en train de fourrager, de chercher à manger.
04:59En dessous probablement d'un magnétophone, ce n'est pas probablement, c'est même certainement.
05:04En dessous d'un magnétophone que l'on a installé dans la forêt de Fontainebleau,
05:09qui enregistre automatiquement, qui enregistre tout le temps,
05:13enfin une minute tous les quarts d'heure régulièrement, 24 heures sur 24, un jour sur deux en revanche.
05:18Et donc, surpris, certainement, ces sangliers qui passent en tous.
05:22C'est peu commun quand même.
05:23C'est peu commun et on est vraiment dans la forêt, rien qu'avec ce son.
05:26On est avec eux, exactement.
05:28Nous écoutons La Terre ce matin, grâce à vous, Jérôme Sueur, et grâce à vous, Mélia Roger.
05:32Avant de comprendre l'intérêt de ce travail acoustique que vous menez tous les deux,
05:36j'aimerais que l'on donne la parole à Sandy qui vient de nous appeler.
05:38Bonjour Sandy.
05:41Ah, elle ne répond pas.
05:50Elle a oublié.
05:59Elle est là ? Ah bon.
06:04C'est OK ? Bonjour Sandy.
06:06Bonjour Eva.
06:07Attends, je te le refais pour que ça soit propre quand même.
06:10D'accord, mais comme je n'ai pas eu le début, je ne sais pas comment j'en viens.
06:13Ne t'inquiète pas, c'est exactement ce qu'on s'est dit hier, d'accord ?
06:16OK.
06:17Bonjour Sandy.
06:18Bonjour Eva.
06:19Vous nous appelez de Paris.
06:21Quand on évoque cette expression, les sons de la terre, vous pensez à quoi ?
06:26Spontanément, j'aimerais vous parler du bruit du vent dans les arbres,
06:31qui est toujours différent et qui parfois me fait penser au bruit de la mer.
06:34Je ne sais pas pourquoi, mais voilà ce que ça m'évoque.
06:37Et aussi le chant des oiseaux le matin.
06:39Enfin, je dis le chant et parfois ils sont très très bruyants,
06:42parce que j'ai la chance de me réveiller à la campagne le week-end
06:45et je dois dire que la nature, je la ressens plus à la campagne
06:49de fait qu'en ville à Paris.
06:51Et est-ce que la mer est une source aussi de son que vous aimez ?
06:55De son et d'apaisement, il m'arrive d'enregistrer le bruit des vagues
06:58quand je vais au bord de la mer.
06:59Et qu'est-ce que vous faites de cet enregistrement ?
07:01Vous le réécoutez quand vous avez un coup de blouse ?
07:03Un coup de blouse, pas forcément.
07:05Besoin de calme, en tout cas, je trouve ça apaisant.
07:08Et est-ce que cette sensibilité que vous avez au son,
07:10vous l'avez toujours eue ?
07:11Ou vous avez l'impression que ça change un peu ?
07:14J'ai l'impression que c'est surtout un besoin que je ressens.
07:17Enfin, plus ce besoin en vieillissant.
07:19Je n'avais pas du tout conscience,
07:22il y a quelques années, de la nature,
07:24du besoin de la nature.
07:25Au contraire, je recherchais peut-être plutôt la ville et ses bruits.
07:28Et en vieillissant, je prends conscience de mon environnement,
07:33de sa fragilité.
07:34Et j'ai besoin de ce calme et de ses bruits
07:37et beaucoup plus de la nature qu'auparavant.
07:40Merci beaucoup, Sandy, de nous avoir appelés
07:42parce que je pense que ça va susciter des réactions dans le studio,
07:45ce que vous venez de dire.
07:46Mais il y a Roger, est-ce que votre audition a changé au fil des années ?
07:49Est-ce que vous vous entendez différemment ?
07:51Oui, bien sûr.
07:53Oui, moi, j'ai vraiment grandi avec une oreille au départ musicienne.
07:56J'entendais la justesse des notes,
07:58j'entendais une qualité d'interprétation.
08:00Parce que c'était votre formation, pardon, initiale.
08:01C'était ma formation initiale.
08:03Et puis ensuite, je me suis vraiment intéressée au son.
08:05Puis j'ai étudié le métier d'ingénieur du son.
08:09Et donc là, j'ai commencé à entendre la largeur stéréophonique.
08:12J'ai commencé à entendre la qualité de différents microphones.
08:15Et puis, force de passer du temps dehors,
08:17j'ai commencé à avoir une oreille qui s'est développée
08:22à la reconnaissance du chant des oiseaux.
08:25Et donc là, c'était encore une autre couche
08:27qui venait s'ajouter aux deux précédentes.
08:30Et aujourd'hui, j'adore osciller entre ces différentes manières d'écouter.
08:34Jérôme Sueur, on vient de l'entendre avec Sandy.
08:36Les sons sont générateurs d'émotions.
08:38Et pourtant, on est quand même dans une société
08:41où l'ouïe n'est pas le sens le plus valorisé,
08:43pour le dire poliment.
08:44On a souvent tendance à parler de la vue.
08:47Tout semble être focalisé sur la vue.
08:50On est à nos yeux, sur les écrans.
08:53Et on aurait pu d'ailleurs appeler cette émission Éloge de Louis.
08:55Je pense que ça aurait sur les marchés aussi.
08:57Ça aurait été très bien.
08:58Essayer de rétablir un petit peu l'ouïe
09:00dans l'équilibre de nos sens.
09:02Mais c'est vrai que nous sommes des animaux
09:04vraiment physiologiquement plus tournés vers la vue
09:07que vers l'audition.
09:08On a des aires cérébrales qui sont plus développées
09:11pour la vue que pour l'audition.
09:13Et en effet, nos communications,
09:15quand même, à part la radio, à part les audios maintenant,
09:18sur les applis,
09:19mais quand même fonctionnent énormément par la vue
09:22et l'audition passe en second plan.
09:24Alors qu'on a énormément d'informations
09:27sur ce qui nous arrive,
09:29sur l'environnement immédiat ou lointain,
09:31sur les réactions immédiates
09:35ou plutôt sur le long terme aussi.
09:37Et puis le son nous provoque des émotions
09:39qui peuvent être très fortes,
09:40des émotions négatives ou positives.
09:43Là, on a parlé évidemment des émotions positives
09:44que font le son du vent dans des arbres.
09:48D'ailleurs, moi, j'aurais pu parler du son des peupliers,
09:50du son du vent dans les peupliers.
09:51C'est beau, le son du vent dans un peuplier.
09:54Bien sûr.
09:54C'est magnifique.
09:55Et là, le son n'existe que par le végétal.
09:59Sinon, il n'existe pas.
10:00C'est l'arbre ou le buisson qui va révéler le vent,
10:04qui va révéler sa structure, sa puissance.
10:06Évidemment que le son sera différent
10:08si le vent traverse une peupleraie
10:10ou des épicéas
10:12ou un bord de mer.
10:15Ça va être complètement différent.
10:16Et c'est ça aussi qui est amusant.
10:17À comprendre, à décortiquer
10:19et à analyser d'une certaine manière.
10:22En préparant l'émission avec Jessica Bagic,
10:24j'ai découvert, grâce à vous, Jérôme Sueur,
10:26que les bienfaits de ces sons sont tels
10:29que vous avez des collègues
10:30qui travaillent sur l'adaptation
10:31de l'appareillage auditif.
10:33Oui.
10:34Vous pouvez nous expliquer ça ?
10:35Parce que je pense que ça va faire écho,
10:37en l'occurrence,
10:38chez beaucoup de nos auditeurs et auditrices.
10:40On sait déjà que les sons de nature
10:42et notamment de l'eau qui coule,
10:43comme le ressac de la mer,
10:45nous fait du bien.
10:46Ça, en fait,
10:46ça nous permet de nous relaxer
10:48parce que les stimuli qu'on reçoit
10:50sont beaucoup moins intenses,
10:51beaucoup moins nombreux
10:52que les stimuli qu'on peut avoir
10:53au milieu d'une ville.
