00:00La Franche Touch du jour, Rebecca Balestra.
00:11Bonjour, Bernadette Lassiette, je suis un service très ancien conçu au XVIIIe siècle,
00:17quasiment intouché, j'ai pris très peu de coups de fourchette, contrairement à Xavier.
00:22J'ai officié aux plus grandes tables, à Fontainebleau, à l'Elysée,
00:25maintenant paraîtrait-il que je suis nocive à cause de mes pigments et mes décors bourrés de métaux lourds.
00:29Mais moi qui ai travaillé à Matignon et à France Inter, laissez-moi vous dire,
00:32vous n'avez aucune idée de ce que signifie le mot toxique.
00:35Quelques arabesques au cobalt et au plomb, où est le mal, tant que c'est joli ?
00:39Aujourd'hui, toutes les assiettes sont grèges, c'est d'un fadasse, il n'y a plus de risque.
00:43Nous, on avait du liseré doré, des motifs floraux, des scénettes coloniales.
00:47On avait du caractère, on n'avait pas peur de se mettre en valeur, et avec nous, l'histoire de
00:51l'art.
00:52Ma sœur Ghislaine, la porcelaine, avait en décor central une reproduction du verrou de Fragonard.
00:57C'était charmant, cette scène galante où une femme essaie de se dégager des bras d'un homme fougueux
01:02qui l'enferme à l'intérieur d'une chambre.
01:04Mais maintenant, non, paraîtrait-il se déplacer de servir du fromage dans l'apologie du viol.
01:09Résultat, elle a fini chez Emmaüs à se faire regarder sous la soucoupe par l'abbé Pierre.
01:13Mais elle en avait vu d'autres à l'époque où elle était de service chez Depardieu et qui saussait
01:16sa blanquette avec sa bite.
01:19De mon temps, oui, il y avait du cadmium dans le porridge, des pesticides dans les carottes,
01:23mais tant qu'on pouvait mettre quelque chose dans l'assiette, on était contents.
01:26Moi, je l'ai connue, la disette, la famine, Maïténa qui nous faut au placard pour aller à Büssinger
01:30payer 10 000 balles pour un bouillon et un laxatif.
01:33Eh bien, quand on se trouve vide et inutile comme Daniel,
01:36je peux vous dire que de porter de jolies couleurs chinoisantes
01:39avec un oiseau fantaisie et un esclave sur sa pagode, ça est guerre aux journées.
01:44C'est autre chose que de manger un curry de cajou au tofu de tapette dans du bambou recyclé.
01:49Et n'allez pas croire que je ne suis pas séïste.
01:51Moi, il y a 50 ans, quand tous ces plats de mulâtre sont arrivés dans nos assiettes,
01:54j'étais surexcité de les voir venir sur moi.
01:56On aurait dit Xavier en soirée pipi.
01:59Jamais.
02:00Mais vous le savez, comparé à notre Roquefort et à notre camembert,
02:03c'est très lésement, ces fromages de métèques.
02:05La ricotta.
02:06Si j'avais envie de goûter un laitage immature, je sucerais Samuel Jansky.
02:12C'est sustanté dans un plat jetable à l'emporter, mais où elle chique, où elle charle.
02:17Ses contenants où l'on se réchauffe des spaghettis bolognaises
02:19qui ont d'éteint sur le plastique et en devenir orange plus haut,
02:21moi c'est bien simple, je les appelle des trumperware.
02:24Oui, j'ai 325 ans, je fais des jeux de mots.
02:26C'est moi qui ai aidé Maïténa à choisir le titre de l'émission.
02:28Entre vieilles antiquités, on se comprend.
02:31Comprenez, j'ai été offerte ainsi que mon service complet en cadeau de mariage.
02:34La vaisselle, ça symbolisait tenir sa maison, construire un héritage familial.
02:38Alors certes, il y avait de la casse parce qu'on brisait la porcelaine, pas le ménage.
02:41Il y avait quelques assiettes fêlées ainsi que des côtes.
02:43Mais on appelait ça la passion.
02:45Maintenant, les gens sont intolérants à l'amour, au gluten, à l'arsenic.
02:48Alors, nous, la belle vaisselle, on se recycle comme on peut.
02:51J'ai été vide-poche, cendrier chez Daniel, là à court, chez Pierre Palmade.
02:55Bien, je vous laisse les rendez-vous pour déjeuner avec votre nouveau chroniqueur dominical.
02:59On va discuter valeurs actuelles, on partage les mêmes.
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