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  • il y a 19 heures
Florence Portelli, présidente déléguée (LR) de la région Ile-de-France chargée de la culture, dénonce la baisse des subventions allouées par l’Etat à 28 institutions culturelles majeures, qui constitue "une entreprise de démolition", selon elle.

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Transcription
00:00Et c'est vous Florence Portelli, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Et merci d'avoir répondu à l'invitation de France Inter ce matin.
00:04Vice-présidente du Conseil Régional d'Île-de-France,
00:07vice-présidente du parti Les Républicains aussi,
00:09vous êtes à l'initiative d'une tribune
00:10qui est parue il y a quelques jours dans le journal Le Monde,
00:13une lettre ouverte à Emmanuel Macron
00:15où vous inquiétez des baisses de subventions publiques
00:17dans le milieu de la culture
00:19que vous comparez, je cite, à une entreprise de démolition.
00:22Ce qui n'est pas forcément une évidence
00:23quand on est membre d'un parti très engagé
00:25dans la lutte contre le déficit public.
00:26Et on va sans doute y revenir.
00:28D'abord, Florence Portelli, qu'est-ce qui a déclenché cette initiative ?
00:31Écoutez, une immense colère.
00:34La culture, ce n'est pas la variable d'ajustement
00:36de, je vous parlais, du déficit budgétaire
00:39qui est une réalité à notre pays.
00:41On a un déficit public qui est absolument abyssal.
00:43Je suis consciente de ça.
00:45D'ailleurs, les structures culturelles
00:47ont apporté leur tribu à la solidarité nationale.
00:50Comme l'ont fait d'ailleurs les collectivités locales,
00:52je dirais, on est tous un peu dans le même panier.
00:54On contribue, on n'est pas ceux qui plombent honnêtement
00:57les finances du pays.
00:58Et pourtant, on vient nous ponctionner
01:01et nous ponctionner en cours d'exercice.
01:04Et c'est des méthodes qui sont inadmissibles.
01:06Alors, ce n'est pas qu'une histoire,
01:07ce n'est pas pour pleurnicher uniquement sur la méthode.
01:08C'est les conséquences que cela a.
01:10Et surtout, ça en dit très très long
01:13sur le manque de vision de l'État aujourd'hui
01:15sur la culture.
01:16Vous dites nous.
01:17Vous êtes certes en charge de la culture.
01:19C'est une honte aussi de l'Orchestre National de l'Île-de-France.
01:20Mais vous avez l'impression que vous êtes vraiment
01:22très touchée en fait par ces décisions-là.
01:25Oui, alors je préside d'un très très bel orchestre
01:27qui est un orchestre régional et étatique
01:29de l'Orchestre National de l'Île-de-France
01:30qui a une vocation citoyenne,
01:32qui déambule dans toute l'Île-de-France,
01:34dans les banlieues difficiles,
01:35comme dans les zones rurales,
01:37outre d'être affilié à Philharmonie de Paris.
01:39Et à travers ce très bel orchestre
01:41qui est en tournée au Japon
01:42et qui représente aussi d'ailleurs la France à l'étranger,
01:45il y a toutes ces structures culturelles
01:47qui sont des structures décentralisées.
01:49Et derrière ça, j'alerte aussi vos auditeurs,
01:52c'est vraiment un coup de poignard
01:54sur la décentralisation culturelle.
01:56C'est quand même quelque chose
01:57qui a été initié sous le général de Gaulle.
01:59Je m'adresse aussi aux gens de droite
02:00qui pourraient croire que c'est un domaine
02:03finalement qui ne les concerne pas forcément.
02:05La décentralisation culturelle, c'est André Malraux.
02:08Et c'est ce qui a permis d'irriguer les territoires
02:10en culture, de lutter contre les fractures,
02:12contre les disparités,
02:13contre les fractures sociales et territoriales.
02:16Et en s'attaquant aux grandes structures culturelles,
02:19les opéras, les théâtres, les orchestres,
02:21des régions, des provinces,
02:22on est en train de malmener finalement
02:25ce que sont nos territoires dans notre République.
02:27Concrètement, dans cette tribune,
02:29vous dites que 28 institutions culturelles
02:31vont recevoir une subvention moins importante
02:33que ce qui était prévu,
02:34de l'ordre de 10 à 12% de baisse.
02:36Ou pas même de 13%.
02:3713%.
02:38Ça concerne les grands opéras hors de Paris,
02:40les centres dramatiques nationaux
02:41qui sont installés un peu partout en France.
02:42Qu'est-ce que ça signifie pour ces institutions ?
02:45Une baisse de 10 à 13%.
02:47Imaginez, vous avez lancé votre saison.