10:55Et donc, on se retrouve
10:56dans un état d'attention
10:57qui est beaucoup plus lâche
10:59et qui va nous faire vraiment du bien.
11:00ça va faire baisser la pression artérielle,
11:03ça va faire baisser le rythme cardiaque.
11:07Et donc, ces sons sont importants.
11:08Or, pour malheureusement
11:10les personnes malentendantes,
11:11l'appareillage qu'on leur propose
11:13ne prend pas en compte ce son.
11:14L'appareillage a été complètement pensé
11:16pour la voix humaine,
11:18peut-être un peu pour la musique
11:19et encore.
11:19Pour entendre autrui, en fait.
11:21Pour entendre,
11:22mais pas forcément.
11:23Pour communiquer.
11:23Pour communiquer.
11:24Ce qui est évidemment extrêmement important.
11:25Mais donc, j'ai un collègue,
11:27Christian Lorenzi,
11:27à l'école normale supérieure à Paris,
11:29qui travaille sur cette dimension,
11:31savoir, mais attendez,
11:32il n'y a pas que la parole,
11:34il y a aussi notre environnement.
11:35Et quand on restitue
11:36le chant des oiseaux
11:37des personnes qui ne les entendent plus,
11:38vous avez leur visage
11:40qui s'illumine.
11:41Oui, mais on comprend pourquoi,
11:42en fait, tout d'un coup,
11:43vous avez toutes ces dimensions.
11:44Vous ouvrez votre horizon.
11:46C'est ça, exactement.
11:46Vous ouvrez votre horizon sonore.
11:48Ce n'est pas que la parole.
11:49Ce n'est pas que la communication.
11:50C'est ce qu'il y a autour.
11:51Et comme en plus,
11:52ces sons, notamment
11:52le chant des oiseaux,
11:53nous font du bien,
11:54vous donnez du positif.
11:56Mais il y a Roger,
11:56vous venez de nous parler
11:57de votre formation musicale.
12:00Initialement,
12:00vous êtes passée aussi
12:01par le cinéma,
12:02les sons au cinéma.
12:04Et puis, donc,
12:04arrive votre travail dans la nature
12:06et puis votre travail d'artiste aussi.
12:09Comment vous êtes passée
12:10d'un plateau de tournage
12:11à la forêt ?
12:12Quel a été le déclic, en fait ?
12:13Alors moi,
12:14je n'ai jamais fait
12:15de plateau de tournage.
12:16Vraiment,
12:16j'étais plutôt
12:18en post-production.
12:19Et en fait,
12:19pour monter des sons
12:20dans des films,
12:21on a besoin
12:22de matière sonore.
12:23Et un de mes premiers travails,
12:25c'était d'enregistrer
12:26les matières sonores,
12:27ce qu'on appelle
12:27des sonothèques.
12:29Et à vrai dire,
12:31la première vraie sonothèque
12:32que j'ai réalisée
12:33de A à Z,
12:34c'était une sonothèque
12:34d'interrupteur.
12:35Donc là,
12:36il faut m'imaginer
12:37à 22 ans,
12:38premier travail,
12:39j'étais à Cologne
12:40à ce moment-là.
12:41J'ai comme on dit.
12:41Jour de nuit, voilà.
12:43Et je me suis dit,
12:44mais ma vie
12:44ne peut pas être faite
12:45que de ça,
12:46ce n'est pas possible.
12:47Et en fait,
12:48j'ai commencé
12:49à vouloir enregistrer
12:51évidemment d'autres choses,
12:52à travailler
12:52avec des environnements
12:53sonores immersifs,
12:54avec de la multimicrophonie,
12:56etc.
12:56Donc j'ai commencé
12:57à sortir dehors
12:58avec des microphones,
12:59à vraiment passer du temps
13:01et à y prendre du plaisir.
13:03En fait,
13:03tout simplement,
13:03je me suis rendue compte
13:04que quand j'étais
13:06en extérieur,
13:07en train de marcher
13:07avec mes microphones,
13:09j'étais la plus heureuse
13:10du monde.
13:10et donc j'ai essayé
13:12de m'orienter vraiment
13:13là-dedans,
13:14tout en restant
13:14dans le domaine du cinéma,
13:16en enregistrant ces sons
13:17qui allaient être peut-être
13:18utilisés par d'autres personnes,
13:19aussi utilisés par moi-même
13:21dans des montages sons
13:22de films.
13:24Et petit à petit,
13:24tout simplement,
13:25j'ai commencé à m'intéresser
13:26à ce que j'enregistrais.
13:27Oui,
13:28c'est ce que j'allais vous dire
13:28parce qu'il y a un réel enjeu
13:29pour vous
13:30de conserver
13:32ces paysages sonores.
13:33Ce n'est pas simplement
13:34de l'amusement
13:35ou du plaisir.
13:36Il y a un réel engagement
13:37derrière votre action.
13:39Oui,
13:40en fait,
13:41disons qu'un des chocs
13:43artistiques que j'ai eu
13:43dans ma vie,
13:44c'était en allant
13:45à la Fondation Cartier,
13:46en découvrant le travail
13:47de Bernie Krause
13:48en 2016,
13:49le Grand Orchestre
13:50des Animaux.
13:51Et en fait,
13:52j'étais complètement subjuguée
13:53par la beauté
13:54des environnements sonores
13:55qui nous étaient proposés
13:56dans cette exposition.
13:57En même temps,
13:58je trouvais ça fou
13:58de me retrouver
13:59dans une espèce de cave,
14:01un sous-sol à Paris
14:02et de prendre conscience
14:03de la beauté
14:04de ces paysages sonores.
14:05Il y avait quelque chose
14:05de vraiment dystopique.
14:07Et je me suis rendue compte
14:08en effet que ces paysages
14:09sonores disparaissaient.
14:10On parlait des paysages sonores
14:12de notre enfance
14:13juste avant.
14:14Et en retournant
14:15dans ces lieux,
14:16je me rendais compte aussi
14:16que du peu de temps
14:18que j'avais vécu,
14:19j'entendais déjà
14:19une différence.
14:20Et donc,
14:21j'ai vraiment voulu
14:21porter mes compétences
14:23à une manière
14:24de sensibiliser
14:25en tout cas le public,
14:26à créer des espaces
14:28dédiés à l'écoute
14:29qui allaient être
14:30peut-être à la frontière
14:32entre le cinéma,
14:33la radio,
14:34l'art,
14:35le milieu de l'art contemporain,
14:36etc.
14:36Mais l'idée,
14:37c'était de partager
14:38ses écoutes.
14:39L'idée,
14:40ce n'est pas être seulement
14:40dans une forme de contemplation,
14:42mais bien sûr,
14:42de développer aussi
14:43une posture critique.
14:44Oui,
14:44parce que c'est ce que
14:45j'allais vous demander.
14:46Cette attention
14:46qu'on porte au son
14:47et que vous,
14:48vous prenez
14:48peut nous amener
14:49à un mieux-être.
14:51Ça,
14:51on l'a bien compris.
14:52Mais c'est aussi
14:52une façon de peut-être
14:54mieux respecter
14:54notre environnement
14:55parce qu'on comprend mieux
14:56aussi l'évolution
14:58de nos paysages
14:58et l'évolution
14:59de la nature.
15:00Jérôme Sueur.
15:01Oui,
15:01c'est notre manière
15:03d'écouter
15:03et d'enregistrer,
15:04c'est pour avoir
15:05des informations scientifiques.
15:06Donc,
15:07ce n'est pas exactement
15:07la même approche
15:08que Méliane,
15:09même si on se croise
15:10et que c'est ça
15:10qui est intéressant.
15:10Et que vous échangez
15:11des données,
15:12d'ailleurs.
15:12C'est ça qui est intéressant,
15:13c'est qu'on va pouvoir
15:14croiser science et art.
15:16Et donc,
15:16nous,
15:16on enregistre
15:17pour avoir
15:19des témoignages
15:20d'un état,
15:21d'un environnement
15:23naturel.
