- il y a 23 heures
Dans le cadre d’un partenariat, TVLibertés a le plaisir de vous proposer cet été quelques programmes d’OPEN Box TV, la chaîne d’Alain Juillet, ancien patron du renseignement à la DGSE.
A l'heure où nous entrons dans la 5ème année du conflit entre l'Ukraine et la Russie, la France a-t-elle pris la pleine mesure de se réarmer en s'appuyant sur son tissu industriel ? La France est-elle en mesure de relever l'ensemble de ces défis ? Dans cette nouvelle émission, nous essayons de répondre à ces questions avec comme invité exceptionnel Emmanuel Chiva, ancien délégué général pour l'Armement, sous le feu des questions d'Alain Juillet et Claude Medori.
Abonnez-vous à la chaîne d’Alain Juillet, OPEN BOX TV :
https://www.youtube.com/@OPENBOXTVfr
A l'heure où nous entrons dans la 5ème année du conflit entre l'Ukraine et la Russie, la France a-t-elle pris la pleine mesure de se réarmer en s'appuyant sur son tissu industriel ? La France est-elle en mesure de relever l'ensemble de ces défis ? Dans cette nouvelle émission, nous essayons de répondre à ces questions avec comme invité exceptionnel Emmanuel Chiva, ancien délégué général pour l'Armement, sous le feu des questions d'Alain Juillet et Claude Medori.
Abonnez-vous à la chaîne d’Alain Juillet, OPEN BOX TV :
https://www.youtube.com/@OPENBOXTVfr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:06Quand vous investissez 38 milliards, il ne faut pas dire que les commandes n'arrivent pas.
00:10Il faut produire plus vite et il faut produire plus.
00:12Prenez un missile aussi complexe que le missile Aster, c'est l'horlogerie.
00:16Vous prenez ce missile, on a réussi à gagner quelques mois, mais vous n'allez jamais pouvoir le produire en
00:20masse.
00:25Bonjour, bienvenue sur Openbox TV, l'émission de Géopolitique d'Alain Juillet.
00:29Et merci de nous soutenir sur Tipeee pour maintenir cette ligne éditoriale indépendante.
00:34Vous pouvez aussi devenir membre de notre chaîne et avoir accès du contenu exclusif,
00:38le tout sans avoir à supporter les coupures publicitaires de YouTube.
00:42Alain Juillet, bonjour.
00:44Bonjour Claude.
00:45Alors aujourd'hui, vraiment une émission très importante,
00:48parce qu'on parle depuis quelques années, suite surtout au conflit entre la Russie et l'Ukraine,
00:55d'un réarmement nécessaire de la France, un réarmement humain, mais aussi industriel.
01:02Et aujourd'hui, c'est une émission avec M. Emmanuel Kiva qui était l'homme, l'homme orchestre, je peux
01:09dire,
01:10de la DGA.
01:11Je remercie Emmanuel Kiva d'être parmi nous, parce que si quelqu'un peut parler aujourd'hui, je pense,
01:19de la défense sur le plan, bien sûr, des moyens, sur le plan des moyens techniques,
01:24c'est bien lui, puisqu'il vient de diriger ces dernières années la fameuse DGA,
01:30mais que c'est aussi parce que c'est un homme d'expérience,
01:33parce qu'il venait d'autres endroits, et en particulier, ça a été le patron de l'innovation.
01:39Alors c'est très important, parce que ça montre, l'innovation, ça montre un état d'esprit.
01:43Quand vous êtes le patron de l'innovation, vous essayez, vous ne vivez pas dans le passé,
01:47vous vous projetez dans le futur en permanence.
01:50Emmanuel Kiva, c'est quelqu'un qui, d'entrée, a rappelé à tout le monde
01:55qu'il y avait, pour être efficace, il fallait pratiquer les techniques de l'intelligence économique,
02:01aussi bien en défensif qu'en offensif.
02:04Et ça, pour moi, ça va cher à mon cœur, puisque vous savez quand même que ce fut mon activité
02:08pendant un certain nombre d'années.
02:10C'est d'ailleurs là qu'on s'est connus.
02:12Absolument, c'est là où on s'est rencontrés, c'est là où on s'est connus.
02:15Je voulais faire, moi, avec vous, un peu un point de situation sur
02:22où on en est, comment ça va, qu'est-ce qui se passe.
02:26Alors, comme on l'a évoqué avec tout ce qui se passe au niveau des tensions et des conflits internationaux,
02:32mais le problème, c'est nous, c'est la défense française.
02:36Est-ce que nous avons, par nos industriels, la capacité d'être vraiment compétitifs au niveau international ?
02:44Alors, il semble, pour certains cas, mais est-ce que vraiment, on est au cœur de ce qui se passe
02:50au niveau mondial ?
02:51La France, elle a une chance, elle a ce qu'on appelle une BITD, c'est-à-dire une base
02:54industrielle et technologique de défense.
02:57Ça veut dire qu'on a de l'ordre de 4 500 sociétés, les 10 que tout le monde connaît,
03:02les Ariane Group Naval, MBDA, Thales, Airbus et j'en passe.
03:07Et puis, on a les 4 500 PME derrière, qui est un tissu extrêmement riche,
03:12qui sont plutôt des sociétés qui sont d'ailleurs duales,
03:15c'est-à-dire qu'elles vont faire 20% de leur chiffre d'affaires dans la défense,
03:18et le reste dans le civil.
03:20Et ça, c'est une richesse, et si vous regardez en Europe ce qui se passe en particulier,
03:23vous n'avez presque pas d'équivalent de cette BITD.
03:27Il y a l'Allemagne, il y a l'Italie, et puis ensuite, c'est plutôt des choses qui sont
03:31un peu structurées différemment
03:34de ce que la France a.
03:35Et donc, cette richesse, il faut la préserver.
03:38Maintenant, vous avez parlé du réarmement et du contexte, on pourra revenir,
03:42parce que je rappelle que ce n'est pas que l'Ukraine.
03:44Il y a la Covid aussi, et la Covid a suscité la prise de conscience des dépendances que nous pouvions
03:51avoir.
03:52Et donc aujourd'hui, l'enjeu, il est double, il est de rester souverain au niveau français,
03:58mais aussi au niveau européen, et donc moins de dépendance avec des pays qui pourraient nous empêcher
04:03d'avoir notre propre autonomie stratégique.
04:06Et puis, évidemment, c'est celui de la compétitivité que vous mentionniez de nos industriels,
04:12dans un contexte où il n'y a pas que la technologie, mais aussi les capacités de production,
04:16et les capacités de production en masse, qui reviennent au devant de la scène.
04:21Néanmoins, je signale que, encore une fois, la France reste le deuxième exportateur mondial d'armement derrière les Etats-Unis.
04:28Est-ce que nous sommes, aujourd'hui, dans les problèmes mondiaux, les échanges, tout ce qui se passe,
04:34est-ce que nous sommes capables d'assurer véritablement notre souveraineté sur le plan, dans le domaine de la défense
04:39?
04:39Alors, c'est une question qui avait été posée au départ par le général de Gaulle,
04:42d'ailleurs la création de la DGA en 1961, par Pierre Mesmer et le général de Gaulle, c'était le
04:47but.
04:48Et par et pour la dissuasion nucléaire.
04:50Donc, tout vient de la dissuasion nucléaire.
04:52Et d'ailleurs, cette année, en 2026, on fête les 65 ans de la DGA.
04:56Quand on parle de souveraineté et d'autonomie, en fait, vous avez plusieurs cercles.
05:00Vous avez ce que vous voulez absolument garder pour vous, à votre main, sans dépendance externe.
05:07Et ça, en particulier, c'est la dissuasion.
05:09On ne va pas dépendre d'autres pays pour notre dissuasion, ou alors de manière très marginale.
05:13Ensuite, il y a le fait de se dire, on va faire des choses plutôt souveraines et entre-européens.
05:19Et puis, pour une certaine catégorie, le troisième cercle, si j'ose dire, de produits et de matériel,
05:25c'est le fait de pouvoir le faire en faisant appel au marché.
05:29C'est ce qui s'est passé avec les armements de petits calivres.
05:32En très longtemps, on a dit, finalement, le marché suffit.
05:35Et puis là, on se rend compte, dans le contexte des relocalisations, des dépendances, du réarmement,
05:42que finalement, ça peut devenir un sujet français ou européen.
05:46Et donc, la reconstruction d'une filière souveraine de munitions de petits calibres se fait en européen.
05:51Et on considère qu'il n'est plus suffisant de penser que le marché va délivrer les capacités dont on
05:56a besoin.
05:56Et donc, c'est cet équilibre qu'il faut arriver à gérer.
05:59Mais encore une fois, la France, c'est un pays assez singulier dans le concert des nations,
06:03parce qu'elle est autonome dans ses capacités de défense via la dissuasion nucléaire.
06:07Pour la dissuasion nucléaire, je dirais que les investissements ont toujours été quasiment
06:12sanctuarisés.
06:12Mais est-ce que nous, nos moyens financiers, là, tout le monde sait que la France a des
06:16difficultés financières, est-ce que nos moyens financiers sont suffisants pour pouvoir
06:21développer raisonnablement ?
