00:00Si parmi vous, certains ont du mal à décrypter la campagne présidentielle en cours,
00:03si certains se sentent perdus dans l'offre politique actuelle,
00:06dépassés par les déclarations des uns et des autres,
00:08sachez qu'ils ne trouveront absolument aucun éclaircissement.
00:10Dans la chronique qui suit, bonjour François Rollin.
00:13Bonjour mes bons amis, bonjour mon bon Mathieu.
00:16Donc l'élection présidentielle dont vous parliez à l'instant, c'est bien notre sujet.
00:20Alors, pour l'instant, nous savons où en France.
00:23Nous savons quand, au printemps.
00:26Nous savons comment, au suffrage universel.
00:29Nous savons pourquoi, parce que c'est la loi.
00:31Mais nous ne savons pas encore combien.
00:35Combien seront-ils les femmes et les hommes qui se présenteront à nos suffrages ?
00:39Jusqu'ici, sous la Ve République, on est allé de 6 à 16.
00:446, c'était en 1965.
00:47La première, avec trois costauds, Charles de Gaulle, tout en haut de l'échelle,
00:51François Mitterrand, 15 barreaux plus bas, et Jean Le Canuet, maire de Rouen, souvenez-vous,
00:56qui nous faisait penser, nous les enfants, à une publicité pour le dentifrice émaille diamant.
01:01Et puis, trois seconds couteaux, sauf leur respect.
01:04Pierre Marcilassi, centriste fumeur de pipe qui ne dépassa pas les 2%.
01:09Jean-Louis Tixier-Vignancourt, avocat d'extrême droite et père spirituel de Jean-Marie Le Pen,
01:15avec un gros 5%.
01:17Et enfin, Marcel Barbu, dont nous ne savions pas alors que de Gaulle l'appelait le brave couillon.
01:25Barbu qui dépassa à peine les 1% et qui préfigurait, sans le savoir,
01:29les très nombreux candidats un peu folkloriques et pas du tout crédibles qui suivirent.
01:35Comme le centriste Louis Ducatel et le révolutionnaire Alain Crivine, en 1969.
01:41Comme les fédéralistes concurrents Guy Hérault et Jean-Claude Sebag, en 1974.
01:46Guy Hérault ayant réussi à cette occasion le plus petit score de toutes les présidentielles de la 5ème,
01:52avec 0,08%.
01:54Nous arrivons en 1981 avec l'écolos Brice Lalonde et la dirigeante du PSU Huguette Bouchardot.
02:02En 88, le trotskiste Pierre Boussel, qui lui non plus n'a pas laissé dans les mémoires une trace indélébile.
02:10Mentionnons encore l'ovni Jacques Cheminade, avec ses 0,28% en 1995.
02:16Frédéric Niouz, le chasseur-pêcheur, et Gérard Chivardi, le maire au doigt amateur d'escargots en 2007.
02:23Et puis, la gauche révolutionnaire divisée, Philippe Poutouet et Nathalie Arthaud, en 2012, en 2017 et en 2022.
02:32En voilà deux qui feraient bien de se poser des questions.
02:35Et puis surtout, surtout, l'inénarrable Jean Lassalle, en 2017 et 2022.
02:40Ce géant patibulaire et truculant, définitivement incompréhensible sans les sous-titres.
02:46Et qui nous fera peut-être encore l'an prochain le plaisir de son sublime accent Béarnet, perdu dans les
02:52graves et la digestion des repas trop riches.
02:56Six candidats en 65, donc c'était une promenade de santé.
03:00Mais 16 candidats en 2002, avec une gauche très intelligemment émiettée en neuf morceaux.
03:06Lionel Jospin, Arlette Laguillet, Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère, Olivier Besancenot, Romain Rue, dont vous parliez il y a quelques
03:14instants,
03:15Christiane Taubira, Corinne Lepage et Daniel Gluchstein.
03:18Et au terme de cette pagaille surréaliste, au bout de cette guerre fratricide, une gauche absente du second tour
03:24et laissant pour la toute première fois le champ libre à l'extrême droite de Jean-Marie Le Pen.
03:29Et alors ce coup-ci, on en espère 32 ou même plus, parce que nous, les électeurs taquins, on aime
03:35bien le désordre et les foires d'empoigne.
03:37Nous, les observateurs sadiques et vicieux, on adore les candidats improbables et décalés, comme ceux que je citais plus haut.
03:45Ça pimente le spectacle, ça donne du grain à moudre aux humoristes, ça ambiance la campagne.
03:50Seulement, soyons lucides, ils partiront peut-être 35 par exemple, mais ils finiront bien moins nombreux,
03:55après le double filtre, des primaires et des 500 signatures.
03:59Je ne suis pas un spécialiste, mais je ne pense pas malheureusement qu'on battra le record des 16 concurrentes
04:052002.
04:06Je ne pense pas non plus qu'on aura le plaisir de voir Francis Lalanne se vautrer.
04:11C'est dommage, c'est dommage.
04:13J'aurais adoré, moi l'amateur d'absurde, vivre une fois dans ma vie une présidentielle à 50 candidats,
04:18avec 8 heures quotidiennes de clips de campagne sur les chaînes publiques,
04:22avec 130 soirées de débats contradictoires et la perspective de battre le record de Guy Hérault,
04:29un record maintenant vieux de 53 ans, encore plus vieux que le record du monde du 400 m féminin de
04:34Marie Taccor,
04:34en 85, en 47 secondes 60.
04:37J'aurais adoré voir des candidats plafonner à quelques centaines de voix après avoir cru dur comme fer à leur
04:44chance de victoire
04:45et ricaner cruellement de leur déconfiture.
04:48Ah bah oui, ce n'est pas bien joli, mais je suis comme ça, moi, quand on me propose un
04:52jeu, je joue.
04:54Mais redescendant sur Terre, en vrai, ce n'est pas un jeu.
04:58Ça ne devrait pas être un jeu.
04:59En vrai, c'est sérieux.
05:01En vrai, il ne faut pas rigoler.
05:03En vrai, il faut voter.
05:04Il faudra en choisir un ou une parmi les…
05:07Mais à propos, ils seront combien ?
05:11Merci beaucoup François Rollin, on vous retrouve la semaine prochaine dans ZoomZoom.
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