15:23C'est vrai que souvent,
15:24moi,
15:24je sors plutôt des villes.
15:25On se concentre
15:26essentiellement
15:27sur les forêts.
15:27Donc,
15:28il n'y a pas
15:28d'enregistrement
15:29avec une recherche
15:32esthétique.
15:32On va disposer
15:34des magnétophones
15:35automatiques
15:35à des endroits clés
15:36que l'on réfléchit
15:37à un endroit
15:38vraiment précis
15:39et sur un temps précis
15:40qui va nous renseigner
15:42sur la biodiversité.
15:45Une part de la biodiversité,
15:46bien sûr,
15:46qui est présente,
15:47les oiseaux,
15:47les amphibiens,
15:48les insectes
15:49ou certains mammifères
15:50comme le sanglier
15:51tout à l'heure.
15:51Donc,
15:51c'est pour acquérir
15:52des connaissances
15:53vraiment sur
15:54les milieux naturels.
15:55On peut faire
15:56un petit test
15:56avec des sons
15:57que vous nous avez
15:58apportés.
15:59non,
15:59mais pour expliquer
16:00tout ça,
16:02voilà,
16:02ça,
16:02on entend,
16:03vous avez fait,
16:04c'est une captation sonore
16:06près d'un étang,
16:07si je me souviens bien.
16:08Une forêt proche
16:09d'un étang
16:09dans l'est de la France.
16:11On est bien.
16:13On sent qu'il fait beau.
16:15C'est très agréable.
16:16Il y a le coucou.
16:17Et alors,
16:18ce même espace,
16:21un autre jour,
16:22une autre heure.
16:23Qu'est-ce que c'est
16:24que ce bruit de fond
16:24qu'on entend ?
16:25C'est un avion.
16:26C'est assez commun.
16:28C'est-à-dire qu'on est
16:29survolé en permanence
16:30par des avions.
16:31Mais c'est fou
16:32comme ça nous explose
16:33aux oreilles en fait
16:33en faisant la différence
16:35avec les sons.
16:35Vous voyez que là,
16:36l'émotion,
16:36on peut passer
16:37d'une émotion
16:37très positive
16:38à une émotion
16:39plutôt négative
16:40parce que ce son,
16:42ce bruit plutôt
16:42va vraiment nous déranger,
16:44va perturber
16:44l'expérience nature
16:46que l'on a
16:46à ce moment-là.
16:48Et là,
16:48tout est un peu cassé.
16:50Ce moment de bien-être
16:52va devenir
16:53un peu
16:53un moment de stress.
16:55On ne contrôle pas ça.
16:57Oui,
16:57mais est-ce qu'il existe
16:58des endroits sur Terre
16:59où la présence humaine
17:00ne se fait pas entendre ?
17:02Certainement,
17:03ça n'a pas été catalogué.
17:04Il y a des endroits
17:05qui sont évidemment
17:06moins sous pression humaine
17:08parce qu'il y a
17:08moins d'humains
17:09tout simplement,
17:10moins à habiter.
17:11Mais les avions,
17:12vous pouvez être
17:13dans le désert
17:13et être survolé
17:14par un avion.
17:14Donc,
17:15il faut regarder
17:15les couloirs aériens.
17:16Maintenant,
17:17on peut le faire
17:17et éviter ces couloirs aériens
17:19si vous voulez
17:19être dans des conditions
17:20acoustiques.
17:21Ça veut dire
17:21que le travail
17:22de captation de son
17:23que vous faites
17:23vous permet aussi
17:24de mesurer
17:26l'évolution
17:26de ces paysages au nord
17:27et notamment
17:28la présence
17:29de l'être humain
17:30sur ces zones-là.
17:31Complètement.
17:32On essaye d'estimer
17:33ce que nous,
17:34on appelle
17:34la pollution sonore,
17:35je pense à juste titre
17:36parce que ça nous fait du mal
17:37et ça fait du mal
17:38aussi aux autres êtres vivants,
17:40les oiseaux
17:40ou d'autres espèces
17:42qui communiquent par le son
17:43ou pas d'ailleurs
17:44et on peut mesurer ça
17:45en enregistrant
17:46de manière automatique.
17:47Justement,
17:48on enregistre
17:49110 forêts
17:49actuellement
17:50dans des zones protégées,
17:54des parcs naturels,
17:55des parcs nationaux,
17:56des réserves
17:57et on s'aperçoit
17:58que dans ces aires protégées,
17:59il y a une intrusion humaine
18:01quand même
18:01alors qu'on pourrait
18:02s'attendre
18:03à être tranquille.
18:03Mais en fait,
18:04non,
18:04vous pouvez être
18:04dans une zone cœur
18:06de parc national
18:06qui est très protégée
18:07et puis vous allez être
18:08justement survolé
18:09par un avion
18:09ou alors il va y avoir
18:10une tronçonnose en vallée
18:11que vous allez entendre
18:13ou une moto qui passe
18:14parce que ça l'amuse
18:15de passer sur le col
18:16qui est très beau.
18:18Mais tout peut être détérioré
18:19en fait par une source
18:20de bruit.
18:21C'est votre projet
18:21Sono Silva ?
18:22C'est notre projet
18:23Sono Silva.
18:23On va en reparler
18:24parce qu'en plus,
18:25vous êtes liée par ce projet
18:26avec Melia Roger.
18:28Dans un instant,
18:29Melia,
18:29vous allez d'ailleurs
18:30nous expliquer
18:30votre travail artistique
18:31en cours.
18:32Lui,
18:33il joue avec les sonorités.
18:34Michael Hirsch
18:35s'apprête à entrer
18:35dans ce studio.
18:37Camille ?
18:38Moi,
18:39j'ai entendu plus
18:39des oiseaux
18:40vers là-bas.
18:42Ça m'a fait du bien
18:43parce que ça m'a
18:44un peu apaisée.
18:46Romane ?
18:46Moi,
18:47avec le bruit de la route,
18:49du vent et des oiseaux,
18:50j'avais l'impression
18:50d'avoir une petite musique
18:52apaisante.
18:53C'est un grand bien
18:54vous fastrer sonore ce matin.
18:55Nous mettons en éveil
18:56notre oui
18:57avec nos deux invités,
18:58le professeur au muséum
18:59d'histoire naturelle
19:00Jérôme Sueur
19:01et l'ingénieur du son
19:01et artiste Melia Roger.
19:03Nous venons d'entendre
19:04des enfants
19:04d'une classe hors les murs.
19:06C'était un reportage
19:07d'Interception
19:07qui a été diffusé
19:08en septembre 2025
19:09et que je vous recommande,
19:10vous pouvez le retrouver
19:11sur la plateforme
19:12Radio France.
19:13A tous les deux,
19:14d'ailleurs,
19:15cette petite question.
19:15Mais qu'est-ce que vous pensez
19:16de ce genre d'expérience,
19:18Melia Roger,
19:18de ces classes hors les murs
19:20où les enfants
19:21apprennent au milieu
19:23de la forêt ?
19:23Je pense que
19:24c'est la meilleure école.
19:26Évidemment,
19:27j'aurais adoré
19:27aller à l'école
19:28comme ça
19:29et ouvrir mes oreilles
19:30dès le plus jeune âge.
19:31Oui,
19:31Jérôme Sueur.
19:32Je fais ces expériences
19:33de temps en temps
19:34avec des collégiens,
19:34avec des lycéens
19:35où on les emmène dehors,
19:37on leur demande,
19:39on les guide
19:40pour écouter
19:41et ça fonctionne
19:42plutôt bien.
19:43ce n'est pas si dur
19:44que ça.
19:45Vous travaillez
19:46sur ces paysages sonores
19:47depuis plus d'une douzaine
19:48d'années à peu près,
19:48Jérôme Sueur ?
19:49Oui,
19:50quelque chose comme ça.
19:51Vous avez collecté
19:53et vous continuez
19:53à collecter des milliers
19:54de sons qui,
19:55depuis 2024,
19:56vous en parliez
19:56juste avant le disque
19:58que nous venons d'entendre,
19:59viennent enrichir
20:00un projet baptisé
20:01Sono Silva,
20:02ce sont des sons captés
20:03dans la forêt.