06:22Ou alors, est-ce que nous avons des liens, nous sommes de temps en temps bloqués par
06:26rapport à d'autres parce qu'on n'a pas les moyens ?
06:28Alors, pas dans le domaine de la dissuasion, vous venez de le dire, ça, effectivement.
06:32C'est, non pas sanctuarisé, mais en tout cas, c'est quelque chose qui est au premier
06:36plan des préoccupations de l'État.
06:39Voilà, cette capacité de dissuasion nucléaire, d'ailleurs, elle n'est pas que pour la
06:44dissuasion nucléaire.
06:46Il faut bien voir que tout ce qu'on développe dans ce domaine-là, ça irrigue l'ensemble
06:49de l'habilité des gens qui font des communications, des gens qui font des matériaux.
06:53Enfin, donc, c'est quelque part une locomotive pour l'ensemble du secteur.
06:59Donc là, je crois qu'on a les moyens.
07:00Maintenant, est-ce que vous me demandez, est-ce que c'est suffisant en termes financiers,
07:03en termes de loi, ça n'est jamais suffisant ?
07:05Mais il faut voir d'où on vient.
07:07On aura doublé le budget de la Défense en 2027.
07:11En 2025, on a engagé, d'habitude, on a engagé, alors engagé, ça veut dire comment
07:17passer ? On a engagé de l'ordre de 16 à 17 milliards d'euros.
07:22En 2025, 38 milliards d'euros.
07:25Donc c'est un bond absolument concernant, colossal, avec une loi de programmation militaire initiale.
07:32Et ensuite, il y a d'autres dispositions dans le budget 2026, mais de 430 milliards d'euros
07:40entre 2024 et 2030.
07:42Donc il y a eu une remontée, une reconquête finalement des ressources nécessaires au nouveau contexte,
07:48puisque, évidemment, il y a quelques années, le monde était très différent du monde
07:52qu'on connaît aujourd'hui.
07:54Et bien évidemment, les ressources doivent s'y adapter.
07:56Quand vous parlez de milliards engagés, de milliards de commandes pour l'armement,
08:01est-ce que ça passe par la DGA ? Est-ce que, par exemple, c'est le ministère des Finances
08:05qui, au lieu de payer directement tel ou tel fournisseur, fabricant, passe par la DGA
08:11et c'est la DGA qui paye ? Ou est-ce que c'est la DGA qui commande ?
08:16Comment ça se passe ?
08:18C'est les deux. Le ministère des Armées est à la fois client et prescripteur.
08:22Donc c'est assez particulier.
08:24Mais en vérité, effectivement, nous avons une loi.
08:27C'est pour ça que ce n'est pas Bercy qui va payer en direct.
08:29On a une loi de programmation militaire.
08:31Donc les crédits, nous sont affectés sur différents programmes.
08:34Le programme 146, l'équipement des forces.
08:36Le programme 144, l'organique de loi de finances, c'est la préparation de l'avenir.
08:41Le 178, là aussi.
08:43Donc on a plusieurs programmes dont nous sommes responsables.
08:46Au travers de ces programmes, on va à la fois spécifier ce dont on a besoin
08:50et évidemment engager les crédits.
08:52Donc c'est bien la DGA qui engage les crédits.
08:55Et ensuite, vous avez différents modes de commandes,
08:58soit des commandes directes auprès de petites sociétés.
09:02C'est une minorité.
09:04Pourquoi ? Parce qu'on travaille beaucoup avec des systèmes qui nécessitent de l'intégration complexe.
09:08Et donc les dix grands intégrateurs dont j'ai parlé tout à l'heure,
09:11eh bien eux, ils sont en paiement direct et c'est eux qui payent leurs sous-traitants.
09:15Ce qui veut dire d'ailleurs que de temps en temps, il peut y avoir des effets de retard
09:19entre le moment où on passe une commande et le moment où le sous-traitant de rang 3
09:24va recevoir cette commande.
09:26Et nous, ce qu'on demande, et ce que je demandais en tant que DGA,
09:29c'était qu'on puisse informer au moins, qu'on donne la visibilité sur l'ensemble de la chaîne de
09:35sous-traitance.
09:3680% des commandes passées par la DGA le sont à des grands maîtres d'oeuvres industriels
09:41et 20% directement à des petites PME ou start-up.
09:44On parlait d'intégration justement.
09:46Alors il y a les petits, puis il y a les gros.
09:47On sait très bien que le gros, quand il a les petits, qui intègre les petits,
09:51il a tendance à prendre la marge pour lui.
09:54Donc comment vous arrivez ou comment vous arriviez quand vous étiez à la DGA
09:58à préserver quand même les marges nécessaires pour les petits
10:01afin qu'ils puissent continuer à développer leurs recherches, leurs investissements ?
10:05Puisque c'est en général les petits qui sont à la pointe en ce qui concerne l'innovation.
10:08On a mis en place à l'Agence de l'innovation de défense un guichet unique.
10:12C'est-à-dire la possibilité pour une société qui ne sait pas si son projet peut intéresser ou pas
10:16la défense,
10:17en une page, une page, de dire voilà c'est ça mon projet, est-ce que ça vous intéresse ou
10:21pas ?
10:22Et nous on a le devoir de répondre très rapidement en disant oui ou non.
10:25Et si on dit oui, de chercher le moyen de le sponsoriser au sein du ministère et de le soutenir
10:30via les procédures d'adapter
10:31parce que c'est effrayant pour un patron de PME de comprendre la manière dont le ministère des armées fonctionne
10:37et c'est normal.
10:39Sur les marges, d'abord nos industriels ne margent pas tant que ça.
10:44Oui, ça ils n'ont pas beaucoup.
10:45Ils n'ont pas beaucoup de marge sur le domaine de l'armement, parce qu'il y a eu beaucoup
10:49de choses qui ont été dites là-dessus.
10:50Et ils sont maintenant, je pense qu'il y a eu un changement d'état d'esprit dans les dix
10:54dernières années,
10:55je n'y suis pas rien, mais sur le fait qu'ils avaient besoin de garder une certaine liberté d
11:03'agilité, d'innovation, de recherche
11:06qui est portée par les PME et les start-up.
11:10Ce qu'on voyait auparavant, à savoir un grand groupe qui achète une PME pour, en gros, soit tuer une
11:16concurrence,
11:18soit l'englober dans un système pour lequel la PME n'est pas faite et donc tous les sachants s
11:22'en vont,
11:23parce que ce n'est pas leur mode de fonctionnement, je pense que c'est derrière nous.
11:26C'est derrière nous ça, oui.
11:27Je pense que c'est derrière nous et je pense que maintenant, oui, les Thalès, les Dassault, les Naval Group,
11:32ils ont chacun d'ailleurs leur hub d'innovation, ils ont chacun la manière de travailler avec des toutes petites
11:38start-up parfois.
11:39Et je pense que là, on a franchi un cap ces dernières années avec quelque chose qui est assez différent
11:44de ce qu'on pouvait considérer il y a encore 20 ans.
11:46Nous sommes le deuxième pays exportateur aujourd'hui, donc ça veut dire qu'on est quand même, on est bon.
11:51On n'est pas trop mauvais, oui, oui, effectivement.
11:53C'est pas rien d'être deuxième exportateur.
11:54C'est très compliqué.
11:56C'est très compliqué, alors c'est surtout sur des produits qui sont des produits.
11:59Je pense par exemple au Rafale qui est quand même le fleuron, l'aviation de chasse, le Rafale qui n
12:04'a pas de dépendance.
12:05Quand on vend un Rafale, on ne dépend pas de la France.
12:07Le client a son avion de chasse.
12:09On sait quand on achète un Rafale qu'on peut s'en servir comme on veut.
12:13Et ça, c'est très important pour des pays qui sont alliés et non alignés, par exemple sur les Etats
12:18-Unis, de pouvoir avoir cette capacité-là.
12:21On est un des seuls pays au monde à être capable de produire des sous-marins.
12:24Et de bons sous-marins.
12:25Et de très bons sous-marins.
12:26Même des sous-marins conventionnels.
12:28Vous voyez, ce qu'on a gagné avec ce qu'on appelle le Black Sword Barracuda, qui est un dérivé
12:34de nos propres sous-marins nucléaires d'attaque, en version conventionnelle aux Pays-Bas.
12:40C'est la démonstration éclatante qu'on a de la technologie assez unique.
12:45Et donc, c'est via cette technologie qu'on arrive dans les radars, par exemple, chez Thalès, ou les missiles,
12:51parce que MBDR est un missile et le premier blanc.
12:53Donc, on arrive à aborder le marché de manière convenable, puisqu'on a effectivement cette position-là.
12:59Ensuite, derrière, le marché, il évolue aujourd'hui.
13:01Et il évolue beaucoup sur des critères qui ne sont pas uniquement les critères de technologie, mais qui sont les
13:06critères à la fois de masse et de délai de livraison.