02:49Vous avez programmé des artistes,
02:50des compagnies,
02:52vous êtes engagé.
02:53Et puis tout d'un coup, on vous dit
02:54votre budget, il est très sérieusement amputé.
02:56Je me mets à la place, par exemple,
02:59du malheureux directeur du Théâtre des Amandiers
03:02qui récupère, grâce d'ailleurs
03:03à beaucoup de subventions de l'État et de la région,
03:06un magnifique théâtre
03:07qui a été rénové
03:08et qui est vraiment une légende
03:10dans le monde du théâtre.
03:12Et puis d'un coup, on lui dit
03:13tu viens de lancer ta saison,
03:14mais on va te supprimer
03:15plusieurs centaines de milliers d'euros.
03:16Ça veut dire qu'il faut annuler des spectacles
03:17qui sont déjà programmés ?
03:18Ça veut dire annuler des spectacles.
03:19Ça veut dire éventuellement,
03:20sur certaines structures,
03:21mettre carrément la clé sous la porte,
03:22voire mettre des gens au chômage.
03:24Alors que l'emploi culturel,
03:25ça fait partie aussi
03:26de la manne économique
03:28et ça participe
03:30à la lutte contre le chômage aussi.
03:32Enfin, je veux dire,
03:33la culture,
03:33c'est pas uniquement
03:36l'émancipation,
03:37c'est pas uniquement l'excellence,
03:38c'est pas uniquement la beauté
03:39à travers l'art,
03:40mais c'est aussi de l'emploi,
03:41c'est aussi de l'économie.
03:42C'est pas...
03:42Faut avoir tout cet ensemble-là,
03:44toute cette vision-là dans la tête
03:45et à travers,
03:46en dehors des 28 structures culturelles,
03:49c'est l'ensemble des compagnies
03:50sur nos territoires
03:51qui sont aussi malmenées,
03:52c'est les orchestres.
03:53Donc ça a des répercussions
03:54bien au-delà,
03:55c'est une déflagration.
03:56Mais ça veut dire
03:57que c'est le calendrier
03:57qui vous choque aussi,
03:58le manque de concertation ?
04:00C'est une méthode
04:01qui est scandaleuse.
04:02C'est une méthode
04:03qui est malhonnête.
04:04C'est une méthode
04:05qui est anti-fairplay.
04:06C'est-à-dire,
04:07on s'engage,
04:07on vous dit,
04:08allez-y,
04:08mettez l'argent,
04:09vous mettez l'argent
04:10et en cours d'année,
04:10on vous dit finalement,
04:11cet argent,
04:12on ne vous le donnera pas.
04:12On fait comment ?
04:13Qui ferait ça
04:14pour gérer son budget
04:15quand on a un foyer ?
04:16Personne.
04:17Personne.
04:18Tout ça parce que
04:19vous avez aujourd'hui
04:21Bercy
04:21qui réglemente
04:23tout ce qui se passe
04:23dans ce pays
04:24parce que le pays
04:24est en train de couler.
04:25Alors moi,
04:26j'interpelle quand même
04:26Emmanuel Macron.
04:28Ces deux quinquennats
04:29ont été une immense déception
04:31pour ceux qui y croyaient
04:33sur la culture.
04:34Une immense déception.
04:35Et je vais vous dire
04:36pour moi
04:36ce qui a été vraiment
04:37un signal d'alarme,
04:38c'est quand il y a eu le Covid
04:39et qu'on a considéré
04:41par exemple
04:41que les livres
04:42n'étaient pas des biens essentiels.
04:43Si c'est essentiel.
04:45Oui, la culture
04:45c'est essentiel.
04:46C'est pour ça d'ailleurs
04:47que je défends la pétition
04:48que 1% du budget de l'État
04:52soit donné à la culture.
04:53Moi, dans ma ville,
04:54j'ai augmenté,
04:55j'ai doublé le budget
04:56de la culture
04:56quand je suis arrivée.
04:57L'éducation artistique
04:58et culturelle
04:59qu'on fait aussi
04:59au niveau de la région
05:00Île-de-France
05:00avec Valérie Pécresse,
05:02c'est essentiel.
05:02Ça peut sauver des vies,
05:03ça peut donner
05:04un élan à un gamin,
05:06ça peut donner
05:06du sens à sa vie.
05:08Je vous le disais aussi,
05:08c'est de l'emploi.
05:09C'est aussi l'éveil
05:10des consciences.
05:11Dans un monde
05:11qui est gangréné
05:13par l'hyperviolence,
05:16par la montée des extrêmes,
05:17le réveil des consciences
05:19est quelque chose
05:19qui n'est pas anodin.