20:05Mais Melia Roger,
20:05vous connaissez très bien
20:06ce travail
20:07parce qu'il vient nourrir
20:08l'oeuvre
20:09qui est en cours
20:11de réalisation ?
20:12Oui,
20:13alors,
20:13en partie,
20:14il faut que vous nous racontiez
20:16à quoi ressemble
20:16cette oeuvre d'art.
20:17Ok,
20:18alors c'est parti,
20:19il faut imaginer
20:21un escargot géant,
20:22en tout cas,
20:23une coquille d'escargot
20:24de bulim tronqué,
20:25exactement,
20:25on dirait
20:26un peu un coquillage
20:27et c'est une coquille
20:29que j'ai trouvée
20:30dans les forêts,
20:31dans les corbières,
20:33en fait,
20:33dans le département
20:34de l'Aude
20:34qui a donc malheureusement
20:38souffert des incendies
20:39à l'été 2025,
20:40c'est 16 000 hectares
20:41qui sont partis
20:43en fumée
20:43en 24 heures
20:44donc c'est énorme
20:45et moi,
20:46dans le travail
20:47que je réalise
20:49avec ma thèse,
20:51etc.,
20:51je voulais vraiment
20:52m'intéresser à
20:52mais en fait,
20:53qu'est-ce qu'on peut écouter
20:54après des incendies ?
20:55Donc j'ai passé
20:55beaucoup de temps
20:56dans ces forêts
20:57tout simplement
20:58à errer,
20:59à rencontrer des gens,
21:01à rencontrer des sons,
21:02à essayer d'activer
21:03des matières,
21:04à tout simplement
21:05tendre l'oreille
21:06à ce qui demeure,
21:07donc ça s'est fait
21:08sur plusieurs saisons
21:10et justement,
21:12j'ai essayé
21:12d'adopter
21:14cette posture
21:15d'écoute
21:15en quelque sorte
21:17avec une longue durée
21:18et en discutant
21:19avec Jérôme,
21:21j'ai appris
21:21qu'il y avait
21:21des enregistreurs
21:22de Sonosilva
21:23qui étaient
21:24dans le parc
21:26naturel régional
21:27des Corbières
21:28et donc j'ai voulu
21:30écouter
21:31à travers
21:32ces enregistreurs
21:32automatiques
21:33et venir confronter
21:34ces données sonores
21:36qui finalement
21:36sont peu écoutées
21:37dans les recherches
21:39parce qu'on parle
21:39de centaines
21:40de milliers
21:40de fichiers
21:41et moi j'ai voulu
21:42passer du temps
21:43à les écouter
21:44et voir comment
21:44je pouvais les intégrer
21:45dans cette sculpture
21:46donc je reviens
21:47sur cette forme
21:49d'escargot
21:50en fait j'ai
21:52comme écrit
21:53les sons
21:54à l'intérieur
21:54de cette sculpture
21:55donc en fait
21:56il faut imaginer
21:56plein de petites pastilles
21:58qui ressemblent
21:58un peu à des gommettes
21:59qui sont des petits
22:00champs magnétiques
22:01que je suis venue coller
22:03sur une sculpture
22:04imprimée en 3D
22:05elle fait à peu près
22:061m60 de long
22:07elle est quand même
22:08assez imposante
22:09l'idée c'est de rencontrer
22:10en fait
22:11cette coquille
22:12et on vient
22:13comme ausculter
22:14cette structure
22:15donc on a
22:16une forme de stéthoscope
22:17qu'on tient dans la main
22:18un petit enregistreur
22:19qu'on a sur le côté
22:20un casque
22:21qui symbolise
22:22voilà tout le dispositif
22:23que moi j'avais
22:23et puis on vient
22:24passer notre main
22:25et découvrir
22:26les sonorités
22:27voilà tous les sons
22:29que j'ai découvert
22:30dans ces lieux là
22:32donc on vient
22:32on vient parcourir
22:34on vient découvrir
22:35en errant
22:37sur la surface
22:38de cette coquille
22:39comme si tous les sons
22:40s'étaient écrits
22:41à l'intérieur
22:42du calcaire
22:43de cette coquille
22:44d'escargot
22:44et donc avec des sons
22:45j'imagine agréables
22:47et des sons peut-être
22:48qui le sont moins
22:48voilà
22:49on n'est pas uniquement
22:50dans cette posture
22:53contemplative
22:53des sons
22:55qu'on pourrait
22:57attendre
22:58après un incendie
22:58évidemment
23:00j'ai porté attention
23:01à toutes les espèces
23:02qui venaient recoloniser
23:03cet espace
23:04il y a des sons
23:05dans les sols
23:05il y a des fourmis
23:06il y a des cours d'eau
23:07il y a des écorces
23:08j'ai aussi activé
23:09certaines matières
23:12je me suis enregistrée
23:13tout simplement
23:14moi-même
23:15en train de respirer
23:16dans ces lieux
23:16en train de marcher
23:17en train de me perdre
23:19en train de me dire
23:20mais finalement
23:20qu'est-ce qui reste
23:21à écouter
23:22donc c'est un mélange
23:23de tous ces sons
23:24il y a beaucoup
23:24d'hélicoptères
23:25il y a beaucoup
23:25de routes
23:26c'est un mélange
23:27c'est un mélange
23:28de tout
23:28et on est un peu
23:29on est un peu perdu
23:29et vous en avez
23:31apporté quelques-uns
23:32on va les écouter
23:33dans un instant
23:34mais d'abord
23:35lui vous savez
23:36il fait un peu
23:36danser les mots
23:37et les sonorités aussi
23:38il est l'heure
23:39de la carte branlange
23:40de Michael Hirsch
23:45bonjour Mickaël
23:46bonjour Eva
23:47alors vous Mickaël
23:49que vous inspirent
23:50les sons de la terre
23:50tout simplement
23:51l'homo sapiens
23:53bien que doté
23:54d'un système
23:55cognitif sophistiqué
23:57l'homo sapiens
23:58présente un trait
23:59comportemental singulier
24:00une hyperactivité
24:02vocale constante
24:03largement déconnectée
24:05de toute nécessité
24:06vitale immédiate
24:07en résumé
24:08l'être humain
24:08parle souvent
24:09pour ne rien dire
24:10et cette chronique
24:11est là pour l'illustrer
24:12voilà donc
24:1430 minutes
24:15qu'on glorifie
24:16les sons de la nature
24:17en regrettant
24:18ce trop envahissant
24:19des êtres humains
24:20il me paraissait donc
24:21indispensable
24:22de prendre la parole
24:23parce que c'est quand même
24:25plaisant
24:25de s'exprimer
24:26de discourir
24:28de papoter
24:28et c'est vrai
24:29pourquoi d'ailleurs
24:30pourquoi
24:31on aime tant parler
24:33et bien certains anthropologues
24:35avancent une explication
24:36fascinante
24:37en parlant
24:37on pratiquerait
24:39le toilettage vocal
24:40chez les primates
24:42ah ah ah ah ah
24:44ah vous le faites trop bien
24:45merci
24:46nos lointains ancêtres
24:48ce qui permet de créer
24:49et de maintenir
24:50des liens sociaux
24:51c'est le toilettage physique
24:53l'épouillage
24:54seulement