13:09Et c'est là que tout devient assez compliqué, parce que pour certains domaines, il y a certains pays qui
13:14se positionnent très bien en moins technologique, moins onéreux, plus rapide et moins efficace.
13:19C'est le changement qu'on a vu apparaître avec le conflit en Ukraine, où on a compris qu'il
13:26fallait être plus mobile, innovant, mais je ne vais pas dire système D,
13:30mais l'histoire des drones, initialement, nous a permis de comprendre qu'on pouvait utiliser des matériaux ou des matériels
13:36moins sophistiqués et tout aussi efficaces.
13:40Il y a un grand nombre d'ingénieurs en Ukraine qui ont été tués, parce qu'ils développaient des drones,
13:46et notamment des drones armés.
13:47Il y a des conditions de pyrotechnique qui ne sont pas celles qu'on utilise nous.
13:53Et l'une des forces aussi de la DGA, c'est d'être capable de délivrer aux forces armées des
13:58systèmes qui ne tuent pas leurs servants.
14:01Quand vous êtes en guerre, ce n'est pas la même chose. Et donc quand vous êtes en guerre, vous
14:04acceptez des risques que nous, on n'accepte pas.
14:05Mais les Ukrainiens nous ont appris effectivement un certain nombre de choses, notamment l'agilité, les cycles courts.
14:12On faisait déjà beaucoup d'incrémentaires dans l'effet plus, et surtout la guerre des drones.
14:16Mais effectivement, la manière dont ils ont su adapter leur politique de production de drones à la problématique du coût
14:24de la masse et de la résistance au brouillage,
14:26parce que c'est ça le vrai problème en Ukraine, en utilisant par exemple des kilomètres de fibre optique, parce
14:31que vous ne pouvez pas brouiller une fibre optique,
14:33c'est assez remarquable. Et donc on est évidemment, du temps où j'étais délégué, et je pense que ça
14:39se poursuit aujourd'hui, on a des collaborations.
14:42Il y a un équivalent de l'agence de l'innovation de défense en Ukraine qui s'appelle Brave One,
14:47avec qui on collabore.
14:49Et d'ailleurs, certains systèmes français sont expérimentés directement sur le théâtre d'opération.
14:55On peut être innovant, rustique et à bas coût.
14:58Et d'ailleurs, c'est la manière aussi que nous avons maintenant de spécifier un certain nombre de matériel.
15:04On leur dit, voilà les effets militaires que l'on souhaite avoir, et on n'explique pas aux industriels quel
15:09est le type de système que l'on souhaite développer.
15:12Charge à eux d'être créatifs, et ils savent le faire très bien. Et je pense notamment à tout ce
15:16qui est munitions téléopérées.
15:17L'ADGA, comment elle fait pour pousser nos industriels ? Est-ce que c'est les industriels qui viennent en
15:23étant des forces de proposition ?
15:25Ou c'est vous qui donnez des axes en disant, on a des besoins dans tel ou...
15:28Ou il y aura des besoins dans le futur, dans tous les tels domaines, travaillez là-dessus.
15:33Comment ça se passe ? C'est vous qui êtes le moteur, c'est eux, ou c'est un échange
15:36?
15:36C'est un échange. C'est un échange. D'abord, évidemment, on leur explique quelles sont les priorités en termes
15:41de ce qu'on appelle capacitaire.
15:42Donc quelles sont les capacités qui sont prioritaires pour nous ?
15:45Je vous donne un exemple. Il y a quelques années, en 2018, c'était la protection contre les engins explosifs
15:51improvisés,
15:52parce que c'est ce qu'on trouvait dans le cadre de la lutte contre le terrorisme armé, en particulier
15:56au Mali.
15:57Aujourd'hui, vous voyez bien que ce n'est pas la priorité.
15:59La priorité, c'est plus la guerre des drones, c'est la guerre électronique.
16:04Donc, il y a un échange entre les forces.
16:07Et moi, j'ai souhaité, et je sais que Patrick Payou, mon successeur, le souhaite également,
16:11qu'il y ait de plus en plus de communautés de destin, finalement, entre les forces armées et la DGA,
16:17et qu'on soit de plus en plus imbriqués.
16:19On a commencé à l'être. En 2026, vous avez un exercice dans les jours qui viennent,
16:24qui s'appelle Orion 26, on en avait fait Orion 24.
16:27Dans cet exercice, vous avez toutes les forces armées qui sont impliquées,
16:30mais aussi des dizaines, voire des centaines, d'ingénieurs de la DGA civile et militaire,
16:35qui sont ce qu'on appelle « embedded », c'est-à-dire embarqués à l'intérieur de cet exercice
16:39pour avoir le retour d'expérience et le dialogue direct.
16:42Donc, évidemment, c'est à chaque fois un échange.
16:45Ensuite, il faut changer la manière qu'on a de faire des spécifications.
16:49Évidemment, quand vous faites un sous-marin nucléaire lanceur d'engins,
16:52et spécifications qui sont assez redoutables, ce qu'elle veut dire,
16:56et avec des exigences sur lesquelles on ne peut pas transiger.
17:01Mais j'avais pris l'exemple des munitions téléopérées.
17:03On a lancé un appel d'offres qui s'appelle « Colibri »,
17:06ce qui me fait toujours rire aujourd'hui, parce que vous savez qu'à la DGA,
17:08on est spécialiste des acronymes, et donc on avait lancé cet appel d'offres « Colibri »,
17:12sachant très bien que ce n'était pas un acronyme, ils ont réussi à nous trouver.
17:16Colibri, c'était quoi ? C'était une page de spec, c'était « Je veux être capable de taper
17:20une cible
17:20à 5 km, plutôt une cible non-blindée, je veux être capable de rester 30 minutes sur zone,
17:29je veux que ça ne coûte pas cher, je veux que ça soit facile pour se former,
17:33et je veux l'avoir dans 18 mois. »
17:35On a eu 70 industriels qui ont dit « Mais c'est quoi ? Vous voulez un gros drone, un
17:40petit drone ? »
17:41On leur dit « Mais c'est votre problème, en fait. »
17:43C'est ça, on a l'air d'échange.
17:44Voilà, donc on a cet échange-là, et puis en parallèle, on a aussi des industriels qui disent
17:49« On va faire des trucs et puis on va prendre le pari. »
17:51Et ça, je trouve ça extrêmement sain, et je prends l'exemple de Turgis et Gaillard,
17:56qui est une société qui a décidé sur ses fonds propres de développer un drone militaire armé,
18:02qui s'appelle LAROC, qui a fait son premier vol il y a quelques mois,
18:06je pense que c'était soit juste avant l'été, soit juste après, je ne me souviens plus, 2025.
18:12Et ils l'ont développé sur fonds propres, alors ensuite, nous, on s'y intéressait,
18:15on a mis des ingénieurs, mais l'État n'a pas payé.
18:18Et en fait, d'ailleurs, ça procède de quelque chose qui m'est assez cher,
18:22c'est peut-être de changer le modèle de passation des contrats de recherche et développement.
18:29Aujourd'hui, on passe des contrats pour faire des études amont
18:32qui vont nous permettre de développer des systèmes qu'on va pouvoir commander si ça marche,
18:36et si on a envie, et si on a le budget.
18:39D'ailleurs, on paye deux fois.
18:41C'est normal pour les sujets qui sont extrêmement complexes à bas niveau de maturité technologique.
18:48Le quantique en est un, par exemple.
18:50Autre exemple, les grands brûlés, on en parle beaucoup suite à Cromontana,
18:53mais il faut voir que les grands brûlés dans la population globale,
18:56normalement, c'est 3%, et c'est 30% pour les blessés des armées.
19:00Donc si nous, on ne le fait pas, si le ministère des armées ne le fait pas,
19:04finalement, personne ne le fait.
19:05Donc pour ces sujets-là, c'est normal.
19:07Mais pour d'autres sujets, on aura quand même intérêt à aller voir les industriels
19:10en leur disant, ben voilà, nous on veut ça, on le veut à cette période-là,
19:14on est capable tout de suite de vous signer un contrat en commandant X exemplaires,
19:19ça vous donne de la visibilité, vous vous débrouillez pour le développer,
19:23nous on ne va pas vous financer pour le développer,
19:26donc vous allez le développer en pensant que ce n'est pas que à nous que vous allez le vendre,
19:29là aussi c'est quelque chose d'important,
19:30c'est-à-dire qu'il n'y aura pas une version uniquement export et une version uniquement française,
19:35il peut y avoir des spécificités derrière,
19:37mais ça ne sera pas la base de la stratégie business de la société.
19:41Et vis-à-vis notamment d'investisseurs dans de petites structures,
19:45eh bien ils sont déjà assurés d'avoir des revenus récurrents,
19:48sachant que l'industriel paie les NRC, les Non-Requient Revenue,
19:52et ça peut attirer des investisseurs à mettre au capital justement,
19:56parce qu'ils ont cette assurance de visibilité derrière.
19:59Donc voilà, le modèle pour moi est en train de changer,
20:02et je pense que c'est quelque chose d'assez sain.
20:05Et là on favorise l'innovation avec ce système-là ?
20:08Bien sûr.
20:08Bien sûr.