05:20On ne peut pas construire
05:21un pays uniquement
05:22sur des moyens
05:23qui sont importants.
05:24Budget, sécurité, justice
05:27et en même temps
05:28ne pas porter une vision,
05:30une vision de la société,
05:31une vision de l'émancipation
05:33individuelle et collective.
05:34Parce qu'on sait
05:35que votre famille politique,
05:36Les Républicains,
05:36n'est pas spécialement connue
05:37pour défendre
05:38la culture subventionnée.
05:40C'est peut-être parce que
05:40vous vous renseignez mal.
05:41Peut-être.
05:42On a beaucoup quand même
05:42parlé des mobilisations
05:43contre votre collègue
05:44Christelle Morancé
05:45qui est la présidentelle
05:46de la région
05:49Pays de la Loire
05:50qui avait annoncé
05:50des coupes drastiques
05:52dans le budget de la culture.
05:53Mais on sent quand même
05:54qu'il y a
05:56une proximité d'idées
05:57sur cette question
05:58de dire
05:59qu'on ne doit pas
06:01subventionner
06:02massivement la culture
06:03dans une période
06:04de déficit public.
06:06Vous assumez,
06:07vous êtes à contre-courant ?
06:08Non, mais pas du tout.
06:08Je suis souvent quand même
06:09à contre-courant,
06:10mais ce n'est pas grave.
06:11Mais pas totalement.
06:13Valérie Pécresse,
06:14Xavier Bertrand,
06:15on est nombreux
06:16aussi à porter autre chose.
06:18Jean-François Copé
06:19dans sa ville
06:20et plein de maires.
06:22Je suis vice-présidente
06:22de l'Association
06:23des maires de France.
06:24Je peux vous dire
06:24que là-dessus,
06:25il n'y a pas de clivage.
06:25Dans ma ville,
06:26en face,
06:28j'ai des verres.
06:29Je peux vous dire
06:30qu'ils n'ont pas
06:31le début
06:31d'une once
06:32de programmation culturelle.
06:33Vous prenez,
06:34il me semble,
06:35le département de l'Hérault.
06:36Ils ont passé
06:37à 0%
06:37le budget culturel
06:38alors que c'est la gauche.
06:39Donc aujourd'hui,
06:40c'est au-delà des clivages.
06:41Sincèrement,
06:42je pense que c'est dangereux
06:43d'ailleurs de rentrer
06:43dans les caricatures
06:44parce qu'il ne faut pas
06:45se diviser sur le sujet.
06:46Il faut au contraire
06:47parler d'une même voix.
06:49J'allais dire,
06:49nos adversaires,
06:51les tenants
06:51d'une vision
06:53déshumanisée
06:54et strictement comptable
06:55de la politique budgétaire,
06:57eh bien justement,
06:58n'attendent que ça.
06:59Non,
06:59il y a des gens à droite
07:00qui,
07:01dans l'héritage
07:01d'André Malraux,
07:02sont évidemment
07:03pour la défense
07:04de la culture.
07:04Est-ce qu'on pourrait vous répondre
07:05si ce n'est pas la culture
07:05qui porte cet effort ?
07:06Ça va être d'autres secteurs
07:07qui peuvent aussi
07:08être jugés indispensables.
07:11Vous savez,
07:11une société
07:13qui ne pense pas
07:14que pour l'avenir
07:15de ses enfants,
07:16ce qui est le plus important
07:17finalement,
07:17c'est l'éducation
07:18et la culture,
07:19c'est une société
07:19qui est en déclin.
07:20Je le pense profondément.
07:21C'est une société
07:22qui n'a rien compris,
07:23c'est une société
07:23qui manque de générosité,
07:25qui ne veut rien transmettre
07:26parce que ce qu'on veut
07:27finalement pour ces gosses,
07:28c'est d'être plus intelligent
07:30au sens humain du terme,
07:31d'avoir plus d'empathie
07:33et d'avoir plus de conscience.
07:35Et dans un monde
07:36qui gomme les consciences,
07:37dans un monde
07:37qui gomme les vérités,
07:39avant d'être chez vous,
07:40j'étais au Festival d'Avignon,
07:42j'ai vu des pièces
07:43extraordinaires
07:43et j'ai vu notamment
07:44d'ailleurs avec Wagner Moura
07:46un procès après l'ennemi
07:47qui interpelle énormément
07:49sur le rapport
07:51à la vérité.
07:52Mais vous voyez,
07:52le théâtre par exemple,
07:54c'est l'éveil des consciences.
07:55C'est fondamental
07:56dans notre société
07:57d'aujourd'hui
07:57où la désinformation est mise
07:59et où surtout
08:00on est privé de sens.