24:54ça ne peut se faire
24:56qu'à deux
24:56et ça prend du temps
24:58je parle de toilettage
25:00Eva
25:00on reste concentré
25:01je suis concentré
25:02si bien que lorsque
25:03les groupes humains
25:04se sont agrandis
25:05le langage serait devenu
25:07un toilettage alternatif
25:08qui permet de toucher
25:09instantanément
25:10plusieurs personnes
25:11à la fois
25:12c'est fascinant
25:12là ce que je fais
25:14à ce micro
25:14en fait
25:15c'est de vous poser
25:16cette question
25:17vibrante et vertigineuse
25:18chers auditeurs
25:20chers invités
25:21chère Eva
25:22voulez-vous m'épouiller
25:25bon seulement
25:26on sent bien
25:26que ce bavardage
25:27a pris des proportions
25:28démesurées
25:28et on le sait tous
25:29bah oui
25:30puisqu'on en vient
25:31à écouter nos vocaux
25:32whatsapp
25:33en fois deux
25:34il ne viendrait jamais
25:35à l'idée
25:36de nos invités
25:37d'écouter le chant
25:38du rouge queue
25:39à front blanc
25:39en fois deux
25:40quand je dis
25:41rouge queue
25:42à front blanc
25:42c'est un oiseau
25:43pas un collègue
25:44Eva
25:44on reste concentré
25:45je suis toujours concentré
25:46et puis
25:47à ce bavardage
25:48incessant
25:48vient s'ajouter
25:49notre peur du silence
25:50notre besoin constant
25:51de stimulation
25:52résultat
25:53l'homo sapiens
25:54gigote
25:55papote
25:56radote
25:57bref
25:57l'homo sapiens
25:59est trop bruyant
26:00il y a quelques années
26:01j'ai eu la chance
26:02de gravir le stromboli
26:03ce volcan italien
26:04toujours en activité
26:05et pendant l'ascension
26:06évidemment
26:07nous bavardions
26:08jusqu'au moment
26:09où c'est le volcan
26:10qui nous a parlé
26:14et comme ça
26:16toutes les 20 minutes
26:20et alors
26:21nous nous sommes
26:23tous
26:23tu
26:27et bien
26:28ce mélange
26:28de peur
26:29d'admiration
26:29de respect
26:30d'euphorie
26:31d'émerveillement
26:31et de surprise
26:32c'est ce qui s'appelle
26:33le
26:35Awe effect
26:36A-W-E
26:37qu'on traduit
26:38en français
26:39par le sentiment
26:39du sublime
26:40c'est ce qu'on peut ressentir
26:41devant certains sons
26:42de la nature
26:43qui souvent parviennent
26:43à subjuguer
26:44l'être humain
26:45au point de le faire taire
26:46alors imaginons
26:47un instant
26:48que ce soit ça
26:50qu'on écoute tous
26:51dans les transports
26:52en commun
26:52Oh le rêve
26:53Excusez-moi mademoiselle
26:54vous avez les yeux
26:55qui pétisent
26:56je suis curieux
26:56qu'est-ce que vous écoutez ?
26:59Oasis
27:00c'est un enregistrement
27:01fait à l'oasis
27:02de Huacachina
27:03au Pérou
27:04Awe
27:05et vous
27:06moi
27:07moi j'écoute
27:08pomme
27:09oui c'est le son
27:11de la fructification
27:11d'une granny smith
27:14Awe
27:14là certainement
27:15une dame très chic
27:16nous interromprait
27:17si je peux me permettre
27:19vous devriez écouter
27:20la fouine
27:21c'est tellement doux
27:23tellement mélodieux
27:25les sons de la fouine
27:26et on écouterait tous
27:28comme ça
27:28earth, wind and fire
27:30les beetles
27:32Niagara
27:33les cranberries
27:34alizé
27:36et même
27:37Marc Lavoine
27:38ce serait certainement
27:40le son rauque
27:41et suave
27:41d'un vent caressant
27:42un chant céréalier
27:43Awe
27:46l'homo sapiens
27:47dans un futur proche
27:49peut-être
27:50saura-t-il évoluer
27:51là où les primates
27:53ne s'exprimaient
27:54que par des cris d'alerte
27:55l'homo sapiens
27:56cessera de dominer
27:58l'espace sonore
27:59pour tenter
27:59de s'y fondre
28:00harmonieusement
28:01et c'est ainsi
28:02que cette fascinante
28:03espèce passera
28:04du
28:05Awe
28:06au
28:08Awe
28:08Awe
28:09Awe
28:09Awe
28:11Ah mais merci
28:11Michael
28:12ça va devenir
28:12notre cri
28:13de ralliement
28:13Awe
28:14Awe
28:14Awe
28:14j'adore ça
28:15Jérôme Sueur
28:16vous l'adoptez
28:16au somme
28:17Mickaël
28:18et le son
28:20vous répétez souvent
28:21d'ailleurs Jérôme Sueur
28:23mais ça me fait penser
28:23un peu à ce que vient
28:25de dire Mickaël
28:25et je trouve ça tellement juste
28:27c'est pas grave
28:28de ne pas savoir
28:28quel est l'oiseau
28:29que l'on entend
28:30ou cet autre animal
28:31qu'on perçoit
28:32dans la forêt
28:33par exemple
28:33en fait il faut juste
28:35dans un premier temps
28:36prendre plaisir
28:36oui il faut pas être
28:38contraint par ça
28:39pour essayer de dire
28:40mais moi je reconnais pas
28:41l'oiseau
28:41mais moi je reconnais pas
28:42les oiseaux
28:43enfin c'est pas grave
28:44on peut juste écouter
28:45le son
28:45pour le son
28:46pour ses qualités acoustiques
28:48après peut-être
28:49dans un deuxième temps
28:51on peut essayer
28:51de nommer
28:52parce que c'est bien
28:53de nommer
28:53quand on nomme
28:54on connait
28:55et on va plus s'intéresser
28:57et potentiellement protéger
28:58et en plus maintenant
28:59on a des outils numériques
29:00aussi
29:00qui nous permettent
29:00de mieux connaître
29:02il y a une appli
29:03qui s'appelle
29:03Merlin ou Merline
29:04qui va vous aider
29:06à débroussailler tout ça
29:07moi je l'ai utilisé
29:08encore hier
29:09à dépouiller tout ça
29:10mais voilà
29:10à dépouiller
29:12je voudrais vous lire
29:13un message qu'on vient
29:14de recevoir
29:14un message magnifique
29:15d'Olivia
29:16je vous le lis
29:17j'avais une dizaine d'années
29:18et je traversais
29:19une période très sombre
29:20de septembre à mars
29:21je pleurais tous les matins
29:22pour aller à l'école
29:23et puis un jour de printemps
29:25j'ai entendu les oiseaux chanter
29:26quelque chose s'est reconnecté
29:28en moi
29:29à quelque chose de doux
29:30de beau
29:31que j'avais oublié
29:32je n'ai plus jamais pleuré
29:34sur le chemin d'école
29:35ces chants d'oiseaux
29:36m'ont rappelé à la vie
29:38Melia
29:38qu'est-ce que ça vous inspire ?
29:41c'est génial
29:42que des sons
29:43puissent provoquer
29:45autant d'émotions
29:46ça vous est déjà arrivé ?
29:47que vous ayez
29:48une émotion très forte
29:49avec un son de la nature
29:51en l'occurrence ?