20:09Mais il faut arrêter les sur-spécifications.
20:12Alors, il y a des petites chansons qu'on entend encore,
20:16les armées français sur-spécifient, non c'est pas vrai,
20:18si on regarde vraiment ce qui se passe aujourd'hui,
20:20on fait un énorme, la DGA fait un énorme effort
20:23pour réduire le nombre de spécifications.
20:25Mais il n'y a pas que la DGA qui rajoute des choses.
20:27Quand vous mettez un ingénieur et un militaire dans une pièce,
20:29on leur demande de développer un système,
20:31ils veulent développer une Ferrari.
20:33C'est normal.
20:34Et donc par exemple, sur le drone dont je vous parlais,
20:37de tête là aussi, ça ne devait pas dépasser 3,5 kg.
20:40C'était dans les exigences finales.
20:43Il ne faut pas que ça dépasse 3,5 kg,
20:45parce qu'il faut que ça puisse être porté par un fantassin.
20:48Moi je pense que l'exigence correcte,
20:50c'est qu'il faut que ça puisse être porté par un fantassin,
20:52charge aux forces et aux gens chargés
20:53d'évaluer les propositions,
20:55de se dire est-ce que c'est le cas,
20:57est-ce que ce n'est pas le cas,
20:58est-ce qu'on a quelque chose qui répond aux ententes ou pas.
21:01Donc sachons avoir le juste milieu entre tout cela.
21:04On a reçu plusieurs fois le général Gomart,
21:08ancien patron de la DRM,
21:09qui nous disait la dernière fois qu'il avait fait un peu le tour de France
21:12des industriels,
21:14et qu'il y avait un décalage entre le discours des politiques,
21:18il disait, comme vous avez dit initialement,
21:21on a mis des milliards sur la table,
21:23et ainsi de suite.
21:23Et lui, il y a quelques mois en tout cas,
21:26ne retrouvait pas les commandes sur le terrain.
21:29Mais on peut dire aussi que c'est normal,
21:31je crois que vous l'avez dit.
21:32Je vous ai dit,
21:33quand vous êtes un sous-traitant de rang 3 ou 4,
21:35les commandes n'arrivent pas tout de suite.
21:38Ce qui devrait arriver tout de suite,
21:39en vrai, c'est la visibilité.
21:40C'est votre industriel au-dessus qui vous dit,
21:42attention, vous allez devoir accélérer.
21:45Alors ça, c'est un travail qu'on a fait,
21:47avec la direction de l'industrie de défense
21:48que j'ai créée quand je suis arrivé à la DGA.
21:51Il y avait un service, mais il y avait une direction,
21:53je pense que l'industrie est un sujet tellement prégnant
21:56que c'est important d'avoir cette direction
21:58de l'industrie de défense.
21:59Et d'ailleurs, son créateur,
22:02donc Alexandre Laousse,
22:03qui est un ingénieur de l'armement,
22:04aujourd'hui, directeur général adjoint
22:07de la DGA.
22:08C'est-à-dire, si ce sujet est un sujet prégnant.
22:12Et on a fait un recensement de tout
22:14ce qu'on pouvait appeler les goulets d'étranglement.
22:17Finalement, si on demande aux industriels,
22:18et aujourd'hui, on demande aux industriels
22:19de produire flux et d'accélérer.
22:22Si le gars qui est en rang 4,
22:24personne ne lui a dit qu'il devait accélérer,
22:26il n'a peut-être pas le personnel,
22:27il n'a peut-être pas les machines,
22:28il n'a peut-être pas les intrants,
22:29les stocks de matières premières ou autres.
22:32Et donc ça, c'est très important
22:33de continuer ce travail-là.
22:35Alors, il est fait conjointement par la DGA
22:36et les industriels eux-mêmes,
22:38pour être capable d'identifier
22:39quels pourraient être les points de vulnérabilité.
22:41Et ce sont ces gens-là, en fait,
22:42qui sont interrogés.
22:44On leur dit, bah oui,
22:44les commandes n'arrivent pas.
22:45Bah oui, mais parce que quand vous faites un missile,
22:48il y a un moment où on va faire appel à vous,
22:49mais ce n'est pas instantané.
22:51Ensuite, moi, je ne suis pas
22:53patron d'un grand groupe industriel.
22:55Je pense qu'il serait de bon ton
22:57qu'une partie des accomptes qu'on verse,
22:59et c'est souvent le cas,
23:00qu'on va sur les grands industriels,
23:02soit déjà répartis dans la chaîne de tout-traitance
23:07pour leur permettre de faire des investissements
23:08dont ils ont besoin pour répondre à la demande.
23:10En 2022, il y avait sans doute
23:11moins de prise de risque là-dessus.
23:13Depuis que le président a déclaré
23:14l'économie de guerre,
23:16il a beaucoup fait couler d'encre,
23:18et bien, finalement, aujourd'hui,
23:19on se rend compte que c'est quelque chose
23:20qui commence à arriver.
23:23Mais moi, je ne peux pas entendre
23:24les commandes n'arrivent pas.
23:25Quand vous investissez 38 milliards,
23:27il ne faut pas dire les commandes n'arrivent pas.
23:28On parlait des industriels,
23:30mais ça a fait la une des journaux.
23:32C'est que, par exemple,
23:33un groupe civil comme Renault,
23:35a priori,
23:37va s'impliquer dans la fabrication
23:39de magasins militaires.
23:40C'est une bonne réflexion, selon vous,
23:45d'utiliser des industriels
23:47qui ont l'outil,
23:48qui ont la connaissance
23:50pour développer, effectivement,
23:51plus vite, plus fort,
23:52plus nombreux des outils militaires.
23:55En fait, je ne vais pas vous dire
23:56que c'est une mauvaise idée,
23:56puisque, évidemment,
23:58c'est sous ma direction,
23:59ça a été lancé.
24:01Effectivement, Renault en État,
24:01il y en a d'autres,
24:02qui ont envie ou pas envie de communiquer,
24:04donc je garderai un flou artistique.
24:07Mais il faut bien qu'on me contente
24:08quelque chose.
24:09Aujourd'hui, les industriels,
24:10de la Défense,
24:10on leur demandait
24:11de produire plus vite
24:12et en masse.
24:13Ils ne savent pas faire, forcément.
24:15Parce que pendant des années,
24:17la commande publique
24:17était assez réduite,
24:18on ne leur a jamais demandé
24:20de produire plus.
24:20Et même, pire que ça,
24:22je vous rappelle qu'il y a 10 ans,
24:24faire des stocks,
24:24c'était un syndrome
24:25de mauvaise gestion.
24:26Ah oui, absolument.
24:27Et là, du jour au lendemain,
24:29on leur dit,
24:29il faut faire des stocks
24:30parce qu'il n'y a pas assez,
24:31de la poudre, etc.
24:33Il faut produire plus vite
24:34et il faut produire plus.
24:36Ceux qui savent faire,
24:37c'est effectivement
24:38les gens qui sont habitués.
24:39à faire des produits
24:41productibles en masse.
24:42Et c'est là
24:43où vous avez un problème.
24:44C'est que vous prenez
24:45un missile aussi complexe
24:46que le missile Aster.
24:47Le missile Aster,
24:48c'est un missile
24:48sol-air ou mer-air
24:50capable de détruire
24:51un missile
24:52qui viendrait vous menacer
24:53ou un drone.
24:53Et c'est un des succès
24:55du système
24:56qu'on appelle Mamba
24:57en France,
24:58mais SMPT.
24:58Et bientôt SMPT,
25:00une nouvelle génération,
25:00surface-air,
25:02moyenne portée.
25:04j'essaie de décrypter
25:06les acronis
25:06à chaque fois,
25:08qui d'ailleurs
25:09vient d'être
25:09un succès à l'export,
25:11qui est un concurrent
25:12du Patriot
25:13et qui, à mon sens,
25:14est meilleur
25:14que le Patriot.
25:15Non pas parce que
25:16je suis chauvin,
25:16mais parce que je connais
25:17les spécifications techniques.
25:20Ce missile-là
25:20est un missile
25:21qui demande
25:22plusieurs mois,
25:23mais quand je dis mois,
25:24c'est plus d'un an et demi
25:25à être développé.
25:26Pourquoi ?
25:26Parce que c'est un
25:27des produits
25:29les plus complexes au monde.
25:30Vous prenez ce missile,
25:31on a réussi
25:32à gagner quelques mois,
25:33mais vous n'allez jamais
25:33pouvoir le produire en masse.
25:35C'est l'horlogerie.
25:37Donc,
25:38un produit militaire
25:39qui doit être produit en masse,
25:40il doit être conçu
25:41pour être produit en masse.
25:42Et c'est là
25:42qu'on a décidé
25:43de faire appel aux civils,
25:45non pas uniquement
25:45parce qu'ils ont
25:46les capacités de production,
25:47mais parce qu'ils ont
25:48l'expertise nous disant
25:49de, par exemple,
25:50cette vis-là,
25:51vous en mettez trois,
25:52moi j'en mettrai une.