08:02La musique,
08:03ça aide aussi à ça.
08:04Moi, je peux vous dire
08:04quand j'étais enfant,
08:06s'il n'y avait pas eu le piano,
08:07je ne serais peut-être pas là
08:08à votre antenne.
08:09Je ne serais peut-être pas là.
08:10Et quand je vois des enfants
08:11aujourd'hui qui,
08:12quel que soit le milieu social,
08:13par la démocratie culturelle,
08:15par la démocratisation culturelle,
08:16arrivent à devenir
08:17entre guillemets quelqu'un,
08:18à se sentir digne,
08:20à avoir un objectif,
08:21je me dis que la vie
08:22a du sens
08:23et que tout n'est pas foutu.
08:24Est-ce que vous avez eu
08:25une réponse à votre tribune ?
08:27Non, mais je ne suis pas sûre
08:28que ça intéresse.
08:29Le président de la République,
08:30ça se serait su,
08:31mais les miracles existent
08:33et j'attends un miracle.
08:34Parce que vous avez des solutions
08:35à lui proposer
08:36pour concilier responsabilité budgétaire
08:38et ambition culturelle ?
08:39Bien sûr,
08:39il faut faire des choix.
08:40Alors,
08:41on n'aura pas tous
08:41la même vision des choix.
08:42Peut-être qu'il faut travailler plus.
08:44Il y a évidemment
08:45la question des retraites.
08:46Sur les déficits budgétaires,
08:48moi, j'ai des solutions
08:49qui n'intéressent peut-être personne,
08:51mais avoir une vraie règle d'or,
08:53mais sortir aussi la dette
08:54du vote du budget de l'État,
08:56la faire gérer par d'autres,
08:57éventuellement par la Cour des comptes,
09:00faire aussi d'ailleurs
09:01que la dette soit rachetée
09:02par la France,
09:06par notre État,
09:07et pour qu'elle ne soit plus
09:08entre des mains étrangères
09:09et qu'elle soit gérée différemment.
09:11Il y a des tas de débats
09:11qu'on pourrait avoir
09:12sur la gestion de la dette.
09:13Et ça ne veut pas dire d'ailleurs
09:14que les structures culturelles
09:15ne doivent pas apporter
09:16aussi leurs contributions.
09:18Elles l'ont déjà fait,
09:19mais pas comme ça.
09:20Une discussion,
09:21ce n'est pas planter
09:23un poignard dans le dos.
09:24Et ce n'est pas,
09:24excusez-moi,
09:25s'attaquer aux plus faibles
09:26et à ceux qui n'ont pas de moyens.
09:27Est-ce que vous espérez
09:28que la culture
09:29arrive au cœur
09:30de la campagne présidentielle ?
09:32Mais bien sûr !
09:33Il y a commencé
09:33où vous l'avez passé ?
09:34Mes sujets pour moi
09:35qui sont fondamentaux,
09:36c'est la réindustrialisation
09:37de l'économie
09:38par l'écologie notamment,
09:41et c'est l'éducation
09:42et la culture.
09:43C'est ce que je souhaite
09:44pour mes enfants,
09:44c'est ce que j'ai envie
09:45de leur transmettre,
09:46c'est ce que j'ai envie
09:46de transmettre au pays,
09:47et c'est ce qui permettra
09:48peut-être à beaucoup,
09:50beaucoup,
09:50beaucoup de nos concitoyens
09:51de pouvoir retrouver du sens.
09:54Aujourd'hui,
09:55on est dans une société mondialisée
09:56où finalement,
09:57on se sent souvent
09:58plus objet que sujet.
09:59La culture,
10:00ça permet de redevenir sujet.
10:02Et bien dans le monde d'aujourd'hui,
10:03ce n'est pas une variable d'ajustement,
10:05ce n'est pas un détail,
10:06c'est fondamental,
10:07c'est le socle d'une société.
10:09Vous savez,
10:09quand on parle du progrès,
10:10la renaissance,
10:12la renaissance,
10:12grand mouvement de progrès
10:14et de culte de l'art,
10:16de la beauté,
10:17c'est passé aussi par la culture.
10:19Et ça couplait d'ailleurs
10:20la culture et la science.
10:22Et bien j'aimerais revenir
10:22à une sorte de renaissance.
10:24Merci Florence Portelli
10:25d'être venue nous en parler
10:26ce matin sur France Inter,
10:27vice-présidente et l'ère
10:28du Conseil Régional d'Ile-de-France.
10:29Vous êtes en charge
10:30de la culture,
10:31du patrimoine
10:32et de la création.
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