29:51oui bien sûr
29:52alors ça m'est rarement arrivé
29:54avec des enregistrements
29:56mais par contre
29:56en étant sur le terrain
29:57et en les entendant
29:59en live
30:00entre guillemets
30:01oui évidemment
30:02j'ai pu être émerveillée
30:04j'ai pu avoir peur
30:05tout simplement
30:06parce que j'étais seule
30:08dans la nuit
30:08et qu'en fait
30:09quand notre vue
30:11est justement
30:13comme ça
30:13dans l'obscurité
30:14notre oui
30:15est comme décuplée
30:16et donc
30:17chaque petit craquement
30:18de branches
30:19procure une émotion
30:21immense
30:22et donc oui évidemment
30:23vous avez participé
30:23à un documentaire
30:24que j'ai adoré
30:25dont j'ai parlé
30:25sur cette antenne
30:26qui s'appelait
30:27voir l'automne
30:27on vous voyait
30:29avec vos micros
30:30aller capter
30:31de l'eau
30:32mais aussi
30:32le brame du cerf
30:33je sais que ça vous a
30:34énormément marqué
30:35ce son
30:36ah oui bah évidemment
30:37je pense que
30:38c'est une telle puissance
30:39oui c'est un son
30:41si on sait pas ce que c'est
30:42c'est terrifiant
30:43et en même temps
30:45ça fait voilà
30:46ça active les acoustiques
30:47c'est à dire que
30:48c'est vraiment un son
30:49qui fait aussi
30:50entendre la forêt
30:51entendre la manière
30:52dont les arbres
30:53vont réfléchir
30:56ce son très puissant
30:57qui peut se propager
30:58à plusieurs kilomètres
30:59Michael hier
31:00je vous ai pas posé
31:00la question
31:01mais est-ce qu'il y a
31:01un son de l'enfance
31:02qui vous a marqué
31:04oui
31:05en fait à cette période
31:06là de l'année
31:06j'étais scout
31:07étant petit
31:08et donc en fait
31:08j'étais sur un camp scout
31:09moi tous les étés
31:10au mois d'août
31:11au quart du mois d'août
31:12et moi le son
31:13qui vraiment me bouleverse
31:14toujours encore aujourd'hui
31:15c'est le son
31:16du feu de camp
31:17le crépitement
31:19ça vous rappelle tout de suite
31:20vous êtes replongé
31:22dans l'enfance des goûts
31:23prononcer ce mot de crépitement
31:24j'attends juste
31:24le son de la guitare
31:25pour commencer
31:26le veiller chant
31:27mais oui
31:27il y a une interruption
31:28humaine dans votre
31:29paysage sonore
31:30oui mais on jouait ensemble
31:31avec le feu
31:33est-ce que nous avons
31:34encore des sons
31:34à vous faire entendre
31:35et bien évidemment
31:39chers auditeurs
31:40chères auditrices
31:40je dois vous faire
31:41un aveu
31:42enfin je concède
31:43en tout cas
31:43qu'avant ce matin
31:44je ne connaissais pas
31:45personnellement
31:46Mélia Roger
31:46vous êtes d'accord
31:47Mélia
31:47on se connaissait pas
31:48on se connaissait pas
31:49ingénieur du son
31:50et artiste
31:50je ne connaissais pas
31:51Jérôme Sueur
31:52nous sommes d'accord
31:53spécialisé dans
31:54l'éco-acoustique
31:54et pourtant Jérôme
31:55dans votre besace sonore
31:56vous nous avez apporté
31:57ce que nous entendons
31:58actuellement
31:58à savoir le son
31:59de mon enfance
32:01sera pourtant
32:02un mot français favori
32:04à savoir
32:04les stridulations
32:05en l'occurrence
32:06les stridulations
32:06des cigales
32:07mais j'ai une question
32:09parce qu'en fait
32:10quand j'ai entendu ce son
32:11je vous ai imaginé
32:12en train de monter
32:13dans un arbre
32:13avec un micro
32:14à la main
32:15c'est comme ça
32:15que vous travaillez ?
32:16non
32:16alors là c'est un son
32:19qui a été fait
32:19automatiquement encore
32:20avec un autre appareil
32:22automatique
32:22mais j'ai beaucoup
32:23travaillé sur les cigales
32:24en allant les enregistrer
32:26directement sur le terrain
32:27avec beaucoup de temps
32:28d'observation
32:28et les cigales
32:30ne se tridulent pas
32:30elles s'inbalisent
32:32elles s'inbalisent
32:33mais oui
32:34parce qu'elles ne frottent pas
32:35deux parties de leur corps
32:36pour faire ce son
32:37mais vous êtes en train
32:38d'abattre un mythe
32:40dans mon vocabulaire
32:41je suis désolé
32:42mais ça vous fera un mot
32:43en plus dans votre vocabulaire
32:44mais c'est magnifique
32:45s'inbalisent
32:45oui parce qu'elles ont
32:46un appareil sonore
32:47très très particulier
32:48et très puissant
32:49unique dans leur règne animal
32:51qui est comme un petit ballon de rubis
32:53qui est à la base
32:53de leur abdomen
32:54avec des petites baguettes
32:56rigides
32:56et il y a des muscles énormes
32:58qui vont tirer
32:58sur ces petits ballons de rugby
33:00qui vont déformer les baguettes
33:01et ça va faire clic clic clic
33:02et quand ça s'est répété
33:03à haute vitesse
33:04ça fait ce son
33:06et comme ce son
33:07est un petit peu irrégulier
33:08c'est-à-dire que les baguettes
33:09ne font jamais exactement
33:10la même chose
33:10ça donne ce côté bruité
33:12grésillant
33:13Michael Hirsch
33:14et on sait ce que signifie ce son
33:16bien sûr
33:16oui oui
33:17bien sûr
33:18alors c'est un peu toujours
33:19la même histoire
33:19dans le règne animal
33:20c'est le mâle
33:22qui s'invalise
33:23et qui essaye d'attirer
33:24des femelles
33:25qui sont séduites par ce son
33:27et là on a eu
33:28tout un cœur de cigales
33:29et donc l'hypothèse là
33:31c'est que les mâles
33:32sont en compétition
33:33les uns
33:33contre les autres
33:35pour séduire les femelles
33:36et que donc finalement
33:37chacun essaye de parler
33:39de symboliser
33:40au-dessus des autres
33:41comme les humains
33:42parlent beaucoup
33:43pour ne rien dire
33:44surtout quand tu drailles
33:45et bien c'est un peu
33:46la même chose
33:46c'est une sorte de bar
33:48du happy hour
33:49du samedi soir
33:50vous connaissez l'histoire
33:51d'Ella Fitzgerald
33:51en 1963
33:53à Jouan-les-Pins
33:53vous la connaissez
33:54cette histoire
33:55elle commence son concert
33:56et c'est à Jouan-les-Pins
33:57on est en plein mois de juillet
33:58il fait très chaud
33:59c'est Jouan-les-Pins
34:00il y a des pains
34:01évidemment
34:01et les cigales
34:03le son des cigales
34:04commence à être très très fort
34:05mais tellement fort
34:06qu'elle ne fait presque
34:07pas entendre sa voix
34:08elle ne parvient pas
34:10à la faire entendre
34:10et en fait
34:11elle décide de faire
34:12un truc incroyable
34:12qui est resté dans
34:13les annales de l'histoire du jazz
34:14c'est qu'elle a skatté
34:15c'est-à-dire skatté
34:16elle a imité en fait
34:17quelque part
34:18le son des cigales
34:19et s'est improvisé
34:20un dialogue
34:20entre Ella Fitzgerald
34:21et les cigales
34:23c'est ma petite histoire
34:25que j'adore raconter
34:25on a tous des histoires
34:28qu'on a envie de faire
34:29au festival de piano
34:29dans la roque d'Antéron
34:30mais bien sûr
34:31à la roque d'Antéron
34:32ils ont des cigales
34:33mais ils ont aussi
34:34des grenouilles
34:34qui parfois viennent
34:38déranger les pianistes
34:39en l'occurrence
34:40écoutez
34:41en parlant de musique
34:42le pont est tout à fait
34:43trouvé
34:44parce que j'aimerais
34:44qu'on donne la parole
34:45à Thibaut
34:45qui vient de nous appeler
34:46bonjour Thibaut
34:48bonjour
34:48si j'ai bien compris
34:49vous aussi
34:50vous jouez avec
34:50les sons de la terre
34:51et vous en faites
34:51de la musique
34:53oui c'est ça
34:54j'ai fait un album
34:55sur les chants d'oiseaux
34:56qui s'appelle
34:57Birds are also a threat
34:58si je suis bien renseigné
35:00qu'on peut trouver
35:00d'ailleurs sur les plateformes
35:02comment vous avez travaillé
35:03en fait
35:05moi ce disque
35:06il est venu
35:06d'une pièce
35:07que j'avais écrite
35:08pour des performeurs
35:09performeuses
35:09qui utilisaient des appos
35:11donc les petits sifflets
35:12qui imitent les oiseaux
35:13et du coup
35:15c'était pour
35:15un peu chercher
35:16la frontière
35:17entre l'imitation
35:18et la matière musicale
35:19et j'ai imaginé
35:20les oiseaux
35:21devenir musiciens
35:23dans cet album
35:24mais est-ce que vous
35:25vous avez une sensibilité
35:26particulière
35:27au son de la terre
35:29bah oui
35:29c'est quelque chose
35:30qui me fascine
35:32et je trouve que
35:33les sons naturels
35:34au-delà de leur beauté
35:35les mystères
35:35ils sont pleins d'accidents
35:36et je crois que c'est ça
35:37qui m'intéresse aussi
35:38c'est-à-dire que c'est
35:38c'est pas très humain
35:40comme approche
35:41et justement parce que
35:42c'est naturel
35:42et je trouve ça très ludique
35:44d'écouter par exemple
35:45une forêt
35:46de s'imaginer une forêt
35:47comme une partition
35:48là vous parliez des cigales
35:49moi ça me fait beaucoup penser
35:50par exemple
35:51à Kayam
35:51qu'on retrouve à l'île
35:52de la Réunion
35:53enfin c'est
35:54voilà c'est assez fascinant
35:55pour moi
35:55vous nous avez envoyé
35:57un extrait de votre album
35:57on va l'écouter
35:59ça s'appelle chorale for Gigi
36:00je sais pas si je le prononce
36:02correctement Thibaut
36:03c'est très bien
36:04si si c'est très bien
36:12comment vous avez travaillé
36:14ce morceau en fait
36:14qu'est-ce qu'on perçoit ?