25:54Ce système-là,
25:55ça va nous demander
25:55un approvisionnement,
25:56on va remplacer par autre chose,
25:57ce moteur-là,
25:58par autre chose.
25:58Et donc là,
25:59on a un vrai apport
26:00de l'expertise
26:01des sociétés
26:02qui ont une activité civile
26:04de masse
26:05qui peuvent nous permettre
26:06de passer
26:07à un nouveau paradigme.
26:08Mais on ne fera pas
26:08de la masse
26:09avec Renault
26:10sur l'Aster.
26:11Ce n'est pas le sujet.
26:11Comment ça se passe
26:12au niveau des relations
26:13avec l'étranger,
26:14pas en Europe ?
26:15Vous l'avez évoqué au début,
26:18l'armement aujourd'hui,
26:19il y a l'armement français,
26:20mais il y a aussi
26:21des choses qui se développent
26:23en liaison,
26:23en collaboration
26:24avec d'autres.
26:25Alors comment ça,
26:26comment ça marche ?
26:27Ça marche,
26:27ça ne marche pas.
26:28Je ne vais pas rentrer
26:29dans le détail du SCAF,
26:30ce n'est pas ça,
26:30mais au niveau des DGA,
26:32il y a l'équivalent
26:32de la DGA ?
26:33Non, il n'y en a pas
26:34en Europe.
26:34En fait,
26:35il n'y a pas véritablement
26:36d'équivalent de la DGA.
26:37Les deux pays
26:38qui sont les plus proches
26:39en organisation,
26:40ça va être
26:42le Royaume-Uni,
26:43qui a tendance
26:44à s'organiser
26:44de manière assez comparable
26:45à la DGA,
26:46et Singapour.
26:47Aux Etats-Unis,
26:48pour prendre l'exemple
26:48des Etats-Unis
26:49puisque vous les avez cités,
26:50vous avez différentes armées.
26:56son projet,
26:56son agence d'innovation.
26:58Ce n'est absolument pas
26:59efficient d'un point
27:00de vue budgétaire,
27:01mais vous avez tellement
27:01d'argent,
27:02ce n'est pas grave.
27:03Et vous parliez
27:03de la DARPA,
27:04je rappelle que la DARPA,
27:05donc la Defense Advanced
27:06Research Projects Agency,
27:08c'est une agence
27:09du Pentagone
27:10qui est chargée
27:11de faire des projets
27:13extrêmement disruptifs
27:14pour éviter
27:14la surprise stratégique
27:15puisqu'elle a été créée
27:18suite au premier vol
27:19du Spoutnik
27:20qui avait surpris
27:21tout le monde.
27:21Ils se sont dit
27:22on ne veut plus être surpris,
27:23donc on va financer
27:24des projets
27:25extrêmement disruptifs
27:27qui ont 80%
27:28de chances d'échouer.
27:29Si ça n'a pas 80%
27:30de chances d'échouer,
27:31ils ne le prennent pas.
27:33Et ça,
27:34je vois mal le dire
27:35à la représentation nationale
27:36aujourd'hui,
27:37on a un budget
27:38allé de 430 milliards d'euros,
27:40mais il y a 80%
27:41qui, on n'est pas sûr
27:42que ça va marcher.
27:43Donc ça,
27:43ce n'est pas le même modèle.
27:45Et puis ils sont riches
27:45pour pouvoir prendre
27:46ce genre de choses.
27:47C'est 3 milliards,
27:48un peu plus de 3 milliards
27:49de dollars par an
27:50pour la DARPA seul.
27:51Sachant que sur la loi
27:52de programmation militaire,
27:53entre 2024 et 2030,
27:54nous on a mis 10 milliards,
27:55ce qui est déjà considérable
27:57sur l'innovation.
27:59Donc il n'y a pas vraiment
28:00d'équivalent.
28:02La DGA,
28:02c'est à la fois
28:03une agence d'acquisition,
28:05c'est une agence
28:05de gestion de projets,
28:08c'est des centres d'essai
28:09qui sont parfois
28:11uniques au monde.
28:12Il y a des vraies perles
28:15au sein de la DGA.
28:16C'est de la prospective,
28:18c'est de l'intelligence économique,
28:19voilà.
28:19Donc il n'y a pas vraiment
28:20d'équivalent.
28:21Ensuite,
28:22il y a des pays
28:22avec lesquels on a l'habitude
28:23de collaborer,
28:24d'autres où c'est plus ponctuel.
28:28Et puis,
28:29il y a des pays
28:29qui décident
28:31de ne pas développer
28:32eux-mêmes d'armement
28:33et de tout acheter
28:34à l'étranger,
28:35en Europe
28:36ou ailleurs.
28:37Donc,
28:38comme on dit,
28:39ça dépend.
28:41ça dépend.
28:42Et effectivement,
28:42c'est plutôt autour
28:43de projets fédérateurs
28:44qui sont portés en Europe,
28:46soit par le Fonds européen
28:48de défense.
28:49C'est une nouveauté,
28:50parce que je rappelle
28:51que quand même,
28:52il y a ne serait-ce
28:53que 15 ans,
28:55défense,
28:55recherche,
28:56financement et Europe,
28:57c'était plusieurs oxymores
28:58dans la même phrase.
28:59Donc aujourd'hui,
29:00on a la chance
29:00d'avoir cet instrument-là
29:01qui permet de faire
29:02les développements
29:03de briques technologiques.
29:04Et puis,
29:05on a les projets communs
29:06dans différents domaines.
29:07On en a en bilatéral.
29:08Je pense par exemple
29:10au trilatéral.
29:10Je pense par exemple
29:11au projet CAMO
29:12que nous faisons
29:12capacité motorisée.
29:14Donc,
29:14c'est l'équivalent
29:15du programme Scorpion
29:16de modernisation
29:16du combat blindé
29:17et du combat terrestre
29:20que nous faisons
29:21avec les Belges
29:21et les Luxembourgeois.
29:22Et c'est un projet
29:23qui marche très bien.
29:24Il se dote
29:25des mêmes matériels
29:26que nous.
29:27On a une interopérabilité
29:29native entre nous.
29:30Et la formation,
29:32les exercices
29:32sont considérablement
29:33simplifiés
29:34avec les mêmes doctrines
29:35d'emploi.
29:36Et puis,
29:36on a des projets
29:37plus complexes.
29:37Vous avez cité SCAF,
29:38le système de combat
29:39aérien du futur
29:40ou MGCS.
29:41C'est la même chose
29:41dans le domaine terrestre.
29:43C'est à chaque fois
29:44un objet,
29:45un avion de chasse,
29:46des ailiers dronisés
29:47et surtout un cloud
29:48de combat.
29:48Tout le monde oublie ça
29:49mais c'est le cloud
29:50de combat
29:50qui est le plus important
29:51dans ces...
29:52C'est le problème.
29:53Et là,
29:53c'est compliqué
29:53parce que vous avez
29:54effectivement
29:55des politiques nationales
29:57et des intérêts nationaux
29:58qui ne sont pas forcément
29:59les mêmes
29:59que ceux de la France.
30:00Pardon,
30:01disons un mot
30:01sur l'OTAN.
30:02L'OTAN,
30:02donc,
30:03a son matériel.
30:04Il y a beaucoup
30:04de matériel américain
30:05mais il n'y a pas
30:05qu'américain.
30:07Et vous venez de parler
30:08d'interoperabilité.
30:10Tout le matériel
30:11que nous avons nous
30:12puisque nous sommes
30:13dans l'OTAN,
30:14est-ce que tout notre matériel
30:15est compatible
30:16aux normes OTAN
30:17ou est-ce que selon
30:17les normes OTAN
30:18ou comment ça se passe ?
30:19Il y a ce qu'on appelle
30:19les STANAG
30:20qui sont les standards
30:21de l'OTAN.
30:22C'est dans le cahier des charges.
30:24Ensuite,
30:24maintenant,
30:25vous avez des niveaux
30:26où il y a des niveaux
30:28d'interoperabilité
30:29dans certains
30:30dont je ne parlerai pas.
30:31Certains systèmes
30:32qui peuvent être
30:32plus ou moins élevés.
30:34Mais à minima,
30:35oui,
30:35on est interoperable
30:36avec les matériels
30:37de l'OTAN.
30:37Sinon,
30:37on ne pourrait pas
30:38faire d'exercice commun.
30:39Un des problèmes
30:40qu'on a vu récemment,
30:42c'est le fait
30:43qu'on se retrouve,
30:45il y a des besoins
30:46mais il faut du temps
30:47pour pouvoir les couvrir
30:48ces besoins.
30:49Si je veux des chars
30:50ou je veux des canons,
30:51si je veux des canons César,
30:52je prends des canons César
30:53parce qu'on en a envoyé
30:55en Ukraine.
30:56Si je veux un certain...
30:57Pour mes unités,
30:58j'ai besoin de canons César
30:59mais il faut aussi
31:00les produire,
31:01il faut aussi du temps,
31:02il faut des moyens.
31:04Donc,
31:05comment vous arrivez ?
31:05Est-ce que c'est vous
31:06qui faites ces prévisions-là
31:07ou c'est l'armée elle-même,
31:09l'armée de terre
31:10ou la HOTE
31:11qui définit ces besoins ?
31:12Alors oui,
31:13c'est l'armée
31:13qui définit les besoins.
31:15C'est pour l'armée de terre,
31:18qui va nous dire
31:19il faut qu'à cette date-là,
31:21j'ai tant de griffons
31:22tant que j'allais voir,
31:22tant de canons César
31:23en service
31:24dans tel et tel régiment
31:25et donc voilà.
31:26Ensuite,
31:27il y a évidemment
31:27un sujet politique
31:28qui est que
31:29quand on veut vite
31:30fournir des choses
31:31à un allié,
31:32on va prendre chez nous
31:34et puis nous,
31:34on aura la version d'après
31:35mais il faut la produire vite.
31:37Et ensuite,
31:38le sujet de la production
31:39est même,
31:39comme j'ai dit tout à l'heure,
31:40c'est un sujet assez nouveau.
31:43Et certaines personnes
31:44ont tendance à confondre
31:46vitesse de production,
31:47donc cadence de production
31:50et masse,
31:51volume de production.
31:53Il y a des choses
31:54qui sont incontournables
31:55dans les cadences de production.
31:56Ce n'est pas en multipliant
31:57les chaînes de production
31:58qu'on ira plus vite,
32:00on produira plus.
32:02Ensuite,
32:02pour aller plus vite,
32:03il faut s'inspirer
32:05effectivement,
32:06déjà voir optimiser
32:07les chaînes elles-mêmes,
32:08optimiser le fonctionnement
32:10des vies,
32:10mais c'est ce qu'MBDA a fait,
32:12c'est ce que KNDS,
32:13Nexter,
32:14donc l'industriel terrestre
32:15qui fait le César en particulier,
32:17a fait sur la chaîne du César
32:18avec des volumes de production
32:19qui ont été largement multipliés,
32:23tant dans les obus de 155 mm
32:25qui sont les obus du canon César
32:27que où il y avait un problème
32:29de charge propulsive
32:29où là,
32:30ça a été multiplié par 60 la cadence.
32:33Mais voilà,
32:34il faut s'intéresser au sujet,
32:35déplier,
32:35et puis il y a des moments
32:36où c'est possible,
32:37et puis des moments
32:37où ce n'est pas possible.
32:38J'ai pris l'exemple
32:38du Misty Laster,
32:39Misty Laster,
32:40ça n'est pas possible en l'état.
32:42Et donc,
32:42il va falloir faire
32:43d'autres chaînes de production
32:44et puis ça sera le tuilage
32:45finalement entre ces chaînes-là
32:47qui donnent la rapidité
32:48de production.
32:49Et je vais prendre un exemple.
32:50Dans le Rafale,
32:51vous avez une vis
32:53qui met 35 jours
32:55à être produite.
32:58Donc,
32:59il y a deux conclusions
33:00qu'on peut tirer.
33:03Soit on est nul,
33:04on est mal organisé
33:05et l'industriel
33:05ne sait pas optimiser ça,
33:07soit il y a une autre raison.
33:09Il y a une autre raison.
33:10Cette vis doit tenir
33:11au sein du moteur
33:12à des températures
33:13supérieures
33:13à sa température de fusion.
33:16Donc,
33:16pour faire ça,
33:17il faut faire
33:17des traitements de surface
33:18qui permettent
33:20de faire en sorte
33:20que l'acier
33:21dont est fait la vis
33:22résiste.
33:23C'est de la physique.
33:24La physique est assez têtue
33:25et donc,
33:26pour que les molécules
33:27puissent être modifiées
33:28et que les traitements
33:30puissent pénétrer,
33:31vous avez des successions
33:33de cycles.
33:34Et ça prend 31 jours
33:36pour faire une vis.
33:37Ah oui ?
33:38Et ça,
33:39ça fait partie
33:39effectivement
33:40des problèmes
33:41que vous avez confrontés.
33:42Et ça fait partie
33:42des problèmes
33:43que la DGA
33:43à la demande des forces
33:45va essayer d'examiner
33:46avec l'industriel
33:47pour trouver des solutions
33:48qui peuvent passer
33:50par l'innovation.
33:51Il y a des choses,
33:52par exemple,
33:53vous savez que maintenant
33:54sur la majorité
33:55des navires
33:57de la Marine nationale,
33:58vous avez des imprimantes
33:593D
33:59qui nous permettent
34:01en mer
34:02de pouvoir pallier
34:05le défaut d'une pièce,
34:06par exemple.
34:07Oui.
34:08Ça en a même
34:08dans des sous-marins nucléaires.
34:10Oui,
34:11mais c'est ça,
34:12c'est pour trouver
34:13des réponses
34:13qui soient les plus efficaces
34:14possibles.
34:15Vous avez parlé
34:16des à peu près
34:187000 prestataires,
34:19fournisseurs
34:21de la défense.
34:22Est-ce que tous
34:23sont,
34:24si vous voulez,
34:25protégés
34:25par une possible
34:28pénétration
34:29sur le plan
34:30des informations,
34:31sur le plan
34:32des plans
34:33et ainsi de suite ?
34:33Est-ce qu'on est protégé ?
34:35Alors,
34:36fournisseurs ?
34:37Oui,
34:37mais...
34:37Ah oui ?
34:39Je me suis dit aussi.
34:41Fournisseurs,
34:43oui,
34:437000,
34:439000,
34:44mais BITD
34:45au sens strict,
34:46la base industrie
34:47et la technologie
34:47de défense,
34:48c'est 4500.
34:484500,
34:49Sur ces 4500,
34:50vous avez entre 1500
34:51et 1600
34:51qui sont critiques.
34:53Critiques,
34:53ça veut dire
34:53que s'il y aura
34:54un problème,
34:54on a un problème
34:55de capacité
34:56qui vont toucher,
34:57j'en sais rien,
34:58à notre aviation de chasse,
34:59à la dissuasion,
34:59etc.
35:00Celles-ci sont particulièrement
35:01surveillées
35:03dans le sens cyber
35:06et Dieu sait si
35:08depuis le début
35:09de la guerre en Ukraine
35:10et le fait
35:11que la France
35:12aide l'Ukraine,
35:13eh bien,
35:13on a constaté
35:16pratiquement doublement
35:17des attaques cyber
35:18sur l'ensemble
35:19de ces sociétés-là.
35:21Sur les attaques physiques
35:22également,
35:25je ne rentrerai pas
35:25dans les détails,
35:26mais il y a eu
35:27des actes de sabotage,
35:28il y a eu des incendies,
35:30vous avez à Berlin,
35:31vous avez vu qu'il y a eu
35:32l'usine qui produit
35:33le missile Taurus
35:33qui a été incendié.
35:35Ce n'est pas un mégot
35:36oublié dans une corbeille,
35:39d'abord parce qu'on ne fume
35:39pas à l'intérieur.
35:40C'est pas un hasard.
35:41Donc, oui,
35:43bien sûr,
35:43elles sont surillées.
35:44Alors,
35:44sur l'aspect cyber,
35:45déjà,
35:45on a un référentiel,
35:46on a beaucoup travaillé
35:47avec l'ANSI
35:47pour imposer
35:49un référentiel minimal
35:50de sécurité
35:51aux entreprises
35:52et ils ont accès
35:54à des outils,
35:55je pense notamment
35:55à ce qu'on appelle
35:56le DIAX cyber
35:56qui leur permet
35:57quasi gratuitement
35:59de pouvoir évaluer
36:00et d'avoir
36:01des bonnes pratiques
36:02sur leur système.
36:04Sur le critique,
36:05c'est beaucoup plus sensible
36:07et donc là déjà,
36:07une veille,
36:08et l'ANSI
36:08ont une veille
36:10très précise
36:12sur ce sujet.
36:13En fait,
36:14la vraie difficulté
36:15qu'on va avoir,
36:16une attaque,
36:17ça se voit.
36:19Un vol de données,
36:20ça ne se voit pas forcément
36:21jusqu'au moment
36:21où vous le découvrez
36:22et vous ne savez pas
36:23depuis combien de temps
36:23ça a été volé.
36:25Et donc,
36:25c'est ça sur lequel
36:26on travaille beaucoup
36:27et donc,
36:28il y a des manières
36:29d'y répondre.
36:29Je pense à la ségrégation
36:30des réseaux,
36:32en particulier,
36:33avec des réseaux protégés,
36:34avec plus que des firewalls,
36:37certains réseaux qui...
36:38C'est sérieux.
36:40Mais oui,
36:40c'est une préoccupation majeure.
36:42La DGA
36:43est prestataire
36:45de conseils,
36:47finalement,
36:48aussi,
36:48pour ces entreprises-là,
36:50pour permettre
36:50de s'emprimer.
36:51Et ça ne touche pas
36:51que les plus petits.
36:52Sur le plan politique,
36:54ça fait la une des journaux,
36:55il y a un fournisseur
36:58de l'armée
36:59qui vient de se faire
37:00racheter
37:01par un groupe américain.