36:17bah là on entend clairement
36:19la chouette
36:19c'est la chouette
36:20qui a le thème principal
36:21et après
36:21toutes les petites
36:22toutes les petites percussions
36:24bah par exemple
36:24ça c'est des hirondelles
36:25des bébés hirondelles
36:27qui font des percussions
36:28il y a des battements d'aile
36:29les battements d'aile
36:29ils font aussi
36:30le rôle de percussion
36:32et il y a tout un chorale
36:34qui se développe
36:34avec des samples
36:36de chouettes
36:37c'est magnifique
36:38vraiment je conseille
36:39l'écoute de votre album
36:40parce que moi j'ai découvert ça
36:41c'était la bonne surprise
36:42de cette journée
36:45ça fait du bien
36:46et en même temps
36:46c'est surprenant
36:47c'est joyeux
36:48on peut l'écouter
36:49sur toutes les plateformes
36:50merci infiniment Thibaut
36:51d'avoir été avec nous ce matin
36:52merci à vous
36:54merci beaucoup
36:54très bonne journée
36:55merci
36:55alors pas de musique
36:56mêlée à vos sons
36:57Mélia Roger
36:58ce sont des sons bruts
37:00on va tester un peu
37:02Mickaël Hirsch
37:03vous êtes prêt Mickaël ?
37:04allons-y
37:04vous allez essayer de découvrir
37:06quels sont les animaux
37:07qu'on entend
37:09à travers les sons
37:10de Mélia
37:11franchement
37:11si vous trouvez
37:13qu'est-ce que je peux vous offrir ?
37:14je sais pas
37:15je vais réfléchir en même temps que vous
37:17Jérôme Suard
37:17est-ce que vous voulez jouer
37:19avec nous
37:20vaguement ?
37:20on essaye ?
37:21allez le premier son
37:30on ne triche pas
37:31si on a triché
37:32vous avez triché ?
37:33je ne dis rien
37:34la porte qui grince
37:35la porte qui grince pour Mickaël
37:37et pour Jérôme
37:37les interrupteurs
37:38les interrupteurs de Mélia
37:39il y a des potards qui tournent
37:42Mélia
37:42de quoi il s'agit en fait ?
37:44alors
37:44c'est un son de fourmis
37:46c'est un son de fourmis
37:47c'est enregistré
37:48avec une très grande
37:50c'est ce que j'allais vous demander
37:51c'est une sonde
37:53qui peut se mettre
37:54à la surface du sol
37:57on entend des fourmillements
37:58donc il y a plein
37:59de petites pattes
38:01et le son vraiment
38:01de grincement
38:02il se peut
38:03mais encore une fois
38:04je n'ai pas d'expertise scientifique
38:06je n'ai pas d'expertise scientifique
38:08Jérôme
38:09là elle stridule
38:09là elle stridule
38:11c'est possible
38:12alors sur ce son
38:13exactement je ne sais pas
38:14mais il y a plusieurs espèces
38:15de fourmis qui stridulent
38:16qui vont communiquer
38:17par le son
38:17les fourmis communiquent
38:18énormément par le chimique
38:20par les odeurs
38:20mais certaines communiquent
38:22aussi par le son
38:23par l'acoustique
38:24on peut essayer
38:25avec un autre son
38:26Mélia
38:27que vous nous avez envoyé
38:28en préparant cette émission
38:35Mickaël Hirsch
38:35c'est après vous
38:36vous seriez plutôt dans
38:38c'est un oiseau
38:39il manque des indices
38:41il manque un tout petit peu
38:42des indices
38:42ce serait un oiseau qui vole
38:43peut-être
38:44pas du tout
38:45c'est compliqué
38:46non pas du tout
38:49Mélia ?
38:50alors là c'est
38:51encore une fois
38:52finalement je ne sais pas
38:54parce que c'est un son
38:55enregistré
38:55avec un enregistreur
38:57qu'on a laissé
38:58pendant toute la nuit
38:59mais il se pourrait
39:00vu qu'on entend
39:01des petits cris
39:02au début
39:02que là on n'a pas entendu
39:03dans l'enregistrement
39:03on entend des petits
39:05oui des petits
39:06j'allais dire
39:06des petits pouits
39:07oui des pouits
39:07voilà
39:07en fait
39:08donc les petits cris
39:10qu'on entend au début
39:11ce sont des cris
39:12de loire gris
39:13et ce son
39:15finalement d'une bonnette
39:16c'est un petit loire
39:17il semblerait
39:18qui viendrait
39:18se frotter
39:20à une bonnette
39:21et donc révéler
39:22la présence
39:22du microphone
39:23alors là
39:24on a entendu
39:25il y a des animaux
39:25dans les sons
39:26que vous nous avez envoyés
39:27mais il y a un son
39:28qui est un peu particulier
39:38alors
39:39c'est aquatique ça
39:41non c'est pas aquatique
39:42c'est un peu aquatique
39:43ouais
39:45Mélia
39:45alors ici
39:47j'adore ce son
39:48vraiment je trouve ça
39:49ça fait un peu penser
39:49à de la SMR
39:50oui oui
39:51donc là c'est de la pluie
39:53enregistrée
39:54depuis l'intérieur
39:55de branches
39:56d'arbres
39:57tout simplement
39:57donc on a des micros
39:58contacts
39:58qui sont tout simplement
40:00collés
40:02sur le bois
40:03et puis on entend
40:04la pluie
40:05qui vient
40:06faire de la percussion
40:08sur ces petites branches
40:10sincèrement
40:11si on ne dit pas
40:11que c'est un son
40:12qui a été capté
40:12dans la nature
40:13on a l'impression
40:14que c'est un son
40:14de percussion
40:14réellement
40:15mais tout est percussion
40:17nous sommes bien d'accord
40:19Jérôme Sueur
40:19on parlait des techniques
40:21qu'on utilise aussi
40:22pour capter ces sons
40:23est-ce que les évolutions
40:24technologiques
40:25ont considérablement
40:27transformé votre métier
40:28oui parce qu'elles révèlent
40:29en effet des sons
40:30qu'on n'entend pas forcément
40:31donc on a accès
40:32à de l'inconnu
40:33quelque chose
40:34qu'on ne peut pas percevoir
40:35donc ça va
40:36alors la technique
40:37a beaucoup évolué
40:38on pourrait faire
40:38toute une histoire
40:39mais ça va
40:39de ces capteurs
40:41de contacts
40:42où vous allez pouvoir
40:42entendre à l'intérieur
40:43des végétaux
40:44ça va
40:46en passant par les hydrophones
40:47donc les microphones
40:48qu'on va mettre sous l'eau
40:48c'est quelque chose
40:49qu'on n'entend absolument pas
40:50et puis on va pouvoir
40:51révéler des sons
40:52des baleines
40:52jusqu'à des sons
40:53de petits insectes
40:56dans des mars
40:57et puis évidemment
40:59les micros
41:00tous les capteurs
41:00se sont beaucoup
41:02miniaturisés
41:03c'est hyper facile
41:04maintenant d'enregistrer
41:05prenez juste votre téléphone
41:06et déjà
41:06vous allez commencer
41:07à enregistrer
41:08vous aurez déjà
41:08une expérience
41:09d'enregistrement
41:10c'est pas la peine
41:11d'aller acheter
41:11quelque chose
41:12qui coûte très cher
41:12on peut le faire
41:13très simplement
41:14avec le smartphone
41:14Mélia Roger
41:15j'avais une dernière question
41:16parce que votre attention
41:17évidemment
41:18elle est portée
41:18sur les sons
41:19mais est-ce que
41:20vos autres sens
41:20sont en éveil
41:21quand vous captez vos sons
41:22oui bien sûr
41:24moi je travaille
41:24beaucoup avec le toucher
41:25et c'est vrai que
41:28il y a certains sons
41:29des fois
41:29qu'on est obligé
41:30de révéler
41:30en touchant
41:31moi je fais beaucoup
41:32de performances
41:32où j'ai carrément
41:33des micros
41:34attachés
41:35sur mes doigts
41:36et puis je viens
41:37comme oui
41:38toucher
41:39activer
41:39des matières
41:40donc oui je dirais
41:42le toucher
41:42évidemment les odeurs
41:43et puis tout est
41:44tout actif en même temps
41:45et alors en préparant
41:46l'émission
41:47toujours avec Jessica Bagic
41:48j'ai découvert
41:49une expérience étonnante
41:50faire écouter
41:51des sons de la nature
41:52à la nature
41:53c'était lié
41:54à votre précédente oeuvre
41:56qui s'appelait
41:56Tendre Phonocène
41:57c'est ça ?