37:02Alors,
37:03il n'est pas fournisseur
37:03de l'armée,
37:04il est fournisseur
37:04de ventilateurs
37:06pour certains systèmes,
37:07voilà,
37:08donc les fournisseurs
37:08d'industriels,
37:09déjà.
37:10Là,
37:10on est dans le dual,
37:12dans le dual.
37:12On est dans le dual.
37:13On est capable de faire
37:14du militaire et du civil.
37:15Oui,
37:15vous parlez de LMB Aerospace,
37:17je ne vais pas le commenter
37:18parce que ce n'est pas moi
37:19de le faire,
37:19je ne suis plus légère.
37:20Je peux vous dire,
37:22globalement,
37:22comment ça se passe.
37:24Chaque fois qu'on a
37:25ce cas de figure-là,
37:26d'abord,
37:26on essaye de l'anticiper.
37:28Et un des enjeux
37:30de la création
37:30de la direction
37:31de l'industrie de défense,
37:32c'était d'être capable,
37:33par exemple,
37:33d'anticiper les boîtes
37:35qui sont des boîtes
37:36patrimoniales
37:36où le chef de famille
37:37décide de prendre sa retraite,
37:38les enfants ne veulent pas reprendre.
37:40Qu'est-ce qu'il fait ?
37:41Il faut bien qu'il puisse
37:43revendre sa société.
37:45Vous avez un dispositif
37:47qui s'appelle
37:47les investissements étrangers
37:48en France,
37:49qui est géré par la direction
37:50générale des entreprises
37:51avec la DGA,
37:52où quand il s'agit
37:53d'une boîte qui est dual,
37:54qui a une activité
37:54de la défense,
37:55on nous demande notre avis.
37:57Les vétos,
37:58c'est-à-dire le fait de dire
37:59j'interdis la vente
38:00de cette société,
38:01ça se compte sur les doigts
38:02d'une main.
38:03Le plus souvent,
38:04c'est soit une autorisation,
38:05soit une autorisation
38:07avec des restrictions
38:08et des dispositifs
38:10dont je crois savoir,
38:11et encore,
38:12ce n'est pas à moi
38:12de m'expliquer,
38:13que dans le cas de LMB,
38:14il y a une golden chair,
38:15c'est-à-dire qu'il y a
38:16une part spéciale de l'État
38:17qui lui permet
38:18d'exercer un droit de veto.
38:20En fait,
38:20dans la plupart des affaires
38:22comme ça,
38:22entre guillemets,
38:23dont nos politiques
38:25de tous bords
38:25se sont emparées,
38:28généralement,
38:29la boîte était déjà détenue
38:30par des fonds américains.
38:33Et ce n'est pas un problème.
38:35Ce n'est pas un problème.
38:36On a créé nous-mêmes
38:36des fonds d'investissement.
38:38On en a deux,
38:38des Finvest,
38:40des sociétés critiques
38:40dans le monde de la défense,
38:41et moi,
38:42j'avais créé
38:43le fonds Innovation Défense
38:43en 2021,
38:46qui investit
38:47dans les sociétés duales,
38:48dont le modèle primaire
38:50n'est pas celui de la défense,
38:52pour se développer.
38:54Et elles doivent être innovantes.
38:56On a co-investi,
38:57par exemple,
38:58dans les entreprises du quantique,
38:59avec des entreprises étrangères.
39:00Et ce n'est pas un souci.
39:02Et ça peut être européen,
39:03ça peut être asiatique,
39:04ça peut être américain.
39:06Il faut juste savoir
39:07quelles sont les limites
39:08de l'exercice
39:08et les limites de la criticité.
39:10Et je crois aussi savoir,
39:12dans le cas de la société
39:13que vous mentionnez,
39:14qu'il y a des sources alternatives.
39:16Donc la criticité est à nuancer.
39:19Vous me rappelez un souvenir
39:20avec Thalès.
39:21Là, c'est une vieille histoire
39:22avec Thalès.
39:23Le patron de Thalès
39:24rachète un laboratoire
39:25en Angleterre,
39:26à l'époque.
39:27Et il va,
39:28avec son état-major,
39:29pour visiter le laboratoire.
39:31Et à l'entrée,
39:31on lui dit,
39:32non, vous ne pouvez pas rentrer,
39:33il n'a pas de passeport anglais.
39:34Et il n'a jamais pu rentrer
39:36dans son laboratoire.
39:37Et quand Thalès ouvre
39:38un centre
39:38au général arabe uni,
39:40le centre est émirien.
39:42Il n'est pas français.
39:44Est-ce que vous utilisez,
39:45alors bien sûr,
39:46vous utilisez,
39:46vous essayez de savoir
39:47comment travaillent les hôtes
39:49et ce qu'ils font.
39:50Mais vous avez organisé
39:51une vraie capacité prospective
39:53au niveau de la DGR.
39:55Pendant votre...
39:56C'est un sujet
39:57qui met assez cher, oui.
39:58Est-ce que vous pensez
39:58que c'est effectivement,
39:59ça vous a vraiment apporté
40:01un plus ?
40:02Un plus indéniablement.
40:04Indéniablement.
40:04Indéniablement.
40:05Alors,
40:06quand j'étais directeur
40:07de l'Agence de l'Innovation
40:08en Défense,
40:08un de mes projets phares,
40:09alors je le dis d'autant plus
40:10que pour le coup,
40:10c'est une idée personnelle,
40:12ça a été de créer
40:12la Red Team.
40:14La Red Team,
40:14c'est quoi ?
40:15Je me suis dit finalement,
40:17nous on a du mal
40:18à se projeter en 2050,
40:202060,
40:21quelles sont les menaces,
40:22quelle sera la société ?
40:24Parce que...
40:25Et c'est quelque chose
40:25qu'on doit faire
40:26parce qu'aujourd'hui,
40:26vous mettez un porte-avions
40:28de nouvelle génération
40:29à la mer en 2036,
40:30il va naviguer jusqu'en 2080.
40:31C'est quoi la société française
40:32en 2080 ?
40:33Et donc,
40:34il faut arriver à se projeter.
40:35Mais nous,
40:35on n'y arrive pas.
40:37Mais il y a des gens
40:37dont c'est le métier.
40:38Et donc,
40:38j'ai organisé une équipe
40:39d'auteurs,
40:41dessinateurs,
40:41scénaristes,
40:42designers de science-fiction
40:44pour nous aider
40:45à établir des scénarios.
40:47Mais encore une fois,
40:47le scénario,
40:48ce n'est pas l'arme du futur.
40:50Ce qui m'intéresse,
40:50ce n'est pas la voiture volante,
40:51c'est les embouteillages.
40:53Et donc,
40:54en partant de quelque chose
40:55qui est réel,
40:57arriver à tirer le fil
40:58en disant,
40:59voilà,
40:59ça pourrait arriver là,
41:00susciter telle menace
41:02et partant,
41:03comment aujourd'hui
41:03on peut commencer
41:04à s'en prémunir ?
41:06Dans l'exemple,
41:06vous aviez un scénario
41:08dans la deuxième,
41:09c'était une expérimentation
41:09sur quatre ans
41:10qui aujourd'hui d'ailleurs
41:11est pérennisée
41:12sous la forme d'une structure
41:12qui s'appelle radar.
41:13Mais cette expérimentation,
41:15c'était deux scénarios,
41:16trois scénarios,
41:17quatre scénarios par an.
41:18Il y avait un scénario
41:19dans lequel on imaginait
41:20une société qui,
41:21en 2030,
41:22ne voyait la réalité
41:23que par le prisme
41:24de ses intérêts.
41:25C'est-à-dire que
41:27tout était outillé
41:29par intelligence artificielle,
41:30réalité virtuelle,
41:30réalité augmentée.
41:31Est-ce que votre perception
41:33de la réalité
41:33dépendait des abonnements
41:34à des prestataires
41:35de services ?
41:37Et donc,
41:38si vous aviez
41:38des prestataires différents
41:40ou des intérêts différents,
41:40vous ne voyez pas la même chose.
41:41Ce qu'on a appelé, nous,
41:42la balkanisation du réel,
41:43c'est-à-dire le fait
41:44que chacun a sa propre
41:45vision de la réalité.
41:46Et là-dessus,
41:47on avait introduit
41:47dans le scénario
41:48une crise,
41:49non,
41:49un temps cru centenal
41:50plus attentat bioterroriste,
41:54il faut exfiltrer
41:55nos ressortissants
41:55d'un pays étranger.
41:57Comment vous faites
41:58si la parole
41:59n'est pas crue
42:00puisque la vérité
42:01n'est pas unique ?
42:02Ça nous a donné
42:03l'idée
42:03d'un programme
42:05de lutte
42:05contre la guerre cognitive
42:06et la désinformation
42:08avant
42:09que Mark Zuckerberg
42:11annonce
42:12le métaverse.
42:13Avant.
42:14Ce programme
42:15a donné des résultats,
42:16continue à en donner
42:17aujourd'hui
42:17sous différents
42:19domaines
42:20dont je ne pourrais pas parler
42:21puisque les auteurs
42:22étaient habilités
42:23secret défense
42:23et que le programme
42:25est classifié.