41:58de quoi on parle précisément ?
42:00oui alors
42:00c'est un peu particulier
42:01Tendre Phonocène
42:02c'est un projet
42:03d'installation
42:04on est quelque part
42:06dans une fiction
42:06moi je m'étais vraiment
42:08inspirée
42:09d'une étude scientifique
42:11qui
42:11de Bristol c'est ça
42:12d'ingénieur
42:13de chercheurs et chercheuses
42:14de l'université de Bristol
42:15qui parlait en fait
42:16de ce qu'on appelle
42:16de l'enrichissement acoustique
42:17et l'idée c'était en fait
42:18de rejouer des sons
42:20de récifs coralliens
42:21en bonne santé
42:21sur des récifs
42:22en train de blanchir
42:23et en fait
42:23l'étude montrait
42:24que cet enrichissement acoustique
42:26faisait revenir
42:26des populations de poissons
42:28et donc participait
42:29à la restauration
42:30de ces récifs
42:30c'est fou
42:31moi je trouvais ça fou
42:31que le son puisse avoir
42:32ce pouvoir là
42:34et vraiment
42:35je me suis demandé
42:36mais est-ce que moi
42:37dans les forêts
42:38qui entourent
42:40mon chez moi
42:40est-ce que je pourrais imaginer
42:43alors que je suis entourée
42:44de forêts de monoculture
42:45et donc
42:46de couperas
42:46est-ce que je pourrais
42:47imaginer
42:48des sons
42:49qui feraient du bien
42:50et donc
42:51cette installation
42:52elle explore
42:52des gestes poétiques
42:54qui sont des gestes
42:54de fiction
42:55l'idée c'est pas
42:55de faire de la repasse
42:56et de déranger
42:57les espèces
42:58qui sont
42:59encore présentes
43:00dans ces lieux là
43:01mais donc voilà
43:02l'installation
43:02elle rejoue
43:04des sons de forêts
43:05que j'ai enregistrés
43:06qui depuis
43:06ont été coupés
43:07et donc
43:08on rejoue
43:08les sons
43:09comme pour réactiver
43:10les paysages sonores
43:10et imaginer
43:11des gestes
43:12spéculatifs
43:13dans ces lieux là
43:15dans ces coupes rases
43:16Jérôme Sueur
43:17c'est absolument incroyable
43:18ça je trouve
43:19oui oui oui
43:20c'est ce qu'on appelle
43:21l'enrichissement acoustique
43:22qui a été surtout
43:24travaillé
43:25pour les récifs coralliens
43:26voilà
43:27on a révélé
43:29qu'il y avait
43:29énormément de poissons
43:30qui produisaient
43:31des sons
43:32des larves
43:33de poissons
43:34qui étaient attirées
43:34par le bruit
43:35du ressac
43:36qui est spécifique
43:37à la barrière
43:39de corail
43:40donc là il y a encore
43:40tout un monde sonore
43:42que l'on ne connaît pas bien
43:43et que l'on essaye
43:44de décrypter
43:45et en effet
43:45de réutiliser
43:46pour essayer
43:47de lutter contre
43:49cette détérioration
43:49des récifs coralliens
43:53pour poursuivre
43:54cette réflexion
43:55sur les sons de la terre
43:56je vous conseille vivement
43:57un podcast à retrouver
43:58sur l'application
43:59Radio France
43:59il s'agit d'un reportage
44:01diffusé dans l'émission
44:03Interception
44:03c'était en 2023
44:04intitulé
44:05Sons de la nature
44:06quand la planète nous parle
44:07un sujet magnifiquement
44:09traité par Olivier Aymond
44:10avec la participation
44:11notamment
44:12d'un certain Jérôme Sueur
44:13je ne sais pas qui c'est
44:14mais aussi celle
44:15du neurologue
44:16Pierre Lemarquis
44:17le lien vers ce podcast
44:19est à retrouver
44:20sur la page
44:21Grand Bien Vous Fasse
44:22c'est la fin
44:23de notre balade sonore
44:24ce matin
44:25et croyez-moi
44:26je le regrette
44:26parce que j'aurais bien
44:27continué
44:27une balade réalisée
44:29par Mathias Volant
44:30et Guillaume Roux
44:31était à la technique
44:32ce matin
44:32Mélia Roger
44:33on a hâte
44:34de découvrir votre oeuvre
44:35ce sera en septembre
44:36le 11 septembre
44:37si je ne me trompe pas
44:38ce sera à Lefrenois
44:40c'est à côté
44:40vous m'avez dit
44:41de quelle ville de Roubaix
44:42c'est ça ?
44:42C'est un centre d'art contemporain
44:45Lefrenois
44:45oui oui d'ailleurs
44:46où Vinciane Desprez
44:47qu'on écoutait précédemment
44:48était professeur
44:49invité l'année dernière
44:51donc l'exposition
44:52c'est du 11 septembre
44:53au 3 janvier
44:54et puis l'installation
44:55sera aussi visible
44:56à la Biennale
44:57Experimenta
44:58à Grenoble
44:59à partir de février
45:00et vous espérez
45:01la monter également
45:02dans le département
45:02de l'Aude
45:03c'est tout ce qu'on vous souhaite
45:04Jérôme Sueur
45:05je rappelle le titre
45:05de votre dernier ouvrage
45:06paru chez Actes Sud
45:07Frontières vivantes
45:09de la porosité du monde
45:10des cellules
45:11aux écosystèmes
45:12Michael Hirsch
45:13je vous attends ici
45:14demain
45:15même heure
45:16dans quelques heures
45:16d'ailleurs
45:17je précise que
45:18toutes les dates
45:18de votre spectacle
45:19qui a de la joie
45:20sont indiquées
45:20sur le site
45:21de France Inter
45:21et vous serez notamment
45:23de retour au théâtre
45:24de l'œuvre à Paris
45:24ce sera à partir
45:25du 20 octobre
45:27demain
45:28nous allons pleurer
45:29enfin
45:30nous allons tenter
45:31de comprendre
45:31ce qui se cache
45:32derrière nos larmes
Commentaires