42:26donc oui,
42:27il y a une vraie
42:28plus-value
42:28et je pense que
42:29de toute manière,
42:30vous savez,
42:30il y a deux catégories
42:31de personnes
42:32qui imaginent
42:32le temps long,
42:33c'est les scientifiques
42:33et les militaires.
42:35Et donc c'est le devoir
42:37de l'ADGA
42:37qui regroupe
42:38ces deux populations
42:40de scientifiques,
42:41d'ingénieurs,
42:41de techniciens
42:41et de militaires
42:43de prendre,
42:44et je pense que
42:44c'est même l'un des seuls
42:45endroits au sein de l'État
42:46où on pense vraiment
42:47le temps long.
42:48Dans un monde instantané,
42:49parce qu'on est dans l'instant,
42:50on vit dans l'instant,
42:51les décisions sont prises
42:53dans l'instant,
42:53on surréagit sur l'instant,
42:56pratiquement plus personne
42:57ne pense à long terme.
42:58Or comme vous l'avez dit
42:59tout à l'heure,
43:00un porte-avions
43:00qu'on met à l'eau
43:01dans trois ans,
43:02il va durer
43:03jusqu'en 2080.
43:05Il ne faut pas sacrifier
43:06à l'urgence
43:07de la crise actuelle
43:07la préparation de l'avenir.
43:08Et c'est ça le problème.
43:10C'est bien la difficulté
43:13et l'art,
43:14je dirais,
43:15de votre métier,
43:16c'est qu'en définitive,
43:17on doit être capable
43:18de se projeter
43:19à très long terme
43:20dans un monde
43:21qui pour le moment
43:21n'y pense jamais.
43:25Les jeunes ne veulent pas
43:26parler du futur
43:26et là,
43:27on est en plein
43:27dans le futur.
43:28C'est pour ça que
43:29la rétime,
43:29ce que vous racontez,
43:30c'était extraordinaire,
43:32c'est une idée,
43:32je l'ai dit,
43:34parce que ça avait vraiment,
43:35ça a complètement changé
43:36la capacité prospective.
43:38Et le Pentagone
43:39nous avait contactés
43:39pour travailler avec eux.
43:40Et notamment au Pentagone,
43:42il y avait
43:44une petite entité
43:46qui s'appelle
43:47le Office of Net Assessment,
43:48qui était un truc
43:49assez mythique,
43:50que l'administration Trump
43:51vient de démanteler.
43:52Mais pour vous donner l'idée,
43:53eux,
43:54dans les années 80,
43:56ils avaient fait un scénario
43:57sur le jour d'après.
43:59Et quoi le jour d'après ?
44:00C'est le jour après
44:00le contact
44:01avec une civilisation
44:02extraterrestre.
44:04C'est vrai,
44:05on y croit,
44:05on n'y croit pas,
44:06on s'en fout.
44:06Ce n'est pas le sujet.
44:07Le sujet,
44:08c'est comment est-ce
44:08que l'État
44:09est suffisamment résilient
44:10pour avoir des schémas
44:11de pensée
44:12qui sont compatibles
44:12avec une surprise stratégique.
44:15Et c'est ça,
44:16véritablement,
44:16et d'un point de vue,
44:17de tous les points de vue.
44:17d'un point de vue capacitaire,
44:19on l'a dit,
44:19donc les armes,
44:20l'organisation,
44:22mais également
44:23l'économie
44:24et l'industrie.
44:25Et c'est pour ça
44:25que l'intelligence économique,
44:27c'est important,
44:27pour nourrir
44:28cette réflexion-là.
44:29Vous savez,
44:31nos compétiteurs,
44:32ils n'ont pas attendu.
44:34Je me souviens,
44:34j'étais,
44:36je ne sais pas si vous connaissez,
44:36le J4,
44:37qui est le groupement
44:37des industriels
44:38de l'armement terrestre.
44:40À l'époque,
44:40j'étais encore dans une start-up
44:41et j'étais industriel.
44:43On avait créé,
44:44le J4 avait créé,
44:46deux personnes remarquables,
44:47qui s'appellent Matine Hermand
44:48et François Matins,
44:49et ils ont créé,
44:50on a créé Generate,
44:52un programme d'accélération.
44:54Et on disait aux start-up,
44:55vous ne connaissez rien
44:55à la défense,
44:56gratuitement,
44:56si vous avez sélectionné par vous,
44:57pendant un an
44:58ou deux ans,
44:59on vous intègre à une cohorte
45:01et on vous donne
45:02des formations
45:03dans le domaine de...
45:05Je me souviens d'une petite société
45:06qui était venue nous voir,
45:07vraiment toute petite société,
45:09qui était spécialisée
45:10dans des moteurs de recherche
45:11sur le Dark Web.
45:12Ils étaient au fin fond de la France.
45:14Enfin, vraiment,
45:15si on ne savait pas
45:15que quand vous êtes perdus,
45:16vous êtes arrivés.
45:18Ils sont arrivés,
45:19on nous disait,
45:19je ne sais pas si votre programme
45:20m'intéresse,
45:20parce que ce matin,
45:21j'ai un coup de fil
45:23d'un investisseur
45:23qui voulait vraiment investir chez moi.
45:25Je suis tenté d'accepter,
45:26mais je ne sais pas
45:26si vous le connaissez,
45:27il s'appelle InQtel.
45:29Alors InQtel,
45:29c'est la société
45:31d'investissement en capital risque
45:32de la CIA.
45:33Moi, je me dis,
45:34pourquoi ne pas utiliser
45:35ce que nos compétiteurs
45:36utilisent aussi ?
45:38Les Israéliens,
45:39alors ils sont occupés
45:39d'autre chose,
45:40mais les Israéliens
45:41fondent,
45:43avec Libertadventure,
45:44qui est une société,
45:45savent très bien le faire aussi.
45:47La France est une grande nation
45:49militaire, technologique,
45:51scientifique,
45:52et pas de raison.
45:53Et on ne va pas
45:54se laisser marcher sur les pieds
45:54parce qu'on aurait
45:55des pudeurs.
45:57Alors, il faut rester
45:57dans la légalité.
45:59Il ne faut pas faire
45:59de l'illégal.
46:00Mais la légalité
46:01nous offre déjà
46:02un cadre,
46:03et notamment dans le domaine
46:04de l'influence,
46:05qui est un domaine
46:05qui a été un peu...
46:06Je pense que le ministère
46:08des Armées
46:08et donc la DGA
46:10a une responsabilité
46:12en termes d'influence
46:13qui grandit d'ailleurs
46:14aujourd'hui.
46:15On le voit
46:15avec la création
46:16de structures
46:16comme acadème,
46:17avec l'école militaire,
46:18avec laquelle on a organisé
46:20d'ailleurs en septembre
46:21les premières rencontres
46:23autour de l'intelligence
46:25économique,
46:25militaire.
46:26Militaire, oui.
46:27Je pense sincèrement,
46:28je crois que pour nos auditeurs,
46:30ils ont dû apprendre
46:31énormément de choses
46:32aujourd'hui grâce à vous
46:33et merci.
46:34Avec plaisir.
46:35Parce que c'est un domaine
46:37en définitive très méconnu,
46:39tout ça,
46:39on parle de tout ça,
46:40mais bon,
46:41et les médias ne disent pas,
46:43n'approfondissent pas
46:44suffisamment ces sujets-là,
46:45ce qui fait que les gens
46:47ne comprennent pas
46:47en définitive les tenants,
46:49les aboutissants,
46:50les évolutions,
46:50et autres.
46:51Et que cela,
46:52on a, grâce à vous,
46:53on vient de faire un...
46:54on a balayé le sujet
46:55de manière très complète
46:56et je pense que ça sera
46:59très utile,
47:00non seulement pour nos auditeurs,
47:01mais qu'ensuite,
47:02ça pourra nous servir à nous aussi
47:03de référence dans le futur,
47:05dans d'autres émissions.
47:07Mille merci.
47:08Et puis,
47:09voilà,
47:09vous êtes entre deux emplois,
47:11deux postes,
47:12mais je vous souhaite
47:13beaucoup de chance,
47:13quoi qu'il arrive,
47:14parce que vous le méritez.
47:15Vous avez fait un boulot formidable
47:17à l'ADGA,
47:17je tiens à le dire.
47:18Merci beaucoup.
47:18Vous avez fait un boulot formidable
47:19à l'ADGA et bravo.
47:21Merci.
47:22Merci infiniment.
47:23Il y a un fil conducteur
47:25dans cette émission,
47:26je dirais un fil conducteur
47:30positif et optimiste
47:31pour la défense française.
47:34En tout cas,
47:34merci beaucoup.
47:35Je vous dis à bientôt
47:36pour une prochaine émission
47:37sur Openbox TV
47:38tous les vendredis
47:39à 17h sur YouTube.
47:40Merci.
47:41Au revoir.
47:54Sous-titrage Société Radio-Canada
47:55Sous-titrage Société Radio-Canada
47:57Sous-titrage Société Radio-Canada
47:59Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires